‹ Choix de sermonsChapitre 13 sur 79 · III. — SERMON · texte numérisé non relu

III. — SERMON

Iïesponclerwit Jesu quidam de scribis et p/iarisceis, dicentes : Magisler, volumus a te Sîgnitm videre. Oui respondens, ait Ult* : Generalio mala et adultéra signum quœrit, et signum non dabitur ei nisi signum Jonœ prophelœ.

Quelques-uns des scribes et des pharisiens dirent à Jésus : Maître , nous voudrions bien voir quelque prodige de vous. Jésus leur répondit : Cette nation méchante et adultère deinnnde un prodige, et il n'y en aura point d'autre pour elle que celui du prophète Jonas. Saint Matt., cliap. 12.

Madame (1),

Ce fut une curiosité, mais une curiosité présomptueuse, une curiosité captieuse et maligne, qui porta les pharisiens à faire cette demande au Sauveur du monde. Curiosité présomptueuse, puisque, au lieu d'engager le Fiis de Dieu, par une humble prière, à leur accorder comme une grâce ce qu'ils demandaient, ils parurent l'exiger comme s'ils n'eussent eu qu'à le vouloir pour être en droit de l'obtenir : Magister, volumus. Curiosité captieuse, puisque, selon le rapport d'un autre évangéliste, ils ne lui firent cette proposition que pour le tenter et que pour lui dresser un piège : Tentantes enm, signum de cœlo quxrebant. (Luc. 11.) Curiosité maligne, puisqu'en cela même ils n'avaient point d'autre dessein que de le perdre, déterminés qu'ils étaient à tourner contre lui ses miracles mêmes, dont ils lui faisaient autant de crimes, et dont enîin ils se servirent pour le calomnier et pour l'opprimer. Car de là vint que le Fils de Dieu ne leur répondit qu'avec un zèle plein de sagesse d'une part, mais

(1) La reine.

de l'autre plein d'indignation : qu'il ne satisfit à leur curiosité que pour leur reprocher au même temps leur incrédulité; qu'il les traita de nation méchante et infidèle : Gêner atio mata et adultéra; enfin qu'il les cita devant le tribunal de Dieu, parce qu'il prévoyait bien que le prodige qu'il allait leur marquer, mais auquel ils ne se rendraient pas, ne servirait qu'à les confondre : Viri Ninwitx surgent injudicio adversus generationem istam. (Matth., 12.)

Voilà, mes chers auditeurs, le précis de notre Évangile, et dans l'exemple des pharisiens, ce qui se passe encore tous les jours entre Dieu et nous. Je m'explique. Nous voudrions que Dieu nous fit voir des miracles, pour nous confirmer dans la foi; et Dieu nous en fait voir actuellement dont nous ne profitons pas, à quoi nous sommes insensibles, et qui , par l'abus que nous en faisons, rendent notre endurcissement d'autant plus criminel qu'il est volontaire, puisqu'il ne procède, aussi bien que celui des pharisiens, que de notre perversité et de la corruption de nos cœurs. Or c'est ce que notre divin Maître condamne aujourd'hui dans ces prétendus esprits forts du judaïsme , et ce qui doit, si nous tombons dans leur infidélité, nous condamner nous-mêmes. Tertulliena dit un beau mot, et qui exprime parfaitement le caractère de la profession chrétienne : savoir, qu'après Jésus-Christ, la curiosité n'est plus pour nous de nul usage, et que désormais elle ne nous peut plus être utile, beaucoup moins nécessaire : parce que, depuis la prédication de l'Évangile , le seul parti qui nous reste est celui de croire , et de soumettre notre raison, en la captivant sous le joug de la foi : nobis curiositate opus non est post Cliristum , nec iaquisitione post Evangelium. (Tertull.) C'est ainsi qu'il s'en expliquait. Mais pour moi j'ose enchérir sur sa pensée, et j'ajoute que quand il nous serait permis dans le christianisme de faire de nouvelles recherches, quand nous aurions droit de raisonner sur notre foi et sur les mystères qu'elle nous révèle, nous trouvons dans Jésus-Christ et dans son Évangile, non seulement de quoi convaincre nos esprits , mais de quoi contenter pleinement notre curiosité. Pourquoi ? parce que Jésus-Christ nous a fait voir dans sa personne des prodiges si éclatants et d'une telle évidence, que nul esprit raisonnable n'y peut résister; et que si nous n'en sommes pas touchés, ce ne peut être que l'effet d'une mauvaise disposition, dont nous serons responsables à Dieu, et

qui ne suffira que trop pour attirer sur nous toutes les rigueurs de sou jugement.

C'est l'importante matière que j'ai entrepris de traiter dans ce discours. Et le puis-je l'aire, Madame, avec plus d'avantage qu'en présence de Votre Majesté, dont les sentiments et les exemples doivent être pour tout cet auditoire autant de preuves sensibles et convaincantes de ce que je veux aujourd'hui lui persuader ? Car quel effet plus merveilleux peut avoir la religion chrétienne <]iie de sanctifier, au milieu de la cour et jusque sur le trône, la plus grande reine du monde ? Et cela seul ne doit-il pas déjà nous taire conclure que cette religion est nécessairement l'ouvrage de Dieu et non pas des hommes? Plaise au ciel, chrétiens, qu'un tel miracle ne serve pas un jour de témoignage contre nous ! mais ne puis-je pas bien vous faire la même menace que nous fait à tous le Fils de Dieu dans notre évangile, en nous proposant l'exemple d'une reine : Regina sur g et injudicio ? (Matth., 12.) Le Sauveur du monde parlait d'une reine infidèle , et je parle d'une reine toute chrétienne. Cette reine du midi n'est tant vantée que pour être venue entendre la sagesse de Salomon : Quia venit audire sapientiam Salomonis (Matth., 12): mais, Madone, outre que vous écoutez ici la sagesse même de Jésus-Christ et sa parole , que n'aurais-je point à dire de la pureté de votre foi, de l'ardeur de votre zèle pour les intérêts de Dieu, de la tendresse de votre amour pour les peuples, des soins vigilants et empressés de votre charité pour les pauvres , de ces ferventes prières au pied des autels, de ces longues oraisons dans le secret de l'oratoire, de tant de saintes pratiques qui partagent une si belle vie, et qui font également le sujet de notre admiration et <le notre édification? Cependant, Madame, Votre Majesté n'attend point aujourd'hui de moi de justes éloges, mais une instruction salutaire ; et c'est pour seconder sa piété toute royale , que je m'adresse au Saint-Esprit, et que je lui demande, par l'intercession de Marie, les lumières nécessaires : Ave, Maria.

Ce n'est pas sans raison que les pharisiens de notre évangile, lans le dessein, quoique peu sincère, de connaître Jésus-Christ, t de savoir s'il était Fils de Dieu, lui demandèrent un prodige |ui vînt de lui et dont il fût l'auteur : Magister, volumus a te ignum videre. Car il faut convenir, dit saint Augustin, qu'il a des prodiges de deux différentes espèces: les premiers qui iennent de Dieu, et les seconds aui viennent de l'homme : les

uns qui excitent l'admiration, parce que ce sont les témoigna ges visibles de l'absolue puissance du Créateur; et les autres qv ne causent que de l'horreur, parce que ce sont les tristes effet du dérèglement de la créature : ceux-là que nous révérons que nous appelons miracles, et ceux-ci que nous regardons comm des monstres dans l'ordre de la grâce. Faites-nous voir un pro dige qui vienne de vous, disent les pharisiens à Jésus-Chris Que fait ce Sauveur adorable ? Écoutez-moi , en ceci consist tout le fond de cette instruction. De ces deux genres de pro diges ainsi distingués, il leur en fait voir un qui n'avait pu ve nir que de Dieu, et qui fut un miracle évident et incontestable je veux dire la foi des Ninivites convertis par la prédication d Jonas. Mais au même temps il leur en découvre un autre bie opposé, et qui ne pouvait venir que d'eux-mêmes, savoir, le prodige ou le désordre de leur infidélité. Or nous n'avons , mes chers auditeurs, qu'à nous appliquer ces deux sortes de prodiges pour nous reconnaître aujourd'hui dans la personne de ces pharisiens et pour être obligés, par la comparaison que nous ferons de leur état et du nôtre, d'avouer que le reproche du Fils Dieu ne nous convient peut-être pas moins qu'à ces faux docteurs de la loi; que, dans le sens qu'il l'entendait, peut-être ne sommes-nous pas moins qu'eux une nation corrompue et adultère ; et qu'il pourrait avec autant de raison nous appeler à ce jugement redoutable où il les cita en leur adressant ces paroles : Virl NinioUx surgent in judicio cum generatione ista.

Car je prétends, et, en deux propositions, voici le partage de ce discours, comprenez-les : je prétends que Jésus-Christ dans l'établissement de sa religion, nous a fait voir un miracle plus autheniique et plus convaincant que celui des Ninivites convertis, et c'est le grand miracle de la conversion du monde et de la propagation de l'Evangile, que j'appelle le miracle de la foi: ce sera le premier point. Je prétends que nous opposons tous les jours à ce miracle un prodige d'infidélité, mais d'une infidélité bien plus monstrueuse et plus condamnable que celle même des pharisiens : ce sera le second point. Deux prodiges, encore une fois: l'un surnaturel et divin, c'est le monde sanctifié par la prédication de l'Evangile; l'autre trop naturel et trop humain, mais néanmoins prodige, c'est le désordre de notre infidélité. Deux titres de condamnation que Dieu produira contre nous dans son jugement, si nous ne pensons à le prévenir, en nous jugeant

dès à présent nous-mêmes. Miracle de la foi; prodige d'infidélité. Miracle de la foi, que Dieu nous a rendu sensible, et que nous avons continuellement devant les veux. Prodige d'infidélité, dont nous n'avons pas soin de nous préserver, et que nous tenons taché dans nos cœurs. Miracle de la foi, qui vous remplira d'une confusion salutaire, en vous faisant connaître l'excellence et la grandeur de votre religion. Prodige d'infidélité, qui, peut-être, si vous n'y prenez garde, après avoir été la source de votre corruption, sera le sujet de votre éternelle réprobation. L'un et l'autre demande une attention particulière.

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