‹ Choix de sermonsChapitre 38 sur 79 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

C'est un principe reçu dans toute la morale, que nous devons, autant qu'il dépend de nous, garantir les cboses où nous sommes obligés de nous intéresser et de prendre part; et qu'à proportion de la part que nous y avons et de l'intérêt qui nous y engage , nous en devenons plus ou moins responsables. Cette maxime est évidente, et j'en tire la preuve de ma seconde proposition. Car quoiqu'il ne soit pas au pouvoir des pères de déterminer à leurs enfants le choix d'une vocation et d'un état, ils ne laissent pas néanmoins d'intervenir à ce choix, d'y participer, d'y avoir un droit de direction et de surveillance , non seulement en qualité de pères, mais beaucoup plus en qualité de pères chrétiens. D'où il faut conclure qu'ils doivent, donc répondre de ce choix, et que Dieu peut, sans injustice, leur en faire rendre compte. Quelques questions que je vais résoudre d'abord , serviront à éclaircir ce point.

On demande en général , si dans certains états , surtout dans «eux qui ne sont pas de la perfection évangélique, un enfant est maître de contracter un engagement et de se lier, sans l'aveu et l.i participation de ses parents. Il ne le peut, chrétiens; mais il <st de son devoir, et d'un devoir rigoureux, de les consulter, d'écouter leurs remontrances, d'y déférer autant que la raison le prescrit. Car, disent les théologiens, l'honneur dû aux pères et aux mères est un commandement exprès de Dieu. Or, de n'avoir nul égard à leurs sentiments, de ne se mettre point en peine d'en t'tre instruit, d'agir sur cela dans une pleine indépendance et de ii en vouloir croire que soi-même, ce serait un mépris formel de leur autorité; et ce mépris, dans une matière aussi importante «pie l'est le choix de l'état, doit être regardé comme une griève transgression de la loi divine. On demande en particulier, si, dans

un certain âge déjà avancé, un enfant peut, sans que le père en soit informé et sans requérir son consentement, conclure un mariage où la passion le porte ; s'il le peut, dis-je, en sûreté de conscience. Non, répondent les docteurs; et s'il le fait, le père est en droit de le punir selon les lois, et de le priver de son héritage : peine censée juste, et qui par conséquent suppose une offense. On demande si le père, voyant son fils embrasser un parti qu'il juge, selon Dieu, lui être pernicieux, peut se taire sur cela, et, par son silence, y coopérer en quelque sorte et l'autoriser. Ce serait, suivant la décision de tous les maîtres de la morale, un crime dans lui; et si là-dessus il dissimule, s'il n'y fait pas toutes les oppositions nécessaires, il se rend prévaricateur. De là il s'ensuit donc que les pères , sans disposer de leurs enfants , ont néanmoins part à leur choix en plusieurs manières : par exhortation, par conseil, par tolérance, par consentement, par droit d'opposition et de punition. Et voilà, chrétiens, le fondement de In vérité que je vous prêche. Car si Dieu ne vous avait pas engagés à lui garantir le choix que font vos enfants, pourquoi seriez-vous criminels, lorsque vous manquez à employer, ou la voie de l'autorité, ou celle du conseil et de l'instruction pour les aider à bien choisir? Pourquoi serait-ce dans vous une tolérance condamnable, quand vous les abandonnez à eux-mêmes, et que vous les laissez choisir impunément et inconsidérément ce que vous savez ne leur pas convenir et leur devoir être nuisible? Pourquoi pourriezvous vous opposer à leur choix, traverser leur choix, les punir de leur choix, s'il est contre votre gré, et qu'à votre égard ils ne se soient pas acquittés des soumissions ordinaires? Dieu sans doute ne vous a donné ce pouvoir qu'à raison des charges qui y sont attachées ; et de tous ces devoirs qu'il a imposés à vos enfants , résulte en vous une obligation naturelle de répondre d'eux et de leur état. Si donc il arrive qu'ils s'égarent, ou parce que vous n'avez pas pris soin de les éclairer, ou parce que vous n'avez pas eu la force de leur résister, ou parce qu'une lâche tolérance vous a fait même seconder leurs désirs insensés, Dieu n'a-t-il pas droiî de s'en prendre à vous, et de vous dire : Rendez-moi compte, non seulement de vous-même, mais de ce fils, mais de cette fille, auprès de qui vous deviez être, en qualité de père, mon ministre, pour leur servir de guide et de conducteur. Et certes, chrétiens, qui ne sait pas qu'un père est responsable à Dieu de l'éducation de ses enfants? Or, dans l'éducation des enfants, qu'y a-t-il de

plus essentiel que Ja condition où ils doivent entrer, et la forme de vie sur laquelle ils ont à délibérer?

Développons encore ceci, et mettons-le dans un nouveau jour, pour le rendre plus instructif et plus pratique. Le choix d'un état, dit saint Bonaventure, peut être mauvais en trois manières : ou par lui-même, parce que l'état est contraire au salut, du moins très dangereux ; ou parce que celui qui embrasse l'état, est incapable de le soutenir ; ou parce que , tout honnête qu'est l'état que l'on choisit , tout propre qu'on est à en remplir les fonctions, on n'y entre pas néanmoins, si je puis ainsi m'exprimer, par la porte de l'honneur, ni par des voies droites. Prenez garde : je dis d'abord, choix d'un état mauvais par lui-même, ou du moins très dangereux. J'en donne un exemple : c'est celui de saint Matthieu. Qu'était-ce que cet apôtre, avant qu'il eût été appelé et converti par Jésus-Christ? c'était un publicain, et il faut bien dire que cet emploi, qui consistait à lever certains deniers publics, s'exerçait alors communément contre la conscience , puisque Jésus-Christ, dans l'Evangile, parlant du royaume des cieux, mettait les publicains au même rang que les femmes perdues : Publicani et meretrices. (Matth., 21.) C'est la remarque de saint Jérôme : à quoi saint Grégoire en ajoute une autre. Car les apôtres, après leur conversion, reprirent leur première forme de vie , et retournèrent à leur pêche : il n'y eut que saint Matthieu qui, absolument et pour toujours, abandonna sa recette. D'où vient cette différence , demande saint Grégoire , sinon parce que l'emploi de saint Pierre et des autres apôtres était innocent, et que celui de saint Matthieu l'engageait au moins dans un péril certain et très présent ? Si donc il y avait de semblables professions dans le monde, je m'explique , s'il y avait, ce que je n'examine point et ce que j'aurais peine à penser, si, dis-je, il y avait i de ces états, où, selon l'estime commune, il fût moralement impossible de se conserver et d'être chrétien, un père qui craint Dieu pourrait-il permettre qu'un fils s'y jetât en aveugle et qu'il v demeurât? Ah ! mes chers auditeurs, bien loin de l'approuver, de l'autoriser, de le tolérer, il ferait tous ses efforts pour lui en inspirer de l'horreur et pour l'en éloigner. Il lui dirait comme le saint homme Tobie : Prenons confiance, mon fils ; nous serons toujours assez riches, si nous avons la crainte du Seigneur. Prélérons-la à tous les trésors de la terre, et ne consentons jamais, pour des biens temporels, à perdre, ni même à risquer des biens

éternels : Satis multa bona habebimus, si tanner i mus Deum. (Tob., 4.) C'est ainsi qu'il lui parlerait, ou qu'il lui devrait parler. Mais s'il se laissait dominer et conduire par l'intérêt; si, dans la vue d'une fortune temporelle et d'un gain assuré, prompt, abondant, il agréait le choix que fait son fils d'une profession au moins dangereuse selon Dieu; s'il était le premier à lui en procurer l'entrée, à le favoriser, à le seconder dans ses poursuites , à lui chercher pour cela des intercesseurs et des patrons : qui peut clouter que par là il ne se chargeât de toutes les suites funestes qu'il y aurait à craindre ; que par là le père ne se rendît coupable de tous les désordres du fils ; que la damnation de ce jeune homme ne lui dut être imputée , et que ce ne lut un des principaux articles sur quoi il aurait à se justifier devant le tribunal de Dieu? N'en disons pas là-dessus davantage : c'est à vous, chrétiens, à faire l'application de cette morale , et à voir, dans l'usage du siècle présent, quelles conséquences vous en devez tirer. Avançons.

Outre que le choix d'un état peut être mauvais dans la substance, il Test encore plus souvent par rapport au sujet, c'est-àdire . parce que celui qui fait ce choix est indigne de l'état qu'il choisit, n'a pas pour cet état toutes les qualités requises, et se trouve absolument incapable d'en accomplir les devoirs. De là cette corruption générale que nous voyons dans le monde et dans toutes les conditions du monde; de là tant d'abus qui se sont introduits et qui régnent dans l'Eglise; de là ce dérèglement presque universel dans l'administration des charges, et surtout clans la dispensation de la justice , de là presque tous les maux dont la société des hommes est troublée; mais de là même aussi pour les pères un fonds d'obligation qui les doit faire trembler, une matière infinie de péchés , une source inépuisable de scrupules, un des comptes les plus terribles qu'ils aient à rendre : car si nous remontons au principe, et que nous examinions bien ce qui cause un tel renversement dans tous les états de la vie, et d'où viennent tous ces désordres que nous déplorons assez, mais que nous ne corrigeons pas, nous reconnaîtrons qu'ils doivent être communément attribués aux pères, qui, sans égard à l'incapacité de leurs enfants , les ont eux-mêmes placés dans des rangs et leur ont confié des ministères dont les fonctions étaient au-dessus de leurs forces et de leurs talents. En effet, si ce père n'eût point traité de cette charge dont il a pourvu son fils , ce fils ne serait rien aujourd'hui de ce qu'il est, et, n'étant point ce qu'il est, il n'abuse-

mit pas d'une puissance qu'il a reçue sans la pouvoir exercer; U ne ferait pas servir l'autorité dont il est revêtu aux vexations, aux violences, aux injustices que le public ressent et qui le font souffrir. Il a donc été possible au père de prévenir et d'arrêter de si fâcheuses conséquences. Instruit des dispositions de ce jeune homme, il pouvait, au lieu de l'élever si haut, ou de l'aider à v parvenir, lui refuser pour cela ses soins et son secours. Non seulement il le pouvait, mais il le devait; et qui s'étonnera que Dieu là-dessus entre en jugement avec lui, et qu'il lui en fasse porter la peine?

Voilà néanmoins, mes chers auditeurs, l'abus de notre siècle. Le zèle des pères pour leurs enfants, ne va pas à les voir capables d'être employés; mais il leur suffit qu'ils soient employés. Il faut pour cet aîné tel office ; et cela se suppose comme un principe. Y a-t-il de quoi en faire les frais? c'est ce qu'on examine avec toute l'attention nécessaire^ Cette avance une fois faite, restera-t-il assez de fonds pour toutes les autres dépenses ? c'est ce (jue l'on suppute très exactement. Mais d'ailleurs cet enfant que l'on veut ainsi pousser, est-il propre à remplir la place qu'on lui destine ? la chose ne se met pas en délibération : s'il en a le mérite, à la bonne heure; s'il ne l'a pas, sa charge lui en tiendra lieu. Mais on sait bien qu'il ne l'a pas en effet, et l'on ne peut espérer qu'il l'acquière jamais. On le sait, et on agit toujours eomme si on ne le savait pas. Car où sont maintenant les pères qui ressemblent à cet empereur de Rome, lequel exclut authenti- (juement son lils de l'empire, parce qu'il n'y trouvait pas les dispositions requises pour en soutenir le poids ? Ce jeune homme est de telle famille, où telle dignité est héréditaire; dès là son sort est décidé : il faut que le fils succède au père. Et de cette maxime que s'ensuit-il ? vous en êtes tous les jours témoins : c'est qu'un enfant à qui l'on n'aurait pas voulu confier la moins importante affaire d'une maison particulière, a toutefois dans ses mains les affaires de toute une province et les intérêts publics. 11 [peut prononcer comme il lui plaît, ordonner selon qu'il lui plaît, exécuter tout ce qu'il lui plaît. On en souffre, on en gémit, le bon droit est vendu, toute la justice renversée : c'est ce qui importe peu à un père, pourvu qu'il n'en ressente point le dommage, et que ce fils soit établi. Car voilà comment raisonnent aujourd'hui la plupart des pères, ignorant leurs obligations ou négligeant d'y satisfaire; se persuadant que tout est fait . dès qu'un enfant se trouve placé;

s 'imaginant que c'est en cela que consiste la grandeur du monde, et du reste se flattant qu'il y a une providence générale pour suppléer à tout ce qui pourrait manquer de leur part. Oui , chrétiens, il y en a une , n'en doutez point ; mais c'est une providence rigoureuse, pour punir tous ces manquements dans vos personnes, avant que d'y suppléer dans l'ordre de l'univers : il y en a une ; mais c'est une providence de justice, et non de miséricorde, pour vous demander raison de tous les maux que vous pouviez arrêter dans leur source, et que vous avez permis, que vous avez causés, que vous avez perpétués. Il est vrai, l'Écriture nous dit dans un sens , qu'au tribunal de Dieu chacun répondra pour soi , et rien davantage; que le fardeau de l'un ne sera pas le fardeau de l'autre , et que chacun portera le sien : mais il n'est pas moins vrai que la même Écriture, dans un autre sens, nous avertit que Dieu fera retomber sur le père l'iniquité du fils, que le jugement du père ne sera point séparé de celui du fils, que le fils sera condamné par le père et le père par le fils. Deux oracles partis l'un et l'autre de la vérité même ; par conséquent l'un et l'autre infaillibles. Deux oracles opposés, ce semble, l'un à l'autre, et qui néanmoins ne se contredisent en aucune sorte. Mais oracles que vous ne concilierez jamais, qu'en reconnaissant à quoi vous engage la qualité de pères , et quel crime vous commettez , quand un amour aveugle pour des enfants, ou quelque autre vue que ce puisse être , vous fait coopérer à leur choix , malgré leur insuffisance qui vous est connue, et la disproportion qui se rencontre entre leur faiblesse et les ministères qu'ils prétendent exercer.

Mais si le choix enfin n'est mauvais ni en lui-même, ni à l'égard du sujet, est-ce assez? non, chrétiens; car j'ajoute qu'il peut être mauvais par rapport aux moyens, et que c'est encore ce qui doit exciter toute votre vigilance. Je le veux : cet état par lui-même n'a rien qui blesse, ni les règles de l'honneur, ni les droits de la conscience : on y peut être chrétien, et vivre en chrétien. Je vais plus loin, et je conviens même avec vous de tout le mérite de cet enfant; mais, fût-il doué de mille qualités, le mérite n'est pas toujours la porte par où l'on trouve accès et l'on s'introduit, soit dans l'Église, soit dans le monde. Il y a de plus d'autres moyens auxquels on est souvent obligé d'avoir recours: et, parmi ces moyens, il y en a de légitimes qui sont permis, et d'injustes que la loi défend. Or, dans le choix des uns et des autres, laisser les moyens permis, parce qu'ils ne suffisent pas.

parce qu'ils ne sont pas assez prompts, parce qu'on ne Jes a pas. et prendre des voies criminelles qui tout indirectes qu'elles sont, conduisent néanmoins au terme, et plus sûrement et plus vite, voilà une des plus ordinaires et des plus grandes iniquités du siècle. De vous en faire voir l'injustice, de déplorer avec vous la triste décadence où nous sommes là-dessus tombés en ces derniers temps, et de regretter l'ancienne probité des premiers âges, ce n'est point précisément mon sujet. Mais ce qui me regarde, et ce que je ne dois pas omettre ; ce qui demande toute l'ardeur de mon zèle et toute la force de la parole évangélique, c'est que des pères ouvrent eux-mêmes à leurs enfants de telles routes pour s'établir et pour s'avancer : car voilà de quoi nous avons sans cesse de tristes exemples. On veut que ce fils parvienne à certain degré dans le inonde, et pour cela quelles intrigues n'imagine-t-on pas? quelles cabales ne forme-t-on pas? à quels excès ne se porte-t-on pas contre des concurrents qui se présentent et qui font ombrage ? On jette les yeux sur certain parti pour cette fille ; et afin de mieux engager celui-ci, le dirai-je? quelles libertés ne donne-t-on pas à celle-là ? quelles entrevues ne lui permet-on pas? à quel péril ne l'expose-t-on pas? Ce sont, dites-vous, les moyens de réussir, et tout demeure sans cela : mais sont-ce des moyens que Dieu approuve ? sont-ce des moyens que l'Evangile autorise? sont-ce des moyens que l'équité même naturelle inspire, et avec lesquels elle puisse concourir ? Par conséquent sont-ce des moyens qu'un père puisse suggérer à ses enfants, où un père puisse prêter la main à ses enfants, dont un père puisse donner l'exemple à ses enfants? Si donc il se laisse aveugler par sa passion jusqu'à les voir tranquillement, et sans nulle résistanca de <>\ part . suivre de pareilles voies , jusqu'à les leur tracer lui-même 't à les y conduire, en participant aux crimes de ses enfants, ne loit-il pas s'attendre à être compris dans l'arrêt que Dieu prononcera contre eux , et y a-t-il une excuse légitime qui l'en puisse (réserver?

Mi! mes chers auditeurs, ne sera-ce pas assez d'être chargés le nous-mêmes et d'avoir à répondre de nous-mêmes? ne sera-ce même encore trop pour notre faiblesse? Mais, à l'égard des ères et des mères, il n'est pas possible que le jugement de Dieu e réduise là: et, par une triste nécessité et un engagement inéitable, il fuit qu'il passe plus loin : car un père ne peut réponre de lui-même sans répondre de ses enfants, puisqu'il n'aura été

bon père selon Dieu, ou père criminel , qu'autant qu'il aura rempli ses devoirs dans la conduite de sa famille, et en particulier dnns de celle ses entants , ou qu'il les aura négligés. Dieu donne l'autorité aux pères ; c'est afin qu'ils l'emploient, et pour les juger selon l'usage qu'ils en auront fait. Dieu leur donne des grâces particulières et propres de leur état-, c'est afin qu'ils s'en servent, et non pas pour qu'elles demeurent inutiles dans leurs mains. Tout ce que j'ai dit, au reste , du choix de vos enfants et du compte que vous en rendrez à Dieu , ne doit point s'entendre de telle sorte qu'il ne vous soit pas permis de les avancer dans des emplois convenables , ou de l'Église , ou du monde , quand Dieu les y appellera ; car, bien loin de vous en faire un crime , je prétends au contraire que c'est une de vos obligations; et jamais je n'approuverai l'indifférence, pour ne pas dire la dureté de ces pères et de ces mères qui, tout occupés d'eux-mêmes, et ne voulant se dessaisir de rien, laissent languir déjeunes personnes sans établissement, et leur font manquer les occasions les plus favorables : mais mon dessein est d'exciter en vous un saint zèle de la perfection de vos enfants , dont Dieu vous a commis le soin , et qu'il soumet à votre discipline; de vous faire travailler, tandis qu'ils sont encore sous la main paternelle , à les instruire , à les former, à les rendre capables, intelligents, dignes des places où, selon leur naissance, ils peuvent aspirer. Or, il n'y a point pour cela de plus puissant motif que de vous dire à vous-mêmes : Ou il faut que mes enfants soient exclus de tout, et qu'ils mènent une vie obscure et sans emploi ; ou il faut que je m'applique à les dresser, afin qu'ils puissent devenir quelque chose et faire quelque chose dans la vie; ou , si je veux les pousser sans nulle disposition de leur part , et malgré leur incapacité, il faut que je me damne avec eux. Qu'ils soient exclus de tout, ce serait pour eux une honte et un reproche pour moi ; que je me damne avec eux , ce serait une extrême folie et le souverain malheur. La conséquence est donc . que je n'oublie rien, mais que j'use de toute mon adresse et de tout mon pouvoir de père, pour leur faire acquérir les qualités et de l'esprit et du cœur, dont ils pourront dans la suite avoir besoin, selon les états où la Providence les a destinés car d'espérer que Dieu, en les appelant, fasse par lui-même tout le reste, et qu'il leur donne des connaissances infuses, c'es compter sur un miracle , et renverser l'ordre que sa sagesse ; établi dans le gouvernement du monde, et de prétendre qu<

Dieu ne m'impute pas tout ce qui leur manquera et qu'ils pourraient recevoir de moi, c'est ignorer un de mes premiers devoirs, et me tromper moi-même. Voilà, chrétiens, ce qu'il faut bien méditer. Il n'y a rien là qui ne soit d'une conséquence infinie, et, qui ne doive vous faire trembler, si vous le négligez ; mais j'ajoute aussi qu'il n'y a rien qui ne soit d'un mérite très relevé, et qui ne doive vous consoler, si vous vous y rendez fidèles et si vous l'observez.

La qualité de pères vous impose de grandes obligations ; mais en même temps elle vous donne lieu d'amasser de grands trésors pour le ciel : car qui ne. sait pas ce que coûtent la conduite et l'éducation des enfants; combien d'humeurs il faut supporter, combien d'écarts il faut pardonner, combien de faiblesses il faut ménager, combien de précautions il faut prendre pour les instruire sans les fatiguer, pour les tenir sous la règle sans les rebuter, pour leur faire d'utiles répréhensions sans les révolter? Or rien de tout cela n'est perdu devant Dieu, et c'est en cela même que doit consister devant Dieu votre principale sainteté. Vos enfants profiteront de vos soins, ou ils n'en profiteront pas. S'ils n'en profitent pas, il est vrai, ce sera une peine pour vous, et une peine sensible; mais, du reste, vous en serez quittes auprès de Dieu et auprès d'eux : s'ils en profitent , et que Dieu , comme vous pouvez l'espérer, bénisse votre vigilance et votre zèle , quelle consolation pour vous en ce monde de voir votre famille dans l'ordre, et surtout quel bonheur un jour de vous retrouver tous ensemble dans la gloire que je vous souhaite , etc.

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