SUR LES AFFLICTIONS DES JUSTES ET LA PROSPÉRIT1 DES PÉCHEURS
Ascendente Jesu in naviculam, senti sunt eum discipuli ejus : et ecce moins maynus factus est in mari, ita ut navicula operirelur fluclibus. Ipse vero dormiebal , et suscitaverunt eum discipuli ejus, dicenles Domine, salva nos, perimus; et dicit eis : Ouid timidi estis, modicœ fidei?
Jésus étant entré dans une barque, ses disciples le suivirent; et aussitôt il s'éleva sur la mer une grande tempête , en sorte que la barque était couverte de flots. Lui cependant dormait, et ses disciples le réveillèrent, en lui disant : Seigneur, sauvez-nous; nous allons périr. Jésus leur répondit : Pourquoi craignez-vous, bommes de peu de foi? Saint Matth. ch. 8.
Voilà, chrétiens, une image bien naturelle de ce qui se passe tous les jours à nos yeux et parmi nous. Il semble que le Saint- Esprit, en nous la traçant dans cet évangile, ait expressément voulu nous représenter un des plus grands mystères de la conduite de Dieu sur les hommes , et en faire le sujet de notre instruction. Les disciples de Jésus-Christ, c'est-à-dire les justes et les élus de Dieu, vivent dans le monde, que nous pouvons considérer comme une mer orageuse , et s'y trouvent embarqués par les ordres mêmes de la Providence. Dieu est avec eux , et ne les quitte jamais ; il les suit dans toutes leurs voies , il les éclaire et les soutient; mais du reste, à en juger par les apparences, on dirait en mille rencontres qu'il s'en éloigne, qu'il les oublie, qu'il les abandonne, qu'il est à leur égard comme endormi : Ipse vero dormiebat. Il permet qu'ils soient assaillis et battus des plus
violents orages, qu'ils soient exposés aux plus rudes tentations, qu'ils soient affligés et presque accablés des misères de cette vie. Or, qui croirait alors qu'il y a une Providence qui prend soin de leurs personnes; ou qui ne croirait pas au moins que cette Providence est ensevelie dans un profond sommeil, et qu'elle iutiore leurs besoins; surtout lorsqu'on voit les impies prospérer sur la terre, vivre dans le calme, tenir les premiers rangs, jouir de l'abondance , être en possession de tout ce qui s'appelle fortune et bonheur humain? C'est en vue de ce partage si surprenant et si peu conforme à nos idées, que David s'écriait et disait à Dieu : Exurcje ! quare obdormis, Domine? (Ps. 43.) Levez-vous, Seigneur, et pourquoi demeurez-vous dans cette espèce d'assoupissement? Et c'est ainsi que nous lui disons encore nousmêmes, comme les apôtres : Domine, salua nos, perimus : lié! Seigneur, où êtes-vous? nous périssons, et vous nous délaissez; tous les maux viennent nous assaillir, et il semble que vous y soyez insensible. Mais à cela, chrétiens, point d'autre réponse de la part de Dieu , que celle de Jésus-Christ à ses disciples enrayés et consternés : Quid timidl estis, modicx fidei? Où est votre foi, où est la confiance que vous devez avoir en votre Dieu? que craignez-vous, quand je suis avec vous? Mystère de la Providence, dont je veux aujourd'hui, mes chers auditeurs, vous entretenir, et dont il est d'une importance extrême que vous soyez instruits. Ce n'est point précisément aux pécheurs que j'ai à parler: c'est aux âmes fidèles, c'est aux prédestinés du Seigneur, c'est à ceux qui font état de le servir, et qui , tout attachés qu'ils sont à son service , voient souvent tomber sur eux tous les fléaux du ciel , tandis que les mondains passent leurs jours dans ie plaisir et dans la joie. Je vais là-dessus les rassurer et les consoler, après que nous aurons demandé le secours du Saint-Esprit par ; l'intercession de Marie. Ave, Maria.
C'est de tout temps que la foi des chrétiens a été troublée, et
leur confiance en Dieu ébranlée, de voir les méchants dans la
orospérité et dans le repos , pendant que les justes sont dans
adversité et dans le travail. Ce partage, à ce qu'il paraît, si
njuste. a toujours été, pour ainsi dire, le scandale de la Provi-
lence : car de là les pécheurs ont pris sujet de triompher inso-
'inment dans la vie, et de là les plus gens de bien se sont re-
Ichés dans le chemin de la vertu; de là même les plus grands
riuts en sont venus presque jusqu'à former des doutes au pré-
judice de leur foi. Ecoutez-en parler David : Met autan pêne moti sunt pedes, pêne effusi sunt çp'essus mei. (Ibid. 72.) Pour moi, disait-il, je le confesse, j'ai senti ma foi chanceler; et, quelque solide que fût le fondement de mon espérance, je me suis vu sur le point de succomber; et pourquoi? parce qu'il s'est élevé dans mon cœur un mouvement de zèle et d'indignation à la vue des pécheurs qui goûtent la paix, qui réussissent dans leurs desseins, qui établissent leurs maisons, à qui rien ne manque dans la vie : Quia z>etavi super iniquos, pacem peccatorum vident. (Ibid.) En effet, ai-je dit, comment est-il possible que Dieu sache ce qui se passe ici-bas, et comment puis-je croire qu'il y prenne garde? Quomodo scit Deus , et si est scientia ù excetso? (Ps. 72.) Les libertins et les impies sont les plus heureux, les plus honorés, les plus riches : Ecce ipsi peccatore* et abundantes in seculo obtinuerunt dicitias (Ibid.); d'où j'; presque conclu, ajoute le même prophète, qu'il m'était doi inutile de conserver mon cœur dans l'innocence , et d'avoir les mains nettes de toute injustice : Et dixi, ergo sine causa justificaci cor meum, et tari inter innocentes manus mcas. (Ibid.) Ainsi parlait le plus saint roi du peuple de Dieu, et c'était le reproche que faisaient les païens aux fidèles. Quel Dieu servez-vous, leur disaient ces idolâtres; où est sa justice envers vous et sa bonté? Il vous voit pauvres et languissants, et il ne prend nul soin de vous. Est-ce qu'il ne le peut ou qu'il ne le vent pas? Si c'est impuissance, il n'est pas Dieu : et aussi peu l'estil, si c'est insensibilité. Vous vous promettez l'immortalité dans un autre monde que celui-ci; mais quelle apparence qu'un Dieu que vous vous figurez assez puissant et assez bon pour vous ressusciter après la mort, ne vous secourût pas dans la vie? Cependant vous renoncez à tous les plaisirs, vous ne venez point à nos spectacles, vous souffrez la faim et la soif, vous endurez les plus rigoureux tourments; d'où il arrive que vous ne jouissez ni de la vie présente où vous êtes, ni de cette vie future et imaginaire que vous attendez. A cela les Pères faisaient diverses réponses. La plupart niaient la supposition, pour établir une vérité tout opposée; car ils soutenaient que jamais les justes ne sont malheureux sur la terre, et que jamais les impies n'y goûtent un véritable bonheur. Intelligat homo , disait saint Augustin, nunfjuani Deus permittit malos esse felices. (Aug.) Que l'homme s'applique à bien comprendre ceci : Jamais Dieu ne permet que
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les méchante soient heureux. Ils passent néanmoins pour l'être jouta* ee samt docteur; mais on ne les croit heureux m * ce qu on ignore en quoi consiste la vraie félicité : IdolZ Mupuatur, çuia cjuid nt félicita, ignoratur (Ib d nen faut po.nt juger par de certains dehors. Tel, d t aint Am toise me para t avoir la joie dans le cœur, dont e cceuTest " cure de mille chagrins : d est à son aise, selon mon estoe „ k Bans son idée et en effet, il est misérable : Meo afSCZ
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Bons de la divine Providence, qui l'a ordonné de la sorte- et pour vous en convaincre, j'avance deux propositions nuTrenfe' ment tout ce qu'on peut dire de plus solide sur cette ma ièrt"
ici:x:eif's-ours-je soutiens' d'abMd' '!» "-"et
Ze foi Ces J'a rie" qU' d0i,e ni <ini Puisse branler
notre loi . c est la prem,ere proposition et la première partie Je
4s plus et je soutiens même que cette conduite de Dieu a de
quoi eabhr et confirmer notre foi : c'est la seconde proposition
et la seconde partie. Développons l'une et l'antre; et ne crove"
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