XII. — SERMON
Dixit Jésus discipulis suis : Amen, amen dico vobis, si quid petieritis Palrem in nomine meo, dabit vobis. Usquemodo non petistis quidquam in nomine meo; petite et acripietis.
Jésus parla de cette sorte k ses disciples : Je vous le dis en vérité, si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous l'accordera. Vous n'avez encore rien demandé en mon nom ; demandez , et vous recevrez. Saint Jean , chap. 16.
Il n'appartient qu'à un Dieu aussi grand que le nôtre de Faire une promesse si magnifique et si étendue , parce qu'il n'appartient qu'à lui de la pouvoir exécuter. Le. Fils de Dieu ne nous dit pas seulement dans la personne de ses disciples, Si vous demandez ; telle ou telle chose, vous l'obtiendrez; mais, Si vous demandez quelque chose, quoi que ce soit, mon Père vous le donnera : Si nid petieritis, dabit vobis. Il ne nous dit pas précisément, Demandez ceci ou cela, mais indéterminément et en général, Demandez et vous recevrez : Petite et aecipietis. Encore une fois, ihrétiens, il fallait une puissance et une miséricorde infinie pour Hre en état de s'engager de la sorte , et pour le vouloir. C'est donc à qu'éclate la souveraine grandeur du Dieu que nous adorons; 'es! là qu'il fait également paraître , et ce pouvoir suprême qui rend maître de tout, et cette bonté sans mesure qui le fait des- Ijendre et compatir à tous nos besoins ; aussi est-ce de là même 1 1 ne les Pères ont pris occasion de tant exalter l'efficace de la ; 'rière. qu'ils l'ont regardée comme la mère de toutes les vertus, Ihmme la source de tous les biens, comme le trésor de l'âme
chrétienne et comme un fonds de richesses inépuisable, parce que c'est le moyen de parvenir à tout et d'avoir tout : Si guid petieritis Patrem, dabit vobis. Il est vrai qu'elle requiert certaines conditions. Dieu n'est pas le dissipateur, mais le dispensateur de ses grâces, et par conséquent il n'écoute pas sans distinction toute prière, mais une prière animée par la foi, une prière sanctifiée par l'humilité, une prière soutenue par la persévérance, une prière, non des lèvres et de la bouche seulement, mais de l'esprit et du cœnr : tout cela est incontestable , et tout cela e>t bien raisonnable. Ce qui m'étonne, chrétiens, et ce qui est en effet bien surprenant, c'est le peu de soin que nous avons de mettre en œuvre auprès de Dieu ce qui devrait nous servir en toutes rencontres. Car ne puis-je pas bien faire à la plupart de mes auditeurs le même reproche que faisait le Sauveur du monde a ses disciples : Usquemodo non petistis quidguam : Vous n'avez rien demandé jusqu'à présent ? Est-ce que rien ne vous manque ? mais vous êtes tous les jours si éloquents à exposer aux hommes les nécessités ou temporelles ou spirituelles qui vous affligent. Est-ce que vous n'avez point encore appris à demander ni à prier? Si cela est, comme je n'ai que trop lieu de le croire, appliquez-vous à ce discours , où je prétends vous entretenir de la prière, après avoir prié moi-même en m'adressant à Marie, et lui disant, Ave.
Exercer le ministère de l'Evangile, c'était, dans l'idée de saint Paul, faire profession d'être redevable à tous, aux ignorants et aux savants, aux charnels et aux spirituels, à ceux qui sont encore enfants en Jésus-Christ, et à ceux qui sont déjà des hommes formés et parfaits, ou qui travaillent à le devenir: aux ignorants pour les instruire, aux savants pour les persuader, aux charnels pour les convertir, aux spirituels pour les affermir; ; ceux qui sont encore enfants pour les nourrir de lait, aux parfait: pour leur préparer des viandes solides, à tous pour leur prêchei la vérité, mais d'une manière proportionnée à leur état et à leur; dispositions : ainsi ce grand apôtre le pratiquait-il , ainsi en ser vait-il d'exemple aux ministres qui devaient être chargés après lu du même emploi; et voilà, mes chers auditeurs, l'engagement o je me trouve aujourd'hui. J'ai à vous entretenir de la matière 1 plus importante, savoir, de l'oraison ou de la prière; et. par u dessein particulier de Dieu , je me trouve obligé à en instrnir tout à la fois deux sortes de personnes ; les chrétiens du siècle
qui marchent dans les routes de h religion-, et ceux qui aspirent et qui s'élèvent aux voies les plus sublimes de la perfection. Il semble que, pour l'utilité publique, j'aurais pu me contenter de l'instruction des premiers; mais Dieu, par son adorable providence, a permis que dans notre siècle il ne fût pas moins nécessaire de s'appliquer à l'édification des seconds, et c'est pourquoi je me suis senti inspiré de parler ici aux uns et aux autres; aux premiers, pour les convaincre de la nécessité de l'oraison , et aux seconds, pour leur découvrir les abus de l'oraison. Mais parce que le terme d'oraison, par rapport à ces deux sortes de chrétiens, est comme un terme équivoque, qui signifie pour les premiers l'action commune de prier, et pour les seconds quelque chose de plus relevé, que nous appellerons oraison extraordinaire, afin d'ôter toute ambiguïté , et de vous déclarer nettement ma pensée, mon dessein est de l'aire voir aux uns le besoin qu'ils ont de l'oraison commune , et de marquer aux autres comment ils peuvent abuser de l'oraison extraordinaire-, c'est-à-dire, d'engager les uns à prier et d'empêcher les autres de mal prier; d'attirer ceux-là au saint exercice de l'oraison, qui nous est commandé, et de retirer ceux-ci des fausses voies d'une oraison dangereuse et inutilement pratiquée. Voilà ce que j'entreprends. En deux mots, l'indispensable nécessité de l'oraison ordinaire, fondée sur les principes de la foi les plus évidents, c'est le premier point ; l'abus le l'oraison extraordinaire , reconnu et découvert par les règles le la foi les plus solides, c'est le second point. Commençons.