‹ Choix de sermonsChapitre 49 sur 79 · XIV. — SERMON · texte numérisé non relu

XIV. — SERMON

Et ego clico vobis : Facile vobis amicos de mammona iniquitatis, ut cum defeceritis recipiant vos in ceterna tabernacula.

Et moi je vous dis de même: Faites-vous des amis de vos richesses , afin que quand vous serez réduits à l'extrémité ils vous reçoivent dans les demeures éternelles. Saint Luc, chap. 16.

C'est la conclusion que tire aujourd'hui le Fils de Dieu de la parabole de l'Evangile, et c'est de tous les conseils de Jésus- Christ, ou plutôt de tous les préceptes de la sainte loi que ce Sauveur de nos âmes est venu nous enseigner, un des plus salutaires et des plus indispensables. Est-il rien de plus avantageux et de plus à souhaiter pour nous que d'avoir de fidèles amis et de puissants intercesseurs qui prennent en main nos intérêts, qui défendent auprès de Dieu notre cause, qui fléchissent en notre laveur ce souverain juge, et qui, par l'efficace de leur médiation, nous ouvrent ce royaume céleste où nous aspirons, et nous fassent entrer avec eux dans la gloire ? Mais , afin de parvenir à cet heureux terme et de nous en assurer la possession, est-il rien en même temps de plus nécessaire et d'une obligation plus étroite que de nous enrichir de mérites et de trésors spirituels , de nous purifier devant Dieu , d'acquitter nos dettes , et d'avoir même de quoi acheter cette terre promise qui doit être le centre de notre repos et notre éternelle béatitude ! Or c'est \ cela, mes chers auditeurs, que vous peuvent servir ces bien; temporels dont vous jouissez dans la vie; voilà l'emploi que voui en devez faire. Ce sont des richesses d'iniquité, selon la paroi» de mon texte , c'est-à-dire des richesses qui nous rendent corn

munément injustes : mammona iniquitatis. Mais ces richesses d'iniquité et de damnation deviendront, par l'exercice de la charité chrétienne, des richesses de justice, si je puis parler de la sorte, des richesses de salut et de prédestination. Je viens donc, mes frères, vous entretenir de l'aumône, matière, dit saint Chrysostome , qu'un ministre évangélique ne peut omettre sans manquer ta l'un des devoirs les plus essentiels de son ministère : et il est bien remarquable que de tant de prédications et d'exhortations que fit à son peuple ce saint évêque , il n'y en a presque pas une où l'aumône ne soit expressément recommandée, comme si toute la morale du christianisme se réduisait là , et que c'en lût le point capital. Je n'ai ni la pénétration ni l'éloquence de cet incomparable prédicateur; mais votre grâce, Seigneur, nie soutiendra, et je la demande par l'intercession de Marie : Ave.

C'est une question dont tout homme chrétien peut être édifié, et qui parut autrefois à saint Chrysostome assez importante pour en faire le sujet d'une de ses homélies , savoir qui des deux est le plus redevable à la providence de Dieu de la conduite qu'elle a tenue en établissant le précepte de l'aumône , ou le riche qui est dans l'obligation de la donner, ou le pauvre qui est dans la nécessité de la recevoir. A en juger par les apparences, on croirait ! d'abord, dit ce saint docteur, que cette loi de l'aumône est bien * plus favorable au pauvre qu'au riche, puisqu'elle a pour fin de soulager la misère du pauvre, et qu'au contraire elle impose au riche un devoir onéreux dont il ne peut se dispenser. Mais d'ailjleurs le riche tire de l'accomplissement même de cette loi de tels ivantages qu'il y a raison de douter s'il n'est encore plus de son intérêt que de celui du pauvre qu'elle subsiste. Décidons cette uuestion, chrétiens, et, pour y observer quelque ordre, distinguons deux choses dans la matière que nous traitons, je veux lllire le précepte de l'aumône, et l'efficace de l'aumône. Le pré- Irepte de l'aumône peu connu, et l'efficace de l'aumône souvent lires mal entendu; le précepte que l'on néglige, et l'efficace dont lin ne profite pas. Car de là, mes chers auditeurs, dépend l'élaircissement de la question que je me suis proposée, et le voici : !f dis que, dans l'établissement de l'aumône, la providence de otre Dieu s'est montrée également bienfaisante envers le pau- •e et envers le riche. Bienfaisante envers le pauvre, d'avoir uirvu, par une loi particulière, au soulagement de sa pauvreté;

ce sera la première partie. Bienfaisante envers le riche, de lui avoir donné un moyen aussi infaillible que celui de l'aumône pour apaiser Dieu dans l'état de son iniquité; ce sera la seconde partie. Érigeant l'aumône en précepte, Dieu a considéré le pauvre-, et , en attribuant à l'aumône une vertu aussi souveraine qu'elle l'a , Dieu a eu égard au riche : deux points d'instruction que je vais développer selon les principes de la plus exacte théologie. Dans le premier, vous pourrez reconnaître à quoi le devoir de l'aumône engage un riche chrétien, et dans le second, je vous ferai voir de quelle ressource et de quelle consolation la pratique de l'aumône est pour un riche pécheur. L'un et l'autre méritent une attention toute particulière.

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