XV. — SERMON
Dicebat aulem et ad invitât os parabolamr intendens quomodo prirnos accubilus digèrent.
Il adressa ensuite aux conviés une parabole, prenant garde comment ils choisissaient les premières places. Saint Luc, ctaap. If».
C'est ainsi que le Sauveur du monde profitait de toute occasion. et ne négligeait rien de tout ce qui s'olFrait à ses yeux, pour en tirer de salutaires enseignements , et pour expliquer sa divine morale. Dans un repas où il avait été convié, et où se trouvait avec lui une nombreuse assemblée de pbarisiens , il est témoin de leur orgueil, et remarque leur affection à s'attribuer tous les honneurs et à se placer eux-mêmes aux premiers rangs. Car ce fut toujours l'esprit de ces faux docteurs de la loi, de vouloir partout se distinguer, partout dominer, et d'être souverainement jaloux d'une vaine supériorité dont ils se flattaient et dont se repaissait leur ambition. Mais, pour rabattre ces hautes idées et cette enflure de cœur, que fait le Fils de Dieu? Dans un exemple particulier, il leur trace une leçon générale, et dans la parabole de ce festin de noces où il veut qu'une modestie humble et retenue leur fasse chercher les dernières places, il comprend tous les états, tous les temps, toutes les conjonctures de la vie, où l'humilité doit réprimer nos désirs ambitieux , et nous inspirer une réserve sage et chrétienne. Cum invitatus fueris ad nuptias , recumbe in novissimo loco. Maxime qui ne dut guère être du goût de ces hommes superbes et orgueilleux que Jésus-Christ se proposait d'instruire , et maxime qui , de nos jours , n'est guère mieux suivie dans le christianisme , ni mieux pratiquée. Depuis
les grands jusqu'aux petits, et depuis le trône jusqu'à la plus vile condition , il n'y a personne , ou presque personne , qui , plus ou moins , selon son état, n'ait en vue de s'élever, et qui ne dise comme cet ange qui s'évanouit dans ses pensées , Je monterai , Ascendant. Or qui pourrait exprimer de quels désordres cette damnable passion a été jusqu'à présent le principe, et quels raam elle produit encore tous les jours dans la société humaine? C'est donc ce qui m'engage à la combattre ; et c'est pour la déraciner de vos cœurs et la détruire que je dois employer toute la force de la parole de Dieu. Vierge sainte, vous qui, par votre humilité, conçûtes dans vos chastes flancs le Verbe même de Dieu , vous m'accorderez votre secours, et j'obtiendrai, par votre puissante médiation, les grâces qui me sont nécessaires, et que je demande, en vous disant : Ave.
Pour bien connaître la passion que j'attaque , et pour en concevoir la juste horreur qui lui est due, il en faut considérer les caractères, que je réduis à trois, savoir, l'aveuglement, la présomption, et l'envie qu'elle excite ou la haine publique qu'elle nous attire. Trois choses que je trouve marquées dans l'évangile de ce jour, et dont je vais faire d'abord le partage de ce discours. Car cet homme qui , dans un festin de noces , sans examiner si quelque autre plus digne et d'un ordre supérieur y a été convié, va se mettre à la première place, nous représente tout à la fois l'aveuglement et la présomption de l'ambitieux; et l'affront qu'il reçoit du maître qui le fait retirer est une image naturelle de l'indignation avec laquelle nous regardons communément l'ambitieux, et de la jalousie dont nous nous sentons intérieurement piqués contre lui. Quoi qu'il en soit, mes chers auditeurs, et à parler de l'ambition en général , j'y découvre trois grands désordres, selon trois rapports sous lesquels je l'envisage. Elle est aveugle dans ses recherches , elle est présomptueuse dans ses sentiments, et elle est odieuse dans ses suites. Mais à cela quel remède? point d'autre que cette sainte humilité qui nous est aujourd'hui si fortement recommandée, et qui, seule, est le correctif des pernicieux effets d'un désir déréglé de paraître et de s'agrandir. Car si l'ambition , par un premier caractère , est aveugle dans ses recherches, c'est l'humilité qui en doit rectifier les vues fausses et trompeuses. Si l'ambition, par un second caractère, est présomptueuse dans ses sentiments, c'est l'humilité qui doit rabaisser cette haute estime de nous-mêmes et de nos prétendues qualités.
Enfin , si l'ambition , par un dernier caractère , est odieuse dans ses suites , c'est l'humilité qui les doit prévenir, et c'est elle , à quelque état que nous soyons élevés, qui nous tiendra toujours unis de cœur avec le prochain. Voilà en trois mots tout le sujet de votre attention.