SUR LE ZELE POUR L'HONNEUR DE LA RELIGION
Crectid.it ipse, et domus ejus iota.
Il crut en Jésus-Christ, et toute sa maison cçut comme lui. Saint Jean, chap. U.
C'est d'un père de famille que l'Evangile nous produit aujourd'hui l'exemple. Touché du miracle que le Sauveur du monde venait d'opérer en sa faveur, et ayant embrassé la loi de cet Homle-Dieu, il la fait encore embrasser à ses domestiques, et ne jeroit pas pouvoir mieux employer son pouvoir qu'à lui soumette toute sa maison : Credidit ipse, et doinus ejus tota. Ce l'est pas qu'il use de violence , ni que d'une autorité absolue il itraîne des esprits rebelles, et arrache d'eux, pour ainsi parler, ie foi contrainte et forcée. En matière de religion tout doit ..re libre et pleinement volontaire, et Dieu réprouverait un culte pu le cœur n'aurait point de part. Si donc cette heureuse famille t'attache désormais à Jésus-Christ et en suit fidèlement la docrine, c'est qu'elle y est engagée par l'exemple de son chef, c'est relie y est animée par ses sages remontrances, c'est que le téoignage de ce nouveau chrétien est une instruction pour elle [lui l'éclairé, qui la convainc, et que de l'honneur qu'il rend à t foi elle apprend elle-même à l'honorer. Car ce fut là sans doute, les chers auditeurs, la grâce prévenante et extérieure dont Dieu e servit, tandis qu'il agissait intérieurement dans les âmes, et u'il y répandait les rayons de sa lumière. Si ce maître n'eût pas m. ou si, dissimulant sa foi, il n'eût pas eu l'assurance de s'en éclarer, tant de sujets soumis à son obéissance et témoins de i conduite seraient demeurés dans les ténèbres de l'infidélité; tais parce qu'il ne se contenta pas de croire, et qu'il parla selon
sa créance, qu'il s'expliqua hautement, qu'il conlessa Jésus-Chris de bouche et par œuvres , sa conversion seule fut le principe di toutes les autres conversions : Credidtt ipse , et domus eju, tota. Or voilà le zèle que je voudrais allumer dans vos cœurs Voilà, chrétiens, par où je voudrais corriger mille scandales qui nous causons à notre religion et qui la déshonorent. Je vais vou faire comprendre ma pensée ; mais pour vous la bien développe j'ai besoin de l'assistance du Saint-Esprit, et je la demande pa l'intercession de Marie ; disons-lui, Ave.
Nous avons tous une obligation indispensable et naturelle d'ho norer notre religion, comme nous en avons une d'honorer notn Dieu. Ces deux obligations sont fondées sur le même principe et Tune est une suite nécessaire de l'autre. Dieu et la religion dit saint Thomas, ne se peuvent séparer. Car Dieu est la fin der nière que nous cherchons , et la religion est le moyen qui nom lie à cette fin. Comme il est donc impossible d'aimer la fin san; aimer le moyen, aussi est-il impossible d'honorer Dieu sans hono rer la religion. Voilà le plus noble zèle que nous puissions jamai concevoir, et celui de tous auquel nous sommes le plus étroite' ment engagés. C'est le plus excellent et le plus noble , parce qui faire honneur à la religion, c'est le faire à Dieu même. Or que avantage pour une créature, qu'elle soit capable de faire honneui à son Dieu ! C'est celui auquel nous sommes le plus étroitemen engagés, parce que le premier de tous les devoirs, comme le; païens mêmes l'ont reconnu, regarde la Divinité et la religion L'amour de la patrie, la foi conjugale, la piété des enfants envers leurs pères, le lien des amitiés les plus intimes, tout cela est for et ce sont de grandes obligations : mais tout cela doit céder \ l'obligation dont je parle ; et plutôt que d'y manquer, il faut êtn prêt de renoncer à tout le reste.
Qu'est-ce que notre religion? C'est un précieux héritage qu nous avons reçu de nos ancêtres, comme ils l'avaient eux-même reçu de Dieu. C'est à nous de le conserver et de le maintenir ave honneur. Moïse, Josué et les autres conducteurs du peuple d Dieu, pouvaient tout sur lui quand ils l'intéressaient par cett considération. Allons, disaient-ils, généreux Israélites, c'est pou Je Dieu d'Abraham qu'il faut combattre; c'est le Dieu d'Isaac i de Jacob qui vous commande de marcher ; c'est le Dieu de vo pères qui nous envoie pour vous témoigner combien il se tiei offensé de vos superstitions. A cette parole du Dieu de leurs p<
res, ils se sentaient émus, ils obéissaient sans réplique, ils brisaient leurs idoles, les armées entières se mettaient sur pied et se présentaient à l'ennemi. Quoi donc, demande saint Chrysostomc. est-ce que Dieu était pour eux quelque chose de plus parce qu'il avait été le Dieu d'Abraham, ou que leur religion était plus sainte, parce qu'elle avait été celle de leurs pères? Non, répond ce saint docteur-, mais cependant cette vue du Dieu de leurs pères réveillait en eux les plus purs sentiments de leur foi. Se regardant comme les successeurs d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, ils avaient honte d'avoir dégénéré de leur piété, et ce seul motif leur inspirait le zèle de ces grands patriarches, je veux dire le zèle de la vraie religion.
Je ne suis, chrétiens, ni un Moïse, ni un Josué, pour prétendre la même autorité sur vous : mais j'en ai une autre, en vertu de mon ministère, qui ne m'autorise pas moins à vous parler de la part de Dieu -, et c'est par un mouvement particulier de son esprit que je viens vous solliciter pour les intérêts de votre religion et de la mienne : me promettant au reste bien plus de vous que jamais Moïse n'eut droit d'attendre du peuple juif. Car c'était un peuple grossier et incrédule , un peuple insensible aux bienfaits de Dieu, un peuple léger et inconstant : et moi, j'espère trouver en vous un peuple docile, qui sera touché des scandales dont la religion de Jésus-Christ est déshonorée , et qui conspirera avec .moi pour les retrancher du royaume de Dieu et de son Eglise : Et colligent de regno ejus omnia scandala. (Matth. , 13.) Il ne s'agit ici que des scandales qui attaquent spécialement la religion, et voici le dessein de ce discours. Je suppose deux qualités essentielles dont je vous ai déjà entretenus et que nous reconnaissons, comme chrétiens, dans notre religion, savoir, la vérité Jt la sainteté; la vérité de sa doctrine, et la sainteté de sa morale. Or, de là je tire deux conséquences qui vont partager ce liscours. Notre religion est vraie; donc nous devons tous l'honorer par la profession de notre foi : c'est la première partie. Votre religion est sainte-, donc nous devons tous l'honorer par a pureté de nos mœurs : c'est la seconde partie. Voilà où se réluit ce zèle dont j'ai entrepris de vous entretenir, et ce qui me tonnera lieu de combattre bien des désordres, que nous ne pouons assez déplorer dans le christianisme. Donnez-moi votre atnition