‹ Choix de sermonsChapitre 60 sur 79 · XVII. — SERMON · texte numérisé non relu

XVII. — SERMON

Tune vocavit illum clominus suus, et ait illi : Serve nequam, omne débit um climisi tibi, quoniam rogasti me : nonne ergo oportuit et te misereri corner ci tui, sicut et ego tui misertus sum? Et iratus clominus cjus, Iradidit eum tortoribus.

Alors son maître le fit appeler, et lui dit : Méchant serviteur , je vous ai remis tout ce que vous me deviez, parce que vous m'en avez prié : ne fallait-il donc pas avoir pitié de votre compagnon comme j'ai eu pitié de vous? Sur cela le maître indigné le livra aux exécuteurs de la justice. Saint Matth., chap. 18.

Jamais reproche ne fut plus convaincant, ni jamais aussi châtiment ne fut plus juste. Pour peu que nous ayons de lumière et de droiture naturelle, il n'y a personne qui ne sente toute la force de l'un, et qui n'approuve toute la rigueur de l'autre. Car que pouvait répondre ce serviteur impitoyable, et si dur à se faire payer sans délai une somme de cent deniers , lors même que son maître, touché pour lui de compassion, et ayant égard à sa misère, venait de lui remettre jusques à dix mille talents ? Si donc, irrité d'une telle conduite, le maître ne diffère pas à ce misérable, s'il le traite comme ce malheureux a traité son débiteur, et s'il le fait enfermer dans une obscure prison , c'est un arrêt dont l'équité se présente d'abord à l'esprit, et dont la raison est évidente. Voilà, mes chers auditeurs, la figure; et dès que nous en demeurons là , nous n'y voyons rien qui nous surprenne . ni rien qui ne soit conforme aux lois d'une étroite justice. Mais laissons In figure, et faisons-en l'application. Jésus-Christ l'a faite lui-même

dans notre évangile, et il y a sans doute de quoi nous étonner. Car c'est ainsi, dit le fils de Dieu, que votre Père céleste se comportera envers vous : Sic et Pater vester cœtestis faciet vobis. \Utth., 18.) Quelle menace, et à qui parle le Sauveur du monde? à vous, chrétiens, et à moi, si nous ne pratiquons pas à l'égard du prochain la même charité que ce Dieu de miséricorde a tant de fois exercée en notre faveur, et qu'il exerce encore tous les jours; si, dans les offenses que nous recevons du prochain, nous nous livrons à nos ressentiments et à nos vengeances; si nous ne pardonnons pas, si nous ne remettons pas libéralement toute la dette, ou si nous ne la remettons pas sincèrement et de bonne foi. Sic et Pater vester cœtestis faciet vobis , si non remiseritis unusquisgue proximo suo de cordibus vestris. De là, mes frères, vous jugez de quelle importance il est de vous ex- 'liorter fortement au pardon des injures; or c'est ce que j'entre- 'prends aujourd'hui. Matière d'une conséquence infinie; matière où je n'aurais pas la confiance de m'engager, si je ne comptais, Seigneur, sur l'onction divine et l'efficace toute -puissante de votre parole. Soutenez-moi, mon Dieu, dans un sujet où votre grâce 'm'est plus nécessaire que jamais. Je la demande par la médiation de Marie. Ave.

Si je parlais à des païens et en philosophe , je pourrais trouver dans les principes même de la prudence du siècle , de quoi réprimer les saillies de la vengeance et de quoi condamner les excès l'une passion aussi aveugle qu'elle est violente et emportée. jUais du reste, mes chers auditeurs, convenons qu'avec toutes je s preuves de la philosophie humaine , je discourrais beaucoup i l't avancerais peu; et que les plus spécieux raisonnements n'abou- : liraient tout au plus qu'à satisfaire votre curiosité et non point à j ronvaincre vos esprits, ni à toucher vos cœurs. Il faut donc pren-

• Ire la chose de bien plus haut, et c'est à la religion que je dois llivoir recours. Il faut vous parler, non en sage du monde, mais

n prédicateur de .lésus-Christ. Il faut pour vous soumettre emjiloyer l'autorité de Dieu même; et pour vous engager, vous pro-

* poser un intérêt éternel. Appliquez-vous, s'il vous plaît, à mon

cssein . que j'explique en deux mots. Je viens vous entretenir un des plus grands commandements de la loi, et, afin de vous |n persuader solidement la pratique , je viens établir deux profitions, qui partageront ce discours. Dieu a droit de nous or- Onner en faveur du prochain le pardon des injures que nous en

avons reçues : c'est la première proposition et la première partie Si nous refusons au prochain ce pardon, nous donnons à Diei un droit particulier de ne nous pardonner jamais à nous-mêmes c'est la seconde proposition et la seconde partie. Prenez garde mon cher auditeur. Voulez-vous disputer à Dieu son droit? je vai le justifier. Prétendez-vous que Dieu vous pardonnant, aprè que vous n'aurez pas pardonné , se relâche ainsi de son droit c'est de quoi j 3 vais vous détromper. Il n'est point ici questio de belles paroles , ni des agréments de l'éloquence chrétienne mais il s'agit de vous faire vivement comprendre deux des plu grandes vérités. Commençons.

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