‹ Choix de tableaux et statues des plus célèbres musées et cabinets étrangersChapitre 100 sur 124 · L'ENLÈVEMENT DE PP.OSERPÏNE · texte numérisé non relu

L'ENLÈVEMENT DE PP.OSERPÏNE

Tableau de la Galerie du comte de Stajford , à Londres ^ peint sur toile.

Hauteur 6 pieds, largeur G pieds 8 pouces.

C'est à maître E.011X , Primatice ^ Nicolas AbatI et autres peintres italiens ^ appelés par François P*". pour orner de lems ouvrages son cîîâteau cle Fontainebleau^ que l'école françoise dut ses premiers progrès. La vue de ces peintures et les libéralités du roi envers leurs auteurs, excitèrent l'émulation de nos artistes. Le goût gotliique disparut de leurs productions^ et bientôt ils purent rivaliser avec leurs maîtres. Cette époque de l'iiistoire des arts en France est d'autant plus mémorable que dans au' cun temps 5 l'école françoise ne fut si près de la perfection. Aujourd'hui même, que ses artistes n'ont plus de rivaux dans l'Europe moderne , les monumens qui nous restent du siècle de François P^. ont encore droit à notre admiration, et, sous plus d'un rapport, pourroient être même étudiés avec fruit.

Nicolas Abati tint le premier rang parmi les peintres qui aidèrent le Primatice, devenu intendant général des batimens de la Couronne , après la mort de maître Roux. Les fresques qu'il exécuta à Fontainebleau, sur les dessias du Primatice , sont considérables. La salle de bal , la grande galerie où sont représentés les travaux d'Ulysse à ^on retour de Troie, la cliambre de Saint -Louis, qui contient huit tableaux tirés de la même histoire et beaucoup d'autres ouvrages qu'il peignit tant à Fontainebleau*

que dans d'autres maisons royales ainsi que dans le château de Beauregard près Blois^attestent l'habileté de Nicolas Abati dans ce genre de peintures.

Les Garraches faisoient le plus grand cas des productions de ce maître, et ne dédaignèrent pas de les étudier. Augustin, dans un sonnet, en a fait Féloge le plus pompeux. Cet éloge revêtu du charme de la poésie paroîtra sans doute exagéré, mais on doit convenir du moins qu'un tel maître ne les auroit pas prodigués à un artiste médiocre. Abati étoit bon dessinateur et son pinceau large et facile. On en peut Juger par le tableau de l'enlèvement de Proserpine dont nous donnons le trait. On n'y admire pas moins la richesse et l'effet du paysage , éclairé en partie par im large rayon de soleil ,^ que la variété et la justesse de l'expression des compagnes de Proserpine.

Pluton tient dans ses bras l'objet de son amour et s'achemine vers la montagne voisine, mais on se demande comment, chargé d'un si noble fardeau, il lui sera possible de la franchir et d'arriver jusqu'au sommet oii l'artiste a placé le char qui doit reconduire le dieu et sa nouvelle compagne dans le séjour des ombres.

Cette tâche pénible que le peintre a imposée à son héros rappelle l'aventure de ce jeune amant d'une contrée de la Normandie, qui mourut de fatigue après avoir gravi un rocher en tenant dans ses bras l'amante qu'un père dénaturé ne vouloit lui laisser épouser qu'à ce prix.

Ce tableau a été gravé par Alix , pour la Galerie du Palais-Royal ; on aura peine »\ croire qu'une production aussi remarquable d'un peintre qui n'a laissé que très-peu de tableaux à l'huile , n'ait été évalué qu'à deux cents francs par ceux qui firent Festimation de la Galerie d'Orléans.

Page 1