SALMACIS ET HERMAPHRODITE
Tableau de la Galerie de Cleveland^house à Londres peint sur toile.
Hauteur î pied 9 pouces , largeur i pieds 1 pouce.
Hermaphrodite fils de Mercure et de Vénus, ainsi que l'indiquent les noms grecs de ces deux divinités y Hermès et Aphrodite y fut élevé par les Nymphes dans les cavernes du Mont Ida. Un jour que ce jeune homme se h?ignoit dans la fontaine Salmacis, située en Carie, la naïade qui y présidoit en devint tellement éprise, qu'elle Temhrassa étroitement et demanda aux dieux de n'en être jamais séparée. Sa prière fut exaucée , et leurs corps n'en formèrent plus qu'un seul, que depuis on appela Androgyne^ c'est-à-dire homme et femme. Hermaphrodite demanda ensuRe , et obtint de Mercure et de Vénus, que tout ceux qui viendroient se baigner dans cette fontaine , éprouvassent la même métamorphose. Comme presque toutes les fables des Grecs ont une origine historique, voici comment on explique celle-ci :
La fontaine Salmacis étoit véritablement dans la Carie y près d'Halicarnasse , à coté du Temple consacré à Vénus et à Mercure. Une colonie de Grecs ayant chassé les Cariens de cette ville , ceux-ci se retirèrent sur les montagnes d'où ils incommodèrent les vainqueurs par leurs fréquentes excursions. Un Grec de la colonie, s'avisa de mettre à profit la bonté de la fontaine. Il bâtit auprès une hôtellerie où les passans étoient bien traités. Les Cariens s'y rendirent en foule, le commerce qu'ils eurent avec les Grecs, les accoutuma insensiblement à leurs manières; et le bon accueil qu'il*
y reçurent, ayant adouci leurs mœurs, on publia que Feau de la fontaine Salmacis avoit la vertu d'amortir le courage , et de changer les hommes en femmes.
L'instant de la fable que F Albane a choisi pour le tableau dont nous donnons la gravure, est celui où Salmacis poursuit Hermaphrodite , et tâche de lui faire partager sk passion. Le jeune adulte, loin de se livrer aux embrassemens de son amante , semble au contraire chercher à les éviter. L'Albane a peint deux fois ce sujet. Le Musée du Louvre possède de lui un petit tableau (i) où Salmacis, surprise à la vue d'Hermaphrodite qui descend se baigner à la rive opposée de la fontaine, en devint éperdument amoureuse. Dans la composition qui fait l'objet de cet article, le sujet est indiqué avec beaucoup plus d'énergie. A la vérité le paysage est moins riche que dans le taWeau du Musée, mais l'expression des personnages compense , de la manière la plus avantageuse , cette infériorité , qui ne se trouve que dans une partie accessoire. Quant à l'exécution , elle est également franche et soignée dans les deux tableaux.
Ce tableau qui passa delà collection de l'abbé Descamps ^ dans celle du Palais - Roy al , fait aujourd'hui partie de la galerie du Comte de Stafford; il a été gravé par ColineL
(i) Voyez tome 6 planche il , des Annales du Musée de France^, publiées par C. P. Landon.
LA VIERGE, JÉSUS, S.t JEAN ET S.'e ANNE.
Tableau de la Galerie de Florence^ peint sur toile* Hauteur 2 pieds 11 pouces, largeur :i pieds 1 pouces 1/2.
H. Alfani, né à Përouse en i5io, élève de son pèré Fun des plus célèbres disciples du Pérugin , est du nombre de ces artistes qui, pour n'avoir presque rien exécuté hors de leur patrie , ne jouissent pas chez les étrangers d'une célébrité digne de leurs talens.
On raconte que la vue de la célèbre transfiguration de Raphaël, fit une telle impression sur H. Alfani, qu'il s'extasia devant ce tableau, et ne sortit des profondes méditations dans lesquelles 11 resta long-temps plongé , que pour verser un torrent de larmes. Dès ce moment il n'étudia plus que les productions du chef deTEcole romaine. Ses soins eurent un heureux succès j ilparvint si bien à imiter le style de ce nouveau maître, que plusieurs de ses tableaux sembleraient sortis de l'Ecole du Sanzio , si leur coloris ne se rapprochait pas davantage du genre mou du Baroccio , que de celui de Raphaël.
Lanzi fait un grand éloge du tableau de la Sainte- Famille dont nous donnons la gravure. En effet, il est admirable par la grâce et le naturel des attitudes , la naïveté des airs de têtes et la vivacité du coloris. La figure de la Yierge est particulièrement remarquable par l'expression d'une modestie toute divine. Comme il n'est pas possible de trouver un tableau où la critique n'ait quelque chose à reprendre , on peut dire de celui-ci
qùë lés teintes en pourroient être mieux fondues , ïeS conlours moins secs 5 les parties avançantes ou fuyantes exécutées avec plus d'intelligence.
L'auteur des lettres pittoresques sur Pérouse attribue ce tableau à Dominique, père d'Horace Alfani, et prétend qu'il a été peint d'après un carton du Rosso , pour l'Eglise de Castel Pvlgone (Voyez lettre 9, pag. 242). Ce fait est inexact : non-seulement la composition de cette Sainte-Famille ne rappelle en rien le style du Rosso , mais la dimension de la place qu'a occupée à Castel- Rigone le tableau de Dominique , déterminée par la Gorniclie ^ le tympan et la base qu'on y voit encore , le prouvent évidemment. Vasari et Borgliini qui ont parlé du carton de Roso , d'après lequel Dominique Alfani a exécuté son tableau, nous apprennent d'ailleurs que cette grande composition ne contenait pas moins de trente quatre figures , sans y comprendre le cliœur d'Anges placé dans la partie supérieure du tableau y et que son sujet était YEpiphanie.
Horace Alfani , comme la plupart des peintres de son temps^ exerça rarchitecture avec succès. Il fut cîief , jusqu'à sa mort, de l'Académie de dessin fondée à Pérouse en 1575.
Son tableau de la Sainte-Famille li'a point encore ét^ gravée
LA SAINTE FAMILLE
T^ib/eau de la Galerie de Dresde, peint surioile^ Hauteur 5 pieds 2 pouces, largeur 7 pieds.
La Vierge , assise sur les genoux de Sainte Anne , soulève Tenfant Jésus de ses deux mains et se dispose à le placer dans un cbarriot d'enfant que lui présente Saint-Joseph \ cette idée singulière d'asseoir la Vierge sur les genoux de Sainte Anne n'appartient pas à André del Sarte , Léonard de Vinci Tavait eu avant lui , et s'étoit même plu à le reproduire. Le Musée du Louvre possède un tableau de ce maître où la Vierge est ainsi représentée, et il existe de lui, à Milan, une composition à peu près semblable. Le tableau du Musée du Louvre a été très-bien gravé à Florence par Giot^acchino , sous la direction de R. Morgheji, Il a aussi été publié dans le tome 10. e , pl. 54 7 des Annales du Mus é& de France , par C. P. Lan don.
Quelques amateurs attribuent à Rapbacl le tableau dont nous dpnnons le trait. Ils appuient leur opinion sur la ressemblance de la composition avec celle d'un dessin reçonnu pour être de ce maîtrç , et qui , du ca-? binet de MM, Berckenstein et Flink , célèbres curieux hollandais , est passé dans la riche collection formée en Angleterre par le duc de Devonshire, La gravure de ce dessin , exécutée à Londres en 1724? par Kirkal\ en démontrant ridentité des deux compositions , ne détruit cependant pas le fait que notre tableau a éto peint |)ar André del Sarte. La touche et le maniement
fie son pmceau ne s'y peavent méconnaître , et l'on sait qne sa manière n'a eq de ressemblance avec celle dn peintre d'Urbin qne lorsqu'il s'en est imposé l'obligation. Ce ne pouvait être ici l'intention du Vannuchi , en copiant une composition de Raphaël , il n'a pu désirer faire prendre son ouvrage pour celui du chef deTécole romaine. On doit d'autant plus le croire que , si telle eut été sa pensée , personne aujourd'hui ne seroit tenté de supposer à cet ouvrage un autre auteur que Raphaël , puisque Jules Romain , l'élève de ce prince des peintres , prit pour original la copie faite par André del Sarte , du portrait de Léon X qu'il avoit vu peindre à son maître et aux draperies duquel il avoit travaillé lui-même. Il ne revint de son erreur que lorsque Vasari lui eut fait voir les marques qu'on avoit mises pour ne point «€ méprendre en envoyant la copie au marquis de Mantoue en place de l'original que Clément VII lui avoit accordé , mais dont Octavien de Médicis crut ne pas devoir priver la ville de Florence.
Malgré ce que no«s venons de dire , si l'originalité du tableau qui nous occupe pouvoit encore laisser quelque doute , nous ajouterions que de tout temps on y a vu le nom d'André del Sarte 5 que la tradition la plus ancienne le Im attribue , ainsi que tous les inventaires d^ la galerie de Modène, dont il a fait partie. Quel que soit , au reste ,1e véritable auteur de ce tableau , lorsqu'il 15 agit d'opter entre deux maîtres aussi distingués, il nous semble que Raphaël est assez riche de son propre fonds pour qu'on doive laisser à André del Sarte la gloire d'avoir reproduit sur la toile, et avec succès, une des idé^s du peintre d'Urbin.
Ce tableau , que Richardson a attribué au Perugin , été gravé par E.Moitten graveur français, mort en 17800
au^te ^auiiuccSi î)it a. Sattc. ^côfe 5ifo^eutlue.