‹ Choix de tableaux et statues des plus célèbres musées et cabinets étrangersChapitre 109 sur 124 · JUPITER ET DANAÉ · texte numérisé non relu

JUPITER ET DANAÉ

Tableau de la Galerie du comte de Siajford, peint sur toile. Hauteur 5 pieds 5 pouces , largeur 8 pieds lo pouces.

La fable de Danaé est assez connue pour qu'il nous suffise de n'en rapporter que les principales circonstances. Acrisius, roi d'Argos , pour dérober sa fille unique à la connaissance des hommes, la fit enfermer danis une tour d'airain , afin d'empêcher l'accomplissemeiil d'un oracle qui avoit prédit qu'il mourroit de la inain de son pelit-fils. Mais Jupiter, épris des charmes de la belle captive , se changea en pluie d'or, et, sous cette forme, pénétra dans sa prison. Persée, dont les Actions ont été célébrées par les poètes , naquit de cette intrigue , el réalisa l oracle , sans le vouloir , en tuant son aïeul d'un coup de palet dans une joute où il voulait lui montrer sa force et son adresse.

Le moment choisi par Ann. Carrache est celui où Jupiter descend , transformé en pluie d'or, vers la fille d' Acrisius, qui , nue , à demi couchée sur un lit , dérange tin de ses rideaux cramoisi pour mieux jouir du prodige. L'Amour , avec un air fripon, ramasse les pièces d'or et les met dans son carquois. A travers la croisée b\\ voit un bout de paysage.

Ce tableau se fait principalement remarquer par la pureté et la noblesse du dessin des deux figures, la finesse d^expression de celle de TAmonr. L'effet en est vrai et piquant. Ou voudrait un peu moins de froideuif âans la tête de Danaé,

Avant de passer dans la collection du comte de StafFord , cette peinture f'aisoit partie de la galerie du duc d'Orléans , et fut portée à 3ooo fr. dans Testimation qui précéda la vente qui en fut fciite en 1791. Nous Ignorons ce que Ta payé le possesseur actuel , mais pour donner au lecteur une idée du prix auquel il a du s'élever^ il nous suffira d'indiquer ici et la somme à laquelle fut vendue la collection entière, et le' prix qu'on mit ensuite à quelques-unes de ses parties. Les 280 tableaux dé TEcole italienne, et les 27 tableaux de TEcole française , que contenait cette galerie , furent donnés, en 1791, à M. Walequiers , banquier à Bruxelles, et à M. la Borde de Mereville , pour là somme de 8i8;700 liv. tournois, prix total des estiinalions pàrlièlies. Ce dernier , devenu seiil propriétaire , revendit le tout, en 1796, à MM. le duc de Bridgwater, le comte de Carlisle et lord Gower, pour 45,5oo liv. slerlings environ i , o44>o<>o francs de France ; enfin, ces différens seigneurs, après avoir conservés chacun plusieurs pièces très-capitales et vendu le resté à l'encan , en 1799, furent encore amplement remboa rsés de leurs avances. Cette disgression , qui n'ai d'autre mérite que de donner l'historique des vicissitudes de la fameuse galerie du Palais-Royal, n'ôte ni n'ajoute rien au mérite réel du tableau deDanaé 5 car on se tromperait souvent si Ton jugeait toujours de là valeur des objets d'arts par le prix que certains amaîeurs y mettent.

Ce tableau a été gravé par N. Lemire, en 1786,

JÉSUS GUÉRISSANT DES MALADES, Tableau de la Galerie Lucien Bonaparte; peint sur toile* Figures de petites proportions.

Chrétien - Guillaume - Ernest Dielrich ou Dîelricî , comme le nomment les Italiens , naquit à Weimar en 1712 , et mourut à Dresde à Tage de 62 ans , ou , selou quelques biographes , à 64 ans.

Son pcre lui donna les premiers élëmens de son art, et le fit entrer , en 1727 , dans TEcole de Al* Thicle , peintre de paysages, établi à Dresde. Maîtrisé par son propre génie , Dietrich ne s'assujettit pas à suivre la manière de ce nouveau maître et n'eu fut , à bien dire , que rémule ou, si Ton veut, le concurrent heureux. Lecomte de Bruhl , ministre du roi de Pologne , et amateur éclairé des Arts, charmé des heureuses dispositions du jeune Dietrich , le prit sous sa protection , lui assura une pension de 4oo florins (environ i5oo f.), et lui commanda plusieurs tableaux qui, pour la plupart, furent malheureusement pillés ou détruits pendant la guerre de sept ans. Dietrich dut en quelque sorte sa fortune à son rare talent pour imiter la ma-* nière des difïérens maîtres de l'Ecole allemande. Il faisoit ces pastiches avec une facilité, une prestesse d'exécution qui tenoient du prodige. Sa réputation en ce genre étant parvenue jusqu'à la cour , Auguste II , pour en juger par lui-même, lui fit exécuter deux tableaux: l'un dans le goût d'Ostade, l'autre dans la manière de

Poelembourg. Le ^oi, satisfait, prit tUs ce moment Diclrlch à son service et lui fournit mille occasions de développer ses facultés^ Noire jeune artiste, pénétré du sentiment de son propre mérite , prit bientôt du dégoût pour la cour d'Auguste II , où il lui sembloit qu'on accordoit une trop grande préférence aux artistes italiens. Pour s'éloigner de ce séjour, il prétexta un voyage en Hollande 5 alla d'abord dans sa ville natale, ou il s'occupa quelque temps à peindre et à graver, et revint ensuite à Dresde , en 174*2 1 dans l'intention de s'y fixer. A son retour , le roi , qui n'avoit cessé de laffectlonner, l'envoya en Italie , afin d'y perfectionner son talent 5 mais, soit que la vocation de Dietricli fût pins pour le paysage que pour Thistoire , ce voyage ïi 'amena aucun changement remarquable dans sa manière de traiter les sujets historiques. Il semble qu'il n'ait eu des yeux que pour voir la beauté des sites de ce pays enchanteur , et que la faculté d^y étudier les chefsd'œuvre des grands peintres d'histoire qu'on y rencontre à chaque pas , lui ait manqué. Quoi qu'il en soit, il ne visita pas sans ft^uit la terre classique des arts, puisque ce fut à son retour qu'il exécuta cette foule de payages qui lui ont acquis la juste réputation dont il jouit , et lui ont mérité , jusqu'à un certain point ^ le surnom de Piaphaël des paysagistes que son contemporain et compatriote Winckelmann n'hésite pas à lui donner.

Les paysages de Dietrich sont riches et variés. On y admire la plupart des beautés qui font le charme des productions des Claude Lorrain , Jean Both , Berghem , Bu jardin , Everdingen , Poelembourg, Elzheimer , et ce goiitfin, délicat qui fait le principal mérite de ses tableaux d histoire.

Quant à ces derniers , le plus juste reproche qu'on puisse leur faire est de manquer d'originalité. Ils ont un caractère mixte qui ne permet pas de décider de quelle école ils sont sortis. Au reste, ils ne manqueut ni de noblesse dans le style , ni de correction dans le dessin , quoique Ton puisse désirer quelquefois plus d'élévation dans Tun et plus d'énergie dans l'autre. Ses figures sont généralement gracieuses , mais cette grâce est plus séduisante qu'originale ; son coloris , chaud et harmonieux , manque souvent de transparence dans les ombres et de fraicheor dans les demi-teintes 5 ses oppositions sont rarement assez piquantes 5 enfin sa touche nette, savante , moelleuse , empâtée , que des glacis judicieusement appliqués, rendent extrêmement soignée, n'a jamais cette froideur que Van der Werffa donné à la sienne par un fini trop précieux.

Comme graveur à Teau forte, Dietrich mérite à peu près les mêmes éloges. On a de sa main un grand nombre d'estampes , dans lesquelles il a cherché à imiter la manière de différens maîtres allemands et flamands , tels que Lairesse , Ostade , Rembrandt , Poelembourg , Everdingen et autres. Son oeuvre , composé d'environ deux cents pièces , est extrêmement difficile à compléter, parce que , après avoir fait tirer un certain nombre d'épreuves de ses planches , il en faisoit gratter et repolir le cuivre pour y graver de nouveaux sujets.

Les tableaux d'histoire de Dietrich sont très-recherchés. On en rencontre rarement dans les cabinets des amateurs j et même dans les collections des souverains. Le Musée du Louvre n'en possède aucun 5 le tableau de l'adoration des bergers , qu'on y a vu, et qui

eloît tiré du cabÎDet du stathouder , ne s'y trouvant plus depuis i8i5. Ce n'est donc qu'à Dresde qu'on peut prendre une juste idée de la variété d'exécution et de la fécondité d'imagination de ce peintre , dont toutes les compositions brillent autant par le mérite de l'exécution , que par la richesse et la magnificence de l'ordonnance.

Dietrîch a traité plusieurs fois le su jet dont nous donnons la gravure. La galerie de Dresde possède le tableau gravé par lui à l'eau forte, mais dont il avoit laissé la planche imparfaite. Lorsque nous publierons Tesqulsse de ce second tableau, nous établirons un parallèle entre ces deux peintures 5 et, par un examen réfléchi, nous mettrons le lecteur à portée d'apprécier le mérite de cet artiste trop peu connu hors de sa patrie. Le marchand de tableaux Le Brun , dont l'expérience et les connoissances peuvent être d'un grand poids lorsqu'il s'agit de fixer la valeur intrinsèque d'un tableau, disoit que ceux de Dietrich n'avoient jamais été portés , en vente publique , au-dessus de 4000 fr. 5 mais qu ils s'élèveroient à des prix beaucoup plus élevés si leur mérite étoit plus connu. Ce jugement a été en quelque sorte confirmé depuis. Une copie reconnue comme telle , faite d'après un des chefs-d'œuvre de ce peintre, fut portée en vente publique , jusqu'à la somme de 2960 fr.

Le tableau qui fait le sujet de cet article n'a point été gravé.

La^ Vierge/ &t L'^/i/mty JùfiM^

LA TIERCE, L'ENFANT JÉSUS ET S.t JOSEPH.

Tableau de la Galerie du comte de Stafford à Londres : connu sous le nom de la Vierge au panier j j)eii^ sur bois.

Hauteur i pied, largeur lo pouces.

Il est assez ordinaire de donner aux tableaux dont les sujets ont, comme celui-ci, une grande ressemblance entre eux , des dénominations tirées des choses accessoires qu'ils représentent. C'est ainsi que celui de la Yierge et du jeune Tobie , de Raphaël , qui est à Madrid , et dont nous avons déjà donné la gravure , se nomme la Vierge aux poissons ; qu'un autre de l'Albane , où la Vierge lave du linge , s'appelle la Laçeuse , et que celui-ci porte le titre de la Vierge au -panier ^ à cause du panier de jonc qu'on voit au bas. Plusieurs personnes ont attribué ce tableau au Schidone. Cette opinion n'est pas la nôtre j non que le coloris clair , moelleux et délicat qu'on y admire , soit incom-» patible avec le faire de ce maître, puisque dans plus d'une circonstance il a prouvé qu'il pouvoit égaler le Corrège dans celte partie de lart ; mais parce que Schidone n'est jamais arrivé à celte sublimité d'exprès-* sion qui distingue les Vierges sorties du pinceau de l'illustre chef de l'Ecole Lombarde , et dont ce tableau offre un très- bel exemple,

La Vierge, vêtue de rouge pâle , est assise } on lui voit le pied gauche; TEnfant Jésus est sur ses genoux, Qyant une draperie jusqu'à sa ceinture. Le fond repreV

aente Fentrée d^une caverne au-devant de laquelle on voit saint Joseph occupé de menuiserie. La proportion^ des figures est d'environ quinze pouces.

Ce précieux tableau fut porté pour 3ooo fr. dans, Tinventaire estimatif de la galerie du Palais-Royal dont il a fait partie avant de passer dans la collection du comte de StafFord. Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons déjà dit ailleurs sur le vil prix auquel fut vendu cette galerie qui n'avoit pas même pour rivale la collection de la couronne.

Ce tableau a été gravé par A, L. Romanet , pour U galerie du Palais- Roy aL

DESCENTE DE CROIX

Tableau de la Galerie de Lucien Bonaparte , peint sut bois*

Figures de moyenne grandeur.

Ce tableau, plus connu sous la dénomination delà descente de croix , est , à bien dire , une Déposition de croix» Cette remarque est d'autant plus importante, que la différence de talent qu il faut avoir pour traiter avec succès ces deux sujets, se rencontre rarement dans un même artiste. Lun convient plus spécialement aux peintres qui, comme Kubens, Daniel de Yolterre ^ Jouvenet , peuvent joindre à leurs grandes ordonnances le mouvement, Ténergie, et la vigueur de Texécution } l'autre aux artistes qui excellent dans Texpression des sentimens de Tàme : Raphaël , Dominiquin et Poussin sont de ce nombre»

Le Giorgion na que faiblement profité des beautés que lui présentoit la scène pathétique qu'il avoit à rendre. Le Christ , au moment d'être enseveli dans le tombeau que lui prépare Joseph d'Arimatie , est étendu sur le linceuil qui a servi à le transporter du sommet du Calvaire au lieu de sa sépulture. Les saintes femmes viennent de le déposer à terre et soutiennent encore son corps inanimé. Elles le considèrent avec cette expression de douleur inséparable du sujet, mais que le peintre n'a que froidement exprimée. La Madelaine à genoux aux pieds de Jésus , et plongée dans les plus tristes réflexions , étend les bras et semble dire ; Voilà

donc où Ta rédoit k méchanceté des hommes. Celte figure dont le mouvement et Fexpression sont saisis sur la nature et qui est digne des plus grands maîtres de l'Ecole Romaine , est la plus remarquable de ce tableau. Sous le rapport du coloris , cette peinture est aussi séduisante que vraie , et Ton ne peut trop louer cette franchise , cette légèreté de pinceau , cette fraîcheur des carnations , cette intelligence du clair-obscur , ce bel empâtement de couleurs 5 enfin , cette fonte harmonieuse des teintes qui furent les qualités distinctives du talent du Giorgion , et lui assignent à jamais la première place, après Le Titien son élève, parmi les coloristes les plus célèbres.

Ce tableau n'a point été gravé*

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