ENTREVUE DE ROGER ET DE FLEUR-D'ÉPIWE PRÈS D'UNE FONTAINE
Tableau de la galerie de Florence , peint sur toile.
Hauteur 3 pieds 8 pouces, largeur 4 pieds g pouces»
Si les peintres célèbres avoient toujours été maîtres de choisir les sujets de leurs tableaux , il est à croire qu'ils les àuroient presque toujours puisés dans les ouvrages des poëtes illustres , et plus spécialement encore dans ceux de leurs compatriotes. Le Guide, soit de sa propre volonté, soit à la demande de quelque ami des beaux-arts , a eu ici cet avantage. Ce n'est point l'Arioste qui Fa inspiré, comme on pourroit être d'abord tenté de le croire, d'après les noms des deux personnages représentés, mais le précurseur de l'Arioste, celui qui lui a fourni ses principaux personnages, l'écrivain qui ne le cède en rien à ce divin génie , sous le rapport de l'imagination ; en un mot , le Boyardo. Quoique le chantre du Roland furieux soit plus généralement connu hors d'Italie que celui du Roland amoureux , le Boyardo ne laisse pas d'être apprécié par les lecteurs mêmes, qui, sous le rapport du style, accordent à son admirable continuateur une supériorité décidée. Ils se rappelèrent donc facilement à la vue de notre gravure, que vers la (in de son poëme, cet auteur présente sous l'aspect à la fois le plus airnable et le plus intéressant, ce jeune Roger, illustré ainsi que Roland, par lui et par rArioste»
Quant à la belle Fleur-dïpixie , qui n'a pas conserré^ après avoir lu les deux poëtes , un souvenir délicieux, de cette jeune amante de Richardet, frère du fameux paladin Renaud de Montauban ? Après une bataille où les africains mirent en déroute l'armée de Charlemagne^ le Boyardo suppose que E-oger , Fun des vainqueurs , rencontra près d'une fontaine, Fleur -d'Epine, très-inquiète sur le sort de son amant. Le poète n'a point voulu donner à penser que cette rencontre fortuite dans un lieu solitaire , eut des suites favorables pour Roger , et d'après sa circonspection , il est peut-être assez surprenant que le Guide ait préféré cette entrevue sans résultat, à cent autres circonstances plus piquantes que le même poète lui ofFroit. Ce que l'on peut dire pour l'excuser, c^est qu'il a désiré spécialement retracer deux figures d'homme et de femme, dans l'âge heureux delà jeunesse ^ et se procurer ainsi Toccasion de montrer son rare talent dans la représentation de semblables sujets. Les attitudes de ses deux figures sont d'une simplicité charmante : Roger a tout à la fois de la noblesse et de la correction; mais c'est surtout dans Fleur-d'Epine que l'on doit admirer le Guide. Il n'a peut-être point fait de jeune vierge douée de plus de grâces • et l'élégafice de son costume répond parfaitement à celle de ses formes enchanteresses. Un peu plus de vivacité dans la couleur, et de correction dans les extrémités des figures , eut rendu ce tableau mi chef-d'œuvre accompli, mais tel qu'il est, on le place avec raison au rang des plus aimables productions du Guide. ^
On le trouve gravé par cT Ambrun y dans le recueil de la Galerie de Florence , publié par Masquelier.