LA SAINTE GÉNÉALOGIE
Tableau de la galerie royale de Berlin ^ peint sur toile*
Hauteur 3 pieds 9 pouces , largeur 4 pieds 6 pouces.
On ne peut douter que ce tableau n'ait été commandé à Vandyck par un de ces amateurs peu scrupuleux et auxquels il faut attribuer ces anacbronismes^ ces défauts de costume qu'on trouve fréquemment dans les productions de tant d'artistes distingués. Si le peintre eut été maître du cboix de son sujet, il se seroit sans doute a])stenu de traiter celui-ci qiii^ outre sa singularité, prcsentoit de grandes difficultés à vaincre pour être nettement exprimé.
Adam et Eve , le propbète Roi , Marie et son fils , sont ici réunis, non sans étonnement, pour expliquer une généalogie de 4ooo ans. On ne peut mieux comparer ce tableau qu'à ces dialogues des morts où des personnages séparés l'un de l'autre par des siècles et des climats différens, conversent ensemble comme s'ils étoient contemporains et habitans d'un même pays. Marie fait voir à Adam et Éve et au roi David , ce Rédempteur qui devoit naître de la race d'Abraham , suivant la promesse de Dieu. Éve semble lui témoigner le regret qu'elle éprouve d'avoir^ par sa désobéissance , nécessité la venue du Messie ; mais par une adresse singulière l'artiste a su lui faire exprimer à la foi$ et son repentir et la joie qu'elle éprouve à la vue du sauveur de sa postérité. Marie, d'un regard doux et compatissant^ accueille la repentante avçQ une sorte de dignité, Jésu«,
sans oftrlr celte lieaulé idéale que Raphaël auroit su lui imprimer; a tous les charmes et la naïveté de l'enfancei Il fait un mouvement en arrière et paroît effrayé à la vue d'Adam dont la figure est peut-être un peu trop rél^arhative. Enfin David , la couronne sur la tête et en grand costume oriental , contemple avec satisfaction les deux êtres chéris qu'il attendoit depuis si long-temps. C'est un beau vieillard ayant cette physionomie judaïque qui convient au sujet.
La tête d'Eve , ornée d'une chevelure blonde a infiniment de charme et de grâce , et l'on voit^ avec une sorte de peine , les belles formes de sonjcorps ^ meurtries par la draperie grossière dont elle est enveloppée.
Vandyck s'est montré ici comme ailleurs grand coloriste. Il a tiré le parti le plus heureux des oppositions que lui offroit la différence d'o^o dp qpxp de sea pci sonna ges , et ce tableau n'est pas moins admirable sous le rapport de la vérité que sous celui de la variété des teintes et des effets. La tête de David est cliaudement peinte , celle d'Adam > avec son teint bazané, son oeil noir et perçant^ sa moustache et son regard presque farouche ^ offre un singulier contraste avec celles d'Eve et de Marie , et surtout avec le corps de l'Enfant Jésus dont les teintes sont d'une fraîcheur et d'une harmonie inimitables. Les extrémités de toutes ces figures méritent aussi les plus grands éloges, elles sont soignées comme dans les plus beaux portraits du maître , principalement les mains de Marie et celle qu'Eve pose sur son sein.
Nous ne croyons pas que ce tableau ait été gravé.
DESCENTE DE CROIX
Tableau delà galerie royale de Berlin ^ peint sur toile*
Hauteur 7 pieds a pouces, largeur 5 pieds 6 pouces.
Ce tableau est «ai\s contredit dit meilleur temps de Van* dyck qui, pour réparer sa fortune délabrée par ses prodigalités y fut contraint, vers la fin de sa carrière, de changer sa manière soignée en une plus ç^xpéditive et moins étudiée.
Le corps du Christ est admirable pouv le relief, d'un dessin correct et choisi , et d'une vérité parfaite dans son ensemble comme dans ses détails. La tète seulement laisse à désirer plus de noblesse , l'expression de la douleur y est trop sentie^ St. Jean, placé dans 1 ombre, regarde tristement le Ciel. Il semWe interroger le Très-Haut ^ et attendre Teffet de la résurrection promise. Sa tête , d'un beau caractère , porte Tempreinte de cette douceur qu'une tradition constante et les tableaux des plus grands maîtres donnent à ce disciple chéri du fils de Dieu. La figure de la Madelaine n'est pas très-heureuse , malgré la douleur empreinte sur ce visage charmant qu'ombrage une belle chevelure dorée, elle est un peu gigantesque et offre quelque chose de bizarre dans son ensemble.
Quant à la Vierge, son attitude est peut-être un peu outrée. Ainsi que beaucoup d'artistes célèln es, Vandyck l'a représentée trop jeune pour avoir pu donner le jour à un fils mort à 33 ans. Michel-Ange lui-même a fait cette méprise, si c'en est une, dans le groupe de la Vierge tenant sur ses genoux le Christ mort, qu'il fit pour Saiïiî Pierre de Rome. Un jour qu'un de ses amis hii en faisoit Tobjection : ((Cette mère fut une Vierge , répondit ficre^
)> ment Michel- Ange y et vous savez que la chasteté de 1 ame » conserve la fraîcheur des traits. Il est de même probable )) que le Ciel , pour rendre témoignage de la céleste pureté )) de Marie, permit qu'elle conservât le doux éclat de » la jeunesse , tandis que , pour marquer qu^ le Sauveur )J s'étoit réellement soumis à toutes les misères humaines , il ne falloit pas que la divinité nuui* dérobât rien de ce » qui appartient à l'homme- C'est pour cela que la Vierge )) est plus jeune que son âge, et que je laisse au Sauveur » toutes les marques du ^Âen (i). »
Vcindyck, co«iifle dans un autre de ses tableaux gravé, tome 6""^ , page 29 des Annales du Musée de France, a introduit un Ange dans sa composition. Outre que l'attitude et la douleur de cet enfant sont d'une vérité parfaite et ajoutent à l'intérêt du sujet, cette figure offre une heureuse opposition de teinte avec celle du Christ , et contribue singulièrement au mérite de l'effet général.
Terminons cet article par une remarque qui tend à prouver que Vandyck , accoutumé à rendre la nature , ne s'écarta jamais de la vérité, même lorsqu'il eut à représenter de ces effets extraordinaires pour lesquels on ne peut consulter le modèle. Par exemple, les mains de son Christ, jusques vers le milieu du bras , sont d'un livide noirâtre , tandis que les pieds , les jambes et le torse sont d'une teinte plus brillante ; parce que , dans un crucifié , les mains doivent mourir avant le reste du corps.
Ce tableau , qui décora long-temps le maître-autel de l'église de Saint-Gilles à Nuremberg, a été gravé à l'eauforte par J. Théophile Prestel ^ peintre.
(i) Voyez la vie de Michel-Ange, par Condivi, page 32.
or
ScuPpluxe ai/iiic|ite.