LES LUTTEURS
Groupe en marbre de la galerie de Florence.
Ces figures ont un peu inoins de 5 pieds.
La dénomination des Lutteurs^ sous îriquelle ce célèbre groupe est connu , né présente à l'esprit que des personnages ignorés^ des pancratiastes de profession. Nous nous plaisons à y voir , comme Winckelmami^ deux enfans de INfiobé s'exerçant dans la plaine où ils furent yictimes de.ia vengeance de Latone et succomiièrent sous les flccîie'î d'Apollon. Cette opinion paroît d'autant plus probable que ce groupe fut trouvé en î583 devant St. Jean de Latmn, ot au même lieu où furent découvertes k peu-près dans ^Jp même temps ^ les autres statues d<3 la fiimille de ÎNiobé.
De tous les monuniens de sculpture antique qui nous ^qnt parvenus , celui-ci esL peut-être le mieux conservé. Il le seul du moins donl les pieds et les mains n'aient eubesalu que de légères restaurations. Le nez, les doigts , les orteils et le bras droit de la figure supérieure ainsi que toute la base sont modernes . mais \qu!:^îç reste du groupe est antique. r ■^.^.^^r.^r.
On distingue. nettement dans^ ces cljeux Lutteurs Tactiop forcée mais volontaire de l'un de l'actiyQn forcée mais involontaire de l'autre.. Celui qui terrasse son adversaire présente dans toutes les parties de son corps cette exagération rélié^ cbie , ces contractions raisonnées, que la nature produit en pareil cas. Le rival terrassé est , au contraire , dans une contorsion convulsive. Une partie de son estomac comprimée sur sa cuisse , son bras droit fo^^te ment retourné en arrière et
roîdement étencla ; présentent ces accîdens auxquels on ne s'accoutume point - mais qu'on doit admirer ici; parce qu'ils sont motivés^ qu'ils n'altèrent pas la solidité des parties violentées et que , si les muscles ont perdu leur place naturelle ; les os ont conservé leur forme et leurs effets.
On ne sauroit non plus trop admirer cette merveilleuse vivacité que le sculpteur a su imprimer à toutes les parties du corps de ses deux athlètes, et la noblesse du dessin ; mais on se demande pourquoi les têtes paroissent ^i calmes, lorsque le sujet autorisoit et exigeoit peut-être l'expression la plus vive et la plus prononcée. Pour expliquer ce contresens apparent, on est réduit à se rappeler le système des artistes grecs qui craignoient avant tout d'altérer la beauté de leurs figures.
On a cru long-temps que ce groupe étoit celui qui , du temps de Pline , se voyoit à Pergame , et dont Cephisodore fik de Praxitèle étoit Fauteur. Cette assertion pourroit être contestée; car, selon Pline, le sculpteur avoit su imprimer aux chairs de ses figures une telle mollesse que les mains des combattans paroissoient y entrer j beauté qu'on chercheroit vainement dans le groupe de Florence.
Ce groupe qui s'est vu long-temps à la Ville Médicis, est présentement réuni aux autres figures de la famille de Niobé qui sont à Florence. Il a souvent été gravé avec succès. On en trouve des gravures dans le Mus. Flor. pl. 73 , 74. Maffei Raccotta^ de statuts T^^, 29. Perrier 35, 36. Episcop. 18, 22, où il est très-bien figuré. Mais la meilleure gravure est celle que La/z^/oi^ a exécutée pour le Musée de Florencè , publié par Masquelier.
Le Taiif'eaa Fa7yu\re .
LE TAUREAU FARlSfÈSE.
Groupe en marbre de la collection royale de Naples.
Hauteur 12 pieds , largeur 9 pieds 4 pouces.
Cet immense groupe représente un trait de Thistoire grecque 5 antérieur à l'époque du siège de Troye, c'està-dire un de ces faits dans lesquels la fable et la vérité ont dû se confondre et qu'il est impossible de soumettre à une critique exacte. Il i^eprésente un trait de vengeance barbare, fort convenable aux temps dits liéroiques. Antiope femme de Lycus , Roi de Thèbes, fut séduite par Jupiter et eut dp bii dpux enfans , Zétbus et Amphion. Lycus ne reçut point avec la résignation convenable l'honneur que le souverain des Dieux avoit fait à sa couche. Il répudia l'amante de Jupiter, et épousa Dircé. Les fils d' Antiope lorsqu'ils furent hommes , attachèrent leur belle-mère aux cornes d'un Taureau fougueux , et la firent ainsi périr d'une mort affreuse.
C'est ce dernier trait que les sculpteurs Apollonius et Tauriscus , nés à Tralles en Lydie , ont représenté. Les trois personnages principaux sont faciles à reconnoître au premier coup d'oeil; et pour distinguer les deux frères, une Lyre est représentée au-dessous d'Ampîiion.
Les autres figures aussi bien que les accessoires ont exercé la sagacité des antiquaires et ne leur ont fourni aucune conjecture satisfaisante. Si la femme que l'on aperçoit de l'autre côté du groupe est Antiope U faut
eonvenir qu'elle paroît Jàblen étrangère à Faction; et qiw celle du jeune homme assis ne sauroit représenter Lycus , comme se l'est imaginé Gronovius.
L'opinion de M. Heyne nous paroît la plus vraisem- Ijlable. Ce savant pense que ce monument n'est plus tel qu'il existoit du temps de Pline ; que non-seulement beaucoup de figures ont été restaurées^ mais qu'on a aussi changé l'ensemble et la disposition du groupe en y ajoutant plusieurs autres figures et en le surchargeant d'accessoires. Ces changemQns lui semblent devoir être rapportés à différentes époques. D'abord au temps où il a été transporté des édifices d'Asinius Poilio dans les bains de Caracalla^ ensuite lorsqu'on l'y découvrit sous Paul lïl ^ et qu'on le prit pour un Thésée domptant le Taureau de Marathon ; enfin il croit qu'on a înit encore de nouveaux changemens quand on commença à y voir I histoire de Dircé. M. Heyne fonde son opinion sur ce que Pline dit : Arnphion , Zéthus , Dircé et un Taureau ^ le tout une seule pièce. Il pense €l'ailleurs que cet auteur n'auroit pas manqué de faire mention d'Antiope et de Lycus ^ de la grandeur de la montagne^ ainsi que des accessoires qu'on y voit, La montagne lui paroît donc avoir été un ouvrage séparé^ qui y aura été adapté par l'artiste chargé de placer les ouvrages d'art qui dévoient décorer les Thermes de Caracalla, afin de donner une position plus élevée aux figures d'Amphion et de Zétlius et au Taureau. Si l'on admet ce fait, il sera facile alors d'expliquer la figure qui porte une guirlande de feuilles de vigne, ainsi que le thyrse , les festons et tous les accessoires ]>acliiques sculptés dans les parties superflues du marbre et dont on a voulu motiver la conservation.
Ce groupe célèbre est presque généralement considéré aiîjourd'hui comme une production moderne \ c'est-à-dire
que les parties réparées ou refaites en entier sont si considérables, que ce qui est véritablement antique échappe aux yeux de la plupart des connoisseurs. Nous allons faire connoitre brièvement ce qui appartient aux artistes grecs et ce qui est ouvrage de restauration.
Bapt. Bianclii^ sculpteur Milanais qui n'a^oit aucune eonnoissance du style antique , fut chargé sous Paul III , de rassembler les débris de ce groupe et de les rétablir. Il eut a réparer la tète , les bras et le sein de Dircé , jusques vers le nombril , la téte et les bras d'Antiope et beaucoup d'accessoires. 11 eut à refaire entièrement les têtes, les bras et les jambes d'Amphion et de Zéthus, dont les deux torses et une seule jamlje étoient tout ce qu'on avoit retrouvé. Les jam])es du Taureau et la corde avec laquelle il est retenu sont également modernes. Lorsque Ferdinand IV fit transporter ce groupe de Rome à Naples, où il se voit depuis 1788 , il éprouva des dommages considérables qui nécessitèrent de nouvelles restaui eitlons. Elles ne furent pas plus heureuses que les précédentes.
Si l'on considère ce groupe fameux sous le rapport de la difficulté vaincue , il nous prouve plus encore que FAtali:Hte, le Gladiateur combattant , et le Laocoon , que les anciens statuaires n'ont pas toujours éludé les traits d'exé" cution pénibles et dangereux. En eflet cette immense composition , trouvée toute entière dans un seul bloc de mar])re , si c'est celle dont a parlé Pline , présente des merveilles de mécamsmc aussi périlleuses que la sculpture puisse en hasarder. Mais si l'on examine en particulier ce qui reste d'antique dans ce groupe , comme la figure d'Antiope, l'e^^pression de la tête et des bras du jeune ])acchant assis et qui paroît saisi de frayeur à îa vue du châtiment de Dircé, on sera convaincu que ce groupe
ïl'étoit pas seulement recommaiidable sous le rapport de la difficulté de son exécution , mais qu'il présentoit des beautés du premier ordre qui durent mériter à leur auteur l'honorable mention qu'en fait Pline. Sous le rapport de la composition l'ouvrage n'est pas exempt de reproches ^ les figures ne s^y groupent pas assez. Le jeune homme assis est d'une trop petite proportion par rapport aux autres figures. Antiope est un personnage dépourvu d'action ; enfin ^ la multiplicité des accessoires qui ne semblent être là que pour augmenter le nombre des objets exécutés dans le même bloc de marbre , nuisent à la simplicité et au grandiose de la composition. Mais, comme nous l'avons dit^ ce groupe paroît avoir subi des changemens considérables dont le mauvais effet ne peut être attribué aux artistes grecs.
Le Taureau Farnèse , ainsi appelé parce qu'il fut longtemps placé k Rome , dans le vestibule du palais Farnèse , a été gravé souvent et presque toujours avec quelques variantes. On le trouve dans les Recueils de Maffei, Rossi, Perrier, Sandrardt, Piranesy, etc. Les figures données par Rossi et Piranesy sont les meilleures. Cette dernière est gravée par François Piranesy.
TABLE PROVISOIRE