‹ Choix de tableaux et statues des plus célèbres musées et cabinets étrangersChapitre 40 sur 124 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

Chez TREUTTEL et WÛRTZ, Libraires, rue de Bourbon, n**. 17 ; ▲ Strasbouac et à Londres, même Maison de commerce.

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LA VIERGE, L'ENFANT JÉSUS ET SAINT JEAN. Tableau de la Galerie de T Ermitage ^ joeint sur bois.

Hauteur 3 pieds 2 pouces 6 lignes , largeur 2 pieds 4 pouces g lignes.

Si la nature a refusé a André del Sarte la fécondité de l'imagination , elle lui a du moins inspiré cette sage retenue qui lui fit éviter de traiter des sujets au-dessus de ses forces. On ne rencontre de lui , le plus ordinairement, que des tableaux de peu de figures, où la grâce et la naïveté des expressions , le fini et le moelleux du pinceau , méritent les plus grands éloges.

La Madone que possède la Galerie de l'Ermitage , est de ce nombre. André del Sarte , qui avoit déjà souvent traité ce sujet , pour varier les expressions de celui - ci , a supposé qu'un bruit soudain vient de se ûiire entendre , et que la Vierge , son fils et Saint Jean , distraits de tout autre soin que de celui de découvrir le sujet de leur étonnement , le clierchent vers les spectateurs. C'est du moins ce que l'on pense à la vue de ce charmant tableau, qui se fait autant admirer par la pureté du dessin, que par l'heureuse harmonie du coloris.

La robe de la Vierge est rouge changeant en jaune, la draperie qui lui couvre une partie des épaules est grise. Le petit manteau de Saint Jean, est de ce rouge éclatant et particulier, pour lequel André del Sarte avoit une

certaine prédilection. La scfene du tableau est dans une grotte.

Il a été gravé par Bartolozzi, artiste digne de sa grande réputation, et dont l'œuvre, l'un des plus considérables qui existent, s'est vendu jusqu'à mille liv. ster. en Angleterre , où ce graveur a exécuté la majeure partie de ses plancheso

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LA VIEPiGE ET L'ENFAIMT JÉSUS ÉCOUTENT UN CONCERT D'ANGES.

Tableau de la Galerie de Ermitage , peint sur bois.

Environ 4 pieds de haut , sur 4 do large.

Le nom de délia Porta y donné au frère Barthelemî , n'est pas, comme on poiirroit le croire, celui de sa famille qui est resté inconnu. Yasari nous apprend qu'il lui vient de ce qu'il demeura très-long-temps chez un de ses parens, qui habitoit près de la Porte de Saint Pierre Gattolini,

Doué d'une âme douce et tendre, Baccio se plut à peindre des sujets de piété et surtout des madones. Le peu de tableaux ou il représenta des figures nues, furent consumés par les flammes où il les jeta lui-même un jour de carnaval, au moment où toute la jeunesse de Florence dansoit autour des feux de joie allumés sur les places publiques. Cette action qui lui avoit été inspirée par les violentes déclamations de son ami, le franeux Dominicain Savonarole, contre le danger des peintures qui offrent des nudités aux regards de la jeunesse, fut imité parles sectateurs de ce prédicateur, et ce jour vit sacrifier à des scrupules religieux , un grand nombre de peintures et de sculptures précieuses.

Ce même Savonarole , clief du parti populaire de Florence , ayant été accusé de rébellion par les grands , et taxé d'hérésie par le clergé, pour avoir tonné contre les vices des prêtres et les excès d'Alexandre VI, le parti qui

lui étoit opposé se souleva , et voulut s'emparer de sa personne^ afin de le livrer à la justice. Ses amis, pour le défendre, se réunirent aussitôt au nombre de plus de cinq cents, et s'enfermèrent dans le couvent de Saint Marc, ayant avec eux Baccio. Pendant le combat qui eut lieu ])ientôt, et dans lequel les défenseurs de Savonarole furent vaincus, et obligés de livrer leur protégé, le timide Baccio fit vœu d'entrer dans Tordre de Saint Dominique, s'il écliappoit au danger qui le menaçoit. En effet, dès que le frère Savonarole eût suhi l'arrêt de mort prononcé contre lui, Baccio s'en alla à Prato, où il se fit recevoir frère du couvent de Saint Dominique^ le 26 juillet de l'année i5oo (1).

La Madone dont nous publions le trait , est une des productions de Baccio, qui rappelle le temps où il faisoit une étude particulière des tableaux de Léonard de Vinci. On j pourroit blâmer la symétrie de la pose des quatre Anges, qui rappelle les ouvrages de la renaissance de l'art. Mais la beauté des caractères de tête, quoique trop semblables, la naïveté de leur expression, la grâce enchanteresse répandue sur le groupe de la Vierge et de son fils ; enfin , le charme divin de toute cette composition, ainsi que l'heureuse harmonie du coloris, et le grand goût de draperie qu'on admire dans ce tableau, le rendent un des plus recommandables de l'œuvre de Baccio délia Porta.

Ce tableau a été gravé par Ch, Sunonneau pour le cabinet CrozaL

(i) C'est a lort que Lomazzo , dans son Traité de Peinture . livre VI, chapitre XXXV, page 366, dit que le frère Barthelemi étoit de l'Ordre de Saint A'dîjïastin.

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LA CALOjMNIE D'APELLES. Tableau de la Galerie de Florence , peint sur toile.

Environ 2 pieds de haut , sur 3 pieds de large.

Sous le titre que nous venons de donner à ce tableau , on est convenu de désigner une allégorie satyrique, composée par le prince des peintres Grecs. Apelles fut accusé d'avoir participé à une conjuration contre Ptolomée ; un de ces guerriers que Voltaire a si bien désignés dans ce vers de sa malheureuse tragédie d'Artemire :

« Soldats sous Alexandre, et Bois après sa mort. »

Quand ils se partagèrent l'immense Ixéritage du conquérant Macédonien, l'Egypte é(^ut à Ptolomée. Ce fut alors qu'Ap elles manqua de périr; /victime de lâches délateurs. Il prouva son innocence, magWje ressentiment d'une si cruelle injure et le souvenir dul^Kger qu'il avoit couru, l'ayant rempli dlndignation , il^^Bn tableau de la Calomnie ; composition justement cél^^^Bms l'antiquité, et dont on doit s'étonner que Pline n^^Ben dit. Au reste , nous sommes dédommagés de son siHPe par la description que Lucien a faite de ce tableau. Elle est si nette et si précise, qu'elle a facilement servi de guide aux artistes modernes qui ont osé retracer ce même sujet; encouragés par la pensée que le chef-d'œuvre d' Apelles n'existoit plus.

Dans cette composition allégorique, la Crédulité désignée. par des oreilles d'ânes , assise sur un trône et ayant près d'elle l'/^7zom^c5 et le Soupçon^ ses dignes conseillers, accueilloit avec empressement la Calomnie^ qui, richement parée et armie d'une torche , traînoit près d'elle par ie>

cheren:s.Y Innocence j caractérisée par unfolble enfant qui élevoit ses mains vers le ciel. U Envie y au teint livide et au visage décharné , dirigeoit la marche de la Calomnie , que la Fraude et V Artifice s'empressoient de parer. Un peu plus loin^ le Repentir ^ en vétemens de deuil, jetoit un douloureux regard sur la Vérité ^ qui s'avançoit dans le lointain, belle de ses seuls attraits, et n'ayant aucun voile qui les dérobât aux yeux.

Le genre de l'allégorie essentiellement froid , et si souvent obscur, a paru avec raison répréhensible à un grand nombre de critiques; cependant les plus sévères s 3 sont accordés à louer le sujet et la composition de la Calomnie d'Apelles. La raison en est évidente , et mérite d'être remarquée. Toutes les figures de ce tableau étant allégoriques , il n'offre point la réunion choquante de personnages réels et d'êtres fantastiques. Il rentre dans le genre des compositions purement mythologiques. Ainsi ^ sans qu'il en coûte rien à la raison, le goût peut approuver \i morale ingénieuse du peintre, son esprit, et même ce qu'il y a de sublime dans ses idées; car les figures du Repentir et de la Vérité furent véritablement inventées par le génie ^ et appartiennent aux plus hautes conceptions de l'art. Peutêtre les longues oreilles de la CrédiJité , forment-elles une sorte de disparate avec la noblesse des autres figures, mais il étoit impossible de caractériser autrement ce personnage; et la fable bien connue de Midas, sembloit avoir d'avance indiqué à l'artiste le parti qu'il devoit prendre.

La description que nous venons de tracer d'après Lucien , du sujet peint par Apclles , nous dispense d'entreprendre celle du tableau d'Alexandre Boticelli. Il s'est conformé presqu'en tout , au texte de l'ingénieux écrivain qui lui servoit de guide. Nos remarques doivent

donc porter sur la manière de cet artiste. Comme il rlnt au monde avant l'époque où Léonard de Vinci et Michel- Ange agrandirent les idées des peintres Florentins , il y a dans sa composition un goût évidemment gothique , dans les figures, comme dans les accessoires. Cependant, c'est un ouvrage du plus grand intérêt , non-seulement à cause du sujet, mais parce que l'étude de la nature et un sentiment vrai s'y font partout remarquer. L'attention du peintre à enrichir sa composition d'une foule de détails est aussi très - remarquable , et d'après ce que nous venons de dire on n'est pas surpris qu'il ait employé l'or dans plusieurs des ornemens qui décorent , ou pour mieux dire , surchargent le lieu de la sçène. Il sacrifia ainsi au goût général , et poussa même très-loin ce sacrifice ; car il dora jusqu'à plusieurs des chevelures de ses personnages de femme. Ces défauts palpables et la sécheresse du dessin ne peuvent empêcher que l'on rende justice à l'expression des figures. Il n'est même personne qui ne doive approuver les éloges que A^asari donne spécialement à celles de la Vérité et du Repentir. Toutes deux sont de l'expression la plus juste , et cette dernière , enveloppée dans ses vêtemens noirs , a un aspect réellement original , qui rend parfaitement l'idée de l'artiste.

Son vrai nom étoit Filippi ou Filipepi. Il fut élève de Lippi , peintre et religieux carme , et entra d'abord en apprentissage chez l'orfèvre Boticelii, dont il garda le nom. Il étoit dans la force de Fâge et du talent lorsqu'il peignit cette intéressante composition pour un Florentin , appelé Fabio Segni. Celui-ci donna ce tableau à un de ses parens , appelé Antonio Segni ; on ignore quels furent ensuite ses possesseurs, jusqu'au moment où il fit partie de la collection des souverains de Florence.

Alexandre Botlcelli ne fut pas le seul artiste moderne qui reproduisit la fameuse composition d'Apelles; Lucas Penni, frère de Jean François Penni^ comme lui élève de Rapliaël, fit sur ce sujet un très -beau dessin, où Ton ne peut guère reprendre que Fidée extravagante de placer près de la Vérité, une espèce de démon, qui l'enlève dans les airs. Frédéric Zuccliero fit aussi une Calomnie ; mais la composition moderne , le plus justement renommée, est due à Raphaël lui-même. Digne interprète des idées d'Apelles, il y a réuni la grâce, la correction, et une noble simplicité. Toutefois, il fut assez modeste, pour ne composer qu'un simple dessin , qu'il répéta, et d'après lequel Benvenuto Garofalo , déjà vieux , fit un tableau pour le duc de Ferrare.

De tous les artistes qui ont reproduit les idées d'Apelles , Lucas Penni est le seul qui ait fait de l'Innocence , un enfant en bas âge , partout ailleurs cette figure est celle d'un adolescent, ce qui est moins conforme à la description de Lucien. Peut-être doit-on s'étonner qu'il ne soit venu à l'esprit ni d'Apelles , ni de ses imitateurs, de donner à cette figure les formes d'une jeune ^t belle fille , comme le sujet sembloit l'indiquer.

Heinecken, dans son Dictionnaire des Artistes, tom. 3^, pag. 2i5, n° 12, cite une estampe exécutée par Boticelli^ qui pourroit bien être celle de son tableau de la Calomnie. La composition de Lucas Penni, a été gravée à l'eauforte , probablement par lui. On trouve celle de Pvapliaël dans les Annales dit Musée de France ^ tom, 5 , pl. i4 et dans le cabinet Crozat, pl. 5g.

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