‹ Choix de tableaux et statues des plus célèbres musées et cabinets étrangersChapitre 41 sur 124 · VÉNUS, APRÈS LA MORT D'ADONIS, COLORE LA ROSE AVEC SON PROPRE SANG · texte numérisé non relu

VÉNUS, APRÈS LA MORT D'ADONIS, COLORE LA ROSE AVEC SON PROPRE SANG

Tableau de la Galerie de Florence , peint sur toile,

Enyiron. 5 pieds et demi de haut , sur 9 pied» de large.

Alexandre Bonvlcino fut un des bons élèves du Titien *, il puisa dans l'école de ce grand maître , un coloris l)rillant , la vérité des carnations , et une grande manière de peindre. Il tâcha ensuite de réunir à toutes ces qualités le goût de dessin noble et pur de Raphaël, et réussit jusqu'à un certain degré , de sorte que ses tableaux tiennent dans les Collections un rang très-recommandable. Brescia , sa patrie y en possède mx grand nombre , tant à l'huile qu'à fresque. Ceux à l'huile sont les plus estimés.

Des trois que possède la Galerie de Florence , celui dont nous donnons ici le trait , est le plus capital. Le choix du sujet suffisoit seul pour qu'il attirât l'attention. Le Moretto , voulant représenter un trait mythologique ^ aus<si connu que la mort d'Adonis ^ a saisi en homme d'esprit , une circonstance intéressante qui lui permettoii. d'imprimer à son ouvrage un caractère d'originalité. Au moment où l'Amour courut annoncer à sa mère la fu* neste catastrophe du fils de Myrrha , Vénus s'empressa de voler vers son jeune amant , mais un de ses pieds délicats fut blessé par les épines d'une rose. La Déesse, obligée de s'asseoir sur un tertre , laissa tomber, de son pied blessé , quelques gouttes de sang sur la rose , qui , blanche jusqu'alors, devint aussitôt de la coideur charmante,

par laquelle 5 non moins que par ses belles formes, cette fleur, depuis ce temps, captive les regards.

L'idée qui établit un tel rapport, entre la plus belle des fleurs et la déesse de la beauté , est une des plus gracieuses qu'ait inventé le génie aimable et poétique des anciens mythologistes. Elle méritoit d'être retracée en peinture, et peut être s'étonnera-t-on qu'elle ne l'ait pas été plus souvent. Le Moretto a rendu avec babileté une si beureuse pensée. Au milieu du tableau , et le plus près de l'oeil du spectateur, Vénus souffrante et son jeune fils attirent d'abor dl 'intérêt.Trois nymplies, témoins du prodige qui vient de s'opérer , le font remarquer au dieu Pan , peutêtre un peu trop occupé de deux flûtes dont il joue. Plus loin , Adonis expire dans une attitude naturelle et touchante. Le sanglier, placé près de lui, indique le genre de sa mort. Ainsi que le Titien son maître , le Moretto , en groupant ensemble des femmes nues, d'un dessin agréable et d'une coideur séduisante, a employé un moyen de plaire dont l'effet est toujours sûr. Nous le trouverions encore imitateur habile et heureusement inspiré dans le choix de son paysage , composé d'un petit nombre d'arbres touchés avec esprit , si son lointain ne présentoit un de ces anachronismes qu'offre rarement le Titien. Cette longue suite de bâtimens qui s'étend à l'horizon est une imitation trop exacte des principaux édifices de Venise. Au reste , puisque ce tableau ne mérite guère d'être critiqué que dans les accessoires , et qu'il offre dans la pensée comme dans l'exécution , plusieurs beautés réelles , il faut le placer sans hésiter au rang de ces ouvrages trèsestimables , qui ne peuvent qu'honorer l'art et l'artiste.

Il n'a point été gravé.

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