LA SAINTE VIERGE , JÉSUS , SAINT JEAN
Tableau de la galerie de Florence.
Hauteur 9 pouces et demi , largeur 7 pouces et demi.
Ce petit tableau est un de ceu-x peints par Annibal Carraclie avant son départ pour Rome. On y reconnoît l'étude presque exclusive <ju'il avoit faite jusqu'alors des cliefs-d 'œuvres du Corrège ; et quoiqu'il soit encore loin du style et du coloris de ce grand maître ^ les beautés qu'on y admire suffisent pour confirmer ce que disent les partisans de l'Ecole Lombarde : (c que , dans son séjour à Rome , Annibal perdit plus dans certaines parties de l'art, qu'il ne gagna dans d'autres. »
Les têtes de ce tableau sont vivantes et pleines de grâce ; Saint Jean est un modèle d'aménité et de naïveté; et quoique le temps ait apesanti sa main destructive sur cet ouvrage , on ne peut s'empèclier d'y reconnoître une
des plus l)elles productions d'Annil)al Carracbe.
Le coloris en est peut-être un pea grisâtre. Ce défaut ,
que les années pourroient avoir aggravé , fut celui du
maître, lorsqu'il tenta d'imiter, mais en vain , la couleur
argentine du Corrège.
Ce tableau a été gravé par /. B. Klauher , de l'académie
de peinture, pour l'ouvrage de Masquelier sur la galerie
de Florence.
LA SAINTE FAMILLE
Tableau de la galerie de Florence,
Hauteur i4 pouces , large"* to pouces 6 ligne*.
Quand les Carraclies commencèrent à se rendre célèbres , la peinture, que Raphaël avoit portée à un très-lianit degré de perfection, commençoit à décheoir. Les Italiens, qui ont le mieux écrit sur les arts, Bellori, Baldinucci, Lanzi et autres, en conviennent. L'art se trouvoit place entre deux opinions opposées : l'une vouloit tout soumettre à la nature ; Fautre , ne reconnoître que le caprice d'une imagination sans frein. La première avoit pour chef Michel - Ange de Caravage , qui copioit servilement et sans choix les individus tels qu'ils se présentoieot à lui. Gîiiseppe d' Arpino, dit le Josepin , avoit accrédité le système contraire , et ne suivoit que ses idées extravagantes. Les Carraches s'opposèrent avec courage à cette corruption générale. Parleurs tableaux et l'Académie qxi'ils fondèrent clans Eologne, ils rappelèrent la peinture dans le chemin que lui avoient tracé les grands maîtres. L'étude assidue de la belle nature, une imitation savante des plus illustres peintres, l'art de leur emprunter ce qu'ils avoient de meilleur et de se l'approprier, tels furent les fondeniens de cette famense école. Toutefois cet heureux changement fut plus spécialement l'ouvrage d'Annibal, et peut-être sans lui, son frère Augustin et son cousin Louis auroient-ils cédé au torrent du mauvais goût.
Annibal, comme tous les pelntrês de son temps, a souvent traité ie sujet de la Sainte Famille ; il a su chaque fois lui imprimer un caractère dififérent. Celle que nous décrivons est sans contredit la plus parfaite de toutes. Les têtes en sont admirables : celle de Jésus est vraiment céleste , celle de Saint Jean , qui peint à la fois l'attendrissement et la vénération , mérite les plus ^ands éloges ; mais la nolJesse"et la candeur de la figure <1p la Vier^ve ^ et la vérité de celle de Saint Joseph sont inimitables. La pureté du dessin des pieds et des mains est au-dessus de tout ce qu'on peut dire ; les mains de Saint Joseph surtout^ qui portent l'empreinte de la vieillesse et du travail, sans avoir rien perdu de leur noblesse, sont des modèles parfaits, dont l'étude nesauroit être trop recommandée ; enfin, un coloris frais sans être brillant, une touche spirituelle et un effet vrai , placent ce tableau au rang des -plus belles productions d'Annibal C arrache.
Il a été gravé , avec assez de sécheresse , par Massard^ de l'ancienne académie , pour la collection de Masquelier.