NARCISSE
Tableau de la galerie de Lucien Bonaparte , peint sur toile ^ figure de grandeur naturelle^
La carrière d'Annibal Carrache, né en i56o, ne fut que d'une année plus longue que celle d'Augustin son frère aîné, et cependant il a laissé un oeuvre beaucoup plus considérable II est facile d'expliquer cette difiPérence. Annibal, à l'imitation de Louis, leur cousin et leur guide, s'adonna presque exclusivement à la peinture. Augustin, au contraire , laissa errer son ardeur d'apprendre et de se distinguer sur diverses branches de connoissances. Nonseulement il fut vm peintre très-habile , mais il passe encore aujourd'hui pour être le plus savant graveur de son pays. Il eut aussi un goût très-vif pour la poésie ; et, comme tant d'autres Italiens , il trouva sans peine le moyen de faire , dans la plus douce et la plus hamionieuse des langues modernes , des vers peu dignes de passer à la postérité.
Ce goût , toutefois, lui fut utile dans la composition de ses tableaux. Celui qui est ici gravé en ofïre la preuve. Il seroit superflu d'en rapporter le sujet avec quelque étendue *, on le connoît lorsque l'on a lu Ovide ; et qui n'a pas lu ce poëte si varié , si spirituel , si séduisant !
La fable de Narcisse ( que l'on peut regarder comme une peinture très-morale des aberrations de l'amourpropre ) est retracée par Augustin Carrache avec une extrême simplicité.
Un peintre françois , qui eut des pensées judicieuses , et même parfois originales quand il écrivit sur son art , ïaillasson a dit des Carraclies qu'on devait les regarder comme les premiers à.^^ Académiciens» La figure du jeune Narcisoe confirme ce jugement. C'est en effet une académie, une figure isolée , dans laquelle rien d'extraordinaire ne touche ou ne frappe le spectateur. Peut-être , en traitant un tel sujet 5 auroit-il fallu saisir l'instant ou l'insensé Narcisse va expirer : du moins l'artiste y capable de peindre les passions y auroit-il eu la possibilité de déployer toute la magie de son talent. Le tableau d'Augustin Carrache se recommande cependant par des beautés réelles. L'attitude de la figure est vraie ^ et même expressive dans le mouvement des deux mains. Quant au dessin ^ Augustin n'est inférieur ici ni ailleurs, soit à son frère Annibal, soit à son cousin Louis. Toujours, dans cette partie importante de l'art , ce maître a de la correction et du grandiose. Sa couleur solide , sans être bien attrayante , peut aussi soutenir sans désavantage les mêmes comparaisons.
Ce tableau , dont la figure est de grandeur naturelle , fut long-temps attribué au Dominiquin , l'un des plus célèbres élèves des Carraclies. M. Landon l'a publié dans l'œuvre de ce maître , dans sa collection des Vies et Œuvres des peintres les plus célèbres.
Nous ne connoissons pas d'estampes de ce tableau.