MARCHE TRIOMPHALE DE BACCHUS
Bas-relief en marbre dit Musée Brllannique,
"j pieds 4 pouces de long.
Si les anciens firent de Bacclius un conquérant, nous ignorons aujourd'hui à quels peuples ses triomphes coûtèrent des larmes. Son histoire , mêlée de tant de fables, ne nous oOTre qu'un fait bien positif: c'est qu'en le fêtant, on voulut retracer le triomphe de Tivresse et de la débauche. Qu'il y ait eu plusieurs Bacchus, comme plusieurs Hercules, c'est ce donc on ne peut douter, et , sans vouloir s'enfoncer dans un chaos d'où l'on ne pourroit sortir, il suftira de remarquer que le fils de Sémélé et de Jupiter ne pouvoit être ce Bacchus, dont le culte fut apporté d'Egypte dans la Grèce.
Les Athéniens eux-mêmes, quoique sous la protection spéciale de la déesse de la sagesse , adoptèrent le culte de Bacchus. Il eut chez eux de grandes et de petites fêtes. Ce fut même dans les grandes, appelées Dionysia, du nom de ce dieu, que l'on donnoit les représentations théâtrales, origine de la tragédie et de la comédie. Les campagnes de FAttique retentissoient alors des cris de la licence, et uu témoignage irrécusable, celui de Platon, nous apprend que toute la ville et tout le territoire d'Athènes étoient plongés dans l'ivresse f i).
L'artiste^ auteur du bas-relief dont nous donnons la gravure, a entouré Bacchus du cortège le plus propre à
(i) C'est dans sou Livre icr, des Lois , que , comme témoia oculaire, il rend à sjs concitoyens cet honorable tcmoigu.ige.
caractériser son trloinplie. Il est molienient étendu snr un char, que traînent deux Centaures^ et verse du vin à un satyre empressé de recevoir ce bienfait. Une femme , qui peut être à volonté Erigone ou Ariane, l'accompagne. Un amour tenant un drapeau voltige près de lui dans les airs. L'un des deux Centaures tient une lyre : l'autre deux flûtes. Pan, ayant une coupe dans ses mains; des bacchans, des bacchantes, pour la plupart sans vêtemens, précèdent le char sur lequel le sculpteur a figuré un suivant de Bacclius traînant un bouc.
Après la figure du Dieu ,. ce qui , dans cette grande composition , attire le plus les regards , c'est le groupe de Silène assis sur un âne, et qu'un jeune homme soutient poui' l'empêcher de tomber à terre.
Parmi les figures qui servent a expliquer le sujet, il en est une que l'on ne peut passer sous silence : c'est celle d'un éléphant marchant presque en tête de tout le cortège. Cet animal, originaire de l'Inde, est placé là pour rappeler le trait le plus important , s'il étoit avéré , de l'histoire de Bacchus. Que les riches contrées arrosées par le Gange et Fï ndus aient été fréquemment envahies, pillées, dépeuplées par d'avides conquérans^ c'est une vérité qu'il est impossible de révoquer en doute. Le paisible et malheureux Indou ^ détestant par principes religieux autant que par caractère l'effusion de sang, ne sut guère, dans tous les temps ^ que tendre la gorge au fer de ses assassins ; mais Bacchus a-t-il été du nombre de ses vainqueurs? c^est une question curieuse qui ne sera jamais résolue d'une manière bien, satisfaisante.
En effet, la marche victorieuse de Bacchus dans ITfnde^ est un fait qui se perd dans la nuit des temps, et cependant îl ne seroit pas raisonnable de le révoquer absolument
mi doute. Si aucun détail authentique n'en est parvenu jusqu'à nous, du moins divers points de l'histoire bien certaine d'Alexandre s'y rapportent d'une manière frappante. Nous voyons d'abord que quand ce héros eut passé l'Iaxarte ( appelé mal-à-propos le Tanaïs par Arrien et Quinte- Curce ) il battit les Scythes qui venoient de lui envoyer une ambassade. Les Macédoniens , poursuivant les vaincus, dépassèrent, disent les historiens , les bornes de Bacchus^ G'étoient de grosses pierres rangée les unes près des autres et de grands arbres, dont les troncs étoient couversde lierre.
Lorsque quelque temps après , les soldats d'Alexandre , fatigués de courses et de combats interminables, se refusèrent unanimement de passer le fleuve Hyphase, leur roi les conjura a de ne pas lui ravir une gloire qui alloit l'égaler à Hercule et à Bacchus. d
Un monument encore plus authentique du souvenir quel'on conservoit de cette fameuse marche de Bacchus dans l'Inde ,. se trouve dans un passage très-remarquable de cette même histoire d'Alexandre , nous voulons parler de la manière dont, forcé de revenir sur ses pas, il traversa la province de Perse appelée Carmanie et qui porte encore aujourd'hui le nom de Kerman. La marche d'une armée victorieuse de tant de nations fut alors une vraie bacchanale. Le char d'Alexandre étoit traîné par huit chevaux, et le nouveau Bacchus s'y livroit publiquement à la dél)auche. D'autres chars en forme détentes et couverts de Hches draperies de pourpres escortoient le sien. Partout les soldats trouvoient des outres pleines de vin et des tasses que les liabitans s'empressoient de leur offrir. Des instrumens de musique faisoient retentir les airs de leurs sons discordans; enfin, pour que rien ne manquât à celte insigne mascarade , des baçchantes.
courolent ça çst là , les cheveux épars , poussoient des hurleraens frénétiques et selivroient à toute espèce de licence.
Sept journées entières, furent consacrées à ces excès qu'on ne peut caractériser, et la fortune d'Alexandre, qui jamais ne fut si mémorable , permit que des ennemis si récemment vaincus ne songeassent pas à exterminer leurs vainqueurs livrés à ce délire.
Mais pourquoi Alexandre imagina -t- il cette extravagance ? Parce qu'une tradition non contestée , portoit que Bacchus, vainqueur de l'Inde étoit rétourné sur ses pas avec im semblable cortège.
Après cette digression, qui ne nous a pas trop écartés de notre sujet , nous dirons que le bas-relief du triomphe de Bacchus se recommande par plusieurs genres de mérite : d'abord , la composition est une des plus riches qui soient parvenues jusqu'à nous, puisqu'on n'y compte pas moins de vingt-deux figures d'hommes , de femmes et d'enfans. s On pourroit blâmer l'artiste d'avoir représenté plusieurs de ces figures, soit de face, soit marchant en sens contraire des autres; mais n'auroit-il point pensé que la confusion, le désordre, étoient de l'essence de son sujet, et que dans une bacchanale, il étoit bon que plus d\in personnage ne sût pas trop de quel côté il portoit ses pas ? Quoiqu'il puisse être d'une remarque à laquelle nous n'attachons pas plus d'importance qu'il ne convient ; ce bas-relief, où le ciseau du sculpteur se montre habituellement correct et savant est un des plus précieux restes de l'art antique.
Ce bas-reîief a passé de la Yilla Montalto dans la collection de M. Townlej^, et de là au Musée Britannique. Pietro SaniîBarloli l'a publié dans son Admiranda Romanoriun Antiq. Vestig. pl. XliVIII et XLÎX.
TABLE PROVISOIRE
DE LA TJBLOi&ià^: LIVRAISON.
PEINTURE
LA VIERGE, l'enfant JESUS ET SAINT JEAN. GaL
de r Ermitap'e,
LA VIERGE ET l'eNFANT JESUS ECOUTENT UN ÇONCKRfl?
d'anges. — Galerie de V Ermitage, €L. V2>ottcefft.
LA CALOMNIE d'appelles. — Galeide de Florence.
d. jJhovii^'icivio .