‹ Choix de tableaux et statues des plus célèbres musées et cabinets étrangersChapitre 63 sur 124 · LA MORT DE SAINT JOSEPH · texte numérisé non relu

LA MORT DE SAINT JOSEPH

Tableau de la Galerie de V Ermitage , -peint sur toile.

Hauteur '6 pieds, largeur 4 pieds 9 pouces.

Don Diego Vélasquez de Sllva , issu d'une maison illustre de Portugal , naquit à Séville, en i594. Ce n'est pas sans raison que les Espagnols le considèrent comme l'un des plus grands artistes dont leur école puisse s'énorgueillir. Herréra lui donna les premiers principes de son art. Il passa ensuite dans l'école de François Pachéco , peintre aussi distingué par les productions de son pinceau , que par ses poésies et sa vaste érudition. A vingthuit ans , il alla à Madrid pour y étudier les ouvrages des grands-maitres , conservés à FEscurial. Ce voyage lui fut extrêmement favorable ; sa manière y acquit plus de grandeur et de noblesse, son style devint moins sec et moins froid ; enfin , l'imitation exacte de tout ce qui frappe le sens de la vue , à laquelle il s'appliqua constamment , acheva de perfectionner son talent , et de lui donner un caractère original.

Le mérite de Vélasquez ne tarda pas à être connu et apprécié. La faveur qu'il obtint, en iGsS, de peindre le roi et toute sa famille , fut pour lui , une source intarissable de prospérités. Philippe IV , qu'aucun artiste n'avoit encore peint avec autant de talent, fit compter trois-cents ducats d'or à Vélasquez , le nomma son premier peintre, en l'assurant que lui seul le peindroit à l'avenir , et joignit à ces premiers bienfaits , la décoration de la clef d'or, distinction d'autant plus honorable

en Espagne , qu'elle donne a toute heure entrée clans le palais. Quelques années après , Rubens avec qui Vélasquez entretenoit depuis long-temps une correspondance suivie , arriva à Madrid. Ces deux artistes visitèrent ensemble la Collection Royale de peinture. Les remarques que fit Rubens sur chaque tableau, communiquèrent à Vélasquez des lumières nouvelles , et réveillèrent en lui le désir d'aller étudier en Italie. Philippe lY qui afFectionnoit autant la personne de Don Diego que ses talens, ne consentit qu'à regret à ce voyage. Il voulut du moins que rien ne manquât au témoignage de son estime pour Vélasquez. Des sommes considérables lui furent comptées , le comte d'Olivarès^ lui remit des lettres de recommandations les plus pressantes pour tous les ambassadeurs, et lui fit don d'une médaille d'or, sur laquelle étoit frappé le portrait du roi.

Philippe IV, pour propager parmi ses sujets la connoissance des beautés qui distinguent les productions des artistes de l'école italienne , chargea Vélasquez de commander un tableau pour lui , à chacun des. douze peintres les plus célèbres alors en Italie. Comme la postérité confirme rarement les renommées contemporaines , la liste des artistes choisis par Vélasquez est curieuse. On y voit d'abord le Dominiquin, Poussin, le Guide, le Guerchin , Valentin , célèbres par de grands taleas ou de l'originalité ; viennent ensuite Josepin, l'un des artistes îes moins recommandables, par sa manière fausse dans toutes les parties de l'art ; Lanfranc , que sa haine pour ]e Dominiquin a rendu presqu'aussi célèbre que les pro<luctions de son pinceau, auxquelles les partisans de Zampleri ne renuent pas toujours une justice complète; André Sacchi , alors beaucoup trop exalté , puisque ce

temps n'étoit point encore celui de la décadence de l'art ^ Piètre de Cortone , le plus aimable et le plus séduisant de ceux qui ont fait dégénérer la peinture. Joaclîim Sandraert , laborieux biographe des peintres , mais du reste, peu connu et peu digne de l'être ; enfin, un clievalier Maxime ou Massimimo, dont le nom est resté totalement incoimu.

Mais revenons au voyage de Vélasquez : 11 s'embarqua à Barcelone, le lo août 1629, se rendit d'al.wd à Venise, où les peintures du Titien, du Tintoret, de Paul Véronèse , qu'il ne se lassoit pas d'admirer , le retinrent quelque temps. Il visita ensuite Bologne , Rome , Naples , et plusieurs autres villes, recevant partout l'accueil le plus honorable. Urbain VIII le logea au Vatican , afin de lui faciliter l'étude des peintures de Raphaël; et le comte de Monterey lui fournit les moyens de dessiner à toute heure, d'après la superbe Collection d'antiques, conservée dans le palais des Médicis.

Soit que Vélasquez eut déjà perdu cette flexibilité d'organes , qui fait que dans la jeunesse on s'identifie facilement les qualités des autres , soit que la brièveté de son séjour en Italie ( il fut rappelé après un an et demi d'absence ) , ne lui ait pas permis de se perfectionner davantage , il faut avouer que les peintures qu'il exécuta après son retour dans sa patrie , quoique infiniment supérieures à ses premières , ne sont pas sans reproche sous le rapport de la pureté et de l'élégance du dessin, et du choix de la nature? qu'il a imitée. Elles rappellent trop la manière du Carav.^ge.

Cela n'empêche pas que ce peintre ne soit un des plus célèbres artistes qui aient manié le pinceau. Aucun n'a rendu la nature avec plus de vérité et ue possède mieux

que lui , rintelllgence du clair-obscur , et surtout cette

entente de l'interposition de l'air ambiant, entre les objets, pour en faire connoître les distances. Enfin, pour la vigueur et la beauté du coloris, il est assurément l'égal du Titien, et il ne lui a peut-être manqué, pour lui être supérieur, qu'un peu plus de finesse dans l'exécution.

En i648, et par ordre de Philippe IV, Vélasquez fit un second voyage en Italie, dont le principal but étoit de réunir les objets d'études nécessaires à l'académie des beaux-arts que ce prince se proposoit d'établir à Madrid. Don Diego, trop âgé alors pour que la vue des chefsd'œuvres des grands - maîtres pût influer sur son style, ne retira guère d'autre avantage de ce voyage , que celui d'être utile à ses compatriotes , en rapportant dans sa patrie une Collection précieuse de peintures et de sculptures.

Le sujet de la mort de Saint Joseph est un de ceux qu'une pieuse croyance indiquoit seule à l'artiste ; car la mort de l'époux de Marie n'est pas plus connue que sa naissance. On a blâmé à tort la jeunesse que Vélasquez a donnée à la figure de la Vierge : le beau idéal de ce personnage est de n'avoir point ressenti les atteintes du temps. On auroit mieux fait de critiquer la position de cette main qui, interceptant l'aspect d'un des yeux de Marie, altère ainsi la conformation de son visage ; de même que la physionomie trop prononcée du Christ , qui , mort à trente-trois ans , devoit avoir au moins des formes plus jeunes, si Vélasquez ne pouvoit lui en donner de plus nobles. Au reste, ce tableau, par la présence des grandes parties de l'art , qu'il réunit à un très-haut degré , fait beaucoup d'honneur au pinceau de son auteur.

Il n'a point été gravé.

Page 1