LÉDA
Tableau de la Galerie de Lucien Bonaparte ^ peint sur bois»
Hauteur 3 pieds a pouces , largeur "x pieds 4 pouces,
André Vannuclil , dit ^ ndrea del Sarto , parce qu'il étoit fils d'un tailleur, parut à Florence à l'époque heureuse oii Léonard de Vinci et surtout Michel-Ange Tcnoient d'imprimer à la peinture un caractère sublime , qu'elle n'a plus retrouvé depuis.
L'étude assidue qu'il fit de leurs ouvrages l'inspira souvent heureusement \ mais le génie ne s'acquiert pas, André del Sarte s'est rarement élevé aux conceptions vastes et originales , et son plus grand mérite consiste dans les rémmiscences des deux illustres peintres que l'on vient de nommer. Il leur dut au reste un bon goût de dessin , auquel il joignit une assez bonne couleur, et surtout un pinceau très -moelleux, qualité d^ exécution rare alors , parce qu'on étoit encore peu éloigné de l'époque où l'on avoit abandonné la sécheresse gothique.
Le sujet de Léda devoit tenter uti peintre ami de la correction. Michel-Ange l'avoit traité avec une énergie qu'il ne falloit pas attendre de son disciple. La composition d'André del Sarte offre quelque froideur, mais du moins rien d'essentiel n'y manque. On est convenu de ne pas trop considérer comme indécens les sujets fabuleux : ainsi , le peintre n'est point répréhensible pour avoir
peint l'épouse de Tyndare, qui, sans aucun voile, caressf* l'oiseau dont le maître des Dieux a pris la forme ) ce qu'on pourroit blâmer , ce sont les quatre petits enfans étendus a terre qui annoncent, contre toute vraisemblance, que l'intrigue n'est pas récente. A droite sont Castor et PoUux, placés dans la suite au rang des dieux; à gauche, les deux filles de Léda , Hélène et Clytemnestre. L'artiste a eu la singulière idée de représenter l'une d'elles, sortant à peine d'un des deux oeufs dans lesquels on suppose que ces jumeaux vinrent au monde. On remarquera aussi que les quatre enfans et le Cygne sont d'une taille beaucoup trop grande. Toutes ces singularités tiennent au sujet; mais ce que l'on ne peut tolérer, ce sont les petites figures du fond , et la fabrique sur laquelle elles se détachent. André del Sarte n'a fait que copier un édifice et quelques personnages de son temps. Si le devant de son tableau rappelle la Grèce et les bords de l'Eurotas, le reste transporte le spectateur à Florence. Ces disparates se retrouvent parfois dans les maîtres les plus célèbres.
Ce tableau ne fut porté qu'à 4oofr. dans l'estimation qui servit de base à la vente que le duc d'Orléans fit de sa Galerie à M. E. Walekiers de Bruxelles. Il a été gravé par Th, Triere , pour l'ouvrage intitulé Galerie du Palais- Roy al. Il est du nombre de ceux qui ont appartenu à Clu^istine, reine de Suéde.
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