LA FEMME ADULTÈRE
Tableau de la Galerie de Milan ^ peint sur toile.
Hauteur 4 pieds 2 pouces 3 lignes, largeur 6 pieds.
Ce sujet est un de ceux que les peintres habiles rievoient saisir avec le plus trempressement clans la vie de Jésus. Il ofFroit à leur art de Fintérêt , des passions vives , variées , et une scène trës-imposante.
Jésus étoit dans le Temple , environné d'une foule de peuple. Les Pharisiens choisirent cet instant pour lui amener une femme surprise en adultère. Ils lui demandèrent quel jugement devoit être prononcé contre elle. La loi de Moïse étoit formelle contre un tel délit y et portoit la peine de la lapidation. Jésus se baissa y écrivit sur le sol , et prononça en même temps ces paroles à jamais mémorables : (( Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre. » Les accusateurs confus se retirèrent aussitôt. Jésus dit à la femme que, puisqu'elle n'avoit été condamnée par personne , il ne la condamneroitpas. Il la renvoya en paix, l'exhortant à ne plus pécher.
De toutes les circonstances que présentoit un si beau sujet , Augustin Carrache n'a pas traité la moins importante sous le rapport de l'art. Depuis lui, Poussin , dans une composition excellente , a représenté les accusateurs lisant à terre les mots qui les font rougir de honte et de dépit. Augustin Carrache a saisi l'instant qui précéda celui-ci, et a produit sans efforts une composition qui rappelle le grandiose de l'Ecole Florentine. Le lieu de la scène est le vestibule du Temple ; la femme, cou -
palble, les bras liés arec des cordes, dans lage de la jeunesse , et embellie par son repentir , attend son arrêt, îl est déjà prononcé : déjà le Christ , dans une attitude aussi no])le qu'expressive , a porté le trouble dans Tâme de ceux qui venoient tenter sa sagesse. L'un d'eux lui montre bien encore la pécheresse; mais plusieurs autres s'enfuient. A la droite de Jésus , et faisant partie d'un groupe du meilleur style , un apôtre vénérable , portant sa main à sa barbe , médite sur le sens profond des paroles qu'il entend.
Près de ce groupe un homme assis à terre , et la main sur un livre, paroît également absorbé dans ses réflexions. Sous le rapport pittoresque, cette figure est disposée avec art pour remplir le vide qui se seroit trouvé dans la composition; et le livre qu'elle tient ne peut être que celui de la loi , invoquée naguère par les Pharisiens. On ne peut donc que féliciter l'artiste de l'avoir conçue ; mais en peut-on dire autant de ce jeune homme assis à terre et absolument étranger à Faction? Ne seroit-il point, comme le disoit plaisamment Annibal Carrache, frère d'Augustin y (( une figure à louer? »
Quoique Augustin Carraclie n'ait poussé sa carrière que jusqu'à quarante ans , il a toujours pu être mis en parallèle avec ses deux illustres amis , Louis et Annibal , pour îa science du dessin , la belle harmonie de la couleur et la facilité du pinceau. Il n'a eu garde de se négliger dans cette belle composition faite pour la Galerie Sampieri de Bologne , que décorèrent plusieurs de leurs ehefs-d'œuvres. Aussi , malgré la critique peu importante que nous venons de nous permettre , ce tableau de la Femme adultère nous paroît-il une des meilleures produc-tiens de cet excellent peintre. Elle n'a point été gravée*