‹ Choix de tableaux et statues des plus célèbres musées et cabinets étrangersChapitre 72 sur 124 · LA CANANÉENNE · texte numérisé non relu

LA CANANÉENNE

Tableau de la galerie de Lucien Bonaparte j peint sur toile, T^igures de grandeur naturelle,

La peinture n'ayant pour s'exprimer qu'un langage muet , il en résulte par fois que le spectateur hésite à reconnoitrç la véritable pensée de l'artiste pour la représentation de sujets qui ont entre eux de grandes conformités. Deux miracles de Jésus-Christ offrent surtout cette incertitude. Une Cananéenne vient se jetter à ses pieds, et le prie de guérir sa tille , tourmentée du démon. Une autre femme , affligée depuis douze années d'une perte de sang , se jette également à ses pieds et lui demande sa guérison. En peinture , on ne peut voir que le Christ , ses disciples et une femme à genoux , a moins que le peintre n'ait eu l'attention de caractériser l'un de ces deux faits par quelque circonstance décisive.

Cette circonstance se trouve chez Annibal Carrache dans une répétition du même sujet , dont nous allons bientôt parler. Aussi ne donnons-nous au tableau ici gravé le titre de la Cananéenne , que parce qu'il est indiqué sous ce nom , dans le catalogue de la galerie de laiciea Bonoparte.

Nous pensons au contraire que l'artiste a voulu représenter la femme affligée du flux de sang \ et voici sur quoi se fonde notre opinion.

Annibal Carrache a exécuté une composition absolument semblable , sauf une seule circonstance. Dans ce second

tableau , qui fut gravé en Italie par Carlo Cesio et Petro del Po y le chien placé près de la femme prosternée aux pieds du Christ s'abreuve du sang qu'elle perd. Cette circonstance bizarre, et, pour trancher le mot, très-choquante , a du moins été omise par l'artiste dans le tableau dont nou^ donnons le trait. Le chien n'y est qu'un accessoire sans conséquence. Nous aimons à croire qu'Anniljal Carrache , exécutant ce tableau après l'autre, aura ainsf sagement modifié sa première pensée.

Au reste, Annibal Carrache, habituellement judicieux dans l'ordonnance de ses compositions, s'est montré dans celle-ci digne de lui-même. Bonté majestueuse dans la figure du Christ, respect et confiance dans celle de l'hémorroisse , attention respectueuse de la part de Saint Jean et de Saint Fierre, seuls apôtres présens au miracle? tout est juste, net, et bien exprimé; on peut seulement observer qu' Annibal Carrache a peut-être outré ici un de ses principes. Selon lui, on ne devoit pas admettre plus; de douze figures dans une composition, ( en exceptant, on le conçoit , les tableaux de bataille ). Cette idée judicieuse en elle même, n'éxigeoit pas qvi'il limitât ainsi le nombre des Apôtres; mais du moins il a choisi les deux principaux, le chef et le disciple bien-aimé.

L'exécution ne mérite que des éloges. Sans posséder la noblesse des formes au même degré que Raphaël, Annibal Carrache n'en manque jamais. 11 a ici, comme presques toujours, le vrai style convenable aux sujets religieux. Le paysage , qu'il traitoit avec supériorité n'étoit qu'un accessoire , cependant on y retrouve encore le maître habile.

Nous ne connoissons de ce tableau qu'une gravure au trait et peu arrêtée du recueil intitulé : Galerie de Lucien Bonaparte.

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