LA CANANÉENNE
Tableau de la Galerie de Milan , peint sur toile.
Hauteurs pieds 6 pouces , largeur 7 pieds 4 lignes.
Pour la ressemblance de ce sujet avec celui de rhémorroisse, nous renvoyons à ce qui a été dit du tableau d'Annibal Carrache , de la Galerie de Lucien Bonaparte , intitulé la Cananéenne. Ici, nulle incertitude sur le fait que le peintre a voulu représenter.
Selon l'Evangile , Jésus étant allé du côté de Tyr et de Sidon , une femme Cananéenne le supplia de guérir sa fille tourmentée du Démon. Le Christ rejeta d'abord ses prières ; elle insista et s'adressa aux apôtres , qui intercédèrent vainement pour elle. La Cananéenne , prosternée aux pieds de Jésus, n'en obtint que des refus plus affligeans que les premiers-, mais la tendresse maternelle la faisoit agir, et un tel sentiment ne se rebute pas. Elle redoubla ses instances avec tant d'ardeur et d'humilité que Jésus s'écria enfin : O femme! votre foi est grande ; qu'il soit fait comme vous désirez,
Louis Carrache s'est pénétré des principales circonstances de ce fait pathétique , et les a exprimées non moins en homme sensible qu'en grand peintre. La mère affligée est à genoux; son regard, sa bouche entrouverte , ses mains jointes sur sa poitrine, expriment, comme tout le reste de son attitude, l'humilité et la confiance. La figure du Christ est encore plus savamment pensée. Sa main droite étendue vers la Cananéenne , annonce q]i'il exauce se$ ardentes prières ; tandis que de l'autre il tient son manteau ,
et que sa démarche indique la fin de l'instant précédent, 011 il vouloit éloigner de lui cette suppliante. Il n'appartient qu'à de très-grands maîtres de réunir ainsi des circonstances fugitives, et de satisfaire l'imagination dans un art qui n^a qu'un moment h saisir. Les groupes des apôtres sont disposés d'une manière très-pittoresque. Derrière le Christ 5 l'un d'eux est encore à genoux , pour intercéder en faveur de la Cananéenne ; deux autres sont attentifs a la résolution que prend leur maître. Sur un plan éloigné se voit un groupe de trois apôtres , dont l'un instruit ses compagnons de l'événement. Les deux derniers enfin, plus éloignés encore du spectateur, s'entretiennent de ce qui attire l'attention de tous.
Ces diverses figures , à commencer par les deux principales, sont exécutées d'une manière large, pour le goût de dessin et pour les draperies. Lç coloris a la simplicité qui convient à un sujet religieux, et le paysage enrichit convenablement la scène. Il est seulement à regretter que ce tableau ait poussé au noir ; soit , comme l'a remarqué Lanzi , de quelques autres ouvrages du même peintre y par la mauvaise impression de la toile , ou par un trop grand emploi de l'huile ; soit enfui que l'artiste , avant de peindre , n'ait pas attendu que cette impression fût assez sèche.
Ce tableau vient de la Galerie Sampieri à Bologne , dont il étoit considéré comme un des plus capitaux. Nous n'en connoissons point d'estampe.