‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 2)Chapitre 102 sur 137 · DU DUC D'ANJOU · texte numérisé non relu

DU DUC D'ANJOU

aye esté la principale cause , je tous veux supplier de me pardonner , comme je vous ay requis la dernière fois que j'ay eu ce bien de vous voir; ce que je m'asseure que vous ferez par vostre bonté.

> Je suis nay vostre frère et vostre subject; j'ay possédé un apenage par vostre permission et libéralité , tues beau •et très grand. Vous avez augmenté mes moyens par vos bienfaicts , et qui plus est vous m'avez permis de m'ayder du fonds de mon domaine et en asseurer partie de mes créanciers.

> J'ay esté assisté gratuitement de plusieurs gentilshommes vos subjects, dont la plus part se sont incommodez , appauvris et quasi du tout ruinez a mon service.

> Mes serviteurs m'ont bien et loyalment servi chacun en sa charge , dont je n'ay eu les moyens de les recompenser comme je desirois , et la raison le vouloit, mesme la plus part n'ont esté payez de leurs gages pour comble de ma douleur.

> Je dois environ trois cens mille escus , tant aux estrangers que autres particuliers de vostre royaume , et en emporte en mon tombeau leurs substances, leurs plaintes et leurs gémissemens , sans que j'aye eu le moyen de m'en descharger envers Dieu et les hommes , si par vostre pitié et compassion vous ne daignez faire tant d'honneur a celui qui fut vostre frère de naissance et enfant d'obligation , que d'accepter sa pauvre et désolée succession.

* Je vous supplie et si besoin est vous abjure (sic) en cest endroict , vous Madame et mère , qu'il vous plaise intercéder pour moy autant que vous m'avez esté toujours bonne mère, et que vous, veillez donner a ce coup vostre faveur et support a ces dernières requiests et supplications que je fays au roy.

> Je ne veux, Monseigneur, vous donner ce qui est ja vostre , mais bien vous feray , s'il vous plaist , héritier de mon regret et ennuy. Que vous me préserviez, s'il

tous plaist, d'un sy grand deshonneur et blasme que d'avoir ruiné mes pauvres et affectionnez serviteurs.

> Je vous demande que les dons qu'il vous a pieu me faire , et dont j'estois prest et sur le point de tirer la commodité , soient continuez et exécutez en mon nom et a l'effet que dessus-

» Je vous supplie que trois années de mon revenu , y compris ceste année, soient employez a mesme effect, c'est a dire en l'acquit et payement de mes dehtes, et gages de mes serviteurs, lesquels il vous plaira leur continuer les deux années suivantes.

> Je vous supplie aussi de vouloir descharger me» serviteurs des emprunts qu'ils ont faicts pour m'ayder et subvenir a mes urgens (sic) affaires, et qu'il vous plaise conserver a mes dicts serviteurs les dons que je leur ay fajets , qu'ils montreront avoir obtenus de moy, et qu'ils puissent jouyr.de mesmes privilèges qu'ils ont accoustumé.

> Et pour la dernière demande que je vous faict, je vous supplieray très humblement avoir tous mes dicta serviteurs en recommandation , les appuyant de vostre faveur, authorité et bien faicts; et spécialement les sieurs de Fervaques , Aurilly et Quincay , de la fidélité et loyauté desquels je veux bien repondre devant Dieu et devant vous , pbur en avoir faict preuve en tant de sortes que je n'en puis rendre autre tesmoignage , vous suppliant que ce peu que je leur ay donné leur soit conservé , avec accroissement de vos bienfaicts et libéralités.

» Vostre grandeur ne pourroit estre incommodée de si petite requeste ; petite , dis-je , pour vostre considération f mais grande pour la descharge et acquit de ma conscience. Plusieurs princes moindres que vous n'estes, ont plus despensé aux obsèques et sépultures de leurs amis. Je ne voudrois plus grandes despenses , et ne désire plus magnifique tombeau , que de vivre dans le cœur de mes serviteurs que vous rendrez par ma prière et par vostre bonté moins malheureux.

Page 1