‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 2)Chapitre 115 sur 137 · TESTAMENT DE M. D£ LA PEYRONIE · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE M. D£ LA PEYRONIE

François de la Peyronie , né à Montpellier le 1 5 janvier

le pauvre diable rapporta un recueil de guettes de France; et tout lut brûlé.

(t) M. Jean Hamon , médecin de Pari» , s'était retiré à Port-Royaldes-Champs en 1657, après avoir donné tout son bien aux pauvres et rendu sa bibliothèque ; il habita cette retraite et vécut dans la piété et l'austérité pendant 3o ans ; il mourut le m février 1687 , âgé de 69 ans. H a laissé plusieurs ouvrages de piété. Boilean a fait son épitaphe.

4l6 TESfAMENT

16789 de Raymond de la Peyronie, chirurgien célèbre, s'est acquis dans l'état de son père une très-grande réputation due à des dispositions heureuses , cultivées dès le bas âge avec autant d'ardeur que de succès* Des cures merveilleuses lui valurent de la part du pape» des rois et des princes , des témoignages flatteurs de reconnaissance. Après avoir professé longtemps et avec éclat la chirurgie, il sollicita l'établissement d'une académie de chirurgie à Paris , et elle fut formée par ses soins en 1 75 1 ; le premier volume de ses Mémoires parut en 1 733. Il succéda en 1736 au célèbre Maréchal dans la place de premier chirurgien du roi , et fut comblé des faveurs de Louis XV; enfin il mourut à Versailles le 25 avril 1747 * laissant des regrets, un nom et une fortune, proportionnés à ses talens et ajix services qu'il avait rendus à l'humanité.

La manière dont il a disposé de ses biens considérables , prouve quel était son enthousiasme pour son art, son ardeur pour soutenir l'essor qu'il avait donné à sa profession (1) , et enfin son désir de conserver et d'augmenter des établissemens qui l'ont placé au nombre des hommes. qui ont le plus honoré leur siècle. Sous ce rapport son testament est intéressant et curieux. En voici le début :

« Gejourd'hui 18 avril 1747* sur les dix heures du matin, nous Jacq. Raux, Rauland et P. N. Alain, notaires au bailliage royal de Versailles , soussignés : au mandement de François de la Peyronie , écuyer , conseiller du roi , premier chirurgien et médecin consultant de S. M. , nous sommes transportés en l'appartement

(1) Cest loi qui le premier a répanda réellement sur cette profession une considération qui s'est toujours soutenue depuis. Alors la chirurgie fut séparée du ridicule alliage qu'elle avait avec la barberie, et par une déclaration du roi de 1743 , aucun candidat ne put être admis à l'école de chirurgie de Paris, sans des lettres de maître— «s- arts*

< DE X.A PEYKONIE.' 4*7

qu'il occupe au château de Versailles , troisième étage eu montant par la cour des princes , et Payant trouvé ' gisant au lit malade en une chambre ayant vue sur la cour de la bouche du roi, nous lui aurions demandé ce qu'iLdésirait de nous ; sur sa réponse qu'il voulait faire son testament , nous avons conversé avec lui : et nous ayant paru sajn d'esprit , mémoire et entendement , il nous a dicté sondit testament comme il suit :

> Je commence mon testament par ce qu'il y a de plus essentiel , c'est de demander pardon à Dieu de mes fautes et de le prier de^ me faire miséricorde , ce que j'espère par les mérites de notre Sauveur.

-» Je veux être enterré d'une manière simple dans l'église de la paroisse où je décéderai et qu'il y soit dit oin annuel de messes.

> Je donne et lègue aux pauvres de ma paroisse , 1000 livres une fois payées; je donne aussi aux pauvres de ma paroisse de Marigny, 1000 liv. une fois payées....

> Je donne et lègue à l'hôpital S. Eloy de Montpellier, sopo livres une fois payées , sous la condition qu'il s'engagera de fournir gr ' jitemeqt les cadavres nécessaires pour faire les démonstrations d'anatomie et de chirurgie dans l'amphithéâtre des chirurgiens de Montpellier.

> Je donne et lègue à l'hôpital général de Montpellier, 2000 livres une fois payées , sous la condition qu'il s'engagera de fournir gratuitement les cadavres , etc

> Je donne et lègue à ma sœur religieuse carmélite, 4oo livres de rente viagère......

> .... A M."e Saulnier, ma nièce, 6000 liv. de rente viagère , et tous les meubles de mon appartement des Thuileries à Paris; plus une tabatière d'or façonnée.

» Je prie M.me la comtesse de Tessé d'accepter le legs que je lui fais d'un tableau représentant S.te-GenevièveM .

» Je donne et lègue à M.11* Logivière mon pot à œil rond , et mes deux sceaux d'argent et une tabatière d'or à l'ozcngc (sic) émaillée.

4l8 TESTAMENT

» Je donne et lègue à M.me Gourdan, intendante des armées navales de France , un petit tableau de sainte Thérèse et deux autres tableaux qui sont dans îûa chambre avec une lorgnette d'or.

> .... A M.me la marquise de la Maisonfort un déjeuné en vermeil doré , etc. .... A M. me de Fortisson un déjeûné

ou nécessaire en porcelaine blanche garnie d'or A

l'abbé Polies, 1000 liv. une fois payées, etc. etc. »

Beaucoup d'articles suivans renferment des legs de la même espèce , rentes viagères , sommes une fois payées, meubles , garde-robe , etc. , soit à ses confrères , soit à son secrétaire, soit à ses domestiques et à différentes autres personnes. Il donne aussi beaucoup d'actions de la compagnie des Indes.

« Item 9 je donne et lèguç à la communauté des maîtres en chirurgie de Paris, ma terre de Marigny, ses circonstances et dépendances, dans l'élection de Château- Thierry , généralité de Soissons , et je charge ma légataire universelle d'en payer les droits d'amortissement , etc. etc. Je veux et entends que les revenus de cette terre soient employés , i.° h un prix qui sera distribué chaque année et qui sera d'une médaille d'or du prix de 5oo livres , sur la face de laquelle le buste de Louis XV sera représenté en quelque temps que la distribution s'en fasse; laquelle médaille sera délivrée h l'auteur d'un mémoire qui aura été jugé le meilleur, et cela suivant l'usage déjà pratiqué dans les distributions de prix que je donne depuis l'établissement de l'académie royale de chirurgie; 2.°en jetons d'argent de quatre marcs au cent , qui seront distribués chaque jour d'assemblée aux quarante académiciens du comité , le secrétaire compris , etc. ; 3.° en 5oo livres qui seront payées chaque année pour deux cours d'accouchemens qui seront faits, l'un aux élèves en chirurgie» l'autre aux sagesfemmes ; 4»° enfin en dépense pour l'utilité et le progrès de la chirurgie , etc.

Page 1