TESTAMENT DE LOUIS XV
BOI DE FBÂHCB.
Louis de France , Dauphin , fils de Louis XV , venait de mourir à l'âge de 46 ans (le 20 décembre 1765.). Cet événement plongea la famille royale dans le plus grand deuil ; et il paraît , si l'on en juge par une pièce découverte au château des Tuileries , après la fatale journée du 1 o août 1 79* , que le roi (Louis XV ) en éprouva une douleur extraordinaire» fit les réflexions les plus profondes , et se croyant à la veille de rejoindre son fils dans la tombe , consigna dans la pièce en question , tous les sentimens de piété et de résignation que ce fatal événement lui suggéra. Cette pièce est un testament qui, après le 10 août, fut, comme nous l'avons dit» trouvé au château , dans le prie-dieu de Louis XVI. Il était enfermé dans une lettre à enveloppe avec cette (uscription : Copie 09 testament du roi. Le cachet ea
cire noire aux armes de France était resté intact , malgré l'ouverture du paquet. L'original était sans doute déposé entre les mains (Tune des princesses sœurs du défunt , car le papier .en question était une copie écrite de la main.de Louis XVI. Op, verra par la date de ce testa* ment,, qu'il fut fait seize jours après la mort du Dauphin, Et il parait que l'infortuné Louis XVI l'avait souvent lu, car pn retrouve dans son propre testament quelques phrases qui ont beaucoup d'analogie avec des expressions employées dans .celui de Louis XV. Au reste, celui-ci était alors animé des sentimens de la plus vive piété , et l'on sait qup.son pefit-fils, son malheureux successeur, a été constamment animé des mêmes sentimens; il n'est dono pas surprenant qu'ils se soient rencontrés dans la manière de rendre quelques-unes de leurs pensées , ayant l'un et l'autre l'idée qu'ils allaient paraître devant Dieu. Voici le testament de Louis XV (1) :
« Au N&M DU PfeRE, DU FlLS ET DU SàINT-EsPRIT , AMEN.
> Ce qui suit sont (sic) mes dernières volontés.
> Je remets mon ame à Dieu mon créateur , et le con~ jure d'avoir pitié d'un grand pécheur, soumis entièrement à sa sainte volonté et aux décisions de son église catholique, apostolique et romaine; je prie la sainte Vierge, tous les saints et particulièrement saint Louis , mon aïeul et mon patron , d'intercéder pour moi près de Jésus- Christ mon divin Sauveur et Rédempteur, pour que j'obtienne le pardon de mes péchés, l'ayant si souvent offensé et si mal servi ; je demande pardon à tous ceux que j'ai pu offenser ou scandaliser , et les prie de me pardonner, et de prier Dieu pour mon ame.
> Je prie de tout mon cœur le Tout^puissant d'éclairer celui de mes petits-fils qui me succédera dans le gouvernement du royaume qui m'a été confié par la Pro-
(1) Celui de Louis XVI est ci— devant , pp. 45«-*6o,
vidence divine (puisqu'il lui a plu d'appeler à lui mon cher fils unique, auquel je ne m'attendais pas de survivre) , pour qu'il le gouverne mieux que moi. Si j'ai* fait des fautes , ce n'est pas manque de bonne volonté , mais * manque de talens , et pour n'avoir pas été secondé comme je l'aurais désiré , surtout dans les affaires de la religion.
> Je défends toutes les grandes cérémonies à mes funérailles , et j'ordonne que mon corps soit porté à Saint-Denis , dans le plus simple appareil que faire se pourra. J'ordonne que mon cœur soit porté où celui du feu roi monseigneur et bisaïeul sera. J'ordonne que mes entrailles seront (sic) portées à Notre-Dame à Paris, pour y être placées en arrière de celles de Louis XIV. J'ordonne qu'il soit fondé un service solennel au jour de ma mort et une messe basse chaque jour pour le repos de mon ame , et un pareillement dans la paroisse du lieu où je mourrai % et un à Versailles , si je meurs ailleurs.
> Je donne à mon petit-fils le Dauphin , qui me succédera , tout ce qui se trouvera chez moi dans toutes mes maisons; et j'ordonne que toutes les clés lui en seront remises à lui-même» ou au régent ou régente, s'il avait le malheur d'être mineur; et je désire qu'il partage mes bijoux avec mes enfans, petits-enfans qui seront en France , de tout sexe , selon leurs désirs.
> Je veux que mes filles aient chacune deux cents mille livres de pension , leur maison et table payées , et que celle qui survivra aux autres en jouisse de trois cent mille livres.
» Je charge aussi mon successeur de bien récompenser ceux de mes domestiques particuliers qu'il ne gardera pas dans leur emploi.
> Fait au château de Versailles % ce sixième jour de x janvier l'an de grâce 1 766.
Signé Louis.
4s4 TESTAMENT
>0 Dieu qui connaissez tout, pardonnez-moi de nouveau toutes les fautes que j'ai laites, et tous les péchés que j'ai commis ! Vous êtes miséricordieux et plein de bonté ; j'attends en frémissant de crainte et d'espérance votre jugement ; ayez en pitié mon peuple et tout mon royaume, et ne permettez' pas qu'il tombe jamais dans l'erreur , comme des états nos voisins qui étaient jadis si catholiques, apostoliques et romains, et peut* être plus que nous. >
Signé Louis.
> Copié sur l'original et attesté par moi véritable. »
Signé Louis-Auguste.
Louis XV n'est mort que huit ans après avoir fait ce testament; né le iâ février 1710, il a succédé à son bisaïeul Louis XIV , le 1 . e* septembre 1 7 1 5 , a été sacré à Reims le 25 octobre 1722, déclaré majeur le 16 février 1723, marié le i5 août 1725, à Marie-Charlotte- Sophie-Félicité Leczinsca, le i5 août 1725, en a eu dix enfans , deux princes et huit princesses , dans l'espace de 10 ans ( de ,1727 à 1737 }, et est mort le 10 mai 1774- U était veuf depuis le 19 mars 1747- Le Dauphin son fils , né le 4 septembre 1729 , mort le 20 décembre 1 765 , a eu de son second mariage avec Marie-Joeephe de Saxe , célébré le 9 février 1 747 , huit enfans du nombre desquels sont Louis XVI , Louis XVIII , Charles X , et M.** Elisabeth. Nous avons parlé de ces princes et princesses dans une note à l'article du testament de Louis XVI. (Voyez ci-devant, pp. 53-^54). Voyez encore, pour plus de détails sur toute la famille de Louis XV , notre Maison royale de France, Paris, 181 5, 1 vol. in-8.% pp. 238—241 )•
Le testament de Louis XV que nous venons de rapporter se trouve dans un ouvrage intitulé : Le Château des Tuileries , ou Récit de ce qui s'est passé dans l'intérieur
DE GARRICK. 4â^
de ce palais, depuis sa construction jusqu'au 18 brumaire de tan Vlll ( 9 novembre 1 799 ) ; avec des particularités, elc. ; par P. J. A. R. D. E. ( Roussel d'Epinal , homme de loi ). Paris, Le Bouge, 183a, a vol. in-8.*