‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 2)Chapitre 13 sur 137 · BOURREAUX. ADIEU POUR TOUJOURS, MES ENFANS , JE · texte numérisé non relu

BOURREAUX. ADIEU POUR TOUJOURS, MES ENFANS , JE

vais rejoindre votre père. A l'instant où l'exécuteur arracha le bonnet qui lui couvrait la tête , elle devint plus pâle qu'à l'ordinaire, son visage entièrement décoloré annonça que tout le sang venait de se porter vers le cœur : elle perdit connaissance ; et il est présumable que le ciel permit

que cet évanouissement lui dérobât l'horreur du moment fatal. À midi et quart le sacrifice fut consommé , et Marie-Antoinette partagea la couronne immortelle du roi-martyr.

Disons un mot sur la découverte du testament de cette auguste princesse. Il y a apparence que la sensation qu'avait produite la publication du testament du roi, détermina les comités à ensevelir dans un profond oubli l'acte à peu près semblable que la reine fit avant d'aller à la mort. Cependant Fouquier-Tinville , à qui Ton remit cette pièce au moment où sa victime quittait la prison , y apposa sa signature ; et il est présumable qu'il déposa la lettre au comité de salut public ou entre les mains de Robespierre ; elle fut trouvée, après le supplice de celui-ci, dans ses papiers ; et Courtois ( 1 ) , chargé de faire un rapport sur ces papiers , enleva cette pièce et la conserva

(1) Courtois, receveur du district à Ârcis-sur-Àube, membre de l'Assemblée législative et delà Convention, fit ce rapport le 16 nivôse an III (5 Janvier 1795); il est imprimé en 1 vol. in-8.% de 4<>8 pag. Mais on n'y trouve rien de relatif à la reine. Courtois fut nommé membre du Tribunat après le 18 brumaire an VIII ( 9 novembre 1 799 ) , et en sortit après la première élimination. Puissamment riche, il acheta un hôtel et un jardin magnifiques; il possédait une superbe bibliothèque, riche surtout en auteurs et poètes latins modernes. Il fit aussi l'acquisition de la terre de Montboissier qui appartenait à la fille respectable du vertueux Malesherbes (a) ; et par une de ces bizarreries inconséquentes du cœur hu-

(«) Cette dame, la dernière des filles de M* de Malesherbes T est morte à Paris , le 16 avril 1827.

7^ TESTAMENT, etc.

soigneusement chez lui jusque vers le milieu de février 1816. Ce fut alors que Courtois, forcé de s'expatrier en exécution de la loi sur l'amnistie du 12 janvier 1816, échappa quelques mots sur la lettre de la reine. On fit des perquisitions chez lui, et on y trouva non-seulement cette lettre, mais encore plusieurs autres effets qui avaient appartenu à Marie-Antoinette.' Le tout fut remis sous les yeux du roi, et S. M. ordonna que l'on communiquât cette lettre à la chambre des pairs et à la chambre des députés ; que de plus on en gravât le fac-similé* et qu'on en remît un exemplaire à chaque membre des deux chambres. C'est ce que l'on avait déjà fait pour le testament du roi

main , cet homme qui avait condamné le roi , offrit son hommage aux mânes du défenseur de ce prince. Il érigea un monument sur lequel on lisait l'inscription suivante qui est de sa composition :

A LA MEMOIBE DE LAMOIGNON DE MALESHEEBBS.

Le crime heureux, dans son martyrologe, Nouveau Secrate, a donc inscrit ton nom! Sans le vouloir il traçait ton éloge. .... Pour la vertu quel plus beau Panthéon l

Que ce nom , cité d'âge en âge ,

Atteste à la postérité,

Qu'au milieu de ces temps d'orage

En France il existait un sage

Qui pensait avec dignité ,

Et le prouvait par son courage.

Courtois est mort à Bruxelles, le 6 décembre 1816; et la vente de sa nombreuse bibliothèque a commencé le 3 janvier 1820, et a fini le 12 février suivant.

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