L'AUTEUR
plette à l'armée. La reine, en souriant, lui dit qu'elle trouvait sa béquille si indigne de lui , qu'elle espérait bien en obtenir le sacrifice. Rentrée chez elle , Sa Majesté fit partir M. Campan , son garçon de chambre , pour Paris , avec Tordre d'acheter chez le fameux Germain , la plus belle canne à béquille en or émaillé qu'il pût trouver , et lui ordonna de se rendre de suite à l'hôtel du marechai de Yillars , et de lui porter ce présent de sa, part. Il se fit annoncer et remplit sa commission. Le maréchal, en le reconduisant , le pria d'exprimer toute sa recou-
DE B. FRANKLIN. [fi
II parait qu'il tenait beaucoup à cette comparaison bibliotechnique s car, dans un petit fragment sur la mort et sur la vie future > il dit : t Ainsi comme j'existe dans ce monde , je crois » que j'existerai toujours.... Et malgré tous les » inconvéqiens auxquels la vie humaine est as- » sujétie , je n'ai rien à objecter à ce qu'il soit » fait une nouvelle édition de la mienne , espé- » rant toutefois que Ton y corrigera les errata » de la première. » Et dans ses Mémoires , il se reproche l'impression d'une petite mauvaise dissertation qu'il avait composée , comme un des errata qu'il voudrait corriger dans sa vie, s'il lui était donné de la recommencer.
On sait quel a été l'enthousiasme pour Franklin , à l'issue de la guerre d'Amérique , lorsqu'il était encore en France. Ses travaux scientifiques
naissance à la reine 9 et loi dit qu'il n'avait rien à offrir à un officier qui avait l'honneur d'appartenir à Sa Majesté 9 mais qu'il le priait d'accepter son vieux bâton; qu'un jour peut-être ses petits-fils seraient bien aises de posséder la canne avec laquelle il commandait à Marchiennes et à Denain. Comme on s'en doute bien, M. Campan mit le plus grand prix à ce bâton , et il a été conservé depuis ce temps avec vénération dans sa famille. Au trop fameux 10 août ( 1792 ) , la maison qu'occupait M.M Campan sur le Carrousel, à l'entrée de la cour des Tuileries, fut entièrement pillée et en grande partie brûlée. La canne du maréchal fut jetée sur le Carrousel , à raison de son peu de valeur , et ramassée heureusement par le domestique de M."* Campan. » On igntre dans quelle main elle est maintenant. M."4 Jean ne-Louise - Henriette Genêt, veuve Campan , née le 6 octobre i?5a, est morte le 16 mars 1822.
le souvenir des testamensremarquables. D'ailleurs est-il un acte de ce genre qui prête à des méditations plus profondes , à des souvenirs plus terribles , à de» regrets plus décfairans? Nous ne nous livrerons point ici aux tristes réflexions que doit naturellement suggérer ce monument d'une piété angélique, d'une candeur, d'une modération, d'une clémence et d'une résignation véritablement sans exemple, parce que nous les avons, consignées en 1816, dans un opuscule intitulé Testament de Louis XVI, précédé de quelques réflexions* et accompagné de notes historiques, etc. Nouvelle édition augmentée, etc. Dijon , le xxx janvier 1816, îw-8.° de 45 pag. La première édition avait paru huit jours auparavant (1). Nous renvoyons donc à cet opuscule le lecteur, qui y trouvera tous les détails les plus authentiques sur la personne de Louis XVI , sur son caractère, sur son instruction, sur sa conduite, sur son martyre et sur l'anniversaire expiatoire fondé par S. M. Louis XVIII. Nous nous bornerons à donner ici simplement le testament du roi avec quelques notes sur les personnes qui y sont mentionnées ; cependant on nous permettra de le faire précéder d'un mot sur la naissance de ce prince et sur les
(1) Nous avons publié, un mois après, et pour faire suite à cet opuscule, le testament de Marie- Antoinette- Joséphine- Je INNE DE LORRAINE , ÂRCHJDOCHESSE d' AUTRICHE ,
reine de France et de Navarre > née à Vienne s le 2 novembre 1755, morte martyre le 16 octobre 1793 (accompagné de réflexions , de notes historiques et de toutes les pièces qui y sont relatives). Dijon, février 1816, m-8.° de 5i p.
DE IOUIS XVI. 47
événemens antérieurs à la terrible catastrophe qui a donné lieu au testament en question.
Louis-Auguste , troisième fils de Louis de France , Dauphin, et de Marie-Joséphine de Saxe, fille de Frédéric-Auguste II , roi de Pologne , est né à Versailles le 23 août 1764; il a été nommé duc de Berri à sa naissance, proclamé Dauphin le 20 décembre 1 765 , à la mort de son père ; marié à Marie- Antoinette , archiduchesse d'Autriche, le 1 6 mai 1 770 ; salué roi de France et de Navarre le 10 mai 1774 ; et sacré à Reims le 1 1 juin 1 775.
Le 22 février 1 787 , l'ouverture de l'assemblée des notables a lieu à Versailles ; elle se sépare le 20 avril suivant.
Le 8 août 1 788 , une ordonnance annonce la convocation des Etats-généraux pour le 1." mai
Le 5 mai 1 789 , le roi installe les Etats-généraux à Versailles , et en fait l'ouverture.
Le \j juin suivant, les députés du tiers-état se constituent en Assemblée nationale.
Le 4 août suivant , séance nocturne de l'Assemblée nationale , dans laquelle on décrète l'égalité d'impôt, la renonciation aux privilèges, le rachat des droits féodaux , l'abolition du droit de chasse, des justices seigneuriales , de la vénalité des offices, etc.
Le 24 août, la liberté de la presse est décrétée.
Le 1 2 octobre suivant , l'Assemblée nationale décrète sa translation de Versailles à Paris; et le 1 9 elle tient sa première séance dans la salle du Manège près les Tuileries.
Le 1 7 décembre, l'Assemblée nationale ordonne
une création de papier-monnaie sous le nom d'Assignats.
Le 1 5 janvier 1 790 , l'Assemblée nationale rend un décret sur la division du royaume en 83 départemens.
Le 19 juin suivant, un décret supprime tous les titres de noblesse , les ordres , les livrées, les armoiries et toute espèce de distinction.
Le 26 décembre, la constitutioncivileduclergé, décrétée depuis le 12 juin, est sanctionnée.
Du 20 au 21 juin 1791 , le roi, la reine, le Dauphin et madame Elisabeth s'éloignent secrètement de Paris ; le 22 ils sont arrêtés à Varennes , et ramenés le 25 à Paris.
Le 14 septembre suivant , la constitution française est acceptée par le roi.
Le 3o septembre, l'Assemblée nationale constituante tient sa dernière séance ; et le surlendemain , l'Assemblée législative est installée.
Le 20 juin 1792, les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau sont en insurrection ; la populace se porte aux Tuileries et insulte le roi.
Le 5o juillet, les Marseillais arrivent à Paris.
Le 10 août, le château des Tuileries est assailli par les Marseillais et par la populace des faubourgs. On force l'entrée , on massacre les Suisses. Le roi, avec sa famille, se rend dans la salle de l'Assemblée législative.
Le 12 août, le roi et sa famille sont mis sous la garde de la commune de Paris, et conduits dans la tour du Temple.
Le 2 1 septembre , l'Assemblée législative cède la place à la Conventionnationale, qui, dans cette
séance même, décrète que la royauté est abolie en France , et proclame la république.
Le 1 6 octobre , quelques Jacobins commencent à demander le jugement et la mort du, roi et de la reine.
Le 1 5 novembre , discussion à la Convention sur la mise en jugement du roi.
Le 3 décembre , décret portant que Louis XVI sera jugé par la Convention ; et le 6 , autre décret portant qu'il sera traduit à la barre pour subir interrogatoire. ,
Le 1 1 décembre, Louis XVI, seul, paraît à la barre de la Convention. Barrère lui fait l\2 questions auxquelles le roi répond avec assurance , fermeté. Il choisit pour défenseurs Tronchet et Target. Target refuse ; M. de Malesherbes s'offre, ainsi que M. Desèze.
Le 25 décembre, Louis XVI prévoyant le sort qui l'attend, rédige son testament dans les termes suivans :
« ÂU NOM DE LA TRÈS-SAINTE TrÎNITÉ , DU PÈRE ,
et du Fils , et du Saint-Esprit.
> Aujourd'hui vingt-cinquième jour de décembre 1792, moi, Louis, seizième du nom, roi de France , étant , depuis plus de quatre mois, renfermé , avec ma famille , dans la tour du Temple à Paris, par ceux qui étaient mes sujets, et privé de toute communication quelconque, même, depuis le 1 1 du courant , avec ma famille ; de plus, impliqué dans un procès dont il est impossible de prévoir l'issue, à cause des passions des hommes, et dont on ne trouve aucun prétexte ni moyens a. 4
dans aucune loi existante ; n'ayant que Dieu pour témoin de mes pensées , et auquel je puisse m'adresser , je déclare ici -, en sa présence, mes dernières volontés et mes sentimens.
» Je laisse mon ame à Dieu, mon créateur; je le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger d'après ses mérites, mais par ceux de notre Seigneur Jésus-Christ, qui s'est offert en sacrifice à Dieu son père, pour nous autres hommes, quelque indignes que nous en fussions, et moi le premier.
» Je meurs dans l'union de notre sainte mère l'Eglise catholique, apostolique et romaine, qui tient ses pouvoirs , par une succession non interrompue, de S. Pierre, auquel Jésus-Christ les avait confiés.
» Je crois fermement et je confesse tout ce qui est contenu dans le symbole et les commandemens de Dieu et de l'Eglise , les sacremens et les mystères , tels que l'Eglise catholique les enseigne et les a toujours enseignés. Je n'ai jamais prétendu me rendre juge dans les différentes manières d'expliquer les dogmes qui déchirent l'Eglise de Jésus- Christ , mais je m'en suis rapporté, et rapporterai toujours, si Dieu m'accorde vie, aux décisions que les supérieurs ecclésiastiques , unis â la sainte Eglise catholique, donnent et donneront conformément à la discipline de l'Eglise, suivie depuis Jésus-Christ.
» Je plains de tout mon cœur nos frères qui peuvent être dans l'erreur; mais je ne prétends pas les juger, et je ne les aime pas moins tous en Jésus-Christ , suivant ce que la charité nous en-
DE LOUIS XVI. 5l
seigne. Je prie Dieu de me pardonner tous mes péchés; j'ai cherché à les connaître scrupuleusement, à les détester, et à m'humilier en sa présence. Ne pouvant me servir du ministère d'un prêtre catholique , je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite, et surtout le repentir profond que j'ai d'avoir mis mon nom (quoique cela fût contre ma volonté) à des actes qui peuvent être contraires à la discipline et à la croyance de l'Eglise catholique (1) , à laquelle je suis toujours resté sincèrement uni de cœur. Je prie Dieu de recevoir la ferme résolution où je suis, s'il m'accorde vie , de me servir, aussitôt que je le pourrai, du ministère d'un prêtre catholique, pour m'accuser de tous mes péchés et recevoir le sacrement de pénitence (2) .
(1) La constitution civile du clergé, décrétée le 1 a juin !79o? et sanctionnée le 26 décembre suivant. 11 y a encore eu quelques autres décrets relatifs à cette constitution , et surtout celui du 27 novembre delà même année, relatif au serment des ecclésiastiques pour le maintien de cette constitution, et celui du 17 mars 1791, qui prescrit un nouveau serment des ecclésiastiques fonctionnaires publics, etc.
(a) Ce fut M.a* Elisabeth qui indiqua au roi M. Edgeworth de Firmont, respectable ecclésiastique, qui demeurait rue du Bacq, n.' 4$3. Le roi chargea M. de Malesherbes d'aller le prévenir qu'il désirait lavoir pour confesseur , et qu'il le priait de venir aussitôt que la permission serait accordée. M. de Firmont s'est acquitté de . cette douloureuse commission avec tout le zèle possible.
Louis XVI, après avoir communié à la messe que célébra dans sa chambre M. de Firmont, le ai janvier, à six heures , dit devant ce respectable ecclésiastique : « O
» Je prie tous ceux que je pourrais avoir offensés pur inadvertance ( car je ne me rappelle pas d'avoir fait sciemment aucune offen se à personne) , ou ceux à qui j'aurais pu avoir donné de mauvais exemples ou des scandales, de me pardonner le mal que je peux leur avoir fait ; je prie tous ceux qui ont de la charité, d'unir leurs prières aux miennes, pour obtenir de Dieu le pardon de mes péchés.
» Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont faits mes ennemis, sans que je leur en aie ' donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même qu'à ceux qui, par un faux zèle, ou par un zèle mal entendu, m'ont fait beaucoup de mal.
mon Dieu! que je suis heureux d'avoir conservé mes principes ! par eux la mort me sera douce. Oui, il existe en haut un juge incorruptible qui me rendra la justice que les hommes me refusent ici-bas. » M. de Firmont, après la fatale exécution , se réfugia chez M. de Maiesherbes, et lui fit le récit des derniers momens du roi. M. de Malesherbes, vivement ému , s'écria : c 11 est donc vrai que la religion seule peut donner la force de soutenir avec tant de dignité d'aussi terribles épreuves ! »
Quelque temps après, M. de Firmont est allé rejoindre S. M. Louis XVIII à Blankenbourg. S. M. lui écrivait, le 19 septembre 1797 : « Je remercie sincèrement la Providence d'avoir daigné conserver en vous un de ses plus fidèles ministres , et le confident des dernières pensées d'un frère dont je pleurerai sans cesse la perte, et dont tous les bons Français béniront à jamais la mémoire, d'un martyr dont vous avez le premier proclamé le triomphe. Je vous demande avec instance de publier tout ce que votre saint ministère ne vous ordonne pas de taire, etc. » M. de Firmont qui, réuni à S. M., ne Ta plus quittée, est mort à Mittau, le 22 mai 1807.
» Je recommande à Dieu ma femme ( 1 ) et mes enfans (2) , ma sœur (5) et mes tantes (4) , mes
(1) Marie- Antoinette- Jbsephe-Jeanne de Lobrame, archiduchesse d'Autriche , sœur de l'empereur Joseph II , fille de Marie-Thérèse , impératrice-reine de Hongrie et de Bohême, morte en 1780, et de François I.w de Lorraine, empereur d'Allemagne , mort en 1765. Marie- Antoinette est née à Vienne le * novembre 1755, a été mariée au Dauphin de France ( depuis Louis XVI ) le 16 mai 1770, et partageant toutes les infortunes de son auguste époux, % a été condamnée à mort par le tribunal révolutionnaire le 16 octobre 1793.
(a) Louis-Charles, duc de Normandie , né à Versailles te 17 mars 1783; Dauphin le 4 juin 1789; enfermé au Temple avec son auguste famille le 1 5 août 1 79a ; reconnu roi de France sous le nom de Louis XVII le a8 janvier 1793 , par les princes français et ceux qui les ont suivis; mort au Temple victime d'affreux trakemens le 5-juin 1 796.
Marie-Thérèse-Charlotte de France, Madame royale, née le ^décembre 1778, enfermée au Temple depuis le i3 août 179a jusqu'au 37 décembre 1795, jour ou elle est échangée contre les députés, les ambassadeurs et les ministres français, détenus en Autriche ; mariée dans la ville de Mittaule 10 juin 1799a Mgr» ledued'Angoutême,. né le 6 août 1 775 , maintenant Dauphin de France.
(3) Elisabeth-Philippine-Marie-Hélène de France, née à Versailles le 3 mai 1764* Elle a été condamnée à mort par le tribunal révolutionnaire le 10 mai 1794. Cet inconcevable supplice a d'autant plus étonné et affligé tous les cœurs même les plus indifférons , que les vertus de l'auguste princesse, sa bonté, sa douceur, sa bienfaisance, étaient connues de tout le monde , et que même dans la société des Jacobins on- n'avait pas songé à demander sa mort.
(4) Madame Marie-Louise- Adélaïde de France r née le a3 mars 173a, morte en Italie le 8 juin 1799*
frères (1) 9 et tous ceux qui me sont attachés par le lien du sang, ou par quelqu'autre manière que ce puisse être ; je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes eufans et ma sœur , qui souffrent depuis long-* temps avec moi , de les soutenir par sa grâce ,
Madame Louise-Thérèse-Victoire de France , née le 1 1 mai 1733, morte àTrieste le 37 février 1800.
Ces deux princesses étaient sorties de France en février 1791 , et s'étaient rendues à Rome.
( 1 ) Louis-Stanislas-Xavier de France, Monsieur , comte de Provence ( Louis XVIII), né le 17 novembre 1755, marié le 14 mai 1771 à Marie-Joséphine-Louise de Savoie, née à Turin le a septembre 1755, morte à Londres le s5 novembre 1810; il est mort le jeudi 16 septembre 18*4*
Charles-Philippe de France, comte d'Artois (maintenant Chaules X ) , né le 9 octobre 1757 , marié le 16 novembre 1773, à Marie-Thérèse de Savoie, princesse de Sardaigne, née à Turin le 3i janvier 1756, morte le a juin 1 8o5 , à Gratz.
Le fils de S. M. Chaeles X est Mgr. Louis-Antoine d'Artois, duc d'Angouléme, né à Versailles le 10 août 177$, maintenant Dauphin de France, marié le 10 juin 1799 ^ Marie-Thérèse-Charlotte de France, fille de Louis
Le fils cadet de S. M. Charles X, était Charles- Ferdinand d'Artois, duc de Berri, né à Versailles le 24 janvier 1778, marié le 17 juin 1816 à Marie-Caroline-Thérèse de Naples, née le 5 novembre 1798; il a succombé sous le fer assassin de Louvel, dans la nuit du 1 3 au 1 4 février i8ao. De ce mariage sont nés, i.°le i3 juillet 1817, une princesse qui n'a vécu que deux jours; t.° le a 1 septembre 1819, une seconde princesse, Louise -MarieVThérèse d'Artois ( Mademoiselle) ; 3.* le 29 septembre i8ao, un prince, Henri-Charles- Ferdinand-Marie-Dieudonné d'Artois , duc de Bordeaux.
s ils viennent â me perdre, et tant qu'ils resteront dans ce monde périssable.
» Je recommande mes enfans à ma femme : je n'ai jamais douté de sa tendresse maternelle pour eux; je lui recommande surtout d'en faire de bons chrétiens et d'honnêtes hommes , de ne leur faire regarder les grandeurs de ce monde-ci (s'ils sont condamnés à les éprouver) , que comme des biens dangereux et périssables , et de tourner leurs regards vers la seule gloire solide et durable de l'éternité; je prie ma sœur de vouloir continuer sa tendresse à mes enfans, et de leur tenir lieu de mère , s'ils avaient le malheur de perdre la leur.
» Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu'elle souffre pour moi, et les chagrins que je pourrais lui avoir donnés dans le cours de notre union ; comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle, si elle croyait avoir quelque chose à se reprocher.
» Je recommande bien vivement à mes enfans, après ce qu'ils doivent à Dieu , qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux, soumis et obéissans à leur mère, et reconnaissans de tous les soins et les peines qu'elle se donne pour eux et en mémoire de moi. Je les prie de regarder ma sœur comme une seconde mère.
» Je recommande à mon fils , s'il avait le malheur de devenir roi, de songer qu'il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens ; qu'il doit oublier toute haine et tout ressentiment (i), et
(i) C'est aussi ce que ttn fortuné Charles!. "qui, cent quarante-trois ans auparavant , s'est trouvé dans la même
nommément ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j'éprouve; qu'il ne peut faire le bonheur des peuples , qu'en régnant suivant les lois; mais en même temps, qu'un roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur , qu'autant qu'il a l'autorité nécessaire, et qu'autrement , étant lié dans ses opérations , et n'inspirant point de respect , il est plus nuisible qu'utile.
» Je recommande à mon fils d'avoir soin de toutes les personnes qui m'étaient attachées , autant que les circonstances où il se trouvera lui en donneront les facultés ; de songer que c'est une dette sacrée que j'ai contractée envers les enfans
position que Louis XVI, recommandait au prince de Galles, son fils : « Si Dieu vous donne du succès, lui i écrivait -il , usez-en avec modestie, et ayez toujours de • l'éloiguement pour la vengeance. » Quoique le funeste résultat du procès de ces deux princes ait été le même , il y a bien de la différence dans la manière dont il ont été traités pendant qu'on instruisait leur procès. Charles, pendant sa détention , a toujours obtenu les égards dus à un roi , et jamais on ne l'abreuva d'injures grossières et de traitemens affreux comme Louis XVI l'a été; et cependant quelle différence entre l'urbanité des Français et celle des Anglais !
La cour de justice , créée pour juger Charles, fut composée de Fairfax,.de Cromwel, de Waller et de cent quarante-sept juges. Il fut condamné à mort le 6 février 16499 et exécuté le 9 à l'âge de 49 ans, après en avoir régné vingt-cinq. Il avait épousé le 11 mai i6a5, Henriette de France , fille de notre bon Henri , née le 25 novembre 1609; et il en avait eu trois princes et quatre princesses : Edouard , Charles II , Jacques II ; Marguerite, Elisabeth , Anne et Marie-Henriette.
ou les paren s de ceux qui ont péri pour moi , et. ensuite de ceux qui sont malheureux pour moi.
b Je sais qu'il y a plusieurs personnes de celles qui m'étaient attachées, qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devaient, et qui ont même montré de l'ingratitude ; mais je leur pardonne (souvent, dans les momens de trouble et d effervescence , on n'est pas le maître de soi ) , et je prie mon fils , s'il en trouve l'occasion , de ne songer qu'à leur malheur.
» Je voudrais pouvoir témoigner ici ma reconnaissanceà ceux qui m'ont montré un attachement véritable et désintéressé; d'un côté, si j'ai été sensiblement touché de l'ingratitude et de la déloyauté de gens à qui je n'avais jamais témoigné que des bontés , à eux , ou à leurs parens ou amis ; de l'autre, j'ai eu de la consolation à voir rattachement et l'intérêt gratuit que beaucoup de personnes m'ont montrés : je les prie d'en recevoir tous mes remercîmens. Dans la situation où sont encore les choses, je craindrais de les compromettre, si je parlais plus explicitement; mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître.
» Je croirais calomnier cependant les sen timens de la nation, si je ne recommandais ouvertement à mon fils messieurs de Chamilly et Hue (i), que leur véritable attachement pour moi avait
(1) Cl.-Ch. Lormier d'Etoges de Chamilly, premier valet-de-chambre du roi , fut enfermé au Temple avec Louis XVIle i3 août 1792, et ensuite transféré à la Force. le peuple le mit en liberté le 2 septembre au moment où
portés à s'enfermer avec moi dans ce triste séjour, et qui ont pensé en être les malheureuses victimes; je lui recommande aussi Cléry (1) 9 des soins du-
il allait être massacré, et le porta en triomphe chez lui. Mais par la suite il fut de nouveau enfermé au Luxembourg, et condamné à mort par le tribunal révolutionnaire le a3 juin 1794» un mois et quatre jours avant la chute de Robespierre. Il était âgé de 6>a ans. M. de Chamilly fils a été valet-de-chambre de S. !V1. Louis XVIII.
M. Hue, valet-de-chambre du roi, a partagé la captivité de ce prince jusqu'au a septembre , jour où on le mit en arrestation. Tallien prétend l'avoir sauvé des massacres de cette horrible journée. M. Hue ayant échappé au régime de sang en 93 et 94, accompagna Madame royale lorsqu'elle sortit de France en 1795. Rentré en France avec S. M. Louis XV III, il est devenu valetde-chambre-trésorier de ce prince. 11 a publié en 18 14» un ouvrage très-intéressant et très-bien fait, sous le titre suivant : Dernières années du Règne et de la Vie de Louis XVI. Paris, imp. roy., 1814, gr. in-S.9*port. Ce volume doit être lu avant le Journal de M. Cléry. Ces deux ouvrages réunis forment une série d'événemens qui déchirent l'ame.
(1) Cléry, valet-de-chambre de Mgr. le Dauphin, né près de Versailles en 176a, a obtenu de Péthion la permission de servir le roi au Temple, où il est entré le a6 août. Il s'est acquitté de ses fonctions avec un zèle soutenu, et qui a trouvé sa plus douce récompense dans la satisfaction que lui en a témoigné son maître infortuné. Cléry a publié l'ouvrage le plus attachant et en même temps le plus fait pour briser le cœur de tout être sensible, sous le titre de Journal de ce qui s* est passé à la tour du Temple pendant la captivité de Louis XVI , rai de France. Londres, 1 798, m-8.°, et souvent réimprimé. Après la mort du roi, Cléry est sorti de France , et est allé rejoindre les princes français, dont il a reçu l'accueil le plus touchant. Il est mort à Yiennele 10 juin 1809.
quel j'ai eu tout lieu de me louer depuis qu'il est avec moi : comme c'est lui qui est resté avec moi jusqu'à la fia, je prie messieurs delà Commune de lui remettre mes hardes, mes livres, ma montre, ma bourse , et les autres petits effets qui ont été déposés au conseil de la Commune.
» Je pardonne encore très-volontiers à ceux qui me gardaient, les mauvais traitemens et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi. J ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes : que celles-là jouissentdans leur cœur de la tranquillité que doit donner leur façon de penser !
9 Je prie M M. de Malesherbes ( 1 ) , Tronchet (2) et Desèze (3) , de recevoir ici tous mes remer-
(1) M. C.-Guill. de Lamoignon de Malesherbes, né le 16 décembre 1721, ministre d'état pour la partie de l'intérieur, de 1775 à 1776; condamné à mort par le tribunal révolutionnaire le 22 avril 1793. Il a joui de la plus grande réputation comme homme très -vertueux , très-instruit, très-bienfaisant^ et comme philosophe aimable. Un savant dit que dans ses derniers momens il montra la sérénité de Socrate et la fermeté de Caton.
(2) M. François* Denis Tronchet, avocat célèbre, membre de l'Assemblée constituante, choisi par le roi pour être un de ses défenseurs, s'acquitta de cette commission avec tout l'intérêt que lui inspirait la position de son infortuné client. Membre du Sénat conservateur et grand officier de la Légion-d'Honneur, il est mort le 10 mars 1806.
(3) M. Desèze, né a Bordeaux, avocat célèbre , a défendu le roi avec autant de courage que de talent : si son éloquent plaidoyer n'a pas été couronné du succès , il n'y a nullement de sa faute : la fatale décision était arrêtée d'avance. M. Desèze est en ce moment pair de France , trésorier de Tordre du Saint-Esprit, et premier président de la cour de cassation. '
60 TESTAMENT, etc.
dm en s et l'expression de ma sensibilité pour tous les soins et les peines qu'ils se sont donnés pour moi.
» Je finis en déclarant devant Dieu , et prêt à paraître devant lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi.
» Fait double à la tour du Temple, le a5 décembre 1792. *
Signé LOUIS.
Et au-dessous : Baudrais, ofjîcief municipal j, envoyé de la Commune.
Tel est l'acte de dernière volonté d'un roi qui, ayant donné au monde le plus grand, le plus terrible exemple de la fragilité des grandeurs humaines, a prouvé qu'il n y a de vraiment solide, vraiment glorieux, vraiment immortel que la vertu appuyée sur la religion. Tel est le testament de Louis XVI , testament qu'on lira et qu'on relira toujours avec un nouvel attendrissement, toujours avec une nouvelle admiration ; testament dont on ne peut trop multiplier les copies, puisqu'on ne peut trop verser de larmes sur les malheurs du meilleur des princes ; testament enfin qui devrait être gravé en lettres d'or dans tous les temples , comme un monument de la piété constante et de toutes les vertus chrétiennes du roi-martyr, du fils aîné de l'Eglise, de celui qui, seul , a pu désarmer la colère céleste et en obtenir Fheureux rétablissement du trône des Bourbons.
KEIKB DE FRANGE.
Nous ayons déjà eu occasion de parler de cette princesse dans l'article précédent , consacré au testament de son auguste époux ( V. pp. 46 et 55 ) ; nous allçns continuer le récit sommaire des événemens qui la concernent, depuis la catastrophe du 21 janvier 1793 jusque celle du 16 octobre de la même année , ce qui nous conduira au terrible moment où cette reine infortunée a tracé les dernières lignes qui font l'objet de cet article.
Après la mort de Louis XVI , la reine, Madame royale, le jeune roi et M.me Elisabeth eurent pendant quelque temps la triste consolation, étant réunis dans le même local , de pouvoir confondre leurs sanglots et leurs regrets; mais le 1 1 juillet 1795, le comité de salut public ordonna au maire de Paris de séparer la reine de son fils. Aussitôt on arracha inhumainement cet enfant si intéressant des bras de sa mère , et on le confia plus inhumainement encore à un cordonnier
nommé Simon On sait ce qu'est devenu le
rejeton devant de rois entre les mains de cet homme , dont la grossièreté égalait la barbarie , et qui, pour prix de son atroce conduite, fut nommé membre de la Commune de Paris ( 1 ) .
(1) H a péri du dernier supplice le lendemain du 9 thermidor (28 juillet 1794).
62 TESTAMENt
Le i.e*août, la Convention, à la suite d'un rapport de Barrère, ordonna que la reine fût traduite au tribunal révolutionnaire.
Le 6 août, à deux heures du matin, on fit transférer Marie-Antoinette du Temple à la Conciergerie. Ce fut en vain que Madame royale et M.me Elisabeth sollicitèrent la faveur de suivre l'illustre victime.
Le 25 août, Fou quier-Tin ville (î) demanda au comité de salut public les pièces pour commencer le procès de la reine. On eut beau chercher , il ne s'en trouva aucune; alors il fut décidé dans les comités queFouquier-Tinville, à défaut de pièces, arrangerait sa procédure comme il pourrait.
( On prétend que le 5 septembre, Marie- Antoinette a rédigé son testament; et même un journal de Paris (la Quotidienne ) en a donné des extraits; mais comme les ministres de S. M., dans la communication qu'ils ont faite aux chambres (séance du 22 février 1816) , n'ont rapporté que la lettre écrite par la reine à M.BM Elisabeth, après sa condamnation , et n'ont point parlé de ce testament , nous doutons de son authenticité ;
' (1 ) Cet homme , couvert du sang de toutes les victimes du tribunal révolutionnaire, a été condamné à mort et exécuté le 6 mai 1795. Sa veuve est morte, à Paris , en décembre 1827, dans la plus grande misère. Inconnue, couverte de haillons, abandonnée au fond d'un grenier, elle ne subsistait que d'une faible pension insuffisante pour ses besoins les plus pressans. Son nom n'a été découvert qu'après sa mort , dans des papiers cachés sous la paillasse qui lui servait de grabat.
nous nous bornerons donc à rapporter en note ( i ) ce que l'on en a dit dans la Quotidienne. )
( i ) « Le testament de Marie- Antoinette, reine de France, archiduchesse d'Autriche , veuve de Louis XVI , est daté de la Conciergerie le 5 septembre 1793. Cette princesse désigne pour exécuteur spécial de ses volontés M. l'abbé Edgeworth de Firmont. Après avoir donné de sages conseils au roi Louis-Charles, son fils , qu'elle recommande aux soins généreux de M."* Elisabeth, elle ajoute : cQuoi- »' que j'eusse désiré que la princesse Marie-Thérèse , ma » fille, épousât un archiduc, son cousin du côté mater- » nel; comme la volonté du feu roi mon époux était qu'elle » fût unie au duc d'Angoulême, fils du comte d'Artois, » son oncle, j'engage mon fils (le roi Louis-Charles) à » remplir ce vœu . aussitôt que ma fille sera en état de » l'accomplir de son côté. »
» M arie- Antoinette , reine de France , remercie ensuite M."* Elisabeth de l'amitié sans bornes qu'elle a eue pour elle, des soins généreux qu'elle a prodigués aux enfans de Louis XVI. • Si mon fils, ajoute la reine, est destiné
• à vivre sur le trône, je demande à ma sœur de le di- » riger, au moins dans les premiers pas de son adminîs- 1 tralion. S'il est condamné à passer dans les fers les
• tristes jours de son enfance, et les jours plus amers de
• sa jeunesse , c'est de la bonté de ma sœur que j'en ré- 1 clame et que j'en espère l'adoucissement. »
» Il est impossible de retenir ses larmes à la lecture de ce passage , que nous transcrivons avec autant d'exactitude que notre mémoire peut nous le permettre. On n'est pas moins profondément attendri , lorsqu'on voit une reine de France léguer dans son testament, à sa famille infortunée , le seul bien qui restait alors à sa disposition , une tresse tissue de ses cheveux et des cheveux de son royal époux ; à M. le duc de Pcnthièvre , le portrait de sa fille , la princesse de Lamballe ; à son frère l'empereur d'Allemagne, celui de la duchesse de Mecklem bourg.
6/f TESTAMENT
Le 3 octobre, Billaud-Varen nés (1) fait ordonner par la Convention au tribunal révolutionnaire de s'occuper sans délai du procès de la reine.
Le 1 a octobre , à six heures du soir, le premier interrogatoire fait par Fouquier-Tinville eut lieu ; il ne fut pas public. Le i5 l'acte d'accusation fut signifié à la reine, et le i4 elle parut devant le tribunal révolutionnaire. Tout le monde connaît les débats de cette monstrueuse procédure (2) ;
Elle prie sa sœur, M."* Elisabeth, d'accepter, comme gage de souvenir, un exemplaire du Voyage du jeune Anacharsis, qu'elle tenait de M. de Firmont. Elle ne laisse à ce digne ministre, pour témoignage de sa reconnaissance, que la peine d'exécuter, autaut qu'il lui sera possible, ses dernières volontés, ajoutant ces belles paroles : 1 Aux cœurs faits comme le sien, il ne faut pas » d'autre récompense. »
» La reine termine son testament en remerciant M.M Richard, femme du concierge de la prison, des bons procédés qu'elle a eus pour elle, et M."* Harel qui l'a servie avec zèle. Elle donne à l'une son portefeuille , et deux dessins au crayon ; à l'autre une bourse et six louis qui y sont renfermés. La reine de France , après avoir fait plusieurs autres dispositions qui montrent sa grande ame, demande pardon à ceux qui l'ont entourée, des peines qu'ils ont prises f>our elle , et pardonne sincèrement à ceux qui se sont déclarés ses persécuteurs. Sa dernière pensée est pour le bonheur de la France. »
(1) Billaud-Varen nés , l'un des plus fougueux conventionnels, a été déporté à Sinnamari le i.er avril 1795.
(a) M. Chauveau-Lagarde, nommé défenseur de la reine , puis ensuite de M."* Elisabeth , et qui s'est acquitté de cette fonction avec talent , a publié en 1816, une Note historique sur les procès de Marie- Antoinette d'Autriche, reine de France, et de M.me Elisabeth de France, au tribunal révolutionnaire. Paris, 1816, in-8.° de 64 pages.
ils durèrent trente-six heures, et se terminèrent le 16 à quatre heures du matin, à la manière accoutumée de ce tribunal, c'est-à-dire par une sentence de mort.
La reine entendit prononcer son jugement sans donner aucune marque d'altération , et sortit de la salle sans proférer une parole , sans adresser aucun discours ni aux juges , ni au public , et fut ramenée à la Conciergerie dans le cabinet des condamnés.
C'est alors que Marie-Antoinette, dans ce terrible cabinet, placée entre le tribunal de sang qui vient de la condamner et l'instrument du supplice qui l'attend , le corps transi de froid , les pieds enveloppés dans une mauvaise couverture ( 1 ) , mais le front serein , lame calme , le
( 1 ) Il serait difficile de se figurer tout ce qu'a eu à ftouffrir cette malheureuse reine depuis son entrée à la Conciergerie jusqu'à sa mort, c La fille des Césars , a dit » M. de Châteaubriant à la chambre des pairs, la fille » des Césars, couverte de lambeaux, réduite à raccom- 1 moder elle-même ses vétemens, outragée devant un » tribunal infâme , par quelques assassins qui se disaient 1 des juges, conduite sur un tombereau au supplice , et
1 cependant toujours reine ! Il faudrait, Messieurs,
• avoir le courage même de cette grande victime pour » achever ce récit. »
Il est certain que jamais reine, et Ton pourrait dire jamais femme n'a éprouvé de pareils traitemens. Jadis deux reines de France ont aussi épuisé toutes les rigueurs du sort, et cependant leurs maux affreux ont été audessous de ceux de Marie-Antoinette.
La reine Brunehauta subi , en 61 3 , le plus horrible des supplices. Condamnée à uue mort infâme par ClotaireH»
cœur rempli des plus doux , des plus affectueux, des plus généreux sentimens, révèle ses dernières pensées et les épanche dans le sein de la plus ver-
dans un conseil de seigneurs français assemblés militairement, elle a été attachée et traînée à la queue d'une cavale indomptée. Mais cette condamnation et cette mort, tout affreuses qu'elles sont, ne peuvent se comparer aux longs tourmens qu'a endurés l'infortunée Marie-Antoinette. Brunehaut a beaucoup souffert sans doute, mais pendant peu de temps; et Marie- Antoinette a souffert pendant près de quatre ans , et son agonie a été de quinze mois, car elle a commencé au ao juin 1792.
Marie Stuart, reine d'Ecosse et de France , née en 1 54a, longtemps prisonnière , a été aussi jugée arbitrairement, et condamnée injustement à être décapitée (le 18 février 1587); mais elle n'a pas éprouvé la millième partie des tourmens et des outrages dont on a abreuvé Marie-Antoinette. Cependant sa détention à Fotheraingai a été de dix-huit ans; son procès a été tyrannîque, irrégulier; sa condamnation révoltante; ses malheurs, fruit de la passion et de la cruauté d'Elisabeth, ont été grands : mais dans le cours de ces funestes événemens, on a toujours eu pour elle les égards dus à son rang; jamais elle n'a été réduite au dénuement des choses les plus nécessaires à la vie , ni à la nécessité humiliante de se servir ellemême. Un peuple féroce n'a point insulté à son malheur; au contraire elle a inspiré de la compassion , même à ses bourreaux. Pendant son procès elle a toujours été traitée avec respect. Après sa condamnation , elle s'est contentée de dire : « La mort, qui doit mettre fin à mes malheurs, » me sera très-agréable. Je regarde comme indigne de » la félicité céleste une ame trop faible pour soutenir le » corps dans ce passage au séjour des bienheureux.! Son supplice, quoique terrible, n'a été ni public, ni accompagné des cris de joie de la populace. Enfin Marie Stuart qui avait, dit-on, quelques torts à se reprocher, a été,
tueuse des femmes, de la plus teadre des amies, de M."* Elisabeth, sa sœur.
Voici cette lettre précieuse , à laquelle on donne avec raison le titre de testament, puisque c'est un acte de dernière volonté.
Ce 16 octobre, à quatre heures et demie do matin.
« C'est à vous, ma sœur, que j'écris pour la dernière fois. Je viens d être condamnée, non pas à une mort honteuse, elle ne Test que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère; comme lui innocente, j'espère montrer la même fermeté que lui dans ces derniers momens. Je suis calme comme on Test quand la conscience ne reproche rien { j'ai un profond regret d'abandonner mes pauvres enfans; vous savez que je n'existais que pour eux et vous, ma bonne et tendre sœur, vous qui avez par votre amitié tout sacrifié pour être avec nous. Dans quelle position je vous laisse ! J'ai appris par le plaidoyer même du procès que ma fille était séparée de vous. Hélas 1 la pauvre enfant, je n'ose lui écrire, elle ne recevrait pas ma lettre. Je ne sais même pas si celle-ci vous parviendra. Recevez pour eux deux, ici , ma bénédiction. J'espère qu'un jour , lors-
dans ses derniers malheurs , toujours traitée en reine; et Marie- Antoinette, dont on ne cite que des traits de bienfaisance , a été traitée comme la dernière des criminelles î! ( V. le testament de Marie Stuart, tom. I, pp. a38— 354.)
qu'ils seront plus grands , ils pourront se réunir avec vous , et jouir en entier de vos tendres soins. Qu'ils pensent tous deux à ce que je n'ai cessé de leur inspirer ; que les principes et l'exécution exacte de ses devoirs sont la première base de la vie; que leur amitié et leur confiance mutuelle en feront le bonheur; que ma fille sente qu'à l'âge qu'elle a , elle doit toujours aider son frère par les conseils que l'expérience qu'elle aura de plus que lui et son amitié pourront lui inspirer; qne mon fils à son tour rende à sa sœur tous les soins et les services que l'amitié peut inspirer ; qu'ils sentent enfin tous deux que, dans quelque position où ils pourront se trouver, ils ne seront vraiment heureux que par leur union. Qu'ils prennent exemple de nous. Combien dans nos malheurs notre amitié nous a donné de consolation ! et dans le bonheur on jouit doublement quand on peut le partager avec un ami. Et où en trouver de plus tendre , de plus cher que dans sa propre famille? Que mon fils n'oublie jamais les derniers mots de son père , que je lui répète expressément : Qu'il ne cherche jamais à venger notre mort.
» J'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon cœur. Je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine : pardonnez-lui , ma chère sœur; pensez à l'âge qu'il a , et combien il est facile de faire dire à un enfant ce qu'on veut , et même ce qu'il ne comprend pas. Un jour viendra, j'espère, où il ne sentira que mieux tout le prix de vos bontés et de votre tendresse pour tous deux. Il me reste à vous confier encore mes dernières
DE MARIE-ANTOINETTE. v 69
pensées. J'aurais voulu les écrire dès le commencement du procès; mais outre qu'on ne me laissait pas écrire , la marche en a été si rapide que je nîen aurais réellement pas eu le temps.
» Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle de mes pères, dans celle où j'ai été élevée et que j'ai toujours professée, n'ayant aucune consolation spirituelle à attendre 9 ne sachant pas s'il existe encore ici des prêtres de cette religion ; et même le lieu où je suis les exposerait trop, s'ils y entraient une fois.
» Je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j'ai pu commettre depuis que j'existe. J'espère que dans sa bonté il voudra bien recevoir mes derniers vœux , ainsi que ceux que je fais depuis longtemps pour qu'il veuille bien recevoir mon ame dans sa miséricorde et sa bonté. Je demande pardon à tous ceux que je connais, et à vous, ma sœur, en particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir , j'aurais pu vous, causer. Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait. Je dis ici adieu âmes tantes et à tous mes frères et soeurs. J'avais des amis : l'idée d'en être séparée pour jamais et leurs peines sont un des plus grands regrets que j'emporte en mourant; qu'ils sachent, du moins, que jusqu'à mon dernier moment j'ai pensé à eux. Adieu , ma bonne et tendre sœur. Puisse cette lettre vous arriver! Pensez toujours à moi ; je vous embrasse de tout moh cœur , ainsi que mes pauvres et chers enfans. Mon Dieu! qu'il est déchirant de les quitter pour toujours. Adieu , adieu ! Je ne vais plus m'occuper que de mes devoirs spirituels.
Comme je ne suis pas libre dans mes actions, on m'amènera peut-être un prêtre , mais je proteste ici que je ne lui dirai pas un mot, et que je le traiterai comme un être absolument étranger. »
Après avoir terminé cep douloureux adieux , la reine se jeta sur un lit , et ne tarda pas à goûter pour la dernière fois les douceurs d'un sommeil paisible et profond : hélas , c'était celui de l'innocence! Cinq heures étaient à peine écoulées 9 qu'à son réveil on lui fit quitter sa robe de deuil, et on lui donna un déshabillé de piqué blanc. Ensuite elle fut livrée a l'exécuteur, qui lui lia les mains derrière le dos, et la fît monter avec lui sur le tombereau banal destiné à conduire les criminels au supplice. Pendant le trajet depuis la Gonciergerie à la place Louis XV, Marie-* Antoinette ne montra ni abattement, ni fierté; elle regardait avec indifférence une force armée de trente mille hommes qui formaient une double haie dans les rues où elle passait, et elle conservait le plus grand calme au milieu des injures grossières d'une vile populace. Arrivée sur la place Louis XV , à midi précis , elle monta sur l'échafaud avec courage et résignation , puis se mit à genoux et dit : Seigneur , éclairez et touchez mes