‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 2)Chapitre 26 sur 137 · DE NAPOLÉON BONAPARTE · texte numérisé non relu

DE NAPOLÉON BONAPARTE

Voici le testament d'un homme extraordinaire, dont le modeste berceau et le tombeau solitaire, séparés l'un de l'autre par des mers immenses ( 1 ) , font un contraste frappant avec l'éclat de sa vie , vie qui est sans exemple dans les annales de l'histoire moderne.

Né pour les armes, Napoléon Bonaparte (2) met à peine le pied dans la carrière , qu'il fixe tous les regards par des conquêtes rapides. Enivré de succès non interrompus , et profitant habilement des circonstances, dans un moment où l'opinion publique se prononçait fortement contre les derniers efforts de l'anarchie expirante, il marche à grands pas vers le pouvoir suprême, s'en empare, et ne tarde pas à voir tous les peuples

(1) La plus courte distance d'Ajaccio en Corse, à Longwood ( Ile Sainte-Hélène ) , est d'environ 634 myriamètres , qui, à raison de la route à suivre pour parvenir de lune de ces villes à l'autre, peuvent donner i585 lieues ( de a5 au degré ).

(a) Ce nom en italien est Buona parte; il est ainsi écrit dans les Almanachs militaires antérieurs à la révolution ; Ve est accentué. J'ignore l'époque où Napoléon a francisé son nom, mais je possède un ordre du jour manuscrit, daté de Nice le 3o ventôse an II ( 20 mars 1 794 ) , où sa signature autographe porte BroNA parte. On prétend que c'est depuis 1 796 qu'il a signé Bonaparte.

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de l'Europe, excepté un, se presser sur ses pas, lui servir de corlége , aller au-devant de ses volontés, trembler à son aspect, changer de souverains ou de gouvernement , et se déclarer libres ou sujets , selon les circonstances , selon ses in té* rets, et quelquefois selon les caprices ou les vues de son ambition. On ne peut disconvenir qu'il n'ait été l'un des hommes les plus puissans (A) qui ont étonné le inonde , depuis Alexandre , César et Charlemagne. Jamais pouvoir imprévu, créé 'par la victoire, secondé par des talens éminens, étayé par de grandes alliances , n'a été plus fortement, plus adroitement constitué; et cependant ce pouvoir colossal s'est écroulé en moins de temps qu'on en avait mis à l'établir! Il a disparu; et il n'en reste plus que des souvenirs aussi variés , aussi opposés entre eux que les passions de ceux qui les conservent. Mais ces souvenirs d'affection ou de haine s'affaiblissent chaque jour, et bientôt leur objet, phénomène inoui dans les siècles modernes, ne sera plus pour tous qu'upt sujet de méditation sur les décrets de cette Providence qui, dans les grandes révolutions, exaltât et dimittit selon les lois de son immuable justice. Avant de rapporter le testament de Napoléon, nous allons entrer dans quelques détails sur ses premières études et sur celles de ses frères Joseph et Lucien. Ces détails , quelque minutieux qu'ils

(A) Nous renvoyons à la fin du testament cette note et toutes celles qui seront indiquées par des lettres majuscules. Quant aux notes désignées par des chiffres, elles seront placées au bas des pages.

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puissent paraître , nous semblent nécessaires pour rectifier des erreurs adulatrices de certains biographes qui s'imaginent relever la gloire de leur héros en lui donnant une origine des plus illustres , environnée de l'éclat de la fortune ; de sorte que le prenant au sortir de l'école militaire, ils en font un jeune officier vivant en grand seigneur avec équipage (1). Bonaparte n'a pas besoin de ce relief imaginaire. Que Jules-César , prononçant

(i) Voyez les Observations sur /'Histoire de Napoléon, d'après lui-même, par Léonard Gallois, publiées par M» Amanton. Paris, Trouvé, 1827, in-8.*de 23 pag. L'auteur a très-bien relevé les erreurs graves de M. Gallois sur l'origine et la jeunesse de Bonaparte , sur le caractère gai et plaisant qu'il lui prête , sur sa première garnison , sur son opulence au régiment, etc. etc. Mais ces erreurs n'appartiennent pas entièrement à M. Gallois: la plupart ont été copiées littéralement dans le Mémorial de Sainte- Hélène , de M. Las-Cases, ouvrage où, parmi plusieurs détails intéressans et vrais, donnés et dictés par Napoléon sur sa première jeunesse , il s'en trouve d'autres que l'auteur y a ajoutés et qui sont fort erronés ; par exemples, il dit, tom. I, p. i65, que Napoléon, sortant de

l'école militaire , fut joindre son régiment à Valence , que

sa famille lui faisait la grosse pension de 1200 liv. , etc. etc. Le fait est que la ville d'Auxonne a été la première garnison de Bonaparte, qu'il y a résidé pendant environ quajre ans ( avant d'aller à Valence) , et qu'il y a vécu très-économiquement de ses seuls appointemens. Cela est connu de toute la population d'Auxonne; et de petites dettes qu'il y a laissées , attestées par les billets qui existent encore , en font foi.

Mais ce qu'il y a de singulier, c'est que M. Las-Cases rapporte, tom. III, p. 385, une anecdote où Bonaparte dit qu'en 1786, à Auxonne, sa garnison, étant à nager, il

à la tribune l'éloge funèbre de sa tante Julie, la fasse descendre d'Âncus Martius; que lui-même prétende descendre de la déesse Vénus, et qu'il ajoute : a On trouve donc dans ma famille la » sainteté des rois qui sont les maîtres du monde, » et la majesté des Dieux qui sont les maîtres des » rois ; » cette ridicule jactance était conforme au but de cet ambitieux dictateur et aux idées supertitieuses du siècle où il vivait. Mais dans nos temps modernes , de pareilles absurdités pour

avait perdu connaissance et avait failli être noyé. Ce second passage du Mémorial implique contradiction avec le premier. M. Las-Cases eût dû y faire attention. Il parle encore, tom. V, p. 166, d'un Voyage sentimental que Bonaparte fit en Bourgogne au commencement de la révolution, dans lequel voyage il alla à Nuits, et soupa chez son camarade Gassendi, alors capitaine dans son régiment (c'était La Fère, en garnison à Âuxonne) et marié assez richement à la fille d'un médecin du lieu (M. Sousselier). Ensuite il fut souper chez M™ Maret ou Muret ( lisez Marey ) , et , dans ces deux soupers , il brisa beaucoup de lances en faveur de la révolution, etc. etc. Ce voyage sentimental n'est autre chose qu'une petite expédition militaire confiée au lieutenant Bonaparte , qui fut envoyé d'Auxonne avec un détachement de son régiment, d'abord à Seurre , petite ville voisine d'Auxonne , où il y avait quelques troubles, puis à l'abbaye de Citeaux, où les religieux s'étaient insurgés contre l'abbé. Bonaparte y resta deux ou trois semaines ; il allait de temps en temps à Nuits. Voilà ce que M. Las- Cases appelle un Voyage sentimental, fait par Napoléon en Bourgogne. Il y aurait encore bien d'autres choses à relever dans le Mémorial, qui cependant renferme des particularités curieuses parmi certains passages sur lesquels l'auteur n'a certainement pas eu l'intention de réunir tous les suffrages.

déguiser l'origine d'un homme célèbre qui a vécu au milieu de nous, ferait hausser les épaules. Et tout le monde sait que Bonaparte lui-même a imposé silence aui Hoziers bénévoles qui déjà lui tenaient prête une généalogie au moins royale.

Rétablissons donc les faits concernant la jeunesse et les premières études de Napoléon et de ses deux frères Joseph et Lucien. On peut compter sur la véracité des détails que nous allons donner; nous les tenons de deux respectables ecclésiastiques qui ont été leurs professeurs au collège d'Autun , où ces jeunes gens furent admis comme pensionnaires par la protection de M. de Marbœuf, gouverneur général de Corse , dont le frère était évêque d'Autun depuis 1 767. (11 y resta jusqu'en 1788.)

Disons d'abord un mot de la naissance de Bonaparte; ensuite nous passerons aux détails annoncés ci-dessus et renfermés dans un fragment de correspondance entre les deux dignes ecclé-^ siastiques dont nous venons de parler, correspondance que nous avions sollicitée nous-même de l'un d'eux , qui nous honore de son amitié. Napoléon Bonaparte est né à Ajaccio en Corse, le i5 août 1769, de Charles Bonaparte, assesseur à la justice royale d'Ajaccio ( né en 1746, mort le 24 février 1785 ) f et de Letzia Ramolini (née le 2l\ août 1 75o). Il est le second des treize enfans provenus de leur mariage célébré au commencement de 1 767 ; mais de ces treize enfans , huit seulement, cinq garçons et trois filles, ont survécu. Fragment de la lettre de M. l'abbé Ch.„. à M. l'abbé F. . . , « Napoléon est arrivé à Autunavec 90a

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» frère Joseph, au commencement de Tannée » 1779 (1), accompagné de M. son père (qui; » comme peut-être il vous en souvient , était un

» superbe homme ), et de M. l'abbé de Va ,

» qui ensuite devint grand-vicaire d'Autun , sans » doute à son grand étonnement. ... 9 et qui depuis » s'est marié , a été commissaire dés guerres, etc. » (2) Napoléon avait neuf ans et demi quand il » arriva à Autun ; il y apporta un caractère soni- » bre et pensif; il ne s'amusait avec personne, 9- et se promenait ordinairement seul , ayant pour » ainsi dire l'air de calculer déjà l'avenir, du » moins je le suppose d'après une conversation » auprès du poêle dans la salle d'études , entre lui » et les autres pensionnaires, qui le contrariaient

(1) Et non pas 1777, année *oii certains biographes la font enlrer à Brienne. Bonaparte n'aurait pas encore eu au commencement de cette année sept ans et demi ; on n'entre pas dans une école militaire à cet âge. Les détails de la lettre que nous rapportons annoncent qu'il avait neuf ans et demi. 11 n'a été à Autun que momentanément, et pendant que son pèse, député de la noblesse des états de Corse à Paris , profitait de la circonstance , et faisait des démarches sans doute pour obtenir en faveur de son fils une ptace gratuite à Brienne, où il est en effet entré le dimanche a5 avril de la même année 1 77g. V. sur l'arrivée de Charles Bonaparte à Paris , le Mémerial de Sainte-Hélène, tom. I, p. 141.

(2) On m'a assuré que ce Monsieur ne se faisait pas scrupule de garder les petites sommes que la famille de Corse lui envoyait de temps en temps pour les en fans. Ce qui laissait ceux-ci , ou du moins Joseph et Lucien, dans un dénuement auquel un.de ses professeurs a plus d'une fois pourvu..

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> sur la prise de la Corse, et qui taxaient de lâ- » cheté les habitans. Il écouta leurs réflexions » avec cet air flegme et froid qui formait son » caractère. Mais quand ils eurent fini , il allongea » avec vivacité et même avec humeur son petit » bras de neuf ans et demi, et répondit que si » Ton n'avait été que quatre contre un, on n'au- 9 rait jamais pris la Corse , mais qu'on était venu » dix contre un. J'étais à côté de lui , et je lui » dis : « Cependant vous aviez un bon général » dans Paoli. » 11 me répondit avec un air peiné : « Oui , Monsieur, et je voudrais bien lui ressem- » bler. » Il paraît que dès l'enfance, son caractère » s'était annoncé, puisque, quoique le cadet de » Joseph, on l'avait destiné aux armes. 11 avait » beaucoup de dispositions, comprenait et appre- » naît facilement. Quand jelui donnais une leçon, » il fixait sur moi ses regards bouche béante. » Cherchais-je à récapituler ce que je venais de » lui dire , il n'écoutait plus ; et si je lui en faisais * des reproches, il me répondait avec un air » froid, on pourrait même dire impérieux: «Mon- » sieur, je le sais. » Je ne l'ai eu que trois mois; » pendant ce temps, il a appris le français de » manière à faire librement la conversation , et » même de petits thèmes et de petites versions. » Au bout des trois mois je l'embarquai avec un » M, de Champeaux pour l'école militaire de » Brienne (i).

( i ) Il fut conduit à cette école avec le fils cadet de M . de Champeaux, par M. de Champeaux père, et il y arriva le dimanche »5 avril 17,79. S°n P^re> M. Charles Bonaparte , l'y attendait depuis cinq à six jours.

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» Depuis ce temps je n'ai point cherché à lui parler, quoique je connusse ses bonnes dispositions à mon égard; ce dont j'ai été informé pendant mon exil, par un officier de marine émigré, qui avait épousé la cousine de sa première femme ( Joséphine ) , à qui il avait prêté quatre-vingts louis en l'amenant d'Amérique en France. Il alla les lui redemander à Milan. Il rencontra Bonaparte qui commandait l'armée d'Italie , et lui parla de moi. « Je suis surpris, dit-il 9 que l'abbé Ch.... ne m'écrive pas, il sait que je puis lui rendre service. » L'officier, avec lequel j'étais très-liéà Venise, lui répondit: «Vous n'en seriez pas étonné, si vous le connaissiez maintenant; rien ne lui manque, et même s'il avait besoin, je crois qu'il ne serait pas dans son caractère de demander. » C'est l'officier qui me rapporta cette conversation. J'ai su après qu'il donna de mes nouvelles à son frère Joseph, à cette époque ambassadeur à Borne.

» Quant à celui-ci ( Joseph ) , il avait aussi beaucoup de dispositions. Ne sachant nullement le français à son arrivée, malgré son peu d'ardeur pour l'étude, il l'apprit très-promptement ainsi que les principes du latin , au point qu'en vingt-deux mois que je lui donnai des leçons il entra en quatrième et fut des premiers de la classe , et partagea les prix. Il fit encore bien en troisième. Je le quittai alors ; et M. le principal me dit depuis qu'il avait perdu à mon absence et s'était négligé. En effet il m'était tellement attaché, qu'il travaillait parce qu'il savait que c'était un moyen de me faire plaisir. Autant

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» son frère était impérieux 9 autant il était com- » plaisant et honnête. Son caractère était doux, » prévenant, reconnaissant (1), aimant ses ca- » marades , protégeant ceux que Ton cherchait à » contrarier. Jamais je n'ai vu en lui de germes » d'ambition. Son naturel gai , mais tranquille, » n'annonçait aucune disposition pour le genre » de vie auquel on l'a destiné ; et c'est ce qui me » fait soupçonner, d'après le caractère que je lui » ai connu, qu'il a été roi malgré lui.

» Pour Lucien, je n'ai fait que l'apercevoir, » lorsque retournant à Àutun, j'allai voir son » frère Joseph. Il semble que sa conduite dans » la suite a montré qu'il avait un caractère très- » ferme (2). Il se serait peut-être mieux soutenu » que son frère, à moins que la Providence, dont

(1) M. l'abbé F m'écrivait en i8a3 : • Joseph n'a

> quitté le collège d'Autun qu'en 1 785, après avoir achevé » ses humanités. Il était doux, timide et très-aimant. Je » lui avais témoigné beaucoup d'intérêt; il m'a fait les » offres de services les plus flatteuses et je n'en ai accepté » aucune. »

En effet je sais que Joseph arrivé sur le pinacle , a offert

à JV1. l'abbé F l'évéché de M en de, que celui-ci a eu la

modestie de refuser. Je sais aussi qu'il a fait une pension de 4*000 fr. sur sa cassette à M. l'abbé C

Enfin il a procuré à M. l'abbé Simon , qui a également été son professeur au collège d'Autun , l'évéché de Grenoble. M. Simon a été sacré le 8 août 180a; il est mort à Grenoble le 3 octobre i8a5, à l'âge de 81 ans, étant né à Semur ( Côte-d'Or ) , le 3 novembre 1 ?44*

(2) M. l'abbé F me mandait : c J'ai assez suivi le

» bon et pétulant Lucien pendant vingt à vingt-deux » mois. »

» tout dépend, n'en eût autrement décidé. Mais • je ne lai pas assez vu pour le juger. Quant à » Louis et son frère Jérôme, je n'ai jamais su » qu'ils aient été à Autun. Voilà , Monsieur , en » abrégé l'histoire des Bonapartes que j'ai vus à 9 Autun, etc. etc. »

Nous avons dit précédemment qtie le jeune Napoléon s'était rendu à l'école de Brienne en 1 779 ; il y est resté jusqu'en 1 784. Vers la fin de cette année, il sortit de cette école, par suite de la note favorable qu'il obtint de l'inspecteur (1) au concours dans lequel on désignait les meilleurs élèves qui avaient mérité d'aller achever leur éducation à l'école militaire de Paris. Cette note est ainsi conçue :

« Inspections des écoles royales et militaires, » année 1 784 > sous le ministère de M. de Sêgur.

» M. de Buonaparte (Napoléon), né le 1 5 août » 1769, taille de 4 pieds 10 pouces 10 lignes.

» A fait sa quatrième.

» De bonne constitution, santé excellente, » caractère soumis, honnête et reconnaissant. » Conduite très-régulière. S est toujours distingué » par son application aux mathématiques; il sait » très-passablement son histoire et sa géographie. 9 II est assez faible dans les exercices d'agrément, 9 ainsi que pour le latin , où il n'a fs$t que sa qua- 9 trième. Ce sera un excellent marin.

(1) M. Las-Cases dit que cet inspecteur était le chevalier de Keralio, officier général, qui mourut presque aussitôt, et que M. de Regnaud, qui lui succéda, exécuta Ja note délivrée par M. de Keralio.

» Mérite de passer à l'école de Paris. »

En effet il entra dans cette école le 22 octobre 1 784 , et y resta pendant Tannée 1 785. Ayant terminé ses cours , il subit un examen pour entrer dans l'artillerie, et sur trente-six places d'officier qui étaient à donner , il obtint la douzième , et fut nommé, le i.or septembre 1785 , sous-lieutenant au régiment de La Fère 9 artillerie , en garnison à Auxonne , où il se rendit et résida pendant plus de quatre ans. Il y avait appelé son frère Louis, en 1789, pour lui apprendre les mathématiques; il lui fit faire sa première communion des mains de M. l'abbé Morelet , prêtre familier de l'église paroissiale d' Auxonne, ( qu'il ne faut pas confondre avec l'abbé André Morellet, de Lyon, grand économiste, mort en 1819, qui s'occupait fort peu de premières communions).

En 1 790 , Napoléon Bonaparte passa du régiment de La Fère à celui de Grenoble. Etant en garnison à Valence vers la fin de cette année , il offrit sa main à M.11* du Colombier, qui la refusa. Elle épousa M. deBressieux, qui, sous l'empire, devint directeur-général de l'administration des eaux et forêts; et M."* de Bressieux fut dame d'honneur de Madame-mère,

En 1791, Napoléon Bonaparte retourna en Corse, où il epibrassa le parti de la révolution. Il y resta en 1 792. Il y eut des mouvemens auxquels il prit part. Le lundi de Pâques de celte année, étant à la tête d'un bataillon de gardes nationaux, il fit tirer sur le peuple, au moment où sortant de l'église, il y avait un rassemblement tumultueux , qu'il dissipa. Quelques mois après

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il se brouilla avec Paoli qui ne protégeait pas la Convention. Aussi lç 27 mai 1793, un décret spécial de la Consulta que présidait Paoli, bannit à perpétuité Bonaparte de la Corse. 11 quitta sa patrie, suivi de sa nombreuse famille , qui , peu fortunée , vint fixer sa résidence à Marseille , où elle reçut les secours accordés par la Convention à tous les insulaires bannis pour sa cause. Bonaparte continua à servir, et quelque temps après survint le siège de Toulon, premier échelon de sa grandeur future. Le reste est trop connu pour que nous continuions ici l'analyse des événemens qui l'ont porté au faîte du pouvoir , et qui l'en ont précipité si rapidement.

Il est temps d'arriver à son testament , à cet acte solennel, tracé d'une main déjà défaillante. Nous verrons qu'il y dévoile un cœur ulcéré de sa triste position, et, qui, moins accablé du poids de sa grandeur passée que de l'isolement où il se trouve , exhale sa bile contre ceux qu'il regarde comme les auteurs de ses maux , ose avouer l'effroyable et inutile catastrophe qui a terni sa gloire, montre les sentimens les plus affectueux envers son épouse , son fils et sa famille , et donne de nombreuses marques de reconnaissance à ceux qui lui ont témoigné de l'attachement et du dévouement.

Nous avons mis tous nos soins à rendre cette nouvelle édition du testament de Napoléon la plus exacte, la plus correcte et la plus complète de toutes celles qui ont été publiées jusqu'alors. Elle est rédigée d'après la collation de quatre copies différentes , corrigées les unes par les au-

très, et d'après quelques renseigneqpens particuliers. On y trouvera le testament proprement dit, les états du mobilier, huit codicilles, un abrégé des discussions auxquelles cet acte a donné lieu , et d'autres pièces, avec des notes, etc.

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