‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 2)Chapitre 41 sur 137 · TESTAMENS ANGLAIS · texte numérisé non relu

TESTAMENS ANGLAIS

(De 177a à i8a8.)

On a souvent parlé de l'originalité des Anglais ; nous-méme en avons déjà cité plusieurs traits en fait de dispositions testamentaires» En voici de nouveaux exemples :

Un riche particulier de Londres meurt et laisse à miss B qui ne le connaissait nullement, une fortune qui se monte à plusieurs millions ; on ne devinerait jamais quel a été le motif d'une générosité aussi considérable et aussi imprévue. 11 faut citer l'article même du testament ; il est ainsi conçu :

« Je supplie miss B d'accepter le don de

» ma fortune entière, trop faible auprès des » inexprimables sensations que ma fait éprouver ». pendant trois ans la contemplation de son » adorable nez. »

Après l'ouverture du testament, les hommes

de loi se rendirent chez miss B pour lui faire

signer l'acceptation du legs. Grand étonnement de la part de cette dame! Le nom du légataire lui est absolument inconnu , et rien dans sa généalogie la plus reculée , n'en approche. Bien embarrassée , craignant une erreur ou une mystification, elle demande si le défunt est enterré. — « Non , lui dit-on. — Conduisez-moi près de lui. » — Ici l'étonnement devient général :

« c'est lui! s'écrie miss B , après avoir fait

découvrir le défunt ; c'est l'homme qui , pendant

trois ans, me poursuivit de ses hommages, de ses vers en l'honneur de mon nez ! A H yde-Park , à Covent-Garden , il était toujours devant moi , et fixait continuellement ses regards sur moi. »

On ouvre les papiers du défunt; ils contiennent plusieurs épitres ébauchées en l'honneur du joli

nez de miss B ; plus de cinquante croquis le

représentant de face , de profil , de trois quarts. On relit le testament , et point de doute que miss

B ne soit véritable légataire. En conséquence

elle accepte la succession , et les pauvres parens du défunt n'ont qu'un pied-de-nez. Ce qu'il y a de singulier dans cette aventure, c'est que, sauf un nez fort prononcé , cette dame n'avait rien de remarquable dans la physionomie.

Passons à un autre testament fait en faveur d'une dame anglaise non moins heureuse que la précédente.

Celle-ci, lady S.... , ne se faisait remarquer que par une laideur extraordinaire , et cependant elle inspira la plus vive passion à un jeune Anglais de la plus heureuse physionomie et immensément riche. La timidité et la réserve accompagnent ordinairement le véritable amour ; aussi notre jeune Céladon n'osait hasarder la moindre déclaration ni même approcher du singulier objet de sa passion. Pendant deux hivers , on le vit à l'Opéra de Londres se tenir constamment vis-à-vis la loge de lady S. . . . pour la contempler , mais sans chercher à lui parler. Enfin le pauvre jeune homme, consujné d'un amour aussi bi-

zarre , meurt , et par son testament laisse toute sa

fortune à lady S Cet héritage monte , dit-on ,

à près de huit millions.

En 1776, il mourut à Londres un particulier qui avait amassé dans le commerce une fortune de 60,000 liv. sterling. Il avait fait un de ses cousins , qui n'était point négociant, son légataire universel , avec cette singulière clause , qu'il serait obligé de se rendre tous les jours à la Bourse et d'y rester depuis deux heures jusqu'à trois. Ni le temps ni ses affaires ne devaient jamais l'empêcher de s'acquitter de ce devoir, et il n'en était dispensé qu'en cas de maladie. Sans cette dernière circonstance bien prouvée, était-il dit dans le testament , il perdrait toute la fortune de son parent ; et s'il omettait un seul jour de remplir son engagement , certaines fondations , que l'on nommait, auraient le droit de se mettre en possession de l'héritage. Le bon homme voulait par là rendre une espèce d'hommage à la Bourse , où il avait amassé toute sa fortune; mais cette fortune du défunt fit un esclave de son héritier. Ce n'était jamais que le dimanche qu'il pouvait s'éloigner de Londres , la Bourse étant fermée ce jour-là. Cet homme manifestait un mécontentement extrême , il ne pouvait pas même faire le plus petit voyage , il lui fallait constamment arranger toutes ses affaires et ses visites de manière à ne point manquer l'heure de la Bourse. Il demeurait dans la partie ouest de Londres , c'està-dire à une lieue de la Bourse , où , après avoir

journellement passé une heure sans parler à personne, il remontait dans sa voiture et partait. Les fondations, intéressées à son exactitude, le faisaient observer de très-près.

Le lord Chesterfield laissa, en mourant, ses biens et ses titres à M. Stanhope son neveu, très-» jeune alors. Comme le lord connaissait toutes les fautes que la fureur du jeu fait commettre aux jeunes .gens , il inséra dans son testament une clause par laquelle, instituant M. Stanhope son îégataire universel, il lui défend de se jamais montrer aux parties de jeu de New-Markct, sous peine d'une amende de 5ooo liv. sterl. , et l'oblige en outre à payer une pareille somme pour chaque centaine de livres qu'il perdra dans les lieux publics à quelque jeu que ce puisse être. En conséquence , pour être bien sur que ses volontés à cet égard seront exécutées avec autant de vigilance que d'exactitude, il autorise le doyen et le chapitre de Chantorbery à poursuivre le paiement de ces sommes, avec pouvoir de les appliquer aux besoins et à l'usage de leur église.

Un ecclésiastique du comté d'Yorck , mort en 1804 9 légua par testament un bien considérable à sa fille unique sous les conditions suivantes: d'abord , qu'elle ne se marierait pas sans le consentement de ses deux exécuteurs testamentaires ; secondement, qu'elle s'habillerait avec plus de décence qu'elle ne l'avait fait jusqu'alors, Yoici

les paroles du testateur : « Comme ma fille Arma n'a pas profité de mes avis touchant l'usage condamnable et indécent de s'habiller en laissant les bras nus jusqu'au coude , ma volonté est qu'au cas où elle persisterait dans la violation , poussée à un tel excès, de la décence de son sexe, tout le bien ci-dessus désigné et destiné par moi à pourvoir à sa future existence, passe à l'aîné des fils de ma sœur Caroline et à ses héritiers légitimes. Si quelques personnes trouvent cette clause sévère, je leur répondrai que, dans une femme, l'indécence de l'habillement est une marque certaine de la dépravation de l'ame. »

Extrait littéral du testament d'un homme marié , mort à Londres au mois de juin 1791.

Vu que j'ai eu le malheur d'avoir pour femme Elisabeth-M.... , qui, depuis notre mariage, m'a tourmenté de toutes les manières; que, non contente de se moquer de mes avis, elle a fait tout ce qu'il lui était possible de faire pour me rendre la vie à charge ; que le ciel ne semble l'avoir envoyée dans ce monde, que pour m'en faire sortir plus tôt ; que la force de Samson , le génie d'Homère, la prudence d'Auguste, ladressede Pyrrhus, la patience de Job , la subtilité d'Annibal , la vigilance d'Hermogènes , ne suffiraient pas pour dompter la perversité de son caractère ; que rien dans le monde ne pourrait la faire changer, puisque nous avons vécu séparés pendant huit ans, sans que j'y aie gagné autre chose que la perte de mon fils qu'elle a corrompu et qui m'a totale-

ment abandonné d'après ses conseils; pesant mûrement et attentivement toutes ces considérations, j'ai légué et je lègue à ladite Elisabeth M. . . . , ma femme , un schelling.

Un mari lègue par testament à sa femme une somme de cinq cents guinées, mais elle n'en jouira , 'ajoute la clause , qu'après qu'elle sera morte , et cela, continue le testateur, afin qu'elle ait de quoi se faire enterrer convenablement.

Un gentilhomme anglais , qui , depuis son enfance, était imbu d'un préjugé désavantageux contre les Irlandais , hérita , dans un âge assez avancé , d'une terre considérable dans le comté de Typpérary en Irlande, mais sous la condition expresse qu'il l'habiterait. Malgré son extrême répugnance, il résolut de s'y rendre et d'y établir son domicile. Après quelques années de séjour, il mourut, et ses héritiers furent étrangefaent surpris, en ouvrapt son testament, d'y trouver les dispositions suivantes : « Je donne et lègue la somme annuelle de dix livres sterling pour être payée à perpétuité par ma succession ; laquelle somme , telle est ma volonté et mon plaisir , sera employée à acheter d'une certaine liqueur nommée vulgairement wi&key ; et il sera donné avis au public que telle liqueur doit être distribuée à certain nombre de particuliers , Irlandais seulement, lequel nombre ne sera pas au-dessous de yingt ; et ils s'assembleront sur le cimetière 011 je dois être enterré. Là on leur donnera à chacun

un bâton de bois de chêne et un couteau , et ainsi armés , le wiskey leur sera distribué par demipinte à chacun, jusqu'à ce que le tout soit consommé, et je veux que cela ait lieu tous les ans, Le 1 7 de mars ou le î o d'octobre. Ma raison est que les habitans grossiers d'Irlande , chaque fois qu'ils s'assemblent, ne manquent que d'armes pour s'entredétruire , et j'ai voulu prendre le moyen le plus efficace pour les assembler , dans l'espérance qu'avec le temps ils dépeupleront euxmêmes leur pays , qu'on pourra repeupler ensuite avec une race civilisée venue de l'Angleterre. »

Nous avons déjà eu plusieurs fois occasion de citer des testamens où certaines clauses renferment des témoignages d'affection envers un animal de prédilection, tel que chat, chien, etc. ; mais il était réservé à une vieille dame anglaise de ne pasVen tenir à une seule espèce, et de constituer pour son héritière toute sa petite ménagerie domestique, permettant toutefois à sa fille , mère d'une nombreuse famille et peu fortunée , de succéder au dernier survivant de ces singuliers légataires. La clause de cet acte bizarre que les journaux ont rapportée en mars dernier ( 1828 ) , est ainsi conçue :

« Je lègue à mon singe, mon cher et amusant Jockoo , pour en jouir sa vie durant, la somme de dix livres sterling ( environ 25o fr. ) x qui sera employée exclusivement à son entretiëh. Je lègue à mon fidèle chien Shock , et à mon bien- n aimé chat Tib , cinq livres sterling de pension

annuelle à chacun. En cas de mort de l'un dèsdits légataires, la rente à lui faite passera sur la tète des deux survîvans, et des deux au dernier, quel qu'il soft. Après le décès de toutes les parties , la somme â elles léguée appartiendra à ma

fille G , à qui je donne cette préférence,

entre tous mes enfans , à cause de sa nombreuse famille qu'elle a tant de peine à nourrir et à élever. »

Un testament assez singulier pour exciter la curiosité publique, est celui de M. Borkey, riche gentilhomme, mort le 5 mai i8o5, à Kinghts- Brige, près de Londres. Par ce testament, il a laissé une pension de vingt-cinq liv. sterl. à quatre de ses chiens. Ce particulier, d'une fortune aisée, était remarquable par l'excessif attachement qu'il avait pour cette espèce d'animaux. Quand on lui faisait remarquer qu'une partie de» sommes qu'il dépensait pour eux, serait mieux employée au soulagement de ses semblables, il répondait : « Les hommes ont attenté à mes jours; des chiens fidèles me les ont conservés. » En effet dans un voyage qu'il fit en France et en Italie , M. Borkey» attaqué par des brigands , avait dû son salut à son chien. Quatre de ces animaux auxquels il a légué une pension alimentaire , descendent de celui qui lui a sauvé la vie. L'intendant de M. Berkey est chargé de dépenser toute la somme léguée , et de ne rien réserver pour lui-même. Le testateur est entré dans les détails les plus minutieux sur remploi de l'argent. Sentant sa fin approcher, M. Berkey fit placer sur des fauteuils , aux deux côtés

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