‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 2)Chapitre 40 sur 137 · DU COMTE DE LA MIRANDOLE · texte numérisé non relu

DU COMTE DE LA MIRANDOLE

Le comte de la Mirandole , mort à Lucques en décembre 1825 , a fait un testament que Ton dit singulier ; mais on n'en a cité qu'un article : c'est un legs fait à une carpe qu'il nourrissait depuis i8o5 dans une piscine antique , au milieu de son salon , et qui y vit encore (1).

TESTAMENT DE D. MARTINETT.

(Vers i8i5. )

Si l'originalité est une des conditions pour qu'un acte de dernière volonté figure dans notre ouvrage, nous devons très-certainement y admettre celui de l'Anglais Daniel Martinett , dont les dispositions sont marquées au coin de la singularité , surtout par une clause où le testateur se rapproche un peu d'Eudamidas, dont nous avons parlé au commencement de notre Recueil. Celui-ci , ne laissant aucune fortune , légua sa mère et sa fille â deux amis ; et Marti-

(1) Nous avons déjà eu plusieurs fois occasion de parler de legs faits à des animaux ou de monumens qu'on leur a élevés ; n'oublions pas le comte d'Abingdon qui , il y a plusieurs années, a orné son parc , dans le Wiltshire , d'un superbe mausolée en albâtre , élevé à la mémoire de l'un de ses chevaux bais.

nett, pîus pauvre encore qu'Eudamidas , légua ses dettes au gouverneur du Bengale, qui se montra aussi généreux que les deux amis grecs y puisqu'il accepta le legs.

Yoici les principales dispositions du testament anglais :

« Je soussigné, Daniel Martinett, parfaitement sain d'esprit , quoique faible de corps , déclare faire mon testament de la manière suivante :

» i.° Je recommande mon ame à Dieu, et j'espère obtenir de lui le pardon de toutes me* fautes.

» a.° Quant â ce corps misérable, comme il a bien assez vu de pompes dans ce bas-monde r tout ce que je désire , c'est qu'on l'emporte dan» un vieux coffre vert , pour éviter toute dépense , car, ayant vécu en prodigue , je veux mourir ea économe.

» 3.° Mon enterrement ne doit rien coûter r j'en ai gagné les frais à l'entrepreneur des pompes funèbres , dans une partie de billard que nous avons faite en présence de MM. Thomas Morice et William-Parkes , chez ledit Williamr-Parkes , au mois de février dernier.

» 4»° Je demande que le révérend M. Henri Butler lise les prières d'usage aux enterremens , et de plus qu'il prêche un sermon le premier dimanche , après mon décès , en prenant pour texte ces paroles de Salomon : tout est vanité. En • considération de ce petit service, je lui lègue toute mon hypocrisie ; il en a besoin pour être honnête homme comme on l'est aujourd'hui.

» 5.° Je lègue au gouverneur Henri Wansittart

DE f>. MARTINETT. 221

le soin de payer toute somme ou sommes d'argent dont je me trouverai redevable à des personnes peu aisées de cette! ville. Le tout ne monte pas à plus de trois cents roupies (i).

» 7/ Je donne ma bible et mon livre de prières au révérend Henri Butler, et mon sabre au capitaine Knox , parce que je crois sincèrement qu'il a non-seulement l'adresse y mais le courage de s'en servir.

» J'ai été pendant ma vie l'objet des plaisanteries d'un gentleman à la mode , et le point de mire de ses sarcasmes : il est vrai que ma conduite était un peu extraordinaire; j'espère lui pardonner.

» C omme je n'ai rien à laisser à mes parens dans ma patrie, je n'ai rien non plus à en dire ; au reste ils ne se sont guère occupés de moi depuis longtemps. Seulement je leur souhaite à tous une bonne santé , et je désire que mes frères et sœurs Cassent un voyage plus prospère dans cette vie que celui que j'y ai fait. »

Signé Daniel Martinett.

Ce testament a été déposé dans les bureaux de l'enregistrement à Calcuta. Le testateur est mort vers i8a5.

(1) La roupie d'or vaut 38 fr. 72 cent., et la roupie d'argent vaut a fr. 4a cent. De laquelle est-il ici question ? c'est ce que j'ignore. Dans tous les cas , le testateur ne laissait pas des dettes exhorbitantes : en roupies d'or, il ne devait que 1 1,616 fr. ; et si c'était en roupies d'argent, il ne devait que 726 fr.

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