TERIOR. HOC. LOCO. PRO. RELIGIONS. SE. EVACUET
Qui. non. paruerit. HjEc. hulgta. illi. e9to. TESTE. ALTERO. CAREAT. Canes, quoque.
CJESI. FUSTIBUS. ET. SAXIS. EDICTUM. HOC. SENTIANT. AdFUISTIS. FAYISTIS. OB SIGNA SUS. TENEO. JAM. VOS. RISUM. DARE (l). SlTIO. HUI. SENTIO. DIGTUH. VOLUI. ESSE. QuiO. HOC. EST. QUOD. TAM. FACILITER. ISTHUC. PROCIDIT. VERITAS. HAC PROFECTO. CONTAGIONS. MEI. SITIT. IPSA. QUOQUE. TAM. ET. HIHI. SUPPARASI- TATUR. QUJE (2). ULTRO. POTUM. INVOCATA. ADVENIT. NuNC SI URBANI. PERHIBERl. VULTI9. ET. VE RIT ATI. SUPPARA8ITANTI. ET. ARENTI (3) MEO. CINERI. CAN- TBARO. PIACULIM. VINARIUM. FESTINATE. POST. VALE- TB. ABITE. IN. REM. VE8TRAM. VlATORES. OPTIMI. HII9 (4). NUGIS. AMBAGIBUSQUE (5). MEIS. CONOO- NATE POSTHUMIS (6).
Telle est cette pièce bouffone, qui, si elle a quelque célébrité , la doit certainement plus à son antiquité qu'aux plaisanteries qu'elle renferme. Ce sont des jeux de mots, qui, la plupart, roulent sur des consonnances telles que miremi* ni, moramini ; vocat , vacat ; volait, valait; silex, silens ; latet , latè , etc.; et tout cela, l'auteur le prodigue pour inviter les passans à s'arrêter prè» de son tombeau qui les appelle
( i ) Sic legitur in Brusonio : video quàm vos risiun dare. (a) In Brusonio , quàm et non quae.
(3) In Brusonio, horrenti, et non arenti.
(4) Hits pro his.
(5) In Brusonio , truffisque pro ambagibusque.
(6) Posthumit deest in Brusonio.
â44 TESTAMENT
quoiqu'il n'ait pas <le bouche, et il les invite à lire récriture qui s'y trouve, quoique cette écriture soit formée sans encre, sans papyrus, sans parchemin ; c'est le marteau et le ciseau qui font .parler la pierre. Telles sont les pointes de Sergius. Enfin il arrive à l'objet essentiel de son épitaphe, qui est d'inviter les passans^ s'ilséprouvent un petit besoin , à respecter son tombeau, soit en retournant chez eux., soit en se mettant à l'écart pour satisfaire ce. besoin ; et s'ils n'obtempèrent pas à son invitation ou plutôt à son injonction, il prononce contre eux une sentence aussi sévère que peu décente, et que nous n'exprimerons point, car,. comme le dit le judicieux Boileau .,
Le latin , dans les mots, brave l'honnêteté , Mais ie lecteur •français veut être resptcte'.
Les chiens sont compris dans l'anathème , et c'est avec le bâton et à coup de pierres qu'il .faut les empêcher de venir souiller l£ tombeau en question. Sergius finit par déclarer qu'il a soif, que la vérité , qui lui fait faire cet aveu , a aussi soif- que lui ; en conséquence il prie les assistans de lui faire une libation de vin pur sur sa cendre desséchée ; puis il renvoie chacun à ses affaires en demandant grâce pour les balivernes posthumes qu'il vient de débiter.
Nous avions traduit littéralement ce morceau , mais les jeux de mots latins qui pouvaient avoir du sel autrefois, ne présentant pour ainsi dire que des trivialités en français , et certains passages n'étant pas susceptibles d'être rendus lit-
DE SERGLUS. 245
téralement , nous nous sommes décidé à supprimer notre traduction.
L'abrégé sommaire que nous venons de donner de cette facétie antique suffit pour prouver que l'art de plaisanter n'avait pas acquis chez les Romains un haut c^gré de délicatesse , si cependant on en excepte quelques bons mots de Cicéron. Mais il y a autant de différence entre Cicéron et le prétendu Sçrgius , qu'entre Rome et Pola , petite ville, de l'Istrie.
DE H. GRUNNIUS COROCOTTA PORCELLUS^
( Vers Tan 35o. }
Voici encore une plaisanterie qui , soucia forme de testament, a égayé les anciens; mais celle-ci est meilleure , du moins plus gaie et plus connue que la précédente. Nous nous en étions occupé* d'après plusieurs auteurs, et nous avions déjà même recueilli des notes à ce sujet , lorsque M. Pericaud, bibliothécaire de Lyon, membre de l'Académie de cette ville et de celle de Dijon, savant aussi laborieux qu'exact, etdont L'obligeance est sans bornes , nous a fait l'amitié de nous corn? muniquer une notice qu'il a lue sur ce testament à l'Académie de Lyon, le 27 janvier i8s4- Nous l'avons reçue avec autant de reconnaissance que de plaisir > nous promettant bien d'user de la permission que nous a donnée l'auteur d'en enrichir notre ouvrage. Nous ferons seulement une légère observation avant de la rapporter;. c'est
que dans cette notice, où M. Pericaud passe en revue tous les auteurs qui ont parlé de cet acte bouffon , depuis S. Jérôme jusqu'à M. Barbier Veimars, il a omis le savant abbé Lebœuf , qui, dans le Mercure d'avril 1 735, a publié une Lettre à M. l'abbé Poney de Neuville, sur la pièce des Adieux* et Testament d'un sanglier occis sur la fin de l'automne 1734. Cette lettre, datée du i/r janvier 1735, écrite d'un style enjoué, mais un peu lourd , renferme le testament de Grunnius , avec des réflexions qui le précèdent et qui le suivent. Nous en citerons quelques-unes qui ne seront point déplacées , ce nous semble , à côté de la notice du savant lyonnais. Elles prouveront que les objets les plus facétieux et même les plus minutieux, ne sont pas hors du domaine de l'érudition , et que d'illustres académiciens n'ont pas dédaigné de leur consacrer quelques veilles. Commençons parla notice de M. Pericaud sur le testament de Grunnius Corocotta Porcellus.
« Antoine Terrasson , dit-il , a rassemblé à la suite de son Histoire de la jurisprudence romaine ( nous avons parlé de cette histoire, pag. 8 — 1 1 du 1." vol. ) , les monumens les plus entiers qui nous ont été conservés de cette jurisprudence, tels que les sénat us-consul tes , les lois , les plébiscites , les édits , les contrats , les testamens et les autres actes judiciaires des anciens Romains. Parmi les pièces qui composent le quatrième paragraphe de cette précieuse collection, il s'en trouve une assez singulière , et qu'on est , pour ainsi dire , tout étonné d'y rencontrer ; c'est le testament d'un cochon , auquel l'auteur de cette
DE GRUNNIUS. 247
plaisanterie a donné le nom de M. Grunnius Corogotta Porcellos. On ne saurait révoquer en doute 1 ancienneté de cette pièce , car S. Jérôme, qui florissait au IV. e siècle (né en 33 1 , mort en 420) ,. rapporte que de son temps les enfans la chantaient dans les écoles, en riant aux éclats :. Te&tamcntum autem Grunnii Corocottce Porcelli decantant in scholis puerorum a g mina cachinantium (1). Mais quel est l'auteur de cette facétie? C'est ce que S. Jérôme , le seul parmi les anciens qui
(1) Pour confirmer la citation de M. Pericaud, j'ai moi-même copié ce passage dans l'édition de S. Jérôme donnée par les bénédictins en 1 704 9 5 vol. in- fol. , tom. III 9 p. 307, au commencement du commentaire sur le XII.* liv. d'Isaïe, cap. 41 ; j'insiste sur ce point, parce que le savant abbé Lebœuf a l'air de douter que ce pas* sage soit dans S. Jérôme , et voici ce qu'il en dit dans la lettre, précitée : t En cas de commentaire, je supplie » très-sérieusement et raillerie à part , celui qui prendra
• la plume en main , de nous apprendre sur quoi Gruter b est fondé lorsqu'il dit que S. Jérôme fait mention de » Grunnius Porcellus, dans son Proemium sur Isaïe. Je 1 trouve bien dans les ouvrages de ce saint docteur quel*
• ques peintures déshonorantes d'un certain Grunnius, » de l'espèce apparemment de ces gens qu'on entend » toujours grognans dans les rues , dans les églises , dans
• leurs maisons : c'est le naturel, dit-on , des gens, mais
• le fond en est bon. Les anciens disaient la même chose
• du porc ; mais d'autres ont ajouté en explication , que b s'il y a du bon dans le porc, ce n'est qu'après sa mort. . . . b
Il paraît que l'abbé Lebœuf avait lu très-superficielle, ment le Proemium sur Isaïe, car le passage y est bien, tel que je le donne ici , du moins dans l'édition que j'ai consultée. Terrasson l'a aussi rapporté dans sa note sur le testament en question. Il semble que Gruter, dans
â48 TESTAMENT
en ait parlé, ne nous apprend pas, quoiqu'il en fasse mention en deux endroits de ses œuvres (1). Plusieurs modernes pensent qu'on peut la regarder comme un exemple du genre burlesque chez les anciens; et, chose remarquable r le P. Va valseur , ennemi si déclaré du style burlesque , et si zélé défenseur des anciens à cet égard , n'a pas dédaigné de la louer, et d'en signaler les traits les plus saillans comme appartenant à la bonne plaisanterie.
» Un célèbre grammairien allemand, Alexandre Brassicanus , mort en 1 53g , paraît être le premier qui nous l'ait fait connaître. Il en fit la description d'après (in manuscrit qui existe à Mayence. Georges Fabricius en a ensuite donné une édition corrigée d'après un autre manuscrit de la plus haute antiquité , lequel avait été trouvé à Memmel en Thuringe. Depuis , le testament de Porcellus a été inséré dans plusieurs recueils (2), et
son grand recueil, à la fin du tome I.", p. 18, est le premier qui ait cité S. Jérôme; et comme il était protestant, cela aura peut-être donné des doutes à l'abbé Lebœuf.
(1) Je n'ai pas trouvé le second endroit; nç serait-ce pas celui dont parle l'abbé Lebœuf, où il est question de l'homme Grunnius, au lieu du porc Grunnius?
(2) Je le trouve annoncé, mais d'une manière trèsfautive, dans le catalogue des livres de M. Courtois, Paris, 1819, in-8.°, n.° 2117 bis, où le titre est ainsi rendu : Gurnii Coroctœ Porcelli testament um ; il est avec deux autres opuscules, et a été imprimé Fani, i5o5, petit in-8.°
Ce testament existe encore dans le Nugce vénales, Londini, 174» 9 pet. in-12, p. a54, où il est sous ce titre: Testament um ludicrum Grunii Porcelli , cujus D. Hieronymuî ad Eustochium meminit.
DE GRUNNIUS. zfy
récemment dans V Hermès romanus , n/° 2 1 1 7 , t. II, p. 421- M. Barbier Veimars, rédacteur de ce journal latin , auquel il a mis pour épigraphe : Nil dicta fœdum* a cru , pour cette raison , devoir y faire quelques altérations, et peut-être a-t-il poussé lé scrupule un peu trop loin.
» Un savant italien, Thomas Porcacchi, traduisit le testament de Porcellus ej\ langue toscane, . et le fit paraître à la suite des facéties du Domenichi, publiées vers le milieu du XVI.* siècle (Fiorenza* i548, in-8.°).
» Il ne paraît pas que jusqu'à présent il ait été traduit en français , car on ne peut pas regarder comme une traduction l'imitation qu'on en trouve dans le Formulaire récréatif de Bredin-le- Cocu; une rédaction nouvelle et conforme au style usité au palais en ce temps-là , y a été employée par Benoît du Troncy 3 auteur de ce Formulaire.
» Si Porcacchi s'est exercé sur ce sujet , c'est peut-être à cause de la ressemblance qui existe entre son nom et celui de Porcellus. Toutefois, ce n'est pas une traduction qu'il nous a donnée du testament de l'illustre pourceau : ce n'est qu'un imitation libre et très-libre, précédée et suivie de réflexions assez originales. Ce serait peutêtre à la façon de Porcacchi que ce testament devrait être traduit pour l'offrir à des lecteurs français ; mais il n'est pas donné à tout le monde d'avqir le génie et le nom de Porcacchi ( mort en >5o5).
» Comme on veut aujourd'hui que toute traduction puisse être mise en regard du texte, j'ai
été obligé de m astreindre à une exacte fidélité , cette pièce Itant d'ailleurs assez plaisante en ellemême pour qu'un traducteur puisse se dispenser d'y rien ajouter. Je m'étais proposé d'y joindre des notes, car plusieurs passages et plusieurs mots sont susceptibles de recevoir une interprétation (1) ; mais je laisse ce soin à un critique plus expérimenté , lequel, à l'exemple du très-docte Mathanasius , pourra faire 9 s'il le juge à propos , sur le testament de Porcellus , un commentaire dans le genre de celui qui accompagne le Chef-d'œuvre d'un Inconnu. » (La meilleure édition de ce Chef-
(1) C'est l'avis de l'abbé Lebœuf, qui, dans sa lettre précitée, s'exprime ainsi à cet égard, toujours sur le ton de la plaisanterie :
c II paratt que ce testament mériterait au moins un aussi ample commentaire que celui qu'on nous a donné sur l'acte d'entrée de la chèvre au parlement, dans la continuation des Mémoires de littérature de l'an 1728, qui est plus connu sous le nom de Lantran ( tom. VI, part, a, p. 1 ). Outre les noms propres contenus dans l'histoire de l'appréhension corporelle du pauvre Corocotta, il n'y a guères de mots dans les articles du testament, qui ne méritent un commentaire d'une page, savoir : une demi-page pour illustrer les qualités des légataires, et l'autre demi-page pour faire connaître l'espèce et la valeur des legs. Il y a entre autres un fameux legs pour les querelleurs, qui demande une plus longue explication, attendu que le terme par lequel il est exprimé (capitinas ) , ne se trouve ni dans les Dictionnaires, ni dans les Glossaires. Les légataires des cuisses ou fesses du pauvre Corocotta sont dans le même cas. Ils ne sont connus par aucun livre. C'est sur quoi brillera sans doute l'érudition du commentateur.... Je ne parle pas des noms des témoins du tes*
DE GRUNNIUS. ^5 1
d' œuvre est celle de M. Leschevin, Paris, 1807, 2 vol. in-8.° )
Telle est la notice de M. Pericaud. Nous allons passer au testament; nous donnerons d abord le texte original , et nous nous servirons de celui de Terrasson qui, en style lapidaire comme la pièce précédente de Sergius , nous paraît plus conforme à l'orthographe antique ; la traduction française suivra le texte latin.
TESTAMENTUM LUDICRUM GRUNNII PORCELLI.
M. Grunnius. Corocotta. Porcellus. Testa-
MENTUM. FECI. QUOD. QUONIAM. MANU. MEA. SCRIBERE. NON. POTUI. SCRIBENDUM. DICTAVI. MàGIRUS. COCUS. DIXIT. VeNI. HUC EVERSOR. DOMI. SOLIVERSOR. FUGI- TIVE. Porcelle. Ego. hodie. tibi. vitam. adimo. Corocotta. Porcellus. dixit. Si. qua. feci. si. qua. peccavi. si. qua. vascula. pedibus. meis. confregi. rogo. domine. coce. veniam. peto. roganti.
CONCEDE. MàGIRUS. COCUSt DIXIT. TRANSI. PUER. ADFER. MIHI. DE. CULINA. CULTRUM. UT. HUNC. POR- CELLUM. FACIAM. CRUENTUM. PoRCELLUS. COMPREHEN-
» tament ; ils sont aussi curieux à expliquer que l'est la 1 substance de l'acte , et il n'y en pas un où quelque » grammairien avide d'écrire ne mit une note d'une » bonne page.... Mais que ne dira-t-il point encore sur • le nom de Verrinus, que portait le père du pauvre dé- » funt , surtout s'il interroge nos Champenois ? Car ils » appellent les porcs du nom de ver ou verrat. Il y aura > là de quoi déployer bien de l'érudition étymologique, » aussi bien que sur Lard in us qui était son surnom. »
DITUR. A. FAMULIS. DUCTUS. SUB. ME. XVI. CAL. LUGERNINAS. UBI. HABUNDANT. CyMAE. ClYBANATO. ET. PlPERATO. CoSS. Et. UT. VIDIT. SE. MORITURUM. ESSE. HORJE. SPATIUM. PETIIT. GOCUM. ROGAYIT. UT.
Testamentum. facere. posset. Inclamavit. AD. SE.
SUOS. PARENTES. UT. DE. CIBARIIS. SUIS. ALIQUID. DIMITTERET. EIS. Qui. AIT. PATRI. MEO. VeRRINO.
Lardino. do. lego. dari. glandis. MODIOS. XXX.
ET. HATRI. ME.fi. VeTURRIN-E. ScROFjE. DO. LEGO. DARI. LAGONIGJE. SILIGINTS. MODIOS. XL. ET. SORORI. MEJE. QuIRINjE. IN. GUJUS. VOTUM. INTERESSE. NON.
potui. do. lego. dari. hordei. modios. xxx. et. de. meis. visgeribus. dabo. donabo. sutoribus. setas, rlxatoribus. gapitinas. surdis. auriculas. Causidigis. et. verbosis. linguam. Bubulariis. intestina. esigiarus. femora. mulieribus. lumbulos. Pueris. vesigam. Puellis. gaudam. Cynjedis. MUS-
GULOS. CuRSORIBUS. ET. VeNATORIBUS. TALOS. LA- TRONIBUS. UNGULAS. ET. NEG. NOMINANDO. GOGO. DO. LEGO. AC. DIMITTO. POPAM. ET. PISTILLUM. QUjE. ME- CUM. DETULERAM. A. QUERCETO. USQUE. AD. HARAM. LIGET. SIBI. GOLLUM. DE. RESTE. VOLO. MIHI. FIERI. MONUMENTUM. EX. LITTERIS. AUREIS. SCRIPTUM. M.
Grunnius. Corocotta. Porgellus. VIXIT. ANNOS.
DCCCCXCVIÏIIS. QUOD. SI. SEMIS. TIXISSET. MILLE. ANNOS. IMPLESSET. OpTIMI. AMATORES. MEI. TEL. GON- SULES. VIT^. ROGO. VOS. UT. GORPORI. MEO. BENE- FACIATIS. BENE. GONDIATIS. DE. BONIS. CONDIMENTIS. NUCLEI. PIPERIS. ET. MELLIS. UT. NOMEN» MEUM. IN. SEMPITERNUM. NOMINETUR. MEK DOMINI. ET. CONSO- BRINI. MEI. QUI. HUIG. MEO. TESTAMENTO. INTER-* FUISTIS. JUBETE. SIGNARI.
Lucaniccs. signavit.
DE GKUNNIUS. 253
Tergilics. sign.
NupxiALicu's. sign, Celsàncs. sign.
Lardio. sign.
Offellicus. sign.
Cymatus. sign.
Ici se termine le texte du testament de Grunnius ; voici la traduction :
TESTAMENT DE GRUNNIUS COROCOTTA PORCELLUS.
« Moi, M. Grunnhis Gorocotta Porcellus, ai fait mon testament , mais ne pouvant l'écrire de ma main , je l'ai dicté.
» Le cuisinier M agirai s a dit : Viens ici , ruine* maison , destructeur du pavé, fugitif Porcellus , j'ai résolu de te tuer aujourd'hui.
• Corocotta Porcellus a dit : Si jamais je vous ai offensé, si jamais j'ai failli, si jamais j'ai cassé quelques pots avec mes pieds , je vous en supplie, seigneur cuisinier , pardonnez-moi.
» Le cuisinier Magirus a dit : Hola! garçon, va me chercher un couteau à la cuisine, afin que je saigne Porcellus.
» Aussitôt Porcellus est pris par les valets , et conduit au supplice le XVI avant les calendes lucernines , temps où abondent les tendrons de chou , sous le consulat de Clybanatus et de Piperatus ; et comme il vit qu'il allait mourir , il demanda une heure de répit , et conjura le cui-
sinier de lui permettre de faire son testament. 11 appela auprès de lui ses parens, afin de leur laisser quelque chose des vivres qui lui étaient destinés, et dit :
» Je donne et lègue à Yerrinus Lardinus mon père, XXX boisseaux de gland.
» Je donne et lègue à Véturine Scrofa, ma mère, XL boisseaux de froment de Laconie.
* Je donne et lègue à Quirona ma sœur, aux noces de laquelle je n'ai pu assister, XXX boisseaux d orge.
Quant à mes dépouilles corporelles :
Je donne et lègue ma soie aux cordonniers ;
Mes dents aux querelleurs ;
Mes oreilles aux sourds ;
Ma langue aux avocats et aux bavards ;
Mes intestins aux tripiers;
Mes cuisses aux gourmands;
Mes reins aux femmes ;
Ma vessie aux petits garçons ;
Ma queue aux jeunes filles;
Mes muscles aux efféminés ;
Mes talons aux coureurs et aux chasseurs;
Mes ongles aux voleurs;
Enfin je donne à un cuisinier que je ne nomme pas , la corde et le bâton que j'ai apportés de la forêt jusqu'à l'étable , afin qu'il se mette la corde au cou et qu'il se pende.
» Je veux qu'on m'élève un monument sur lequel on écrira en lettres d'or : M. Grunnius
COROCOTTA PORCELLUS EST MORT A DCCCCXCYIIII ANS ET DEMI ; s'iL EUT VÉCU SIX MOIS DE PLUS, IL EUT ATTEINT MILLE ANS.
DE GRUNNIUS. â55
• 0 vous qui , pendant ma vie , m'aimâtes et prîtes soin de moi, veillez à la conservation de mon corps. Je vous supplie de le parfumer , de l'embaumer , et d'employer à cette opération le miel , le poivre et les amandes , afin que mon nom ne périsse jamais.
» 0 mes maîtres et mes chers parens qui avez entendu mes dernières volontés, ordonnez que l'on signe, et ont signé Lucanicus, Tergillcs, Nuptialicus, Celsanbs, Lardius, Offellicbs et Cymàtus. >
On voit que cette traduction de M. Pericaud est aussi fidèle qu'il est possible, et que le traducteur , pour les mot» latins qui ne se trouvent ni dans les Dictionnaires , ni dans les Glossaires, les a rendus de la manière la plus appropriée au sens que sans doute l'auteur y attachait.
Nous avons parlé au commencement, du Testament d'un sanglier, qui a été composé par l'abbé Poney de Neuville , et qui a donné lieu à la lettre de l'abbé Lebœuf sur le testament de Corocotta Porcellus. Quoique celui-ci. soit infiniment supérieur à celui de Robin ( c'est le nom du sanglier ) , nous croyons devoir citer la partie des legs faits par ledit Robin , comme tenant à notre sujet. Cette pièce, en vers, de M. Poney, est intitulée :
Adieux et testament deRobin, noble sanglier, décédé à Liesse par arrêt du Dieu des festins.
Robin commence par ses adieux à un chien ,
à une chienne et à un chat , avec lesquels il parait avoir vécu en familiarité chez son maître.
Ensuite il demande pardon aux domestiques, puis fait son testament ainsi qu'il suit. L'appareil de son supplice avait sans doute glacé sa veine poétique, car il serait difficile de trouver des vers plus prosaïques.
Voici mon testament : j'ordonne , je souhaite Que mes os soient légués à Quinquin, à Foiette (1). Item , je laisse encor le tranchant de mes dents Aux bigots offensés, aux rimeurs imprudens, Pour garantir ceux-ci des rudes bastonnades , Qui rendent quelquefois leurs épaules malades. Je leur laisse ma peau, dure, faite à profit, Et qui, pendant l'hiver, peut leur servir d'habit. Je laisse mon humeur portée à la rapine , A tout mortel en qui Mercure prédomine. Je ne les nomme pas; ce sont d'honnêtes gens, De la filouterie intrépides agens.
J'abandonne ma voix moins douce que grondeuse , Au joueur quand il perd, à la prude hargneuse, Aux pédans refrognés, à nos longs savantas, Que l'on trouve toujours hors d'oeuvre en un repas. Tels sont mes legs pieux. Item, j'ordonne encore Que Ton chante mon nom du soir jusqu'à l'aurore ; Que de ma tendre chair ne reste aucun fragment; Qu'en outre mon tombeau soit arrosé souvent Des flots de pur Bourgogne et de mousseux Champagne; Et qu'élevé surtout en pays de Cocagne, On y lise ces mots par Neuville tracés : ~, Ci -gît sibb Robin, le homkjbr c'est assez. -
Il faut avouer que le Mercure de France 3 dans ce temps-là , n'était pas difficile en poésie. Cette
(i) Le chien et la chienne.
DE GRUNNIUS. ^5^
misérable pièce se trouve dans le numéro du mois de décembre 1 734 , p. 2807. Nous ne l'avons citée que pour parler de la lettre de l'abbé Lebœuf 9 qui y a rapport et qui se trouve dans le même Mercure, avril 1735, pp. 626 — 63a.
Cette lettre, dont nous avons déjà rapporté des fragmens , c ommence ainsi :
c Vous avez bien choisi votre saison , Monsieur, » pour nous faire admirer l'économie des legs » testamentaires de Robin. L'hiver, et surtout le » mois de décembre, est le temps le plus fatal » à la race porcine ou grunnienne. Les anciens » ne voulaient pas qu'on perdît de vue ces tra- » ditions gauloises , et ils étaient soigneux de les » marquer d'année à autre dans leurs calendriers.
• Je viens de quitter un de ces calendriers qui » a trois cents ans de date , où j'ai lu , à la tête » du mois de novembre, cette sentence : Miki » pasco sues; et à la tête de décembre, miki mac 10. p Un autre calend rier de deux cents ans , fait orner 9 le frontispice du mois de décembre de ce beau
• vers :
Quaerit habere cihum , porcom mactando december.
*» Le testament de Robin 9 noble sanglier, que 9 vous avez publié dans le second volume de » décembre dernier , m'a rappelé celui de Grun- » nius Corocotta, qu'on lit dans un livre peu » commun. J'ai cru , depuis que j'ai fait lecture » du testament de Robin, qu'il serait bon que le » public fût aussi informé de celui de Grunnius * o afin que l'on pût décider, en cas de besoin, 2. 17
» lequel des deux, de Robin ou de Grunnius, » avait le plus d'esprit. »
L'auteur fait ensuite l'éloge de Corocotta, surtout de son grand âge. 11 le trouve fort instruit, et admire Tordre et la sagesse qui régnent dans la distribution testamentaire de tout ce qu'il possédait. Nous avons vu tout ce qu'il en est.
Peut-être nous sommes-nous arrêté trop longtemps sur cette facétie ; mais tant d'érudits en ont parlé 9 d'ailleurs elle présente si bien un modèle de testament chez les Romains, que nous avons cru nécessaire de réunir tout ce qui a été publié de plus essentiel sur cet objet.
Mous ajouterons encore un mot sur le nom Corocotta. On pourrait croire qu'il est purement fait à plaisir; cependant on trouve dans Dion Gassius , liv. 56, qu'un mauvais sujet de ce nom, voleur de profession , après avoir excité la colère d'Auguste, au point que ce primee offrit dix mille sesterces à quiconque lui livrerait ce brigand ; on trouve, disons-nous, que ce mauvais sujet reçut lui-même cette récompense en venant de son plein gré se présenter à l'empereur. Voici le propre passage de Dion , traduit du grec par Xylander : « Corocottam quemdam latrociniis in Hispaniâ vi- » gentem, primant in tanta ira habuit Augwtus, • ut prœmium ei qui virum istum sibi adduxUset » decies sestertiûm promiserit : deinde ultrb eum ad » se venientem neque pœnâ affecit , et eâ quant dixi » pecuniâ ditavit. » Selon toute apparence, c'est parce que ce Corocotta était un mauvais sujet, que l'on a baptisé dé son nom le pauvre Grunnius Porcellus.
DE GRLNNIUS. 259
Le P. Garasse, si chatouilleux sur tout ce qui a l'ombre de profanation , n'a pas oublié notre Grunnius (qu il nomme Grognet) dans ses plaintes contre ceux qui dressent des mausolées ou qui font des épitaphes aux animaux. x Y. sa Doctrine curieuse, Paris, i624,in~4-% p. <)o3. «Quoiqu'il y ait eu 9 dit-il 9 des gens de bien et d'honneur , lesquels pour esgayer leur esprit, ont fait l'épitaphe de quelques bestes, néanmoins je ne saurais approuver cet abus , et par conséquent je ne trouve point bon que Rapin ( Nicolas ) ait dressé l'epitaphe de l'asne qui fut mangé à Paris durant le siège ( i ) ; que Joachim du Bellay ait fait l'epitaphe de son chat ou de son barbet; que Justus Lipsius ait dressé des mausolées à ses trois petits chiens , dont le premier s'appeloit Mopsutj le second Sapphirus, le troisième Mopsulus ; qu'uft anonyme ait fait l'epitaphe de son cochon nommé Grognet, etc. ; je ne puis agréer toutes ces inventions ridicules et profanes, d'autant que c'est dire en bon françois, quoique l'intention des auteurs puisse être bien différente, Unus interitus est liominis etjumcntorum, et œqua est utriusque conditio. »
Le rigorisme du P. Garasse nous parait un peu outré, car ces sortes d'épitaphes sont des jeux d'esprit et rien de plus. Cependant il fait grâce à l'epitaphe de la mule de Crassus , qu'il trouve
(i) Voyez la Satyre Ménippée, Ratisbonne, 1712,3 vol. in-8.% tom. 1 , pp. 2i5 — a 18. Il est dit à la fin de cette pièce facétieuse en vers , qu'on fit mourir ce bel âne en la fleur de son âge, le mardi 28 août 1590.
très-ingénieuse. Elle a été découverte vers i5a4; elle était gravée sur le marbre. La voici telle qu'il la donne :