‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 2)Chapitre 54 sur 137 · DE DEUX POITEVINS · texte numérisé non relu

DE DEUX POITEVINS

ges, de l'âge de dix ans , les plus beaux que Ton pourrait trouver deux lieues à la ronde, sept garçons et sept filles, lesquelles on vestiroit le plus pompeusement que faire se pourroit , les filles les cheveux espars , et les garçons un chapeau de fleurs en teste.

» IY. Qu'en cet équipage ils s'en iraient danser autour de son sepulchre, chantans chansons joyeuses et libres , et puis s'estant entrelassez en las d'amour, planteroient leurs branches de laurier dans les trous pratiquez expressément sur la pierre de sa tombe.

» V. Qu'après ces entrelas et accolades , les garçons d'un costé et les filles de l'autre dévoient entonner un bransle de Poictou , le plus gay qui se fust composé en toute l'année.

» VI. Qu'après cela la messe se devoit dire en plein marché sur une table, ou sur un autel portatif qui seroit dressé à cet effet joignant sa tombe. »

c Ce testament, ajoute Garasse, ayant été présenté en pleine cour du Parlement, fut trouvé si profane et plein d'impiété , que les exécuteurs testamentaires ont été relevez de ces charges par arrest, avec défense expresse de continuer ces momeries, comme estant contraires au sentiment du christianisme. » Les mots continuer ces momeries annonceraient qu'elles ont eu lieu pendant quelque temps.

Il paraît que ce comte était un homme sans principes , mais non sans malice. Pour bien saisir tout ce que cette satyre a de mordant, il faut se reporter au temps où elle a été faite 9 et connaître les principaux acteurs dans les malheureux troubles qui ont coûté la vie à l'infortuné Charles I.er On y verra que la liberté de penser et d'écrire allait alors jusqu'à la plus grande licence, on pourrait dire jusqu'au cynisme, tristes effets du ehisme de Henri VIII , des divisions et des calamités dont il a été la source. Mais laissons parler notre testateur, à supposer cependant qu'il soit véritablement l'auteur de cette facétie.

f Je Philippe , dernier comte de Pembroke et de Montgommery , chevalier pour le comté de Berks , étant, comme on m'en assure, très-faible de corps , mais d'une mémoire parfaite : car je me ressouviens d'avoir donné , il y a cinq ans , ma voix pour dépêcher le vieux Canterbury (i ),

(i) C'est Guillaume de Laud, archevêque de Cantorbery, qui fut sommé de comparaître le 26 novembre 1644 9 à la barre de la chambre des communes, comme étant accusé d'être attaché à Charles I." et d'avoir voulu introduire la religion catholique en Angleterre; il fut condamné presque à l'unanimité comme coupable de haute trahison. Le 1 4 janvier 164 5, la chambre des pairs, qui avait été précédemment favorable à Laud, effrayée par les communes , passa le bill de condamnation porté contre cet archevêque , et il fut condamné à avoir la tête tranchée. Il subit son supplice avec la plus grande fermeté , après avoir harangué le peuple pour se disculper. C'e6t de cet événement tragique que parle ici le comte de Pembroke , qui était membre de la chambre des pairs.

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