DU COMTE DE PEMBROKE
afin que, quand Cromwel et son conseil lui ôte? ront sa commission, il puisse avoir quelques chevaux a commander.
» Item* je donne toutes mes bêtes fauves au comte de Salisbury , étant bien certain qu'il le* gardera soigneusement, puisqu'il a refusé dernièrement au roi un daim de son parc.
* Item, je donne mes chapelains au comte de Stampfort, attendu qu'il n'a jamais fait usage d aucun , n'en ayant connu d'autre que son fils milord Grey, qui, étant en même temps spirituel et charnel , engendrera plus d'un monstre.
» Item y je donne rien à milord Say ( 1 ) , et je lui fais ce legs, parce que je sais qu'il le distribuera fidèlement aux pauvres.
» Item 9 attendu que j'ai menacé le sieur Henri Mildemay , et que je ne l'ai cependant point battu, je donne cinquante livres sterling au laquais qui l'a rossé.
» Item, je donne à Thomas May (2) , à qui j'ai cassé le nez dans une mascarade, cinq schellings.
(1) Parmi les régicides anglais, il existe un Guillaume Say.
(a) Ce Thomas May, poète et historien anglais, né vers *594> avait d'abord obtenu par son esprit la faveur de Charles I." et de son époose Henriette de France. Il composa plusieurs pièces de théâlrç qui furent goûtées à la cour ; il avait aussi de l'érudition , et il fit plusieurs traductions .d'auteurs latins fort estimées , surtout celle de Lucain. Quand la révolution éclata , Thomas May, par une lâche ingratitude , abandonna le parti du roi , et se jeta à corps perdu dans les bras du parlement, dont il devint le secrétaire et l'historiographe. C'est alors qu'il
2j6 TESTAMENT
Je comptais lui donner davantage , mais tons ceux qui ont vu son Histoire du parlement* penseront que cinq schellings sont encore trop.
» Item y je donnerais à l'auteur du libelle contre les dames, intitulé : Nouvelles de t exchange > trois sols pour inventer une façon de barbouiller encore plus obscène que ce qu'on a vu jusqu'ici; mais puisqu'il insulte et noircit indignement je ne sais combien de gens , je charge de son paiement le laquais qui a payé lçs arrérages de Henri Mildemay. Il lui apprendra à distinguer les femmes respectables (1).
» Item y je donne au lieutenant-général Cromwel une de mes paroles , attendu qu'il n'a gardé aucune des siennes,
» Item, je donne aux riches citoyens de Londres , ainsi qu'aux presbytériens et à la noblesse* avis de prendre garde à leur peau ; car par ordre de l'état , la garnison de Wittehall s'est fournie de poignards, et, au lieu de chandelles, elle se sert de lanternes sourdes.
composa Y Histoire du parlement dont il est question cidessus, et qui va du 3 novembre 1640 jusqu'à la bataille de Newbury en 164a, in -fol. 11 en fit aussi un abrégé, continué jusqu'en i65o. Il mourut le i3 novembre de cette année i65o , et fut enterré avec pompe dans l'abbaye de Westminster; mais au retour de Charles II, on enleva son corps et on détruisit son monument. La date de sa mort prouve que le testament du comte de PembroLe date du milieu de i65o.
(1) Les auteurs des petites Biographies in-3a qui ont déshonoré les presses françaises en 1826, devraient réclamer leur part dans ce legs : ils y ont tous les droits possibles.
I>U COMTE DE PBMBROKE. ^77
» hem x je rends lame.
Concordat cum originali.
Signé Nathaniel Brind. »
Ce testament contenait encore quelques autres articles que Ton n'a pas jugé à propos d'insérer ici , parce qu'ils font allusion à des anecdotes du temps qui ne nous intéresseraient guères. On voit que c'est une débauche d'esprit dont ta malignité , sans doute très-piquante dans le temps, a fait tout le prix.