‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 2)Chapitre 58 sur 137 · TESTAMENT D'UNE DÉVOTE · texte numérisé non relu

TESTAMENT D'UNE DÉVOTE

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On raconte qu'une vieiHe demoiselle dévote, et choquée de ce que les ecclésiastiques , familiarisés avec les cérémonies lugubres des enter-* vemens » n'y paraissaient paa , pour la plupart , fort tristes, et même y riaient quelquefois, voulut réformer cet abus , au moins pour ce qui regarderait ses funérailles. Mais le moyen qu'elle employa produisit un effet tout opposé au but qu'elle se proposait. Elle fit son testament,, et, par une clause spéciale, elle déclara que si quelqa ecclésiastique s'avisait de rire à son convoi, elle entendait qu'il ne lui fut rien payé de la somme très-forte qu'elle destinait aux honoraires du chapitre, et que la portion du ou des rieurs fût

départie sur ceux qui ne riraient pas (i). Quelque

(1) Gçtte clause m'en rappelle une à peu près semblable, qu'un chanoine prébende de l'église de S. Pierre de

2^8 TESTAMENT, etc.

temps après, la bonne dame meurt; son frère qui était son héritier , convoque le clergé et fait part aux ecclésiastiques de l'article du testament qui leur prescrivait d être sérieux pendant la cérémonie. On promit bien de l'exécuter; mais à peine le cortège funèbre fut en marche, qu'il n'y eut pas un seul prêtre qui , jetant les yeux sur son voisin , et songeant à la clause testamentaire, pût s'empêcher de rire. Pendant le trajet , au lieu saint et même au cimetière, l'hilarité continua; alors le frère prenant acte de cette infraction au prescrit de la disposition testamentaire , refuse au clergé ses honoraires. L affaire fut plaidée, l'avocat de l'héritier fit valoir la sagesse de la clause; mais celui du clergé lui répondit qu'il était impossible , dans une pareille circonstance, d'envisager le zèle hypocrite d'un frère , héritier d'une succession opulente , sans en rire; qu'ainsi il fallait mettre cetteclause au rang des dispositions non écrites. Le clergé gagna sa cause.

Les testamens plaisans, badins, satyriques, que nous venons de donner avec quelques détails, quoiqu'on petit nombre, nous paraissent suffisans

Genève inséra clans son testament daté des ides (3) de février 1 5oo ; il se nommait Dominique de Vîry. Fondant un anniversaire pour lui et les siens , il ordonna que les chanoines absens , dormans ou babillans pendant l'office dadit anniversaire ( ce sont les expressions du fondateur), fussent privés de leur part à la rente qu'il leur assigne , et dont la portion devra augmenter celle des autres.

NOTICE DE DIVERS ÉCRITS, etc. ?79

pour faire connaître ce genre, qui n'est pas toujours heureux. Cependant , comme il existe une très-grande quantité de pièces qui s'en rapprochent plus ou moins , ne serait-ce que par le titre, et que Ton pourrait ou nous accuser de les avoir méconnues , ou nous reprocher d'en avoir volontairement dérobé la connaissance aux amateurs qui recherchent ces bagatelles souvent assez rares, nous nous décidons à donner une notice bibliographique de tous ces petits écrits, pamphlets, satyres, apologues, récits, soit en vers, soit en prose , que nous avons pu découvrir sous le titre de testament, et qui en effet rentrent dans la classe des testainens fictifs, quoique souvent ils n'en aient pas même la forme. Nous nous en tiendrons au titre exact de chaque morceau, l'accompagnant d'un mot sur son plus ou moins d'importance, et quelquefois d'un petit extrait et de notes , lorsqu'il en sera susceptible. Par ce moyen nous aurons l'avantage de renfermer beaucoup de choses en peu de pages, et de rendre notre travail sur les testamens moins incomplet.

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