‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 2)Chapitre 69 sur 137 · AM. PP. D · texte numérisé non relu

AM. PP. D

«iElia, Laeîia, Crispis, ni homme, ni femme, ni » androgyne, ni fille, ni garçon, ni vieille, ni chaste, » ni impudique , mais tout ; laquelle est morte non de

• faim , ni par le glaive , ni par le poison , mais par tout; » qui n'est ni au ciel, ni dans l'eau, ni en terre, mais » partout.

» Lucius Agàtho Priscius, qui n'est ni son mari, ni » son ami, ni son serviteur, ni triste, ni joyeux, ni pieu- » rant, lui a dressé non un tombeau, ni une pyramide, » ni un sépulcre, mais tout : il sait et ne sait pas ce qu'il » lui a dressé.

» Voici un sépulcre qui n'enferme aucun corps : voici » un corps qui n'a point de sépulcre ; mais c'est un corps

• et un sépulcre tout ensemble. »

Quel est le mot de cette énigme? Il n'est certainement pas facile à deviner; et je crois que M.L.... lui-même, qui en 1802 a tant exercé la sagacité des CEdipes modernes par son conteastb (1), présenté avec autant de

(1) Cette fameuse énigme de M. L. . . . a fut assez de bruit dans le temps pour que nous en rapportions l'histoire , telle que nous la

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clarté que l'épitaphe en question , y perdrait son latin. Quoi qu'il en soit , Drexelius nous apprend que les uns prétendaient que cette épitaphe désignait l'esprit de l'homme; d'autres , l'eau des nuées ( n'a-t-il pas voulu

donne la Biographie des hommes vivons : * M« L. . . . , ancien ecclésiastique , qui pendant le cours de la révolution a travaillé à différons journaux, proposa pour prix en 180a, un exemplaire des Œuvres de Foliaire, pour celui qui devinerait une énigme de sa façon. Cet •vis fut imprimé dans tous les journaux , avec beaucoup d'éclat. Tous les désœuvrés s'en occupèrent, et pendant plusieurs mois il ne fut question à Paris et dans toute la France que de cette sorte de défi , proposé par M. L. . . . , sans que la munificence de ce nouveau sphinx pût être mise à l'épreuve. Forcé de donner enfin lui-même la clé de ce mystère impénétrable , il la fit connaître dans une brochure ( Cor-* respondance des QEdipes ou le Mot de V énigme, 1803, Û1-8.0 de 65 pages) , qui fut vendue à un grand nombre d'exemplaire*. Il y porte à 5347 le nombre de lettres qui lui furent écrites (franc de port) à cette occasion ; ce qui fit croire à quelques-uns des curieux attrapés que le vrai mot de l'énigme était un jeu concerté avec l'administration des postes. On y trouva le mot contraste, sur lequel M. L. . . . avait rassemblé un grand nombre d'antithèses et d'oppositions forcées et qui n'étaient qu'une mystification , dont on chercha à se venger par des quolibets et des rébus qui ne valaient pas mieux que l'énigme. On distingua néanmoins dans la foule des brocards que l'orgueil blessé des Œdipes fit éclore en cette circonstance , une carricature représentant l'auteur monté à rebours sur un âne, et tenant au lieu de bride la queue rayonnante du quadrupède, avec cette inscription : ASINUS LUGET. De la bouche du personnage sortait une bande, portant cette phrase :

Je rais la Jocrisse des beVs %

vers tiré de l'énigme même. Cette carricature avait elle-même donné lieu à l'épigramme que voici :

» Aux jeux matin* du publie on expose

Monsieur L.... sur nn âne monté.

Bien je voudrais en connaître la cause» Mais vainement je m'en serais flatté.

Point ne me sens un esprit asses vaste , Tout franchement je dois la déclarer; Car je ne puis vraiment me figurer QttHl soit ici question de covraAsrz. ».

Cette épigramme, avec son ton de bonhomie , n'était point mal acérée. Ainsi finit cet innocent badinage.

3l6 é EPITÀPHES.

dire les nuages dans leurs formes fantastiques? } ; ceux-ci y voyaient Niobé changée en pierre; enfin chacun a donné son mot, et la lumière est toujours sous le boisseau, quoique Jean Turius, de Bruges» et Richard Vituê Basinstochius, jurisconsulte anglais, nous aient laissé des commentaires sur cet important morceau. Le livre de Basinstochius a été imprimé à Dordrecht, ctieç J. L. Berewout, en 161 8,

Il serait bien glorieux pour notre siècle de pouvoir pé« nétrer dans ce tombeau mystérieux de Bologne , et dire clairement : c'est cela. La chose ne parait malheureusement pas très-belle. L'auteur aurait-il entendu, par hasard, désigner , sous son fatras de contradictions, ce que le P. Masenius appelle Sarcotis dans son poëme allégorique ? Il est certain que la nature humaine , prise en général , ( c'est ce que signifie Sarcotis) , offre bien des contrastes» mais il y aurait encore beaucoup à dire sur le thsu du voile dont l'auteur aurait enveloppé sa pensée ; et je crois. sincèrement n'être pas plus avancé avec ma Sarcotis que lç Hollandais Turius et l'Anglais Ba&inslochius ne l'ont étç avec leur commentaire^

EPITAPHES D'ECOUIS ET DE LYONv

(Vers le XV.' siècle.)

Vota encore deuxépitaphesénigmatiques. De ces deux petites pièces, l'une existait dans la collégiale d'Ecouis (Eure ) ; elle est fort cou nue et a été citée par M. Alexandre Le Noir dans ses Observations sur la peinture sur verrez in-8.* de 27 p. , fig. La voici :

Ci-gU Penlànt, ci-gU le peVt, Ci-gU U sœur, ci-gît le frère, Ci-gU la. femme et le mari; Et ne sont que deux corps ici.

L'autre se lisait contre une muraille à Lyon , au-deUt de la porte dite Porte d'Haiincourt, qui confine la vi)te de ce côté, au quartier de Serin, faubourg sur la, rive;

SINGULIÈRES. Zl<]

droite de la Saône. Cette épitaphe de Lyon a un vers et un personnage de plus : elle se trouve dans un petit volume intitulé : Réflexions sur les grands hommes qui sont morts en plaisantant , nouvelle édition, augmentée d* épitaphe* et autres pièces curieuses (par Bourreau Deslandes). Amst., 1758, petit </i-ia. Assez médiocre ouvrage. L'épitaphe en question y est p. a 16. Elle a été aussi rapportée dans plusieurs autres ouvrages, particulièrement dans Lyon tel qu'il était, etc., par M. Aimé Guillon. Lyon, 1807, m-ia, p. i?o.

'Ci gît le fils, ci-gît la mère, Ci-gît la fille avec le père^ Ci-gît la soeur, ci-gît le frère , Ci-glt la femme et le mari-, Et ne sont que trois corps ici.

On voit que cette seconde épitaphe est dans le même genre que la première. Cela donnerait à penser que cette pièce a été faite à plaisir , ou du moins que celle d'Ëcouis est l'originale , tandis que celle-ci ne serait qu'une nouvelle édition augmentée; car il n'est pas présumante que l'inceste effroyable qui fait le fonds de cette épitaphe ait été commis deux fois. Rien de plus facile que de faire une troisième édition qui rendrait cette pièce encore plus compliquée, en y ajoutant un personnage et deux vers :

Ci-glt le fils, oi-gît la mère; Ci-gît la fille ayee le père-, Ci-gît la sœur, ci-gît le frère; Ci- gît la femme et le mari; Ci-gît avec eux la grand'mère; Ci-gît le petit-fils aussi; Et cependant ne sont que quatre corps ici

Nous avons donné l'explication de l'épitaphe de Lyon dans nos Amusemens philologiques* Dijon , Lagier, 1824* <n-8.* de 5 18 p. Voyes p. 171. Cette explication peut également contenir aux deux autres ; on fera seulement attention que la mère des deux époux ne figure pas dans la première, qui est celle d'Ëcouis, et qu'elle figure avec son petit-fils dans la troisième, qui nous paraît faite à plaisir.

Puisqu'il est ici question d'une énigme qui tient au

3l8 ÉPITAPHE8

dernier acte de la vie (une épitaphe ) , nous nous permettrons d'en citer une autre qui tient aussi à un acte de la vie 9 mais à un acte tout opposé, c'est-à-dire à la naissance , ou plutôt à un baptême, cérémonie qui accompagne ordinairement la naissance. Ce baptême eut lieu, dit-on, à Birmingham en 1 8a5 : c On y vit figurer deux pères, deux grands-pères, deux beaux-pères ; deux mères, deux grand'mères , deux belles-mères; deux beaux-frères, deux belles-sœurs ; deux maris , deux femmes ; deux oncles , deux tantes. Comptez sur vos doigts , vous trouverez vingt-quatre personnes ; il est cependant très-certain qu'il n'y avait que quatre individus présens, et que le calcul n'en est pas moins juste. »

Nous livrons ce problème à la sagacité du lecteur.

Il est encore un acte essentiel de la vie qui tient le milieu entre les deux précédens et qui n'est pas moins important, c'est le mariage. On en trouve aussi qui peuvent offrir quelque singularité. Par exemple, en 1818, il s'est fait dans le comté de Lancastre , encore en Angleterre , deux mariages qui ont produit une alliance singulière. Un gentleman épousa une dame dont peu après le frère épousa la fille de son mari , née du premier lit* Les deux couples vinrent à avoir chacun un enfant, le premier une fille, l'autre un garçon. U arrive par conséquent que cette dame est à la fois mère de son frère , sœur de sa fille , et grand'mère de son neveu ; que sa petite- fille est nièce de sa sœur, tante de son cousin, et sœur de son oncle; que le jeune homme est frère de ses père et mère, fils de sa sœur, oncle de sa femme, et frère de sa nièce ; que sa femme est sœur de ses père et mère, fille de sa sœur, nièce de son mari, et tante de sa sœur; que son fils est petit-fils de sa tante, la plus âgée de ces dames, et le cousin de la petite-fille , sa tante (1).

(1) Tous les journaux ont donne* cette anecdote en 1819, et tous Font répétée en 1826, comme si elle venait d'avoir lieu dans cette année.

SINGULIÈRES. 3l9

in.

ÉPITAPHE DTJN ABBÉ DE CLAIRVA13X (i).

(Vers le XV.e siècle).

Clorm sont voiles 9 sed claris vallibus abbas Clarior his clarum nomen in orbe dédit.

Cloras avis, cloras meritis et cloras honore, Cloras et ingenio , reltigione m a gis

Mors est clora, cinis cloras clarumqae sepulchrum, Clorius exultât spiritas antè Deum.

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