TESTAMENT D'ÉPICURE
( 37 1 ans avant J.-C. )
Epicure, dont le système philosophique, différent de tous ceux de son temps , a pour base ce principe , que le souverain bien consiste dans le plaisir que fait ressentir l'absence totale de toute douleur du corps et de Pâme; Epicure, dis-je, naquit à Gargette, bourg de l'Attique , le 7 du mois gamélion de la troisième année de la 109.* olympiade — 6 janvier de Tan 34a av. J.-C. Les Philaïdes furent ses ancêtres , et il eut pour père et mère Néoclès et Chérestrate. Philodème , son disciple , lui donne ( dans son dixième livre des Philosophes), trois frères , Néoclès , Chéredème et Aristobule, à qui il inspira le désir de s'appliquer cotame lui à la découverte des secrets de la nature; Mus , quoique son esclave , fut aussi son compagnon d'études. À l'âge de 1 4 ans , il s'appliqua & la philosophie , et fonda par la suite la nouvelle secte nommée de son nom Ecole des Epicuriens, qui acquit beaucoup de célébrité, quoique souvent attaquée assez vivement. Ses ennemis lui ont fait beaucoup de reproches , entre autres celui de la gourmandise ou plutôt gloutonnerie; la dépense de sa table, disent-ils, se montait à une mine (90 fr. ) par jour. Il ne fréquentait que des femmes de la dernière débauche, surtout Marmarie, Hédia, Erosieet Nicidia. Enfin son corps fut tellement affligé par les maladies , qu'il passa plusieurs années sans pouvoir sortir du lit , ni pouvoir se lever de la chaise où on le portait. Mais toutes ces accusations s'évanouissent devant les éloges pompeux de ses partisans et de ses disciples; et la perpétuité de son école triompha de ses envieux. On vante surtout sa vertu , son bon naturel , son équité et sa reconnaissance. C'est à 32 ans qu'il fonda son école k
Mitylène? il en passa ensuite cinq à Lampsaque; et étant retourné à Athènes, il y mourut figé de 79 ans, la seconde année delà 12 7.* olympiade — 271 ans av. J.-C. Sa mort fut occasionnée par une rétention d'urine , causée parla gravelle , qui lui fit éprouver les plus cruelles douleurs pendant 1 4 jours. Son testament est ainsi conçu : < Ma dernière volonté est que tous mes biens appar-
> tiennent à Amynomaque , fils de Philocrate, à Barjthe
> et à Timocrate , fils de Démétrius , ainsi que le porte
> la donation que je leur en ai faite et dent Pacte est » inscrit dans les registres déposés dans le temple de » la mère des Dieux, à condition néanmoins que le
> jardin sera donné avec toutes ses dépendances à Hér- » machus de Mitylène, fils d'Agemarque, à ceux qui
> enseigneront avec lui , et même à ceux qu'il nommera
> pour tenir cette école , afin qu'ils y puissent plus
> agréablement continuer leurs exercices
» Je recommande à Amynomaque et à Timocrate de
> s'appliquer, autant qu'il leur sera possible, à la ré-
> paration et à la conservation de Técole qui est dans
> le jardin. Je les charge d'obliger leurs héritiers de
> prendre soin, autant qu'eux-mêmes , de la conservation
> de ce jardin et de tout ce qui en dépend , et d'en » laisser pareillement jouir tous les autres philosophes * qui nous succéderont.
9 Amynomaque et Timocrate laisseront à Hermachus
> pendant sa vie , et à ceux qui s'attacheront avec lui
> àl'étude de la philosophie, ma maison de Mélite.
> On prendra sur le revenu des biens que j'ai donnés
> à Amynomaque et à Timocrate , selon qu'on en con-
> viendra avec Hermachus , ce qui sera nécessaire pour
> célébrer dans les dix premiers jours de gamélion celui
> de notre naissance (1) et ceux de mon père, de ma
(1) Nous avons dit précédemment qo'Epicure était né le 7 du mois de gamélion. Ce mois, le premier de l'hiver chez les Grecs , répondait
d'épicurk. 34i
> mère et de mes frères ; et le vingtième de la lune de » chaque mois , 00 traitera tous ceux qui nous ont suivis » dans l'étude de la philosophie, afin qu'ils se souvien-
> nent de moi et de Métrodore , et qu'ils fassent aussi
> k même chose au mois de posidéon (1) , en mémoire » de nos frères , ainsi qu'ils nous l'ont vu observer. Il
> faudra qu'ils s'acquittent de ce devoir dans le mois de » métagéitnion (s) , en faveur de Polyène.
> Àmynomaque, et Timocrate prendront soin d'Epi- » cure , fils de Métrodore, et du fils de Polyène, tandis » qu'ils demeurent ensemble ôhez Hermachus , et qu'ils
> prennent ses leçons.
> Je veux que la fille de Métrodore soit aussi sous
> leur conduite; et que, lorsqu'elle sera en âge d'être
> mariée» elle épouse celui d'entre les philosophes 9 qu'Hermachus lui aura choisi. Je lui recommande » d'être modeste et d'obéir entièrement à Hermachus.
> Amynomaque et Timocrate , après avoir consulté
> Hermachus, prendront du revenu de mes biens ce
> qu'il faudra pour leur-nourriture et pour leur entretien. » Hermachus jouira comme* eux de la part et portion
> que je lui donne dans ma succession » parce qu'il a
> vieilli avec- nous dans la recherche des découvertes
> que nous avons faites sur la-nature , et que nous l'avons
> laissé pour notre successeur à l'école que nous avons
> établie; ainsi il ne sera rien fait sans son conseil. La » fille >. lors de son mariage , sera dotée selon les biens
d'après le cycle de Méton (pour la première année de h ga.* olympiade ) , à nos jours suivajas : du 3o décembre au a8 janvier. Ainsi Epicure serait ne' le&jaimer^ mais il est né dansk 109.' olympiade et non dans la 92.*, ce qui doit faire une différence dans la date précise du jour , que je n'ai le temps ni de vérifier, ni de calculer-
(1) Le mois de posidéon , toujours d'après le cycle de Méton, va du 3o novembre au 3e décembre ; c'est le dernier d'automne.
(a) Le mois de métagéitnion , le second d'été, comprend depuis le 4 août jusqu'au 5 septembre.
> que je laisse. Amynomaque et Timocrate en délibé*
> reront avec Hermachus.
* On aura soin de Nicanor, ainsi que nous l'avons
> fait. Il est juste que tous ceux qui ont été les com-
> pagnons de nos études , qui ont contribué à leurs pro-
> grès , et qui se sont fait honneur de vieillir dans la » spéculation des sciences, ne manquent point, autant
> que nous le pourrons , des choses qui leur sont néces- » saires pour le succès de leurs découvertes.
> Je veux qu'Hermachus ait tous mes livres.
> S'il arrive qu'Hermachus meure avant que les en&ns » de Métrodore soient en âge , j'ordonne qu'Amynoma-
> que et Timocrate se chargent de leur conduite , afin
> que tout se passe avec honneur , et qu'ils proportion-
> nent la dépense qu'il faudra faire pour eux , à la valeur
> de mes biens.
» Enfin, je désire que toutes les dispositions du présent » testament soient , autant qu'il sera possible, exécutées
> de point en point , conformément à ma volonté. Entre
> mes esclaves, j'affranchis Mus, Nicias et Lycon; je » donne aussi la liberté à Phédrion. »
A la suite de ce testament est la lettre suivante, qu'Epicure , près de mourir , adressa à. Idoménée :
€ Je vous écris au plus heureux jour de ma vie,
> puisque c'est le dernier. Je souffre des douleurs si » cruelles dans la vessie et dans les intestins que rien ne » peut en égaler la violence ; néanmoins le souvenir de
> mes raisonnemens sur la philosophie et de mes décou-
> vertes sur la nature, charment tellement mon esprit, » que c'est pour moi une grande consolation contre les
> maux du corps. Je vous recommande donc , au nom
> de cette amitié que vous avez toujours eue pour moi
> et de ce noble penchant que dès votre jeunesse vous
> avez eu pour la philosophie , je vous recommande , dis- » je, de soutenir les enfans de Métrodore. »
Les ouvrages d'Epicureétaienttrès-nombreux: Diogène
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Lflërce les porte à trois cents. Il donne la liste des principaux , à la tête desquels il met ses trente-sept livres sur la Nature. Il ne restait de ce philosophe que trois lettres que nous a conservées Diogène Laërce; mais parmi les rouleaux découverts à Herculanum, il se trouve une partie de son ouvrage sur la Nature, dont le poème de Lucrèce semble n'être qu'une traduction poétique élégante. Les mêmes rouleaux ont aussi fourni quelque» fragmens des ouvrages' de Philodème de Gadara , l'un de ses disciples. Ce sont quelques épigrammes et des morceaux de son ouvrage sur la musique. Ce Philodème est le même qui vivait à Rome du temps de Cicéron et dont cet orateur lait un si bel éloge dans sa harangue contre Pison»