‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 2)Chapitre 9 sur 137 · TESTAMENT DE GROSLEY · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE GROSLEY

« Ceci est mon testament de dernière volonté.

» Je veux être inhumé au pied de la croix du cimetière de Sainte-Jules, qui depuis soixante ans est mon promenoir du matin. La serpilière

nière si brillante et si romanesque, par l'abbé de Saint- Real. L'académie de Dijon a ordonné l'insertion de l'ouvrage de M. Patris dans le compte rendu de ses travaux pendant les années 1826 et 1827. D'jon, 1828, 1 vol. in-8.'

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( i ) , la civière , les porteurs , le cordelier , le luminaire , et le chant qui accompagne les morts les plus pauvres de l'Hôtel-Dieu , feront les frais de ma sépulture : et qui m'aime me suiver

• Pour tenir lieu de trentain (2) et d'annuel , sera , dans l'hiver de mon décès ou dans celui qui le suivra immédiatement, employée une somme de huit cents livres, en habits solides et uniformes , à distribuer aux enfans de gens pauvres , de bonne conduite, et chargés de famille, ou de veuves de cet état , des paroisses de la Madelaine et de Saint-Rem y , dont le choix sera fait par mon exécuteur testamentaire assisté de quatre notables de la rue du Bois (3). Sera cet habit composé d'une veste croisée et doublée du même drap , qui pourra se dédoubler pour l'été , et d'une

(1) On appelait ser pilier e le gros drap dont on couvrait la bière des pauvres.

(2) On appelait trentain un nombre de trente messes, que Ton faisait dire pour un défunt quand on n'avait pas le moyen de lui faire dire un annuel , dont on prétend que Grégoire-lc-Grand a été l'inventeur. Ce terme était encore en usage en Angleterre du temps d'Edouard VI (successeur de Henri VIII) , qui est mort en i555.

(3) Rue célèbre par la dissertation dont elle est l'objet dans les facétieux Mémoires de l'Académie des Sciences, Inswiptions, Belles-Lettres , Beaux- Arts 9 etc. , nouvellement établie à Troyes en Champagne. Tom. I. Liège, Barnabe (Troyes), i?44* in- 12. Ce petit volume est de Grosleyen société avec MM.LeFebvre, David, Belly et autres. Ces mémoires ont été réimprimés, Troyes et Paris, Ducheene, 1756, 2 vol. in- it. Le titre porte augmentés, mais il y a des retranchemens. Une troisième édition a partisans nom de lieu , 1 768 , 1 seul vol. in- 1 2 , mais avec augmentation

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culotte. La fourniture de l'étoffe sera prise chez un marchand simple roturier ( i ) .

• Sera' comptée à ma servante unedouble année

dégages , outre les courans , plus deux cents livres pour habits de deuil que je la dispensé de porter; et ma peu magnifique garde-robe sera partagée entre elle et la Jeannette, sa devancière, y compris tout le linge à mon usage; le tout de la main à la main, et sans inventaire.

» À la personne qui se chargera des deux chats mes commensaux , tant et si longtemps qu'ils vivront, et jusqu'à la mort du dernier, vingt-quatre livres chaque année (2).

et rétablissement des endroits retranchés dans la seconde édition. En un il en existe encore une réimpression dans le dernier volume des Œuvres badines de Caylus. Paris, 1787 , 12 vol. in-8.° Ils ont été aussi traduits en diverses langues.

On trouvera encore une petite facétie de Grosley , dans les Causes amusantes et connues (recueillies par Robert Etienne). Berlin (Paris), 1769 et 1770,2vol. in- 12. (V. tom. 1 9 p. 06.) C'est un Mémoire pour Etiennette Boyau, garde-malades, dite vulgairement Toinette, contre M» Bourgeois, chanoine de Saint-Urbain, deTroyes. Il s'agissait de laoo lavemens administrés par ladite Toinette Boyau, audit sieur chanoine , et pour lesquels elle ne demandait que i5o Hv.; encore elle aurait pu porter le nombre de ses opérations à a 190. Un ton sérieux, un air d'érudition, une tournure scientifiquement originale et fort plaisante, rendent ce factum très-amusant.

(1) Un fabricant venait d'être anobli; Grosley regardait oe privilège comme funeste à la fabrique, par l'orgueil qu'il inspirait alors. De làcette clause prohibitive. P. D. B.

(a) Nous avons déjà eu occasion de citer des chats qui

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» En mémoire des soins que Marie Gauthier, qui fut soixante et dix ans. au service de mes aïeux 9 a pris de mon éducation avant mes études, je lui lègue la .somme de quatre cents livres , à répartir entre les plus pauvres de ses arrière-neveux dans les paroisses de Saint-Phal et de Chamoy , sur l'indication qu'en pourra donner M. Finot, procureur au bailliage de Troyes.

» A mademoiselle Collot, si elle demeure avec moi l&rs de mon décès, quatre cents livres de pension viagère, sans retenue; plus ce qui me sera dû par la veuve Duchesne, libraire à Paris ( 1 ) 9 pour les 4§o exemplaires du premier volume de mes Mémoires sur Troyes (2) , du débit desquels ladite veuve s est chargée, en lui faisant état de deux cents et quelques livres portées en un mémoire qui m'a passé sous les yeux et qui contient tout ce que je lui dois; plus, ce qui se trouve du second volume desdits mémoires imprimés, en .mon grenier, et toute la matière pour ce qui reste à imprimer, tant de ces mémoires que de

figurent dans des testamens , et pour ne pas disséminer les notes sur cet objet , nous les avons toutes réunies précédemment dans une seule, où sont consignées des anec-

dotes sur ces animaux; les chats de Grosley y sont mentionnés , ainsi qu'une dédicace à sa chate. V. 1. 1, p. 574.

(1) Madame Duchesne, fille d'André Cailleau, libraire à Paris, est devenue veuve de Nic.-Bonav. Duchesne, le 4 juillet 1765 ; elle a continué le commerce de son mari, et exerçait encore en 1788.

(2) La note relative à ces mémoires étant trop longue pour être insérée ici , nous la renvoyons à la suite du testament , sous la lettre (A) .

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ceux sur les illustres Troyens ( i ) ; le tout répandu en pupitres,, petites caisses, grauds-livres et carton en parchemin, qui se trouvent dans mon cabinet sur le bureaji , sur le coffre et sur un fauteuil en paille , pour le tout être imprimé à son compte de la manière qu elle avisera; sur quoi elle ne se confiera pas indistinctement à tout le .monde»

» Pour décharge de conscience, je lègue à M. Sémillard , ci-devant avocat, la belle édition in-4.° de Y Abrège chronologique du président Hénault, avec les gravures de Cochio de première* épreuves, qui m'a été donné par l'auteur (2).

» Je lègue au procureur M. (M illard),

pour ce qu'il a fait pour moi dans une instance entamée à ma requête au bailliage, la somme de trois livres quatre sous»

» Je confirme et ratifie comme donation i cause de mort, une donation entre-vifs, par moi ci-devant faite à la maison Saint-Abraham, donation nulle par le défaut d'acceptation. La présente réhabilitation faite sous condition expresse que le curé de la Madelaine, chef de cet établissement , conservera le jubé à jour de son

(■) Tl en est de même pour les mémoires sur les ttlustres Troyens : nous renvoyons à la note indiquée (B).

(a) Grosley tenait beaucoup à ce cadeau , el le montrait aux amateurs. L'avocat Sémillard passait pour tel. Il arriva qu'un jour qu'il était venu rendre visite au savant troyen, le volume disparut de la bibliothèque, et il fut soupçonné de ce coup de main. On nous a assuré que cet ouvrage , à la mort de Sémillard , ne s'est point trouvé parmi ses livres ; dans tous les cas , sa conscience est déchargée. P. D. B.

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église , unique ornement qu'elle ait , et dont elle soit susceptible par elle-même ( 1 ) ; et la quittance des six cents livres , objet de cette donation, portera soumission de rapport de cette somme à ma succession en cas d'inexécution de la condition expresse de non destruendo*

> Je lègue pareille somme de six cents livres pour contribution de ma part au monument à ériger au célèbre Antoine Arnaud , soit à Paris , soit â Bruxelles. L'étude suivie que j'ai faite de tes écrits , m'a offert un homme au milieu d'une persécution continue , supérieur aitxdeuxrgrands mobiles des déterminations humaines , la crainte et l'espérance ; un homme détaché, comme Je plus parfait anachorète, de toutes vues d'intérêt, d'ambition, de bien-être et de sensualité, qui dans tous les temps ont formé les recrues de tous les partis. Ses écrits sont l'expression de l'éloquence

(1) Tous les connaisseurs te gardent ce jubé comme un chef-d'cèuvre d'architecture gothique.

On appelait jubé un lieu élevé dans les églises , en forme de galerie, qui faisait ordinairement la séparation du chœur et de la nef, où Ton allait dire l'évangile des messes solennelles. Il y avait, selon Tillemont, des jubés dans les églises dès Tan 4ao. Ce mot vient du latin jubé, commandez, parce que le diacre, le sous-diacre, ou le lecteur, avant de commencer ce qu'il devait chanter ou réciter, demandait au célébrant sa bénédiction en lui disant : Jubé; Domine, benedicere. Le premier mot jubé a été donné au lieu où s'exécutait le chant ou la lecture. J.-B. Thiers a publié un livre intitulé : Dissertations ecclésiastiques sur les principaux autels des églises, les jubés, la clôture des choeurs. Paris, 1688, 111-12.

du cœur , qui n'appartient qu'aux âmes fortes et libres. Il n'a pas joui de son triomphe. Clément XIV lui en eût procuré les honneurs, en faisant déposer sur son tombeau les clés du grand Gipsu (i) , comme celles de Château-Neuf furent déposées sur le cercueil de Duguesclin ; pour les raisons consignées de ma main sur mon exemplaire

(1) Le grand Giesu, à Rome, était avant 1773 et est depuis 1814 le chef-lieu de Tordre des Jésuites. Il est composé d'une superbe église et de bâtimens considérables qui ont été construits pour cet ordre. C'est en i5?5 que le cardinal Alexandre Farnèse, neveu de Paul III (dont la première bulle qui approuve Tordre des Jésuites , est du 27 septembre 1 5$o ) , a fait bâtir l'église de Jésus, Tune des plus belles et des plus riches de Rome. Le célèbre Vignole en a fait les dessins. Elle a été continuée par Jacques de la Porte , son élève , qui fit , d'après ses propres dessins, la belle façade de deux ordres de pilastres corinthiens et composites. Le cardinal Edouard Farnèse, neveu du cardinal Alexandre, fit bâtir en ioa5, sur les dessins de Jérôme Rainai di , la maison qui est contiguë à l'église, tant pour le logement des Jésuites que pour en faire leur maison professe. On prétend que les pères de la Compagnie n'ont pris le nom de Jésuites que lorsque le pape les eut mis en possession de l'église de Jésus , dont nous venons de parler.

Cet ordre a subsisté depuis le %y septembre i54<>9 date de la bulle d'érection, jusqu'au 21 juillet 177?, date de la bulle de suppression , c'est-à-dire l'espace de a33 ans, pendant lesquels ils ont vu 5o papes occuper le trône pontifical , dont le dernier a été Clément XIV ( Ganganelli) qui les a supprimés, et 18 généraux, dont le dernier a été Laurent Ricci, mort en 1775. Depuis la bulle de restauration de Pie VII du i5 août 1814, ils ont vu deux papes , et ont eu deux généraux.

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du Renversement de la morale (i) , j'aurais désiré qu'il n'eût pas entrepris cet ouvrage.

» Edifié de la manière dont M. de Guignes, mon confrère à l'académie des inscriptions, cultive les lettres sans forfanterie , sans intrigues , sans prétention à la fortune , je lègue à lui , ou à ses enfans, s'il me prédécédait, la somme de trois mille livres.

» Au niveau de mes affaires et absolument libre, d'un côté par la donation de 4<>,ooo livres à ma sœur Gallien 9 avec tradition et délivrance , dès le 5 mars 1 756 , dont la grosse en parchemin est dans mon coffre, avec une sommation relative dûment recordée, du 12 novembre 1771 ; d'un autre côté, par les prélèvcmens à tous titres de vente, de donation, même de legs universel (dont les titres sont aussi dans mon coffre), sur une succession dont j'ai recueilli les débris , par ma constante fermeté à ne rien agréer à titre d'aumône [2) , j'institue mon légataire universel en tous mes droits, noms, raisons et actions, pour autant que le permet la coutume, le fils

( 1 ) Cet ouvrage a pour titre le Renversement de la Morale de Jésus-Christ y par les Erreurs des Calvinistes, Paris, 167a, in-4<° H serait assez curieux de voir les raisons pour lesquelles Grosley blâme Arnaud d'avoir composé cet ouvrage, qui au reste n'est pas un des plus saillans de l'auteur.

(2) Grosley entend par cette succession celle de son oncle Barolet, montant à 80,000 livres, qu'il partagea avec sa sœur. Ayant ainsi acquitté sa dette , et son frère atné ayant reçu de son oncle ce qui pouvait lui revenir, Grosley se regarda comme mattre de disposer de sa portion dans la succession "de cet oncle, et de ce qu'il avait

aîné actuel de M. Sourdat, notre lieutenantgénéral de police , petit-fils de M. Sourdat , mon camarade dans toutes mes études, et mon confrère dans le collège des avocats, qui, devenu lieutenant criminel , se fût épargné de vifs chagrins, en suivant mes avis.

» Je le prie , et ceux qui suivront son éducation, de se sauver du goût pour les romans dont le fruit se manifeste par les propos et par la conduite de ceux qui se sont livrés à ce goût. Le présent legs universel, sous condition expresse , i.° que le légataire suivra l'état de ses pères, en renonçant à toute idée et à toute vue militaire; 2.0 qu'à l'âge de 20 ans pleins, il sera marié. '

» Jusqu'alors les fonds du legs universel seront gérés par un tuteur onéraire et curateur à la substitution , pour lequel emploi je désigne mon compère Mouillefarine. L'excédant des revenus de ces fonds et les remboursemens qui pourront être faits, seront, chaque année, replacés en fonds d'héritages, s'il est possible, de l'avis du père du légataire , et de l'autre personne ci-après désignée, déduction faite de ce qui aura été avancé pour l'entretien et les études dudit légataire.

» Au défaut de satisfaire aux deux conditions irritantes ci-dessus exprimées, ou dans le cas où le légataire viendrait à décéder avant que d'être

acquis, en faveur du petit-fils d'un de ses amis, qui n'en a pas profité par l'effet des circonstances, à l'exclusion de sa famille, qui n'en aurait peut-être pas profité davantage. P. D. B.

pourvu par mariage, en chacun de ces trois cas, je lui substitue le troisième des garçons de ma nièce de Pouilly, qui , encore enfant, m'offrit de la meilleure grâce une pêche de Pouilly qu'il avait pour goûteq : et la substitution Couvrant à son profit , les revenus des fonds de mon hoirie seront gouvernés pour son compte , comme pour celui de l'institué ci-dessus.

» Avenant mon décès, mes livres, tableaux, es* tampes, médailles, seront conservés en nature, sans inventaire et sur un simple catalogue qui en sera dressé entre MM. de Pouilly et Sourdat, et le curateur de la substitution. En tout état , ces Messieurs recevront chaque année les comptes du tuteur onéraire , et veilleront à l'emploi et remplacement des fonds.

» Lu, relu, approuvé pour être exécuté comme ordonnance de dernière volonté , à Troyes , ce i o

septembre i ^85. Signé Grosley. »

Plus bas est écrit :

c Je nomme pour exécuteur de mon testament ci-dessus et des autres parts, mon compère Mouillefarine , arpenteur général de la maîtrise, et je lègue à son ^Is la somme de douze cents livres. Lu, relu et approuvé pour être exécuté comme ledit testament, le i3 octobre 1785. Signé Grosley.

» Je diminue la somme de cent livres sur celle de quatre cents livres viagères par moi léguées par mon testament; laquelle diminution sera au profit de la femme Mignot, ma garde actuelle, par forme de pension viagère, ce 3o octobre 1 785,

et vaudra en forme de codicille , ayant été lu et relu par mondit sieur Grosley et de lui signé. » Au bas est signé Grosley , mais mal écrit* II est mort cinq jours après.

Nota. Dans la copie de ce testament, insérée au second volume des Mémoires historiques sur Troyes, édition de M. Simon, page 679, la dernière clause du testament ci-dessus ne s'y trouve pas , de sorte que cette copie finit au i3 octobre •> mais voici ce que Ton trouve en tête :

« Testament de Pierre-Jean Grosley , avocat au parlement, déposé le 1 5 septembre 1 785 , chez Cousin, notaire.

» Il était dans un paquet plié en forme de lettre , avec cette inscription : Ceci, cacheté de mon cachet à la tête d'Antinous, contient mon testament et ordonnance de dernière volonté, signé Grosley, dont acte passé dans le cabinet dudit sieur, signé Gbosley, Cousin, Co&thier. »

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