‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 2)Chapitre 93 sur 137 · TESTAMENT DE S. LOUIS · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE S. LOUIS

Louis IX , fils de Louis VIII et de Blanche de Castille, paquit à Poissi le 9 5 avril m 5; il monta sur le trône le 8 novembre 1226 , fut sacré à Reims le 29 du même mois , et marié en inai 1 234 1 à Marguerite de Provence,, qui vécut jusqu'au 20 décembre 1 295 , et dont il eut onze enfans , savoir : 1.* Louis ? mort à 16 ans en 1260; 2.0 Philippe-Je-Hardi ? son successeur, mort en 1285; 3.° Jean, mort en 1240; 4** Jean dit Tristan, mort en 1 270 ; 5.° Pierre , comte d'AIençon , mort en 1 284 ; 6.* Robert , comte de Clermont , tige de la race de Bourbon , mort en 1 3 1 8 ; 7.' Blanche , morte ep 1 943 , à trois ans; 8.° Isabelle, morte en 1271; 9.0 une autre Blanche, morte en i32o; 10.* Marguerite, morte en 12711 et enfin 1 1.° Agnès , morte en 1327. Le règne de S. Louis, enchaînement continuel de grandes actjons, de vertus, de justice et de piété, est tellement connu , qu'il serait superflu d'en retracer ici une esquisse» Nous ne parle? rons donc que du testament et de la fin déplorable de xe grand roi,

§on testament , fiiit à Paris et daté du mois de février 1 269 (1 270 , q. st. ) , peu avaqt son dernier départ pour la terre sainte f est trop long pour que nous puissions le rapporter ici en entier, Nous en donnerons les principales dispositions. Le saint roi , après le début ordinaire (Uns ces ' sortes d'actes , règle l'état de maison de ses

çnfans, pour qu'il ne reste après sa iriort aucun sujet de division entre eux. Philippe» qui devait succéder au trône , avait déjà son apanage.. Le roi assigne à ses autres fils le leur , ainsi qu'il suit : il donne à Jean surnommé Tristan, Crespi, Laferté-Milon, Villers-Cotterets, Pierrefonds , et tout ce qu'on appela depuis le comté de Valois. Pierre lut pourvu des comtés d'Alençon et du Perche; Robert , le plus jeune (il n'avait que douze ans)» eut le comté de Clermont en Beauvaisis avec les seigneuries de Creil , de Goutnay et quelques autres terres. Le testateur ajoute une condition pour ces différens apanages; c'est que si quelqu'un d'eux vient à mourir sans enfans , les terre» qui lui ont été assignées retourneront à celui de ses successeurs qui régnera alors sur les Français. Quant aux princesses , Isabelle , l'aînée des filles du roi, était alors (en 1269) reine de Navarre; Blanche, la seconde (l'autre Blanche était morte à trois ans) , fat mariée cette année avec Ferdinand» fils d'Alphonse , roi de Castille ; Marguerite , la troisième , épousa vers le même temps, non Henri duc de Brabant, avec qui elle avait été accordée , et qui se retira du monde pour se faire moine à Saint-Etienne de Dijon , mais Jean frère cadet et l'héritier de Henri ; Agnès , la dernière et la plus jeune, eut 10,000 liv. , en attendant qu'elle fût en âge de se marier. (Elle épousa depuis Robert II , duc de Bourgogne. )

Un article un peu surprenant du testament du roi , est celui où il ne laisse que quatre mille livres à la reine Marguerite, et l'on sait que Philippe-Auguste en avait laissé dix mille à Isemburge, qu'il n'aimait point; et Louis VIII , trente mille à la reine Blanche.

Le reste du testament contient un nombre prodigieux de donations et de legs faits aux monastères , aux Hôtels- Dieu , à huit cents maladreries; aux filles qui sont dans l'indigence pour leur constituer une dot; aux malheureux qui sont sans habits» pour leur acheter bures et

36a TESTAMENT

xhaussares; aux écoliers qui ne peuvent fournir aux frais de leurs études; aux orphelins, aux veuves, au petit peuple; aux églises pour des calices et des ornemens; à ses officiers pour récompense de leurs services; enfin à ses clercs jusqu'à ce qu'ils aient obtenu quelque bénéfice. Et tous ces legs devaient être payés , tant sur les meubles qui se trouveraient à son décès que sur le revenu des bois de son domaine; le prince successeur ne pouvait y rien prétendre que tout ne fût acquitté.

Le saint roi nomme pour ses exécuteurs testamentaires Etienne (II Tempier) , évéque de Paris; Philippe ( h" de Chaources ) , élu à l'évêché d'Evreux; les abbés de Saint-Denis et de Royaumont, avec deux de ses clercs , Jean de Troyes et Henri de Verzel.

On voit par le précis de ce testament que presque tout le royaume eut part aux pieuses libéralités du monarque.

Cependant il s'embarqua -avec ses fils le mardi 1." juillet 1 s 70 , et, après une navigation un peu orageuse, il arriva , ainsi que son armée , sur la côte de Tunis» Son aumônier, Pierre de Gondé , fit le cri public, qui marquait la prise de possession et l'autorité souveraine. Le roi l'avait dicté lui-même ; il commençait ainsi : Je vous dis le ban de Nostre Seigneur Jésus Christ, et de Louis, roi de France, son sergent (son serviteur ) , etc. On s'empare d'abord du château et de la ville de Car* thage ; pendant quelque temps , on est exposé à la perfidie et aux supercheries des infidèles ; il n'y eut que des escarmouches; bientôt les excessives chaleurs amènent la peste dans le camp des chrétiens; plusieurs grands seigneurs en sont les victimes , entre autres le comte de Nevers , fils chéri du roi; son fils atné Philippe et lui-même en sont atteints. Dès le premier jour Louis sentit que l'attaque était mortelle; jamais il ne parut plus grand que dans ses derniers momens. Il n'en interrompit aucune des fonctions de la royauté; il donna

de 3. tons. 363

toujours les ordres avec autant de précision que s'il eût été en parfaite santé; et songeant plus aux maux des autres qu'aux siens propres , il n'épargna rien pour leur soulagement. Enfin ses forces l'abandonnèrent , et il fut obligé de garder le lit. Philippe son fils , quoique abattu de la fièvre quarte , était toujours près de lui. Le roi l'aimait et le regardait comme son successeur. Il ramassa toutes ses forces pour lui adresser cette belle instruction , que tous les auteurs anciens et modernes ont jugée digne de passer à la postérité la plus reculée. On assure qu'il écrivit ces enseignembns de sa propre main : < Beau fils, dit-il à Philippe , la première chose que

> je te recommande à garder, c'est d'aimer Dieu de

> tout ton cœur, et de désirer plutôt souffrir toutes y manières de tournions que de pécher mortellement.

> Si Dieu t'envoie adversité, souffre-le en bonne grâce,

> et pense que tu l'as bien desservi (mérité)» S'il te donne » prospérité, n'en sois pas pire par orgueil; car on ne

* doit pas guerroyer Dieu de ses dons. Vas souvent à » confesse; surtout élis un confesseur idoine et prudhom- » me (habile), qui puisse t 'enseigner sûrement ce que

* tu dois faire ou éviter, ferme , qui ose te reprendre de » ton mal et te montrer tes défauts. Ecoute le service de » sainte église dévotement , de cœur et de bouche , sans » bourder (causer) ni truffer (regarder ça et là); entends

> volontiers les sermons et en apert et en privé (en pu-

> blic et en particulier); aime tout bien ; hais toute pré-

> varication en quoi que ce soit. > Ensuite il engage son fils à ne donner sa confiance qu'à gens qui en soient dignes , et à bannir de sa présence les courtisans , < pleins de convoitises, * vilsflatteurs, toujours occupés à déguiser Ja vérité , objet le plus précieux pour un roi. t Enquiers- » toi d'elle, beau cher fils, ( continue-t-il ), sans

> tourner ni à dextre ni à senestre; sois toujours pour » elle encontre toi. Ainsi jugeront tes conseillers plus » Jiprdiment selon droiture et selon justice. Veille sur

> tes baillis , prévôts et autres juges» et t'informe sou- » vent d'eux, afin que s'il y a en eux à reprendre, ta

> le fesses. Que ton cœur soit doux et piteux au pau-

> vre; fais-lui droit comme au riehe; à tes serviteurs

> sois loyal, libéral et roide de parole, à ce qu'ils te * craignent et aiment comme leur maître. Protège,

* > aime» honore toutes gens d'église, et garde bien

> qu'on ne leur tollisse (enlève) leurs revenus, dons

> et aumônes que tes anciens et devanciers leur ont

> laissés Garde-toi, beau cher fils, de trop grandes

> convoitises ; ne boute pas sur tes peuples trop grandes » tailles, ni subsides, si ce n'est par grande nécessité, 9 pour ton royaume défendre. Alors môme , travaille-

> toi à procurer que la dépense de ta maison soit rai-

> sonnable et selon mesure. Observe les bonnes anciennes

> coutumes, corrige les mauvaises. Regarde avec toute

> diligence comment tes gens vivent en paix dessous

> toi, par espécial es bonnes villes et cités. Maintiens 3> les franchises et libertés èsquelles tes anciens les ont

> gardées; plus elles seront riches et puissantes , pkis

> tes ennemis adversaires douteront de t 'assaillir, et

> de méprendre envers toi, espécialement tes pareils » et tes barons. Que ton premier soin soit d'éviter

> guerre contre homme chrétien sans grand conseil

> (mare délibération) et qu'autrement tu n'y puisses

> obvier. Si nécessité y a, garde (épargne) les gens

> d'église et ceux qui en rien ne t'auront méfait. >

Cette instruction finit par ces tendres

paroles : c Je te supplie , mon cher enfant , qu'en ma » fin tu aies de moi souvenance et de ma pauvre ame,

> et me secoures par messes, oraisons , prières et bien-

> faits par tout ton royaume. Je te donne toutes les » bénédictions que bon père et preux peut donner à son

> fils. Que le Seigneur te garde et défende de tout mal. » La maladie du roi empirait; il sentait ses forces l'abandonner. Après avoir reçu l'extrême-rfmction , puis le

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saint viatique , étant à genoux au pied de son lit , il se fit étendre sur la cendre , où, les bras croisés, les yeux fixés Au ciel , il prononça distinctement ces belles paroles du psalmiste : Seigneur, j'entrerai dans votre maison, je tous adorerai dans votre saint temple, et je glorifierai votre nom; puis aussitôt il expira, vers trois heures après midi, le lundi s5 août 1270»

Ainsi mourut, dans la cinquante-sixième année de son âge, la quarante-quatrième de son règne, Louis IX, le meilleur des princes , celui dont on a dit avec justice,' qu'il eut tout ensemble les sentimens d'un vrai noble» la piété du plus humble des chrétiens , les qualités d'un grand roi, les vertus d'un grand saint, et toutes les lumières d'un sage législateur.

Nous pourrions encore donner ici le testament d'Alphonse, comte de Poitiers, frère de saint Louis, et de Jeanne de Toulouse sa femme, qui, l'un et l'autre voulant suivre le roi dans sa dernière croisade , lui amenèrent une grande quantité de vaisseaux bien équipés, et firent leur acte de dernière volonté; mais nous ne parlerons que substantiellement de cet iacte.

Il commence, selon la coutume de ce temps-là , par des legs pieux pour la plupart des monastères de France. La princesse lègue tout le pays Venaissin au roi de Sicile ( Charles I.w, dernier fils de Louis VIII, frère de S. Louis ) , et aux enfans qu'il a de Béatrix de Provence { sa première femme , morte en 1 267 ) ; donne tous ses bijoux à Philippe sa cousine , fille du vicomte de Lomagne et de Marie d'Anduse, alors comtesse de Périgord; la nomme héritière universelle de tous ses domaines situés en Agenois , en Querci , en Albigeois , en Rouergue; et laisse au comte Alphonse, son mari, la jouissance de tous ses biens jusqu'à ce que la jeune Lomagne soit parvenue à l'âge nubile. Quant audit prince Alphonse ,

et quelquefois contre la foi des traités. Après la mort de Duguesclin , l'épée du connétable lui fut offerte ; il l'accepta après quelque hésitation (en i38o), et se montra digne de la porter. En i383, il gagna la célèbre bataille de Rosebecq contre les Allemands , qui y perdirent *5,ooo hommes* Il eût détruit toute l'influence des Anglais en France, sous Charles VI, sans plusieurs trahisons, qui partaient même de la cour, à l'inju du roi. En 1392, il faillit périr à Paris, par un assassinat dont se rendit coupable Pierre de Graon , Seigneur breton , à la tête de vingt scélérats. Glisson en fut quitte pour des blessures très-graves* Enfin après plusieurs aventures, il fut, par suite de la démence du roi , disgracié , condamné à une amende de 100,000 marcs d'argent , et banni* Il se retira dans ses terres r où il guerroya encore quelque temps contre le duc de Bretagne. Enfin il se réconcilia avec ce prince , et mourut en 1407 dans son château de Josselin , attaqué par le jeune duc qu'il venait de faire couronner» CKsson possédait presque tous les talens militaires de Duguesclin , mais il s'en fallait beaucoup qu'il eût ses vertus , son désintéressement, sa modestie, sa prudence et surtout son humanité. Franc, loyal, mais fier, emporté, souvent cruel , il laissait voir jusque dans ses plus grandes actions quelque chose de brutal , et même de farouche, qui en ternissait l'éclat. Un jour sa fille mariée au comte de Btois, héritier des droits de la maison de Penthièvre, osa lui proposer de faire mourir les enfans du duc de Bretagne que celui- ci lui avait confiés ; pour toute réponse, Clisson indigné, saisit une hallebarde, s'élance sur sa fille, et l'eût tuée, si elle ne se fût sauvée ; ce qu'elle fit avec une telle précipitation * qu'elle se cassa la jambe en fuyant*

Passons au testament de cet illustre capitaine ; c'est , comme tous les actes du même genre faits alors, un tableau assez curieux des mœurs du temps.

d'olivier de ciisson. 369

' «'En nom de la saincte Trinité , du Père, du Fils et du Sainct Esperit. Amen. Sachent tous p resens et advenir que je Olivier sire de Cliczon et BellevtUe, considérant la fragilité de humaine nature qui chascun jour laboure en tirant homme et femme à sa fin , et qu'il n'est chose plus certaine que la mort , ne moins* certaine que l'hore d'icelle, et que toute humaine créature est si subgecte a la mort* que de nécessité luy convient une fois luy paier son debvoir dont le terme est en la disposition de Dieu le tout puissant nostre créateur ; désirant o la grâce d'iceluy pouruoir au salut de mon ame , et ne décéder de ce siècle intestat , que Dieu ne veuille (1) ; pour ce est il que moi estant , la

(i) Mourir intestat était autrefois .une véritable réprobation. Un usage très—ancien et qui a doré pendant tout le moyen âge, exigeait que chacun, en mourant, laissât quelque chose à l'église. Aussi voyonsnous presque tous les testamens remplis de legs pieux. Cest certainement une chose très— louable , mais il ne faudrait pas que cela eut été forcé , et il parait que par la suite des temps , le clergé a voulu que cet usage devint un droit de l'église. Ducange rapporte que l'omission da cette bonne «eurre décelant le mépris du salut, quiconque y man* quait était privé de l'absolution, du viatique et de la sépulture \ et souvent, pour éviter un pareil malheur, les héritiers du défunt s'empressaient de faire un testament en son nom ; cette pièce posthume remédiait à tout. La portion de biens laissée à l'église devait être k peu prés d'un dixième. Du temps de S. Louis , le clergé connaissait de l'exécution des testamens, apposait le scellé, faisait l'inventaire, et exigeait l'accomplissement de la volonté des testateurs. On appelait déconfis ceux qui mouraient sans avoir mit leur testament ; on regardait même la mort subite comme un châtiment de Dieu. Celait une note d'infamie , une marque de damnation \ de là les hauts justiciers prirent occasion de s'appliquer les biens de ceux qui faisaient une fin si malheureuse. S. Louis, pour remédier aux désordres qu« ces abus produisirent, distingua \ts déconfèj en deux classes, ceux cfui mouraient subitement et ceux qui ayant été malades pendant huit jours étaient morts sans vouloir participer aux sacremens de l'église. Dans le premier cas, la justice n'a rien à prendre sur le bien du défunt; dans le second, tous les meubles doivent être confisqués au profit du baron \ s'il y a un testament il sera exécuté , et les dettes du défunt payées. Dans le XIV.* siècle , il existait en Bretagne un droit

mercy nostre Seigneur, en saine pensée, bon propos et vray entendement, combien que je sois aucunement malade et enferme (infirme) de corps; faiz, establiz et ordonne mon testament et ma derraine volenté des biens temporels qu'il a pieu a Dieu me donner et administrer en ce siècle, en la. forme et manière qui ensuivent.

» Premièrement je recommande mon ame a Dieu, nostre dict père et créateur , a la benoiste et glorieuse Vierge Marie, a monsieur St. Michel et a toute la devote compaignie de Paradis. Àprez je veuil , commande et ordonne que mon corps, aprez mon decez de ce siècle, soit baillé et livré a la sépulture de nostre mère saincte église ; laquelle sépulture je eslis en l'église de Nostre Dame de Jocelin, joignant de la sépulture de ma très chiere et très amée compaigne Marguerite de Rohan que Dieu absolle.

> Item, veuil et ordonne que une belle tombe et honeste soit faicte et mise sur les corps de ma dicte compaigne et moi, et dessus ycelle soit les ymages de nous deux, a l'ordonnance de nos exécuteurs cy aprez nommez.

> Item, veuil et ordonne que mon enterrement et obsèques soient faiz et célébrez o le moins de pompe que faire se pourra, honesteté gardée, et au plus de messes et de services que Ton pourra dire et célébrer.

de tieroage: le clergé, à la mort de tout père de famille , prenait lo tiers des meubles ; il y eut diverses réclamations \ une décision du pape dément V porta qu'après le décès de chaque paroissien , le recteur ou curé n'aurait que la neuvième partie des meubles , les dettes préalablement déduites. Dans le diocèse d'Auxerre , le lit sur lequel on mourait, appartenait à l'église. La conduite de quelques ecclésiastiques qui refusaient la sépulture à ceux qui n'avaient pas fait de legs à l'église, occasionna des contestations dans lesquelles intervinrent les parlemens et l'autorité royale. Voyez un arrêt du parlement de Paris, du 9 mars i4°9i un autre du iS juin i55i , l'ordonnance du Louvre, dans Laurier e , fo/ii. Il, p. 117, etc. etc. etc.

d'olivier de clisson. 37 1

> Item , je laisse et ordonne , pour fonder en la dtcte église dé Nostre Dame de Jocelin par mes exécuteurs cy aprez nommez , une ou deux chapelenies perpétuelles, la somme de deux mille francs pour convertir en rentes et revenus pour la dotation d'ycelles chapelenies» desquelles je retiens et reserve la présentation o le droit de patronaige a moy , mes hoirs et successeurs seigneurs dé Gliczon.

> Item , je veuil et ordonne que un collège de chanoines ou chapelains séculiers soit fondé en l'église de N. D. de Cliczon , ou il y ait dean (doyen), chanoines» chapelains, clers et serviteurs en tel nombre et qui aient telles reuenues comiÊe les commissaires qu'il plaira a nostre S. P. le pape ordonner sur le fait d'y celle fondation , verront que les rentes» terres et reuenues que je ordonne pour cette cause pourront soustenir. Pour la fondation et dotation duquel collège je donne et laisse » quitte et transporte dez le temps de présent a la dicte église de N. D. de Cliczon et aux dean , chanoines » chapelains » clers et serviteurs dessus dicts » toute ma terre et chastellenie de Mont&ucon que j'ai conquise et faict amortir pour ceste cause

» Item, je laisse a la dicte église de Cliczon une ymage d'argent de Nostre Dame, dou poids de XX marcs.

» Item, je laisse et donne a la fabrique et oeuvre de la dicte église de Jocelin mille livres une fois paiées.

» Item, je donne et laisse a ycelle église VIII marcs d'or pour en faire deux beaux galices (sic) et douz (sic) patènes a l'usage d'ycelle église.

> Item, je laisse et donne a la dicte église de Jocelin deux mes bréviaires , lesquels soient enchaisnez (1)

(i) Les livres étaient encore fort rares du temps de Clisson. Ceux d'église surtout, tels que les psautiers , les antiphoniers, les graduels , les processionelj, les iectionnaires ou bréviaire» , étaient gardé» tri»-

Z*]b TESTAMENT

fiunk sépulture de tua dicte compaigne et de Dtoy* pour l'usage des chapelains et clers qui y viendront dire leurs heure*.

» Item , je donne et laisse a la dicte église N. D. de Jocelin la plus belle croix que j'aye, ensemble o les reliques qui sont dedans.

>. Item, je donne et laisse a la fabrique de l'église parochial (sic) de Blein L Ht. pour faire une vitre de l'aultre costë et semblable de celle que ma dicte derraine compaigne y a faict faire.

» Item, je veuil et ordonne que en chascune des églises qui ensuivent , c'est assavoir de Nantes, Rennes, S. Malou, S. Brieuc et de Vennes, soit fondé un anniversaire solemnel a célébrer par chascun an par les chanoines et gens d'ycelles églises a tel jour comme je decederay. Lequel anniversaire soit de vespres et vigiles a IX leçons et messe a note ; pour la fondation desquels anniversaires je donne cent escus.

> Item, je laisse a chascune église cathédrale» chascune abbaye , chascun prieuré conventuel , convent des ordres mendians et autres de Bretaigne, pour chanter et célébrer un service solemnel pour l'ame de moy aprez mon trespassement > XX liv. monnoye.

» Item, je veuil et ordonne que le testament ou derraine volenté de ma trez chiere et trez amée compaigne et espouse Beatrix de Laval que Dieu absolle, soit exécuté et accompli par mes exécuteurs cy aprez nommez , de la ou il ne le seroit.

> Item, je veuil et ordonne que tous les biens qu'a-

soigneusement dans les églises ; non-seulement on les fixait au pupitre par une chaîne en fer , de crainte qu'on ne les dérobât , mais il arrivait souvent qu'on les enfermait dans une espèce de cage en fer à claire ▼oie, de sorte que les chantres étaient obligés de passer le bras entre les barreaux pour tourner le feuillet. Voy. sur la rareté et la valeur des livres au moyen âge, nos Curiosités bibliographiques^ pp. v — xvj , notre Dictionnaire de Bibliologie , etc. etc.

d'olivier db clisson. - 373

Toit donnés feu maistre Jehan le roy pour fondation d'une chapelenie, lesquels ont esté saisis par moy, soient entièrement délivrés et restitués a ycelle fondation,

> ltems Je donne et laisse a l'église S. Brieuc pour la réparation d'ycelle CGC liv.

» Item, a l'abbaye de S* Jehan Desprez au dessous du chasteau de Jocelin CGC liv. pour prier pour l'âme de moy*

» Item y je donne, laisse- et ordonne deux milles livres pour estre despartie» et omosnées entre les pouvres gens des chastellenies de Ghasteau Jocelin , de Bron , de Blein et de Gliczon , ainsi comme mes exécuteurs verront que sera a faire en recompensation d'aucunes charges qu?ils ont soustenues. pour cause de moy.

> Item y je veuil et ordonne que dez le temps présent par touz mes terres ne soient levez au temps advenir aucuns guiez ( droit de guet ) par deniers, et que ce qui en a esté faict au temps passé ne puisse porter aucun préjudice au temps advenir..

> Item, je veuille et ordonne que tous le* heritaiges , hostels, moulins, terres, rentes et reuenues que j'ay faict prendre. et mettre en ma main, de quelques églises, personnes et gens que ce soit, eu il.seroit trouvé par mes. exécuteurs que je ne le peusse faire de raison, leur soient rendus, restituez. et délivrez, avec les levées du temps passé ,

» Item, je veuil et ordonne que tous les hostels, maisons , édifices et heritaiges que j'ay faicjt abatre et empescher pour les fortifications de mes chasteaux et villes enclore dedans yceulx , soient rendus et en soient desdommagez ceulx a 'qui ils doivent appartenir....

> Item, je veuil et consens que Bertrand de Dinan filz du sire de Chasteau Brient jouisse tout entièrement de touz les laiz que ma dicte derraine compaigne son

ayeulle lujr a faict et donné selon la fourme de son testament.

> Item y je donne et laisse a mes très chiers et très amez cousins , parens , serviteurs et amys cy aprez nommez , les choses qui ensuivent. C'est assavoir

> A ma fille sœur aisnée du comte de Benthievre IV. M. liv. ou cas que le mariage s'accompliroit demonsieur Jehan de Rieux de Chasteauneuff et elle.

> Item , a mon aultre fille sa sœur juvegneure (junior), IL M. liv.

> À mon cousin le sire de Rex et de Rocheffbrt, IV. M. liv.

> A ma cousine, sa compaigne, une petite croix de perles et ma bible*en François.

> Au sire de Beaumanoir, IV. M* liv. et un petit cheval blanc qui est a Jocelin.

> A l'evesque de S, Malou , III. M, liv. et ma grande hacquenée noire, et un annel d'or que madame la royne de Sicile me donna.

> A l'evesque de S. Brieuc , III. M. liv,

> A l'abbé de Bonrepos , XV v cens liv.

» A M. Jehan d'Avaucours, IX. cens liv. » A M. Alain de la Motte , IX. cens liv, » Au dict Bertrand de Dinan fils du sire de Ghasteau Brient toute ma terre de Loheac en pur et perpétuel heritaige pour lui et ses hoirs légitimes procréez de sa char , par ainsi que ou cas qu'il decederoit sans hoirs de son corps procréez , comme dict est , ycelle terre retourneroit a moy et a mes héritiers.

> Item , au dict Bertrand tout mon hernois de mon corps qui est a présent a Jocelin.

» Item, au dict Bertrand mon rouçin fauve et CGC. liv.

* Item, a maistre Jehan Reyrant pour poursuivre envers notre S. P. le pape la confirmation et décret de ma fondation du collège de Nostre Dame de Gliczon et d'un convent de frères meneurs que j'ay ordonné

d'olivier dk clisson. 375

et ordonne estre fondé a Cliczon et pour en payer les bulle» et lettres , C. liv.

» IUm, a Rolland de la Villeeon, CGC liv. ~- À Eon de Chasteau Merlet, CGC. Kv. — A Eonnet de Chasteau Merlet son fils » CGC liv. — A Alain de Treguenteuc, CC Jiv, — A Alain Ferron» CC. liv. et un cheval. — A Olivier de Coesbit» CGC. liv. — A Eon du Houille m du Val» CCC. liv. — A Jehan Poulart, , DG. liv. — A Eonnet de Quengou , G. liv. — A Jehan de Lesnerac capitaine de Cliczon , CCC liv. — A Jehan Boudart» G. liv.

» Item, je veuil et ordonne que Bertrand du Parc» capitaine de mon chastel de Bron, soit payé de ce que je luy puis debvoir.

» Item , je veuil et ordonne que l'on envoyé à Sainct- Jame en Galice un pèlerin a pied a mes despens » qu'il soit payé pour son labour et travail , ainsi comme mes exécuteurs en ordonneront avec luy.

> Item , je donne a l'abbaye de Meleray {four prier pour l'âme de moy » CGC. liv.

> Je nomme» eslis et ordonne BR. PP. en Dieu messire Robert » evesque de S. Malou , Jehan , evesque de S.s Brieuc » Yves , abbé de N* D. de Bonrepos » messire Jehan sire de Rex et de Rocheffort » et Robert seigneur de Beaumanoir, exécuteurs de ce mien présent testament ou derraine volenté» .avec les codicilcs» additions et suppletions quev je y pourrois faire au temps advenir» ezqueulx mes exécuteurs» je baillé et assigne dez le temps du présent » en tant que faire le puis » la. possession et saisine de tous et chascun mes biens, meubles et immeubles» et veuil» commande et ordonne qu'elle leur soit baillée loyaulment et de fait » en manière qu'ilz les puissent avoir devers eulx» et les convertir et employer en l'exécution de cest mien testament. En tesmoins desquelles choses et chascune j'ay faiçt faire ces présentes lettres scellées de mon propre sceau

et signet , et soubzsignées par les notaires cy dessoubz escripts : présents et tesmoings appelez a Pordenance de ce mien testament ou derraine volenté , les «exécuteurs cy dessus nommez et avec ce messire Amaury de la Motte , dean (doyen) de S. Malou, Jehan du Houlle, Olivier de Coesbit , Eon du Houlle , Jehan Gucho -, Eon du Quengo, Jehan du Val, des diocèses de Venues, Nantes et Cornouaille; et plusieurs aultres en tesmoi~ gnage de ce requis , ensemble o les dicts notaires. Donné et faict en mon chasteau de Jocelin au diocèse de S. Malou le V février M. CCCC. VI. ( 1407 , n. st.) »

A la suite de ce testament est un codicille en latin , qui mérite d'être rapporté.

« In nomine Douini, amen. Anna ejusdem Domine M. CCÇC. FI, die Vlfebr. etc. D. Oliveriusde Clicio, etc. Non recedendo ab ordinationibus et testamento sua nuncupativo per eum die F mentis prefati factis et ordinato9 quinimo ipsas ordinal iones et saura predictum testa-t mentum confirmando et ratificando , codicitlando et addendo, etc.

> Dédit D. de Foncier panuam seu forraturam hoppe-, lande sua.

» Item , légat nobili vira Bertranno de Dinanno filio. no b dis viri D. Charoli de Dinanno D. Castelbrienti unum Jacques gallicè de suis (1), auod tamen non sit dé pre7 senti insignitum armis seu insigniis ipsius D. Oliverii, et unam suant hoppelandam rubeam martris foderatam.

» Item , dédit et legavit nobili viro magistro Amaurico

(1) Une de ses Jacques. Ce root avait deux acceptions : il signifiait armure , du mot breton jaccunm, qui dit la même chose \ il signifiait aussi pourpoint, habit, d'où nous est reste' le mot Jacquette qu'on emploie encore quelquefois pour designer une petite robe d'enfant* Du temps de Clisson il y avait aussi des jacquettes de livrée , blanc , noir et violet, à une grande cordelière de fil d'or de Venise, etc.

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