‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 2)Chapitre 92 sur 137 · ET ROY DE FRANCE · texte numérisé non relu

ET ROY DE FRANCE

c Charlemagne voyant qu'il ne pourrait longuement demeurer en ce monde , pour se sentir aggravé d'années et de grands travaux» délibéra de disposer de toutes choses et de faire des testamens , par lesquels il donnoit quelque partage a ses filles et aux fils qu'il avoit eus de ses concubines : mais pour les avoir trop tard encommencez , il ne les peut achever. Il divisa ses thresors , ses joyaux , ses meubles et son argent en la façon et manière portée par son testament, dont la teneur s'en suit :

> Au nom du seigneur Dieu tout puissant, du père, du fils et du sainct esprit

> Cy commence la description et partage que le très glorieux et très dévot prince Charles, empereur auguste , Tan de l'incarnation de nostre Seigneur'Jesus Christ , huict cens unze, de son règne en roy de France le quarante troiziesme, en l'Italie le trente siziesme et de son empire le unziesme et l'indiction quatriesme , esmeu de saincte considération , a délibéré de faire, et que par le bon vouloir de Dieu, il a accomply de ses thresors et de l'argent qui en ce jour seront trouvez en sa chambre. Ayant au dict partage surtout voulu adviser a ce que non seulement la distri* bution des aumosnes , laquelle entre les chrestiens se faict solemnellement de leurs possessions, se fict par ordre et raison pour luy de son argent mesme , mais aussi que ses héritiers ostans toute ambiguité , cognoissent clairement ce qui leur devoit appartenir, et peussent entre eux sans contention , procez ou débat, iceux diviser par compétente portion*

> Doncques en ceste intention et volonté, premièrement il a party et divisé en trois parts tous ses meubles»

consistant tant en or qu'en argent et en pierres précieuses, et autres ornemens royaux , qui ( comme il a esté dict ) se pourront alors trouver en sa chamlye.

» Puis divisant et de rechef part issant les dites parts , a faict vingt et une parts des deux parts , et réservé la troisiesme entière. Et des deux parts la division faicte en vingt et une parties consiste en ceste façon :

> Que d'autant qu'en son royaume y a vingt et une villes métropolitaines» chacune de ses parts soit par les mains de ses héritiers et amis donnée a chaque ville métropolitaine en don d'aumosne , et que l'archevesque qui lors sera l'administrateur de la dite église , prenant la part qui aura e*té donnée a son église, la partage avec ses suffragans, c'est a sçavoir de ceste façon : que la troisiesme partie soit a son église, et que les .autres deux parts soient divisées et reparties entre ses suffragans.

> Or est chaque division et part d'icelles qui des deux premières parts est faicte a chaque ville métropolitaine , dont il y en a vingt et une , l'une de l'autre séparée en son cabinet avec la suscription et nom de chacune d'icelles : et sont les noms des dictes métropolitaines aux quelles a esté donnée ceste aumosne ou largesse, celles qui ensuivent : Rome, Ravenne, Milan, Forly, Grado, Golongne (et non Bolongne comme porte la traduction ) , Maïence , Saltzburg ( nommée aussi Vivan ) , Trêves , Sens , Besançon » Lyon, Rouen, Rheims, Arles, Yienne, Tarentaise, Embrun , Bordeaux , Tours et Bourges.

» Et quant a l'autre part , laquelle il vouloit estre réservée, la raison est telle, que ces deux distribuées aux sus dictes divisions et parts , ceste troisiesme consistasl en l'usage quotidien, comme chose qui apparut n'estre aliénée par aucune obligation de vœu , de la puissance et seigneurie du possesseur, et ce tant qu'il vivroit , ou qu'il estimast l'usage de la dicte part luy

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estre nécessaire. Mais après son trespas , on après que de sa propre volonté, il se seroit despouillé de toutes choses séculières et mondaines , ceste partie seroit subdivisée en quatre subdivisions , et Tune d'icelles seroit adjoustée aux sus dictes vingt et une parts , et l'autre prinse seroit divisée a ses fils et filles, et a ses nepveux et niepces ( c'est plutôt petits-fils et petites-filles) par une juste et raisonnable division.

» La troisiesme , selon la coustume des chrestiens , seroit employée à l'entretenement des pauvres.

» La quatriesme pareillement seroit divisée et partie comme une aumosne a l'entretenement et nourriture des serviteurs et servantes du palais.

» Et voulant qu'a cette portion de toute la somme qui , comme les autres , consistoit en argent et or , fust adjoinct et mis tout ce qui estoit de fer et de cuivre et d'autres métaux, avec les vases , ustensiles» armes et habillemens, et tous autres meubles fussent précieux et communs , faicts pour servir a divers usages , comme sont marmites» chaudières, couvertures, lodiers (couvrepieds) , chasliz, cuirs, mortiers, et tout ce qui se trouverait ce jour la , tant en sa chambre qu'en sa garderobe et cuisine , afin que d'autant plus fussent grandes les divisions et parts de ceste part, et que l'aumosne peut servir a d'autant plus de gens/

» Quant a sa chapelle, c'est a dire le ministère de l'église , il ordonna que tout ce qu'il avait faict et assemblé , et ce qui lui estoit advenu par la succession de son père demeurast entier et ne fust couppé en aucune division ny partage ; et s'il se trouvoit quelques vases ou livres, ou autres ornemens lesquels il apparut certainement n'avoir point esté donnés par lui a la chapelle , celuy qui les voudroit les acheptast , en donnant le prix de la j uste estimation d'iceux. Semblablement il ordonna des livres desquels il en avoit un grand nombre en sa librairie , que ceux qui les voudraient avoir les achepteraient a

juste et raisonnable prix ; et que l'argent qui en proviendrait seroit donné aux pauvres.

» Entre autres choses , il avoit trois tables d'argent et une d'or de belle grandeur et de grand prix; sur lesquelles il ordonna , que Tune d'icelles qui estoit quadfangulaire et en laquelle estoit gravée la description de la ville de Constantinople, fust portée a Rome a la basilique de Sainct Pierre , entre autres dons qu'il y Ûst porter ; et que l'autre qui estoit ronde , en laquelle estoit gravée la forme de la ville de Rome , fust donnée a l'evesque de la ville de Ravenne, Quant a la troisiesme qui surpassoit les autres tant en prix qu'en excellence et beauté de l'ouvrage, laquelle estoit faicte en forme de trois formes rondes ( c'est a dire de trois cercles entrelassés ) auxquelles estoit en graveure très déliée et très délicate, engravée la figure des trois parties de la terre : et quant a une autre qui estoit d'or , qu'on disoit estre la quatriesme, il ordonna que toutes deux seraient mises, comme supplément a la troisiesme partie, qu'il avoit voulu estre divisée entre les héritiers et les aumosnespar luy ordonnées» Il ordonna et fist ceste constitution et testament devant les evesques, abbez et comtes, qui pour lors pouyoient estre avec luy , et dont les noms suivent »

« Lesquelles choses (ajoute Eginhard) son fils Louys accomplit incontinent après la mort de son dict père. >

Voilà tout ce qui nous reste du testament de Charlemagnej il eût été plus intéressant si Eginhard nous eût laissé quelques détails sur la valeur de ce que ce prince a laissé à chaque métropole, ou au moins sur ce que chacune des trois grandes divisions de sa succession pouvait valoir, On aurait pu comparer la valeur du domaine privé du prince à cette époque, ayec celle du même objet dans nos temps modernes,

Nous n'avons point parlé d'un autre testament que/ Gharlemagne fit en 8p6 , qu'il }u| dans up parlement

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assemblé à Thion ville, qui fut approuvé par les seigneurs et envoyé au pape qui le signa. Par ce testament il partageait ses états entre les trois princes ses enfans , Charles né en 772, Pépin né en 776, et Louis né en 778; les deux premiers étant morts avant leur père , l'un en 81 1 et l'autre en 810 , le testament ne put plus avoir son effet; et c'est sans doute après la mort de Charles en 81 1 , que Charlemagne se détermina à faire le second testament que nous avons rapporté , et dont les dispositions, comme nous l'avons vu , sont , selon l'usage du temps» aux trois quarts en laveur des églises et des pauvres , et un quart en laveur des enfans.

Du Hàillar nous fournit sur le testament de Louis , successeur de Charlemagne , un mot qui trouve naturellement sa place ici. Commençons par dire que ce prince copnu sous le nom de Louis-le-Débonnaire, troisième fils de Charlemagne et d'Hildegarde, né en 778 , fut d'abord roi d'Aquitaine à sa naissance , couronné à Rome trois ans après, en 781 » et associé à l'empire au mois d'août 81 3 ; il succéda à son père en 814 . fut déposé et enfermé dans un couvent à Soissons en 833, remis en liberté en 834» et mourut le 20 juin 84o.

« Louys le Débonnaire ( dit du Haillan ) , roy et 'empereur, peu auparavant que mourir fist son testament et en présence de son fils Lothaire ( né en 796 , mort en 856 ) , fist apporter tous ses meublés pour voir ce qu'il vouloit laisser tant a ses enfans que aux églises , aux pauvres et a ses serviteurs. Il donna a son dict fils Lothaire sa couronne royale et l'espée qu'il portoit aux guerres, nommée l'espée Sainct Pierre, a la charge qu'il honoreroit tant qu'il vivroit Judith, sa ( seconde ) femme, marastre ( belle-mere ) du dict Lothaire, et qu'il

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aimerait Charles ( le Chauve ) son fils le plus jeune (né en 8s3 , mort en 877 ) , et le lairroit librement et paisiblement jouyr de la portion du royaume qu'il luy avoit donnée ainsi qu'il luy avoit promis. >

Du Haillan ne donne aucun autre détail sur ce testament.

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