TESTAMENT DE DAVID PURRY
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David Purry , seul artisan de son immense fortune , fut un citoyen modeste et bienfaisant, dont toutes les pensées ne tendirent qu'au bien de sa patrie et au soulagement des malheureux. Son testament étant l'expression de sentimens aussi honorables, nous nous faisons un devoir d'enrichir notre recueil des principales dispos itions de cet acte important.
• Nous ne nous étendrons pas sur la vie de M. Purry, parce que M. Fréd. Brandt en a donné une notice in- ■ téressante, suivie de son testament et d'un extrait de sa correspondance particulière. Neuchâtet, 1896, in-8." dexij— 108 pag. , avec portrait et fac-similé. Nous dirons seulement que David Purry reçut le jour à Neuchâtet en février 1709, de Jean-Pierre Purry, maire de Lignières , puis colonel au service de S. M. Britannique , et de demoiselle Lucrèce Chaillei, son épouse. Son père, extrêmement actif et entreprenant, forma divers établissemens , «d'abord au Cap de Bonne-Espérance, puis en Amérique darts la Caroline; mais il acquit plus de réputation que de fortune, et mourut au sein de sa colonie dans la ville de Purisbourg, qu'il avait fondée. Son fils aîné, Charles Purry, qui l'avait suivi en Amérique, lui succéda dans le commandement de la colonie. Il se maria avec une veuve de Charles town, capitale delà Caroline, s'établit à Port-Royal , et au moment où il se proposait de repasser en Europe, il fut assassiné par ses nègres en juin 1754: sa veuve et une fille qu'il avait , restèrent en Amérique.
#uant au jeune David Purry , fils cadet de Jean-Pierre, avait pas quitté Nouchâtel ; il fut destiné au cora-
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mercepar sa mère , qui prît grand soin de son éducation. Elle le plaça d'abord chez M. Isaac Tarteiron, banquier à Marseille; de là il passa à Londres, et la maison de Londres qui sut apprécier ses qualités et ses talens , l'envoya à Lisbonne , où il arriva en i -;3(ï. C'est là qu'il commença l'édifice de sa Corinne , et qu'il le continua jusqu'à sa mort arrivée le 3i mai 1786. Pendant sa longue carrière dans la finance, il s'attira la confiance et l'estime générale par son zèle , sa probité , sa générosité , sa bienfaisance, et par la fermeté de son caractère , quand la circonstance l'exigeait. En voici un trait qui mérite d'être rapporté:
Lorsqu'en 1 759 , par suite de la conspiration tramée contre la vie de Joseph 1.", roi.de Portugal, il fut décidé que les Jésuites seraient expulsés du royaume , 4e marquis de Porobal prit si bien ses mesures et le secret fut s> bien gardé , que ces pères n'apprirent le sort qui leur était réservé qu'au moment même ou ils recurent l'ordre de partir el d'aller s'embarquer sur le vaisseau qui était préparé sur le Tage. (C'était le 3 septembre; les pères étaient au nombre d'environ 600. )Le supérieur de la compagnie avait en main une somme considérable, dont le gouvernement pouvait s'emparer , puisque l'arrêt de bannissement portait confiscation des bien» de Ja société. Il ne savait quel part! prendre potn* sauver, cette valeur. Enfin il se décida à se rendre chez M. Purry (quoique protestant et protégé du ministre Pointai ) : «Monsieur, lui dit-il, vous êtes un- honnête homme, ■> j'ai toute confiance en vous; voici un dépôt assez
> considérable, qui appartient à notre ordre malheureux;
> je le confie à votre honneur; l'acceptée- vous? > M. Purry réfléchit un moment; il comprend la délicatesse de sa position. Enfin il se décide....... « Mon père,
» lui répondit-il, je conçois' votre embarras, le mien. » n'est pas moins grand; n'importe, j'accepte mire t dépôt , et quoi qu'il puisse m'en arriver , il ne sera- re-
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DE DAVID PUBRY. fôt
> mis qu'à la personne (nie vous m'indiquerez ou qui » sera porteur d'un ordre de Votre part. »
Quelques jours après le départ des RM. PP. , le marquis de Pombal est instruit fle ce qui venait de se passer; il mande M. Purry : < Vous avez reçu , dit-il , un dépdt ■
> considérable des Jésuites?— C'est vrai. Monseigneur. » — Vous allez le faire transporter à la trésorerie ;. tons
> leurs biens ont été confisqués et cet argent est dévolu » à la couronne. — Je prie V. Ex. d'observer que cet
> argent est un dépôt , et qu'il est sacré pour moi. J'ai
> solennellement promis au père qui m'a donné sa con- » fiance que, quoi qu'il pût m'arriver , je ne le rendrai
> qu'à lui ou à quelqu'un délégué de sa part. — Mais ,
» Monsieur, vous oubliez Si le roi l'ordonne? — Je
» sens que je m'expose beaucoup; je puis perdre tes
> bonnes grâces de S. M. , la faveur de Y. Ex; , et peut- » être m'attirer une punition plus grave encore; mai» » fort de ma conscience que je dois seule reconnaître » pour juge dans cette circonstance, je ne puis ni ne
> dois manquer à la foi promise. » Le ministre irrité se fâche , menace et quitte brusquement M. Purry; -mais dans le fond il affectait plus de courroux qu'il n'en avait réellement , car il ne pouvait s'empêcher d'admirer ta fermeté et le courage de cet honnête homme , sacrifiant tout à ses devoirs. Quelque temps après , le dépôt fut livré au ministre, maïs ce fut par l'ordre précis du père qui l'avait confié , et qui , informé de ce qui s'était passé , fit des conditions honorables pour son ordre, conditions qui furent religieuse me ut observées par M. de Pombal.
Nous pourrions citer beaucoup d'autres traits , non moins honorables pour la mémoire de M. Purry, surtout en fait de bienfaisance envers le» malheureux et de générosité envers sa ville natale. (Qn en verra la preuve à la fin de cet article. ) II jouissait de la plus grande considération. Le roi de Prusse , Frédéric -le-Grand , lui contera la noblesse en i-;85 , et le créa baron.
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45a TESTAMENT
M. de Purry n'a jamais été marié. Son testament a été l'ail en 1777, c'est-à-dire neuf ans avant sa mort. Ses biens avalent beaucoup augmenté pendant ces neuf années; et dans un petit codicille fait en 1 786, pour changer ses exécuteurs testamentaires, il se promettait d'y en joindre un second , pour disposer de l'augmentation de sa fortune; mais sa mort survenue neuf jours après, ne lui a pas permis de faire ce second codicille. Voyons le testament; il a pour titre :
< Mon testament fait le 3o de janvier 1777. signe et reconnu le lo septembre de la meme année.
> Au non de Dieu , amen. Je soussigné David Purry, » de Neuchâtel en Suisse, né en février 1709, Gis du
> feu colonel Jean-Pierre Purry et de feue dame Lucrèce y Chaitlet, de ladite ville, naturalisé sujet de la Grande-
> Bretagne , par acte de son parlement du mois de mars s ou d'avril de 1736, et actuellement négociant établi
> depuis 41 sus à Lisbonne en Portugal : Considérant » l'incertitude de la durée de notre vie en ce monde, » j'ai déterminé défaire en pleine santé le présent, mon s dernier et unique valable testament , pour l'amour de » diverses personnes , auxquelles je désire faire part des
> biens dont il a plu à Dieu de me bénir et que je pos- » sède : et d'abord je déclare être né dans la religion
> protestante réformée , dans laquelle je prétends vivre
> et mourir; je rends de très-humbles grâces au Tout- » puissant mon créateur pour toutes les faveurs que j'en » ai reçu (sic); j'implore sa divine miséricorde pour le » pardon de tous mes péchés , et j'espère de la bonté
> infinie de cet être suprême qu'il recevra mon ame dans » son paradis.
» Je déclare être garçon, libre, n'ayant jamais été » marié, et n'avoir point d'enfant ni d'héritier forcé,
> tous les biens que. je possède ayant été acquis par la
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» grâce de Dieu, légitimement, dans le commerce, a
> l'exception de ceux que j'ai hérités de feue ma chère » sœur Marie Purry , à qui j'avais fait de son vivant des
> donations plus considérables ; ainsi , pouvant dis- » poser de tous mes biens à mon entière et libre volonté,
> je le fais de la manière suivante , savoir :
> Je lègue à ma belle-sœur Sara h Garvey-Purry , de
> la Caroline méridionale, veuve de feu mon cher frère
> Charles Purry, la somme de dix mille cruzades, de
> quatre cents reis chaque cruzade .laquelle valeur s'en-
> tendra également pour celle de toutes les cruzades
> mentionnées ci-après , chacune de 4°° r,'is (i).
» A ma chère nièce Eléonore Bull Purry , de la Cay roline méridionale , fille unique de ma susdite belle-
> sœur et de feu mon cher frère Charles Purry, mariée » à M. John Bull, de ladite Caroline, la somme de
> 3o,ooo cruzades.
» Au susdit sieur John Bull , 10,000 cruzades.
> A mou cousin germain Pierre Q uinche , de Neu- » châtel, C>,ooo cruzades.
9 A son frère mon cousin germain, etc. etc. » Suivent une quantité considérable de legs faits. aux parens du testateur, à des amis, à ses associés, à ses commis , à ses domestiques , à une jeune fille ou femme portugaise nommée Anna-Joaquina Rosa , à trois demoiselles filles d'un négociant de Lisbonne, qui était mort, etc. Après ces legs individuels , qui se moulent,
(1) La cruzade de 4°o reis se calcule sur le pied de s cruzade* et demie pour 1,000 reis, et comme la moyenne de change sur Paris est des 43° reis pour 3 liv. de France, on peut compter que 3,5oo cruzades valent 1,400,000 rt's et équivalent à environ 9,700 fr. de France, s { Note tirée de la Notice sur la vie de M. Purry- , p. 1 08. )
Dans le tableau de comparaison des monnaies étrangères avec les monnaies de France, la cruzade d'or de 1J88 reis est estimée 3 fr. 3o cent. ( V . Annuaire du bureau des longitudes , 1818 , p. 67. ) Cette estimation se rapproche beaucoup de la précédente donnée par M. Fréd. brandi.
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dît le testateur, à is6,4oo cruzades, viennent les legs
généraux.
< Je lègue aux pauvret de la paroisse N.* S.' das
> Mercès , dans laquelle je demeure actuellement , douze
> cents cruzades, pour leur être distribuées par petites
> portions aux plus nécessiteux et dignes de charité... , ï avec l'assistance du curé de ladite paroisse qui pour » lors existera , auquel je lègue aussi deux cent quarante » cruzades pour lui-même.
» Je lègue aux pauvres de la factorerie britannique
> de Lisbonne douze cents cruzades , pour leur être » distribuées par petites portions , etc. , arec l'assistance » du conseil britannique de Lisbonne. » ( A la fin du testament il y a aussi deux cent quarante cruzades pour le chapelain de la factorerie. )
Ici M. Purry déclare qu'il ne doit rien à personne; qu'au 3i décembre précédent ( 1776) . ses biens pouvaient monter à 4/5, 000 cruzades , non compris ce qui lui reviendra de sa société actuelle Purry, Mellish et de Vismes , pour sa part des profits accumulés et laissés en réserve sur la balance dernière dtidit 3i décembre, et des autres profits qui pourront résulter de la continuation des affaires. Ses biens particuliers consistent en trois articles , savoir : le premier , en un mobilier considérable , qui lui appartient; le second, en cent cinquante-huit contes cent quinze mille cent soixanteun reis d'argent liquide que lui doit ladite société, a intérêt de cinq pour cent ; et le troisième , en vingt-six centièmes dans te fonds capital de cent contos de reis et de toutes les affaires de la société, etc.
Enfin, il institue et nomme pour héritier universel du restant de tous ses biens tant présens que futurs, la ville et bourgeoisie de Neuchâtel en Suisse, sa patrie, < pour en faire, dit-il, les usages ci-après nommés, » auxquels uniquement et de toutes façons je les destine,
> afin que les bourgeois de ladite ville, mes compatriotes,
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