‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 3)Chapitre 26 sur 123 · TESTAMENT DE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE NAPOLÉON

■ Cejourd'hui i5 avril i8ai, à Longwood, île de Sainte- Hélène.

■ Ceci est mon testament ou acte de dernière voUmté.

» 1.* Je meurs dans la religion apostolique et romaine , clans le sein de laquelle je suis né il y a plus de cinquante ans.

■ 2." Je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français que j'ai tant aimé.

» 3." J'ai toujours eu à me louer de ma trèschère épouse Marie-Louise ; je lui conserve jusqu'au dernier moment les plus tendres sentimens (B) ; je la prie de veiller pour garantir mon fils des embûches qui environnent encore son eniance.

» 4-° Je recommande à mon fils de ne jamais oublier qu'il est né prince français, et de ne jamais se prêter à être un instrument entre les mains des triumvirs qui oppriment les peuples de l'Europe. Il ne doit jamais combattre, ni

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DI NAPOLEON. l4^

nuire en aucune manière a la France ; il doit adopter ma devise : Tout pour le peuple français.

• 5.* Je meurs prématurément, assassiné par l'oligarchie anglaise et son sicaire. Le peuple anglais ne tardera pas à me venger.

» 6.° Les deux issues malheureuses des invasions de France, lorsqu'elle avait encore tant de ressources , sont dues aux trahisons de Marmont , Augereau, Talleyrand et de la Fayette. Jeteur pardonne : puisse la postérité française leur pardonner comme moi 1

> 7.* Je remercie ma bonne et très-excellente mère , le cardinal , mes frères Joseph , Lucien , Jérôme, Pauline, Caroline, Julie, Hortense, Catarineet Eugène, de l'intérêt qu'ils m'ont conservé. Je pardonne à Louis le libelle qu'il a publié en i&20.(C); il est plein d'assertions fausses et de pièces falsifiées.

* 8.* Je désavoue le Manuscrit de Sainte-Hélène et autres ouvrages sous le titre de Maximes, Sentences , etc. , que l'on s'est plu à publier depuis six ans. Ce ne sont pas là les règles qui ont dirigé ma vie. J'ai fait arrêter et juger le duc d'Ëngnien, parce que cela était nécessaire a la sûreté, à l'intérêt et à l'honneur du peuple français (D) t lorsque le comte d'Artois entretenait de son aveu (1) soixante assassins à Paris. [ Dans de semblablescirconstances,i'agiraisencoredemême (£). ]

()} Il y a quelquefois certaines assertions si inconcevables, si absurdes, que les réfuter serait partager Je ridicule qui y est attaché.

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l44 TESTAMENT

» i.' Je lègue à mon fils les bottes , ordres et autres objets , tels que l'argenterie , lit de camp , armes, selles, éperons, vases de ma chapelle, livres , linge qui a servi à mon corps et à mon usage, conformément à l'état annexé coté A. Je désire que ce faible legs lui soit cher, comme lui retraçant le souvenir d'un père dont l'univers l'entretiendra.

* 2.' Je lègue à lad y Holland , le camée antique que le pape Pie VI m'a donné à Tolentino (F).

» 3." Je lègue au comte Montholon deux millions de francs , comme une preuve de ma satisfaction des soins filiaux qu'il ma rendus depuis six ans et pour l'indemniser des pertes que son séjour de Sainte-Hélène lui a occasionnées.

■ 4-" Je lègue au comte Bertrand cinq cents mille francs.

* 5." Je lègue à Marchand , mon premier valetde-chambre quatre cent mille francs. Les services qu'il m'a rendus sont ceux d'un ami. Je désire qu'il épouse une veuve , sœur ou fille d'un officier ou soldat de ma vieille garde.

» 6." Idem à Saint-Denis , cent mille francs. » 7.' Idem à Piovarre (Noverras) , cent mille francs.

* 8." Idem à Pierron (1) , cent mille francs.

(1) Walter-Scott avait dit dans un de ses JppendicM à la vie de Napoléon, tom. XVIII, p. cxtv : • Il n'est pas

• possible de vérifier ce qui arriva à trois des domestiques,

• Pierron , Abj et Archambaud. On croit cependant que

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» g.* Idem -à Archambàud , vingt-cinq mille francs.

» io.* Idem à Cursor (i), vingt-cinq mille francs.

» il." Idem à Chandelier , vingt-cinq mille francs.

■ 1 a.' Idem à l'abbé Vignali, cent mille francs. Je désire qu'il bâtisse sa maison près de Fonte- Nuovo-di-Rostino.

» i3." Idem au comte de Las-Cases, cent mille francs.

» 14." Idem au comte Lavalette, cent mille francs.

» 1 5.* Idem au chirurgien en chef Larrey, cent mille francs. C'est l'homme le plus vertueux que j'aie connu (G).

» 1 6." Idem au général Braver, cent mille francs.

■ 17.* Idem au général Lefèvre-Desnoùettes » cent mille francs.

» Pierron fut renvoyé à la suite d'une querelle au sujet > d'une servante. Aby (probablement) mourut, et un » des Archambauds s'en fut en Amérique. ■ '

M. Pierfon a réclamé dans les journaux de France, par une lettre du 1 5 octobre 1 837 , contre ce qui le regarde dans ce passage. Il assure qu'il n'a point quitté Napoléon jusqu'à son dernier moment, et que le i." mai i8ai, quatre jours avant sa mort , il le fit appeler et lui demanda : « Que dit-on de moi ? dit-on que je vais mourir ? etc. *

(l) Ce nom n'est ni Cunor, ni Cortot, comme il est écrit ailleurs, mais bien Çoursot. M, Coursot est de Vitteanx (Côte-d'Or).

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l/|6 TESTAMENT

■ i S." Idem au général Drouqt, cent mille francs.

» 19/ Idem au général Cambronne, cent mille francs.

» 20." Idem aux enfans du général Môuton- Duvernet , cent mille francs.

» ai.* Idem aux enfans du brave Labédoyère, cent mille francs.

* 22." Idem aux enfans du général Girard , tué â Ligny , cent mille francs.

■ 23.* Idem aux enfans du général Chartrand, cent mille francs.

■ s/j.° Idem aux enfans du vertueux général Travot, cent mille francs.

» 25." Idem au général Lallemant l'aîné, cent mille francs.

> 26." Idem au comte Real , cent mille francs.

» 27." Idethù Costa de Bastilica en Corse, cent mille francs.

■ 28." Idem au général Clausel, cent mille francs.

» 29/ Idem au baron de Menneval , cent mille francs.

0 3o." Idem à Arnault, auteur de Marius, cent mille francs.

• 5 1.° Idem au colonel Marbot, cent mille francs. Je l'engage a continuer à écrire pour la défense de la gloire des armées françaises, et à en confondre les calomniateurs et les apostats.

» 3a.' /tfcmaubaronBignon, centmillefrancs. Je l'engage à' écrire l'histoire de la diplomatie française de 1792 à 181 5.

» 33.' Idem àPoggi de Talaro, centmillefrancs.

îigitizacbyGoOgle

■ 54.s Idem au chirurgien Emmery, cent mille francs.

» 35.* Ces somme» seront prises sur les six millions que j'ai placés en partant de Paris en 181 5 , et sur les intérêts a raison de cinq pour , cent, depuis juillet 181 5. Les comptes en seront arrêtés avec le banquier , par les comtes Montholon , Bertrand et Marchand.

» 36.* Tout ce que ce placement produira audelà de la somme de cinq millions six cent mille francs, dont il a été disposé ci-dessus , sera distribué en gratifications aux blessés de Waterloo , et aux officiers et soldais du bataillon de l'île d'Elbe, sur un état arrêté par Montholon , Bertrand , Drouot, Cambroane et le chirurgien Larrey.

• 37.* Ces legs , en cas de mort , seront payés aux veuves et enfans, et, au défaut de ceux-ci, rentreront dans la masse.

> 1.* Mon domaine privé étant ma propriété, dont aucune loi française ne m'a privé, que je sache , le compte en sera demandé au baron de la Bouillerie , qui en est le trésorier (1) ; il doit

( 1 ) Lorsque Ce troisième paragraphe, relatif au domttin* privé, parut dans une première copie du testament publiée à Londres eu juillet iSa'i, par le libraire Ridgeway, les journaux anglais du 5 août suivant, qui donnaient de longs fragmens de cette copie, se récrièrent sur ce troisième paragraphe ; le Courier le regardait ou comme

J,g,taeCb,G00gle

l48 TESTAMENT

se monter à plus de deux cent millions de francs , savoir : i.* Le portefeuille contenant les économies que j'ai , pendant quatorze ans , faites sur ma liste civile, lesquelles se sont élevées à plus de douze millions par an , si j'ai bonne mémoire ; a.* le produit de ce portefeuille ; 3.* les meubles de mes palais, tels qu'ils étaient en 1S14 : les palais de Rome , Florence , Turin , y compris tous ces meubles , ont été achetés des deniers des revenus de la liste civile ; 4-" la liquidation de mes maisons du royaume d'Italie, tels qu'argent, argenterie, bijoux, meubles, écuries : les comptes en seront donnés par le prince Eugène et l'intendant de la couronne Campagnoni.

> Napoléon.

(oevxrèME feuillet.^

• a." Je lègue mon domaine privé , moitié aux officiers et soldats qui restent de l'année française qui ont combattu depuis 1793a i8i5, pour la gloire et l'indépendance de la nation : la répar-

faux ou comme une preuve que Bonaparte avait perdu la tète ; puisque, dit-il, il devait se rappeler que ce fonds qu'il regarde comme sa propriété , avait été compris dans les cessions pour lesquelles il exigeait des indemnités dans le traité de Fontainebleau.

Les mêmes journaux regardaient aussi quelques legs comme motivés sur des raisons absurdes; entre autres celui qui regarde un sous-officier impliqué dans une affaire contre le duc de Wellington. ( Voy. plus bas l'art. 5 du quatrième codicille, où 10,090 fr. sont légués au sieur CantHlon.)

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DE HAPOLEOIT. 149

tition en sera faite au prorata des appointemens d'activité; moitié aux villes et campagnes d'Alsace, de Lorraine, de Franche-Comté, de Bourgogne, de nie-de-France , de Champagne , de Forez , Dauphiné, qui auraient souffert par l'une ou fautre invasion. 11 sera de cette somme prélevé un million pour la ville.de Brienne, et un million pour la ville de Méry.

» J'institue les comtes Moatholon, Bertrand et Marchand, mes «xécuteurs testamentaires.

» Ce présent testament, tout écrit de ma propre main, est signé et scellé de mes armes.

» Napoléon. * ( Sceau. J[

■ Etat à joint à mon testament.

i Longwood, lie Sainte-Hélène, ce i5 avril iSai (i)..

» i .* Les vases sacrés qui ont servi à ma chapelle â Longwood. • »

» a." Je charge l'abhé Vîgnali de les garder et de les remettre à mon fils quand il aura seize ans..

» î.'Mesarmes, savoir : mon épée , celle que

(i) Celte date ne se trouve point dans le testament rapporté par le comte Las-Cases à la suite de la Réfutation de la relation du capitaine Maittand , 1837, pp. 124 — 16*, mats elle est dans celui d'AntoHoarchi , et dan» celui de Walter-Scott.

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l50 TESTAMENT

je portais à Austerlitz, le sabre deSobiesky (i), mon poignard , mon glaive , mon couteau de chasse , mes deux paires de pistolets de Versailles,

• 2." Mon nécessaire d'or , celui qui m'a servi le matin d'Uni , d'Austerlitz , d'Iéna , d'Eylau , de Friedland, de l'île de Lobau, de la Moskowa et de Montmirail. Sous ce point de vue , je désire qu'il soit précieux à mon fils. ( Le comte Bertrand en est dépositaire depuis i8i4- )

■ 3.' Je charge le comte Bertrand de soigner et conserver ces objets, et de les remettre à mon fils quand il aura seize ans.

» i.' Trois petites caisses d'acajou contenant, la première, trente-trois tabatières ou bonbonnières; la deuxième, douze boites aux armes impériales, deux petites lunettes et quatre boîtes trouvées sur la table de Louis XVIII , aux Tuileries, le 20 mars i8i5 (H) ; la troisième, trois tabatières ornées de médailles d'argent à l'usage de l'empereur, et divers effets de toilette, conformément aux états numérotés I , II , III.

• a.* Mon lit de camp, dont j'ai fait usage dans toutes mes campagnes.

» 3.* Ma lunette de guerre.

» 4-" Mon nécessaire de toilette, un de chacun de mes uniformes, une douzaine de chemises, et un objet complet de chacun de mes habille-

1 1 ) Il y a ici erreur : ce sabre n'est point celui de Sobieski, mais celui que l'empereur portait à AbouVir. Cette erreur est réparée plus bas.

3,g,t,zeCb,G00gle

DE NAPOLÉON. l5l

mens , et généralement de tout ce qui sert a ma toilette.

» 5." Mon lavabo.

» 6.' Une petite pendule qui est dans ma chambre à coucher de Longwood (I).

» 7." Mes deux montres et la chaîne de cheveux de l'impératrice.

» 8,*Je charge Marchand, mon premier valetde-chambre , de garder ces objets , et de les remettre à mon fils lorsqu'il aura seize ans.

* 1.* Mon médailler.

■ 2.* Mon argenterie et ma porcelaine de Sèvres , dont j'ai fait usage à Sainte-Hélène. ( Etats B et C. )

» 5.* Je charge le comte de Montholon de garder ces objets , et de les remettre à mon fils quand il aura seize ans,

■ 1.* Mes trois selles et brides, mes éperons qui m'ont servi à Sainte-Hélène.

» a.° Mes fusils de chasse au nombre de cinq.

» 3/ Je charge mon chasseur Noverras de garder ces objets, et de les remettre à mon fils quand il aura seize ans,

> 1.* Quatre cents volumes choisis dans ma bibliothèque parmi ceux qui ont le plus servi à mon usage.

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l5a TESTAMENT

» s.* Je charge Saint-Denis de les garder et de les remettre à mou fils quand il aura seize ans, » Nafoujon,

Etat A,

* i." Il ne sera vendu aucun des effets qui m'ont servi. Le surplus sera partagé entre mes exécuteurs testamentaires et mes frères.

• a." Marchand conservera mes cheveux, et en fera faire un bracelet avec un petit cadenas en or , pour être envoyé à l'impératrice Marie- Louise , à ma mère et à chacun de mes frères , sœurs , neveux , nièces , au cardinal , et un plus considérable pour mon fils.

» 3." Marchand enverra une de mes paires de boucles à soutier en or , au prince Joseph.

« 4-'1 Une petite paire de boucles en or à jarretière, au prince Lucien.

■ 5." Une boucle de col en or, au prince Jérôme,

Etat A (i).

» Inventaire de met effets que Marchand gardera pour remettre à nton fil$,

» l,' Mon nécessaire d'argent, celui qui est sur ma table , garni de tous ses ustensiles , rasoirs, etc.

» 2,*Monréveille-matln. C'estleréveille-matin

(i) Cet état-ci renferme plusieurs objets déjà mentionnés dans les précédées.

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DE NAPOLÉON. l53

de Frédéric , que j'ai pris à Postdam. ( Dans la boite n.* III. )

* 3.* Mes deux montres avec la chaîne des cheveux de l'impératrice, et une chaîne de mes cheveux pour l'autre montre. Marchand la fera faire à Paris.

» 4-° Mes deux sceaux. (Un de France, enfermé dans la boîte n." III. )

■ 5." La petite pendule dorée qui est maintenant dans ma chambre à coucher.

> 6.' Mon lavabo, son pot-à-eau et son pied.

■ •j," Mes tables de nuit, celles qui me servaient en France, et mon bidet de vermeil.

» 8.*Mes deux litsen fer, mes matelas et mes couvertures , s'ils se peuvent conserver.

■ Q." Mes trois flacons d'argent où l'on mettait mon eau-de-vie que portaient mes chasseurs eu campagne,

« io.° Ma lunette de France.

» il' Mes éperons ( deux paires ).

» la." Trois boîtes d'acajou, n." I, H, III, renfermant mes tabatières et autres objets. » 1 3.* Une cassolette en vermeil.

• Linge de toilette.

■ 6 Chemises.

6 Mouchoirs, 6 Cravates.

6 Serviettes.

6 Paires de bas de soie.

4 Cols noirs.

6 Paires de chaussettes,

s Paires de drap , de batiste.

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l54 TESTAMENT

a Taies d'oreiller.

2 Robes de chambre.

2 Pantalons de nuit. '

i Paire de bretelles.

4 Culottes-vestes de Casimir blanc.

6 Madras.

6 Gilets de flanelle.

4 Caleçons.

6 Paires de guêtres.

i Petite boîte pleine de mon tabac.

i Boucle de col en or. \

i Paire de boucles à /

• ... [Renfermées dans la

jarretière en or. f-tob0B.»..ni.

i Paire de boucles en I

or à soulier. /

• Habillement.

■ i Uniforme de chasseurs.

i Dito de grenadier.

i Dito de garde national.

2 Chapeaux.

i Capote grise et une verte, i Manteau bleu (celui quej'avaisàMarengo). i Zibeline-pelisse verte.

2 Paires de souliers, a Paires de bottes, l Paire de pantoufles.

6 Ceinturons (i).

» Napoléon.

(i) Les journaux anglais du 5 août i8a/j , après avoir ' annoncé que le testament de Napoléon avait été enregistré ce même iour.au greffe du tribunal de Londres dit

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> Inventaire des effets que j'ai laissés chez M. te

comte de Turenne.

> i Sabre de Sobicski (1).

i Grand collier de la Légion-d'Honneur.

1 Epée en vermeil.

t Glaive de consul, i Epée en fer.

1 Ceinturon de velours, î Collier de la Toison-d'Or.

t Petit nécessaire en acier, î Veilleuse en argent, i Poignée de sabre antique, i Chapeau à la Henri IV et une toque, les dentelles de l'empereur.

1 Petit médailler.

a Tapis turcs.

2 Manteaux de velours cramoisi brodés ,

avec vestes et culottes.

» Je donne :

> i." A mon fils le sabre de Sobieski.

doctors-commons , et que certificat du dépilt a été délivré au comte de Moulholon , ajoutent : tes effets personnels appartenant à Bu on aparté en Angleterre, et dont l'état est écrit en entier de sa main , ont été estimés par des experts à moins de 6oo liv. sterl. ( 1 5,ooo fr. )

(i) C'est par erreur que ce sabre de Sobieski est porté sur l'état A : celui-là est le sabre que l'empereur portait à Aboukir, et qui est entre les mains de M. le comte Bertrand.

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Le collier de la Légion-d'Hon,neur.

L'épée en vermeil.

Le glaive de consul.

L'épée en fer.

Le collier de la ïoison-d'Or.

Le chapeau à la Henri IV e$ la

toque.

Le nécessaire d'or pour les dents , resté chez le dentiste.

■ 2." A l'impératrice Marie-Louise, mes dentelles. A Madame , la veilleuse en argent.

Au cardinal, le petit nécessaire en acier. Au prince Eugène ( i ) ,1e bougeoir en vermeil. A la princesse Pauline, (7C)., le petit méd ailler. A la reine de Naples , un petit tapis turc. A la reine Hortense , un petit tapis turc. Au prince Jérôme,la poignée de sabre antique. Au prince Joseph , un manteau brodé , veste

et culottes.

Au prince Lucien , un manteau brodé , veste et culottes (a).

» Napoléon. »

(1) Eugène de Beauharnais ( fils de Joséphine ), né le 3 septembre, 1780, vice-roi d'Italie le 8 juin i8o5 , marié le i3 janvier 1806 à Auguste- Amélie princesse de Bavière (dont il a eu 7 enfans), prince d'Eischstadt depuis qu'il était retiré en Bavière , est mort à Munich , le ai février 1624. Sa fille aînée Joséphine a épousé Oscar, prince royal de Suède ( te fils de Bernadotte ).

(2) C'est sans doute par erreur que M. le comte Las- Cases, dans son édition du testament, amis à cet article le nom de Louis au lieu de celui de Lucien. Si Napoléon voulait, dans cette nomenclature, passer sous silence uu de ses frères , ce devait être Louis et non Lucien.

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Nota. Au dos des feuilles pliées et scellées, renfermant l'ensemble du testament, se lisait :

« Ceci est mon testament écrit tout entier de » ma propre main.

» Napoléon. «

CODICIitES.

« Avril, le 16, 1821 , Longwood.

■ Ceci est un codicille de mon testament.

» 1." Je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français que j'ai tant aimé.

* 2." Je lègue aux comtes Bertrand , Montholon et â Marchand , l'argent, bijoux , argenterie , porcelaine , meubles , livres , armes , et généralement tout ce qui m'appartient dans l'île de . Sainte-Hélène (i).

(1) Voici une note essentielle de M. le comte Las- Cases, sur ce codicille, qui n'est point dans le testament donné par M. Anlomarchi. M. Las-Cases s'exprime ainsi :

( Le testament et les codicilles de l'empereur ont été • imprimés plusieurs fois , et se trouvent dans divers 011-

> vrages; mais le plussouvenl ils sont in complets et dans » un ordre interverti. La plupart des éditeurs ont négligé 1 celui-ci. Frappés de trouver à l'article premier la répé-

■ tition littérale d'un paragraphe du testament , et de » voir le second en contradiction manifeste avec le con-

> tenu de ce même testament , et ne pouvant s'expliquer

■ cette singularité, ils ont pensé qu'ils n'avaient rien de

> mieux à faire que d'éluder la difficulté qu'ils ne pou? « vaient résoudre, et l'ont laissée de c&té. Toutefois, en

3,g,t,zeCb,G00gle

l5S TESTAMENT

■ Ce codicille , tout entier écrit de ma main, est signé et scellé de mes armes.

■ Napoléon. ■ ( Sceau. )

Au dos se lisait :

■ Ceci est un codicille de mon testament , » écrit tout de ma propre main.

■ Napoléon. ■

* Ce a4 avril i8ai. Longwood.

> Ceci est mon codicille ou acte de dernière volonté.

» Sur la liquidation de ma liste civile d'Italie , tels qu'argent , bijoux , argenterie , linge , meubles, écurie, dont le vice-roi est dépositaire, et qui m'appartiennent, je dispose de deux millions . que je lègue à mes plus fidèles serviteurs, .l'espère que , sans s'autoriser d'aucune raison , mon fils Eugène Napoléon les acquittera fidèlement ; il ne peut oublier les quarante millions de francs que je lui ai donnés soit en Italie., soit par te partage de la succession de sa mère.

■ voici l'explication bien simple. Le testament était la

> pièce réelle et secrète , confiée aux soins des exécuteurs

> testament aires ; le présent codicille, la pièce fictive et

> ostensible, qui, présentée à sir Hudson-Lowe (gouver-

> neurde Sainte-Hélène), laissait les exécuteurs testameni tairesen pleine liberté d'agir d'après leurs instructions;

■ sans cette précaution nécessaire , le gouverneur n'eût

■ pas manqué de faire mettre le scellé sur tout ce qui

> appartenait a Napoléon, et l'eût fait transmettre en • Europe à son gouvernement. >

DE HAPOIÉOH. l5g

> i . ' Sur ces deux millions , je lègue an comte Bertrand trois cent mille francs, dont il versera cent mille francs dans la caisse du trésorier, pour être employés, selon mes dispositions , à l'acquît de legs de conscieuce.

» 2.* Au comte Montholon, deux cent mille francs , dont il versera cent mille francs dans la caisse, pour le même usage que ci-dessus,

• 3." Au comte Las-Cases, deux cent mille francs , dont il versera cent mille francs dans la caisse, pour le même usage que, ci-dessus.

> 4-* A Marchand , cent mille francs, dont il versera cinquante mille francs à la caisse, pour le même usage que ci-dessus.

» 5.* Au comte Lavalette , cent mille francs.

» 6,* Au général Hogendorf , Hollandais , mon aide-de-camp, réfugié au Brésil, cent mille francs.

» 7. ° A mon aide-de-camp Corbinau, cinquante mille francs.

» 8.* A mon aide-de-camp Cafarelli, cinquante mille francs.

» 9." A mon aide-de-camp Dejean', cinquante mille francs.

» 1 o.* A Percy, chirurgien en chef à Waterloo, cinquante mille francs.

> 11.* Cinquante mille francs , savoir :

Dix mille francs à Pierron, mon maître d'hôtel.

Dix mille francs à Saint-Denis, mon premier chasseur.

Dix mille francs à Noverras.

Dix mille francs à Cursor ( Coursot ) , mon maître d'office, •

),,,teb,GoogIe

lDO TESTAMENT

Dix mille francs à Archambaud , mon piqueur.

> 19.* Au baron Menneval, cinquante mille fr. » i3.° Au duc d'Istrie, fils de Bessières, cinquante mille francs.

» 14.' A la fille de Duroc, cinquante mille fr. » i5." Aux enfans de Labédoyère, cinquante mille francs.

■ ijS.* Aux enfans de Mouton-Duvernet, cinquante mille francs,

• 17.0 Aux enfans du brave et vertueux général Travot, cinquante mille francs.

• 18. ' Aux enfans de Chartrand, cinquante mille francs.

> 19.' Au général Cambronne, cinquante mille francs.

• 20." Au général Lefcvre-Desnouettes , cin- ' quante mille francs.

• ai.* Pour être répartis entre les proscrits qui errent en pays étrangers, Français, ou Italiens, ou Belges, ou Hollandais, on Espagnols, ou des départemens du Rhin , sur ordonnance de mes exécuteurs testamentaires , cent mille francs.

a 32.* Four être répartis entre les amputés ou blessés grièvement de Ligny , Waterloo , encore vivans , sur des états dressés par mes exécuteurs testamentaires , auxquels seront adjoints Cambronne, Larrey, Percy et Emmery ( il sera donné double à la garde , quadruple à ceux de l'île d'Elbe ) , deux cent mille francs.

■ Ce codicille est entièrement écrit de ma propre main , signé et scellé de mes armes.

.» Napoléon. »

f Sceau. )

3,g,t,zeCb,G00gle

SE NAPOLEON. l6l

Au dos est écrit :

■ Ceci est mon codicille ou acte dé ma dernière

volonté, dont je recommande l'exacte exécution

à mon fils Eugène Napoléon ; il est tout écrit

de ma propre main.

» Napoléon. ■

à Ce 34 avril 1821 , àî.ongwood.

• Ceci est un troisième codicille à mon testament

du i5 avril.

» 1.' Parmi les diamans de la couronne qui furent remis eu 18 14, il s'en trouvait pour cinq à six cent mille francs (1) qui n'en étaient pas et qui faisaient partie de mon avoir particulier ; on les fera rentrer pour acquitter mes legs.

* 2/ J'avais chez le banquier Torlonia de Rome,

(1) Le montant de cette gomme est ainsi énoncé dans deux copies du testament, qui ont paru avant celle de M. Las-Cases, où il porte ladite somme à 5o, 000, 000 fr. C'est évidemment une erreur. Walter-Scott ne porte non plus que cinq à six cents mille francs.

Dans les coinmencemens de la révolution , on fit l'inventaire des diamans de la couronne , perles , pierreries , etc., en conformité des décrets de l'Assemblée constituante des 26 , 27 mai et 22 juin 1 791 ; la partie seule des diamans , décrits en 36? articles, fut estimée 16, j3o,4o3 livres. Le régent seul fut estimé 12,000,000 liv. ; d'autres allèrent à 60,000» a 65, 000, à 85,ooo, à i5o,ooo, à 300,000 liv. Les quatre chapitres concernant les diamans, les perles, les pierres de couleurs et les parures, n'excédèrent pas dans leur récapitulation la somme de 25,923,197 liv. V. V Inventaire imprimé par ordre de l'Assemblée nationale, Paris, 1791 , 2 vol. iu-8."

3,g,t,zeCb,G00gle

l62 'TESTAMENT

deux à trois cent mille francs en lettres de change , produits de mes revenus de l'île d'Elbe , depuis iôi5. Le sieur de la Perruse, quoiqu'il ne fût plus mon trésorier, et n'eût pas de caractère, a tiré à lui cette somme. On la lui fera restituer. » 3." Je lègue au duc d'Istrie trois cent mille francs , dont seulement cent mille francs rêver- sibles a sa veuve, si le duc était mort lors de l'exécution des legs. Je désire , si cela n'a aucun inconvénient, que le duc épouse la fille de Duroc.

> 4-* Je lègue à la duchesse de Frioul , fille de Duroc, deux cent mille francs ; si elle était morte avant l'exécution du legs, il ne serait rien donné à sa mère.

» 5.* Je lègue au général Rigaud , celui qui a été proscrit , cent mille francs.

* 6." Je lègue à Boisnod , commissaire ordonnateur , cent mille francs.

» ■].* Je lègue aux enfans du général Letort, tué dans la campagne de 1 8i5, cent mille francs.

> 8.* Ces huit cent mille francs de legs seront comme s'ils étaient portés à la suite de l'article 36 de mon testament ; ce qui porterait à six millions quatre cent mille francs la somme des legs dont je dispose par mon testament , sans comprendre les donations faites par mon second codicille. >

» Ceci est écrit de ma propre main , signé et scellé de mes armes.

» Nipoiioiï. »

( Sceau. )

JigitizecbyGoOgle

DE NAPOtÉON. l63

Au do» est écrit :

■ Ceci est mon troisième codicille à mon testament , tout entier écrit de ma main , signé et scellé de mes armes.

■ Sera ouvert le même jour et immédiatement après l'ouverture de mon testament.

» Napoléon. »

* Ce a4 avril 1 8a i . Longwood.

* Ceci est un quatrième codicille à mon testament.

■ Far les dispositions que nous avons faites précédemment , nous n'avons pas rempli toutes nos obligations , ce qui nous a décidé à faire ce quatrième codicille.

» i.* Nous léguons au fils ou petit-fils du baron Dutheil ( 1 ) , lieutenant-général d'artillerie, ancien seigneur de Saint-André, quia commandé

(i) Ce nom ne doit point s'écrire Dutheil, ruais DvtHK. Dans l'Etat militaire d* francs pour l'année 1793, Paris, Onfroy, 1 Jq3, in-ia , p. i5j, à l'article Cotni d'aithieme , on voit H. Duteil aîné figurer parmi les licutenansgéaéraux , et M. Duteil cadet , parmi les maréchaux-decamp. BroHiPAim (sic) y est mentionné, p. 164 , parmi les second* capitaines du régiment ci-devant Grenoble , à Grenoble ; il est le troisième sur vingt seconds capitaines.

M. Â manton , ancien maire d'Auxonne, qui a connu particulièrement M. Duteil, nous a communiqué un Mémoire publié en 1791 par cet officier, et portant à la première page : (Mémoire pour Jean-Pierre Durai,, > maréchal-de-camp au corps royal de l'artillerie de » France , commandant de l'école d'Auxonne , etc. » Le nom de H. Duteil est répété à chaque page dans ce Mémoire , souscrit par cet officier.

3,g,t,zeCb,G00gle

l64 TESTAMENT

l'école d'Auxonne avant la révolution , la somme de 100,000 (cent mille francs), comme souvenir de reconnaissance £>our les soins que ce brave général a pris de nous, lorsque nous étions lieutenant et capitaine sous ses ordres.

1 2." Idem au fils ou petit-fils du général Dugoiuier , qui a commandé en chef l'armée de Toulon, la somme de cent mille francs (100,000). Mous avons, sous ses ordres, dirigé ce siège et commandé l'artillerie ; c'est un témoignage de souvenir pour les marques d'estime , d'affection et d'amitié, que nous a données ce brave et intrépide général.

• 3." Idem nous léguons cent mille francs ( 100,000 ) aux fils ou petits-fils du député à la Convention Gasparin, représentant du peuple â l'armée de Toulon, pour avoir protégé et sanctionné de son autorité , le plan que nous avons donné , qui a valu la prise de la ville , et qui était contraire à celui envoyé par le comité de salut public. Gasparin nous a mis , par sa protection , à l'abri des persécutions de l'ignorance des étatsmajors qui commandaient l'armée avant l'arrivée de mon ami Dugomier.

» 4-" Nous léguons cent mille francs (100,000) à la veuve , fils ou petits-fils de notre aide-decamp Muiron, tué à nos côtés à Àrcole, nous couvrant de son corps.

» 5." Idem dix mille francs (10,000) au sous* officier Cantillon, qui a essuyé un procès comme prévenu d'avoir voulu assassiner lord Wellington , ce dont il a été déclaré innocent. Cantillon avait autant de droit d'assassiner cet oligarque,

3,g,t,zeCb,G00gle

DE ICIPOLÊOH. t65

que celui-ci' de m envoyer périr sur le rocher de Sainte-Hélène. Wellington, qui a proposé cet attentat , cherchait aie justifier sur l'Intérêt de la Grande-Bretagne. Cantillon, s'il eût vraiment assassiné le lord , se serait couvert et aurait été justifié par les mêmes motifs, l'intérêt de la France , de se défaire d'un général qui d'ailleurs avait violé lth capitulation- de Paris, et? par K s-'était rendu responsable du sang des martyrs Ney , Lahédoyère , etc; , et du crime d'avoir dépouillé les musées contre le texte des traités (i). ■ 6.' Ces 4*0,000 fr. ( quatre cent dix mille' francs) seront ajoutés aux six millions quatre

(j) Le style dû testateur parait ici entortillé, diffus, défectueux, et répond à la difficulté de soutenir le système exposé dans cette clause. H. le comte Las-Cases semble l'avoir senti dans la note suivante qu'il a ajoutée à ce passage, quoique! Je défende :-

■- Quelques-uns , dit-il , ont blâmé , dans ce quatrième ■ codicille, l'article du subalterne Cantillon, comme x- pouvant , suivant eux, être pris pour un. sentiment de •- haine et a voisiner, la justification du meurtre. Hais * nullement ; et ce serait bien mal lire. Napoléon n'a

> voulu au contraire ,. par une similitude frappante , que

> mieux constater un grand- principe de haute morale,

> et faire ressortir d'autant plus énergiquement tout

> l'odieux du raisonnement de la violence, de l'assassinat

> même, selon lui , employés contre sa personne. >•

Malgré ce plaidoyer de M., de Las-Cases., je doute que., si Annibai eût fait un testament, étant près de mourir chez PrusUs , il eût gratifie d'un legs un soldat carthaginois soupçonné d'avoir voulu assassiner Fabius. L'article motivé commeii Test dans le testament de Napoléon >. y paraîtra toujours une seconde tache très-saillante.

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iGÔ TESTAMENT

cent mille francs , dont noua avons disposé , et porteront nos legs à six millions huit cent dix mille francs. Ces quatre cent dix mille francs doivent être considérés comme faisant partie de notre testament , article 36 , et suivre en tout le même sort que les autres legs.

■ 7.* Les neuf mille livres sterling que nous avons données au comte et à la comtesse Montholon , doivent , si elles ont été soldées , être déduites et portées en compte sur les legs que nous leur faisons par nos testament SI elles n'ont pas été acquittées, nos billets seront annulés.

» .8.* Moyennant le legs fait par notre testament au comte Montholon , la pension de vingt mille francs accordée à sa femme est annulée : Je comte Montholon est chargé de la lui payer.

> 9.' L'administration d'une pareille succession , jusqu'à son entière liquidation , exigeant des frais de bureau , de courses , de missions , de consultations , de plaidoiries , nous entendons que nos exécuteurs testamentaires retiendront 3 ( trois pour cent ) sur tous les legs , soit sur les six millions huit cent mille francs , soit sur les sommes portées dans les codicilles, soit sur les deux cent millions de francs du domaine privé.

» io." Les sommes provenant de ces retenues seront déposées dans les mains d'un trésorier et dépensées sur mandat de nos exécuteurs testamentaires.

» 1 1." Si les sommes provenant desdites retenues n'étaient pas suffisantes pour pourvoir aux frais, il y sera pourvu aux dépens des trois exé-

3,g,t,zeCb,G00gle

cuteurs testamentaires et du trésorier, chacun dans la proportion du legs que nous leur avons fait par notre testament et codicille. -

» 12.0 Si les sommes provenant desdites retenues sont au-dessus des besoins, le restant sera partagé entre nos trois exécuteurs testamentaires et le trésorier , dans le rapport de leurs legs respectifs.

> 1 3." Nous nommons le comte Las-Cases , et à son défaut , son fîls#- et à son défaut, le général Drouot, trésorier.

» Ce présent codicille est entièrement écrit de notre main , signé et scellé de nos armes. > Napoléon. »

( Sceau. )

1 Ce a4 avril i8ai. Longwood.

> Ceci est mon codicille ou acte de ma dernière volonté,

> Sur les fonds remis en or à l'impératrice Marie-Louise , ma très-chère et bien-aimée épouse, à Orléans, en 181.1, elle reste me devoir deux millions, dont je dispose par le présent codicille , afin de récompenser mes plus fidèles serviteurs , que je recommande du reste à la protection de ma chère Marie-Louise.

» 1.* Je recommande à l'impératrice de faire restituer an comte Bertrand les trente mille francs de rente qu'il possède dans le duché de Parme, et sur le Mont-Napoléon de Milan , ainsi que les arrérages échus.

» 2.* Je lui fais la même recommandation pour le duc d'Istrie, la fille de Duroc et autres

3,g,t,zeCb,G00gle —

nîère volonté , dont je recommande l'exécution à ma très-chère épouse Marie-Louise.

• Napoléon. ■ (Sceau. )

Certifié par les témoins ci-après :

Montholon. \

Bertrand. .,. , ,

, \ Pièce de soie verte.

Marchand.

VlGNALI. J

« Sixième Codicille.

■ Monsieur Lafitte, je vous ai remis en i8i5, au moment de mon départ de Paris , une somme de près de six millions, dont vous m'avez donné un double reçu. J'ai annulé un des reçus, et je charge le comte de Montholon de vous présenter l'autre reçu , pour que vous ayez à lui remettre après ma mort ladite somme , avec les intérêts , à raison de cinq pour cent, à dater du 1." juillet 181 5, en défalquant les paiemens dont vous avez été chargé en vertu d'ordre de moi.

■ Je désire que la liquidation de votre compte soit arrêtée d'accord entre vous, le comte de Montholon , le comte Bertrand et le sieur Marchand ; et cette liquidation réglée , je vous donne, par la présente , décharge entière et absolue de ladite somme (1).

(1) On verra par une lettre de H. Lafitte, rapportée plus bas, que cette somme de près de 6,000,000 fr. se trouvera réduite à environ 3, 149,000 fr.

3,g,t,zeCb,G00gle

-v Je vous ai également remis une boite contenant mon médailler : je vous prie de la remettre au comte de Montholon.

• Cette lettre n'étant a autre fin , je prie Dieu, Monsieur Lafitte , qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.

» Napoléon.

» (.oiigwood , tle Sainte-Hélène , ce a 5 avril. 1 8a 1 . »

« Septième codicille.

> Monsieur le baron La Bouillerîe, trésorier de mon domaine privé , je vous prie d'en remettre le compte et le montant, après ma mort, au comte de Montholon , que j'ai chargé de l'exécution de mon testament.

» Cette lettre n'étant à autre fin, je prie Dieu , Monsieur le baron La Bouillerie , qu'il vous ait «1 sa sainte et digne garde,

■ Napoléon.

1 Longwoqd, lie Sainte-Hélène, ce a5 avril i8ai.»

« Huitième codicille.

» Aujourd'hui 37 avril 1831-

• Malade de corps, mais sain d'esprit, j'ai écrit de ma propre main ce huitième codicille à mon testament.

* i." J'institue mes exécuteurs testamentaires Montholon , Bertrand et Marchand , et Las-Cases ou son fils trésorier.

tJH TESTAMENT

■ s." Je prie ma bien-aimée Marie-LoHÎse de prendre à son service mon chirurgien Antomarchi, auquel je lègue une pension pour sa vie durant de 6,000 (six mille francs) qu'elle lui paiera.

•' Napoléon. ■

Pour copie conforme' : Paris , ce 1 a juin i8n3u MoHTHOLOH.

Bbbtrand.

Marchand.

Telles sont les différentes pièces relatîves.auï dispositions testamentaires et actes de dernière volonté de Napoléon. Nous les avons tirées d'abord de différens journaux , où elles n'étaient dans le principe que par fragmens et fort défigurées (1); ensuite des ouvrages suivans :

1 .* Mémoires du docteur F. Ântkomarchi ( médecin de Napoléon à Sainte-Hélène ). Paris , 1825, a vot. m-8.* V. tom. II, pp. 1 83— 31.4.

(1) La première copie du testament la moins inexacte et la moins incomplète qui ait paru , est celle qui a été publiée par le tibraire Ridgeway, à Londres, sur la fin de juillet 18a '\. Les journaux anglais du » août suivant en ont donné de longs fragmens , et ont révoqué en doute l'authenticité de quelques parties de cet acte ( voye* cidessus le III.* paragraphe du testament, p. 147 )■ Hais comme (rois jours après , le 5 août, ledit acte fut présenté par le comte de Hontholon au greffe du tribunal de Londres dit Doctors-Commom , et y fut enregistré , on ne douta plus de son authenticité.

M. O'Weara, que les Anglais surnomment UJLommciir*

a." Recueil de pièces authentiques sur k captif de Sainte-Hélène 3 etc. Paris, i8a5, in-8." de 4o4 pag-, à la fin.

3." Réfutation de ta relation du capitaine- Mail- {and , commandant te Beilerophon , touchant l'embarquement de Napoléon, etc. Paris, Béchet, 1827, broch. în-8.% pp. 124 — 16a. Le testament y est donné par le comte Las-Cases.

4-* Vit de Napoléon Buonaparte, empereur des Français , précédée d'un tableau préliminaire de ta révolution, par fValter-Scott, Paris, GosseUn, 1827, 18 vol. in-ia. V. tonx. XVIII, aux Appendices, pp. ccxviij — ccxliij. A la suite du testament est le Mémorandum des personnes composant ta maison de Napoléon à Longwood (1).

On a vu précédemment que le testament de Napoléon a été fait le i5 avril 1821 , et les huit codicilles du 2^ au 27 du même mois. Le testateur n'a pas beaucoup survécu à ces actes , puis-

a donné, dans le Complément du Mémorial de Saintt-Hi- Une, 3.' édition , Paris, i8»3, 4 vol. in-is, V. tom. III, pp. 939 — 237 , a donné, dis- je, le testament de Napoléon et quelques codicilles, mais le tout très-incomplet. Le commencement du testament n'y est point. On y trouve la lettre de H. Lafitte.

(1) Cet état comprend:

Le général et H."* Bertrand s

Leurs enfuis S

Le général et M." Montholon %

Leurs enCans s

Le général Gourgaud t

Le comte Las-Cases et son fils &

Le capitaine ProiTtowskl 1

Peuohkbj

DE L*, miSOK.

^Hiz^tyGoOglf

qu'il est mort le samedi 5 mai suivant, à six heures moins dix minutes du soir, âgé de 5i ans 8 mois et 20 jours (L).

Toutes les personnes qui l'avaient accompagné, et qui se trouvaient encore à Sainte-Hélène , ainsi que celles qui étaient préposées a sa garde ,

! Marchand, premier valet -de chambre.

Saint- Denis, valet-de-chambre.

Noverras, valet-de-chambre.

Santini , huissier^ Cipriani, maître d'hôtel.

/ Pierron, officier.

BorcHB. J Lepage , cuisinier.

( Rousseau, argentier.

IArchambaud aîné , piqueur.

Archambaud cadet, piqueur.

Gentilini , valet de pied.

Nous n'avons pas cru devoir mentionner les officiers et domestiques anglais attachés à la maison de Bonaparte. La totalité des personnes qui étaient à Longwood, est de 55. Mais le général Gourgaud, M." Montholon et ses cufans , le comte Las-Cases et son 61s , Prowtowslu et Santini, retournèrent en Europe à diverses époques.

Cipriani y est mort.

L'abbé Bonavita, le chirurgien Antomarchi, l'abbé Vignaliet deux cuisiniers furent envoyés à Sainte-Hélène en 1819. L'abbé Bonavita retourna en Europe au mois demars i8ai.

Nous remarquons que Coursot, mentionné dans le testament, ne figure pas dans l'état ci-dessus ; il n'est lait mention du général Gourgaud , ni dans le testament , ni dans les codicilles. Napoléon lui avait sans doute donné des marques de sa munificence , à son départ de Sainte- Hélène pour revenir en Europe. ^

j,g,t,zech,GoOgIe

quittèrent l'île le 27 mai pour se rendre en Europe. M. Antomarchi racontant ce trajet, dit { tom. II , p. 18a de ses Mémoire» ) : ■ L'Afrique ' * était dépassée. Nous étions en Europe dans les » limites qu'avait indiquées Napoléon. Ses exé-

> cuteurs testamentaires prirent connaissance » de ses dernières dispositions. Elles devaient

• rester dans le cœur de ceux qu'elles intéressent ;

> mais l'Angleterre , où l'on fait profit de tout ,

■ les a livrées pour un schelling. Elles sont pu-

■ bliques ; je puis .sans inconvenance les consi-

• gner ici. • ( En effet on trouve dans l'ouvrage de M. Antomarchi une grande partie des pièces que nous avons rapportées. ) Ensuite il ajoute que le vaisseau jeta l'ancre dans la rade de Spithead, le 3o juillet, après 65 jours d'une pénible traversée.

Les journaux de Londres sous la date du 10

décembre 1821 , ont 'annoncé l'article suivant:

* Testament de Napoléon Bonaparte. — 11 vient

■ d'être présenté , enregistré et déposé à la cour » des Prérogatives (1) du lord archevêque de

> Cantorbéry, sur l'attestation de M. Fox, no- » taire et procureur de la cour, une pièce dont

• voici la traduction : Testament de Napoléon. » Cejourd'hui 14 ( c'est i5 ) avril, etc. » Suivent le testament et trois codicilles , mais par extrait , et d'une manière inexacte sur- plusieurs points , si, du moins, nous en jugeons par les journaux français qui ont donné une traduction faite sur

(1) Prerogatitf court. C'est une cour ecclésiastique qui juge des causes testamentaires.

3,g,t,zeCb,G00gle

Ij6 TESTAMENT

la traduction anglaise. Ces documens nous auraient été d'une bien faible ressource.

MM. de Montholon, Bertrand et Marchand , de retour en France, se sont rendus chez M. La-* fitte en qualité d'exécuteurs testamentaires de Napoléon , et lui ont présenté la lettre du testateur du a5 avril 1821 (V. ci-devant p. 170). M. Lafitte n'a pas cru devoir se dessaisir sur-le-champ des fonds dont il était dépositaire ( fonds d'ailleurs bien moins considérables que ne le porte le testament } , sans une garantie qui lui assurât pleine libération ; et il n'a pas trouvé la lettre de Bonaparte suffisante à cet égard. Procès est intervenu.

Le 28 février 1822, M. Lafitte a publié la lettre suivante, qui donne des éclaircissemens à ce sujet :

1 L'ancienne maison Perregaux, Lafitte et

■ comp. , dont je suis liquidateur , a un compte » à régler avec la succession de Napoléon Bona-

■ parte. Ce compte donne lieu à une contesta-

■ tion soumise au tribunal de la Seine , et dont » plusieurs journaux ont parlé d'une manière

> plus ou moins inexacte. Jusqu'ici j'ai gardé » le silence , espérant que la publicité des débats

■ judiciaires éclairerait suffisamment l'opinion » publique. Mais aujourd'hui que le tribunal a • ordonné que cette affaire serait plaîdée à huis-

> clos , je crois devoir eh faire connaître le véri- » table objet.

■ En 181 5, Napoléon Bonaparte, au moment » de quitter Paria pour se rendre dans l'Améri-

> que septentrionale, fit verser dans la caisse de

3,g,t,zeCb,G00gle

DE NAPOLÉON, inj

» ma maison une somme de 4,300,000 fr. , qui , ) au moyen d'autres valeurs en recouvrement,

• devait être portée a cinq millions. Ma maison

> lui remit en échange :

■ : 1 .' Une reconnaissance de cinq millions, aux

< termes de laquelle cette somme était rembour-

• sable à vue. 1

» a." Une lettre de crédit, également à vue,

< pour la même somme , sur des banquiers de

> Philadelphie.

■ Ainsi Napoléon avait deux titres pour dispo- 1 ser de cette somme à sa volonté, soit à Paris,

soit à l'étranger.

■ Les valeurs en recouvrement qui devaient

> compléter les cinq millions, n'ont jamais été

• réalisées ; et la somme de 4,200,000 fr. , seule . remise à- ma maison , a été réduite par divers

> paiemens partiels, faits sur l'ordre de Napoléon

> Bonaparte, à celle d'environ 3, 149,000 fr. ,

■ dont ma maison reste débitrice envers la sùc-

> cession.

■ On apprend par- un. extrait du testament ' olographe de Napoléon Bonaparte, déposé en

> Angleterre , qu'il a nommé des exécuteurs ' testamentaires. C'est avec ce simple extrait,

• accompagné d'une lettre missive signée par

■ Napoléon Bonaparte, mais non écrite de sa ' main , que MM. les exécuteurs testamentaires

• se présentent à moi, comme liquidateur de la

■ maison Perçegaux , Lafitte et compagnie, lis

• demandent à régler le«e#mpte et à en toucher

> le reliquat. MM. les exécuteurs testamentaires

• connaissent ma disposition et même mon em*

JigitizecbyGoOgle

l'jS TESTAMENT

» pressement à me libérer ; ils sont d'accord » aussi que je dois me refuser à tout paiement m qui n'opérerait pas ma pleine libération : mais

■ ils soutiennent qu'ils ont qualité pour me don-

> nerune quittance valable. Mes conseils pensent

> le contraire. Voilà le point qui nous divise.

> On dit pour moi que la lettre missive consi-

• dérée comme mandat, est révoquée parle décès

■ du mandant , et qu'elle ne saurait valoir comme

> disposition à cause de mort, puisqu'elle n'est

> pas revêtue des formalités voulues par la loi ; '» que le testament olographe, représenté par

» extrait, n'est pas exécutoire de plein droit

> contre un tiers débiteur de la succession ;

■ que je ne puis ni ne dois me constituer juge

• des questions de droit politique ou civil qui » pourraient s'élever sur la validité de ce titre ;

■ que cette validité doit être reconnue par l'hé- » ritier légitime, ou vérifiée contradietpirement » avec lui ; que dans notre droit, il n'existe point

■ de succession sans héritier ou représentant

> légal; qu'il est ou dans un parent au degré i successible, ou dans la veuve , ou dans l'état ; » qu'enfin ce n'est pas â moi, mais à MM. les

■ .exécuteurs testamentaires à rechercher et à

> mettre en cause cet héritier légitime, quel qu'il » puisse être.

> En un mot , d'après l'avis de mes conseils ,

■ je dis à MM. les exécuteurs testamentaires : je

■ suis prêt à payer, mais je veux payer valable- » ment ; je ne veux pas m'exposer à payer deux » fois. Faîtes vérifier votre titre et votre qualité i avec le contradicteur légitimé , ou bien souf-

3,g,t,zeCb,G00gle

• frcz que je me libère par un versement à la ■ caisse des consignations.

» Tel est, si l'on peut appeler cela un procès, » celui qui existe entre MM. les exécuteurs tes-

> tatnentaires et l'ancienne société Perregaux ,

> Lafitte et compagnie.

» J'ai l'honneur , etc. Signé J. Lafitte. »

La cause a été portée devant le tribunal de première instance de la Seine ; elle a été plaidée a huis-clos. Mais on sait que M. le procureur du Roi (M. Jacquinot-Pampelune) a donné des conclusions favorables â M. Lafitte. 11 a rappelé que l'ordonnance du 6 mars i8i5 ayant déclaré Napoléon Bonaparte traître et rebelle pour s'être ■ introduit à main armée dans le département du Var , avait enjoint aux gouverneurs , aux commandans de la force armée, aux gardes nationales et même aux simples citoyens de lui courir sus , etc. ; et il a tiré de cette ordonnance l'induction qu'à compter de cette époque , Napoléon Bonaparte a été frappé de mort civile , et incapable de tester. 11 a conclu en conséquence à ce que MM. Montholon, Bertrand et Marchand fussent déclarés non redevables dans leurs demandes et condamnés aux dépens.

La plaidoirie a occupé plusieurs audiences, à la suite desquelles le tribunal a rendu le 1 2 mars 1823, en audience publique, le jugement dont voici la substance :

■ En ce qui touche la qualité de mandataires ,

• prise par MM. Montholon , Bertrand et Mar- » chand,

3,g,t,zeCb,G00gle

l8o TESTAMENT

• Attendu que la lettre de Bonaparte, du 25 » avril 1821, ne peut valoir comme testament

• olographe, aux termes de l'article 970 du Code » civil;

» Attendu que cette lettre ne peut faire foi en

> justice, aux termes de l'article i3aa du même

> Code;

» Attendu que le mandat finit par le mort du

> mandant, aux termes de l'article 20o3 du même

> Code;

• Qu'ainsi, la lettre du p.S avril ne peut faire

> titre en faveur des susnommés ;

» En ce qui touche la qualité d'exécuteurs tes- » tamentaires , prise par le comte de Montholon » et le général Bertrand ,>

» Attendu qu'on ne peut ordonner l'exécution » d'un testament qu'après avoir eu connaissance » de la totalité des dispositions testamentaires;

• Qu'ainsi les demandeurs étant sans qualité,

• toute discussion sur la validité des actes tes- » tamentaires de Napoléon Bonaparte est quant » à présent inutile ;

• Le tribunal donne acte au sieur Lafitte des

• offres qu'il fait de consigner à la caisse des con-

> signalions des valeurs dont il est dépositaire, » l'autorise à faire lesdites consignations ; déclare » le comte de Montholon , le général Bertrand

> et le sieur Marchand non recevantes dans leurs

> demandes , et les condamne aux dépens. > Voilà ce qui s'est passé en 1822.

La somme des fonds déposés entre les mains de M, Lafitte s'étant trouvée moindre qu'on ne l'avait cru d'après le testament, il y eut en 1823

3,g,t,zeCb,G00gle

DE NAPOLÉON. l8l

des discussions pour la réduction des legs. On nomma des arbitres à cet effet; ce furent MM. Hugues-Bernard Maret,duc dcBassano; Armand- Augustin-Louis de Caulincourt, duc de Vicence; et Pierre- Antoine-Bruno comte Darn, pair de France. Ces Messieurs rendirent plusieurs décisions , entre autres celle du 1 6 mai 1 8a3 , portant en substance que la moitié de l'actif composant la succession de Napoléon Bonaparte sera réservée et tenue à la disposition du fils du testateur.... ; que les dispositions du testateur excédant la portion disponible , la réduction des legs sera faite conformément à l'article 926 du Code civil , au marc le franc , entre tous les légataires sans aucune distinction ; que néanmoins, sur la réclamation élevée par le plus grand nombre des légataires de Sainte-Hélène, et ce pour le seul cas où la munificence de l'héritier le porterait à délaisser aux légataires sa portion héréditaire ,

la distribution sera faite de manière à compléter le paiement intégral des legs desdits légataires de Sainte-Hélène , et le surplus sera réparti au marc le franc, etc.

M. Montholon, par acte du 12 juin suivant ( 1 8s3 ), a renoncé au bénéfice de cette décision, et déclaré « ne vouloir d'aucune préférence de ■ paiement intégral qui serait à la charge de ses 1 collégataires. >

C'est sous cette même date du 1 a juin, qu'une copie conforme du huitième codicille (V. ci-devant p. 1 75) , a été délivrée par MM. Montholon, Bertrand et Marchand , à M. Antomarchi, qui, dans ses Mémoires, parait peu content des décisions

3,g,t,zeCb,G00gle

l8a TESTAMENT

des arbitres, surtout de celle du 16 mars i8a3, dont nous venons de rapporter la substance sur la réduction des legs.

Nous lisons dans la Gazette des Tribunaux du 3 mai 1827, l'article suivant : ■ On sait qu'en 182a, un jugement du tribunal de la Seine déclara que le testament de Bonaparte n'ayant pas été déposé conformément aux lois , ne pouvait recevoir d'exécution en France. Les parties intéressées cherchèrent cependant à s'arranger. Le testament disposait en faveur du général Bertrand, du comte de Montholon, du comte Las- Cases et du général Lallemand , d'une somme de six millions (sic) déposée chez M. Lafitte. On nomma des arbitres, ils rendirent leur sentence; mais le tribunal refusa de l'homologuer, et nous ne savons pas si elle a été ou non exécutée.

• Le général Lallemand, l'un des légataires, condamné à mort par contumace en 1816, avait pour créancier M. Loisou, lieutenant-général, décédé depuis cette époque. M. "' Loison , aujourd'hui M. a*° la baronne de Serdolin , a formé entre les mains de MM. Lafitte, Bertrand, Montholon et de Las-Cases, des oppositions à ce qu'ils payassent entre les mains du général Lallemand , et les a assignés devant le tribunal de la Seine en déclaration affirmative. Ceux-ci ont répondu , dans leurs conclusions, que le testament de Napoléon avait été déclaré non exécutoire en France ; que d'ailleurs le général Lallemand mort civilement avant le décès de Napoléon, ne pouvait en recueillir aucun avantage, et que par conséquent les créanciers ne pouvaient en demander compte.

3,g,t,zeCb,G00gle

• C'est dans cet état qu'un M. François, curateur à la succession vacante du général Lallemand, ■ demande à interroger MM. Montholon et Las- Cases, exécuteurs testamentaires, sur faits et articles. Le rapport a été fait par M. Grandet , et le tribunal a permis de faire interroger. ■

Le s4 novembre 1827, cette affaire a encore été portée à la première chambre du tribunal de première instance de la Seine, par M."" la baronne Serdolin, poursuivant l'exécution du jugement par défaut qui l'autorisait â faire interroger sur faits et articles les exécuteurs testamentaires et M. Lafitte. M.° Mauguin plaidant pour ceux-ci, et se fondantsur le jugement quia refusé l'exécution du testament, a soutenu que les exécuteurs testamentaires étant dans l'impossibilité d'agir, ne pouvaient être condamnés ; que d'ailleurs le legs fait au général Lallemand avait été payé â sa femme et à ses enfans qui lui étaient substitués par le testament même; qu'enfin il n'était rien dû au général Lallemand par la succession de Bonaparte.

Le tribunal, consacrant de nouveau le principe que le testament de Bonaparte ne pouvait , quant à présent, être exécuté, a reçu les défendeurs opposans, et déclaré qu'il n'y avait lieu à l'interrogatoire de M. Lafitte et autres.

Aucun autre renseignement ne nous étant parvenu sur les discussions relatives au testament de Napoléon Bonaparte, ni sur les formalités remplies ou à remplir qui pourraient en faciliter l'exécution , nous allons terminer par un mot sur le sort qu'ont eu à Londres quelques effets mo-

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bilîers de cette succession, sans doute contre les intentions du testateur , car aucune clause de son testament ne porte que le moindre de ses meubles sera mis en vente publiquement , et encore moins en Angleterre sans doute qu'ailleurs; au contraire, dans le premier article de l'inventaire À ( V. cidevant p. 1 5a) , il est dit expressément : » Il ne sera vendu aucun des effets qui m'ont servi. •

Cependant, le s3 juillet 1 8a3 , sa bibliothèque, soit en totalité, soit en partie, a été mise à l'enchère à Londres, par M. Sotheley. Un grand nombre d'amateurs étaient accourus à cette vente; et M. Sotheley n'a pas manqué d'exciter par ses commentaires la curiosité naturellement attachée à ce qui avait appartenu à Napoléon. La plupart des livres étaient enrichis de courtes notes marginales de la main du propriétaire. Malgré ces notes et les habiles commentaires du crieur, le prix de ces livres ne s'est point élevé autant qu'on l'aurait cru (i). La preuve en est dans les articles

(i) Il en a été de même à la vente de la bibliothèque de lord fiyroo, qui a eu lieu dernièrement à Londres. La plupart des livres dont elle se composait et qui tous étaient chargés de notes de sa main, d'additions et de retranchemens, n'ont guère été vendus au-delà de leur valeur matérielle.

Un exemplaire A'Ouim, édition de Venise, 5 vol., a été donné pour JL*

Un Théâtre des Grées, en y vol. , '.. 6

Une Bible arménienne, avec de nombreuses annotations du poète ,..., , 5

Etc. etc. etc.

En général les Anglais, si connus jadis par leur goût

D,g,t,zeCb,G00g[e

DE NAPOLÉON. l85

Btiivatts , où , à part le Voyage de Volney , on voit qne presque tous les autres ouvrages s'acquerraient à peu près au même prix dans le commerce.

Œuvres de Buffon ,en 1 27 vol. ûi-8.% L ,t. ,, j, avec a5oo gravures, adjugées pour.. 24 i3 6 '

Correspondance de Bonaparte avec Us Court étrangère», 7 vol 9 » »

Cours de mathématiques de Lacroix, avec quelques pages de calculs faits par Bonaparte à la fin du volume d'algèbre, gvol.in-8.* 5 10 >

Théâtre Français , 5o vol. in- 12... 8 10 •

L'Histoire de Servan, 7 vol. 10 10 6

Voyage de Volney en Syrie et en Egypte •... 53 11 »

pour les raretés en tout genre, et qui payaient au poids de l'or les objets les plus simples, pourvu qu'ils fussent uniques; les Anglais, qui ont acheté des milliers de clous d'un malin meunier de Waterloo , qui faisait croire à chaque curieux aoquéreur , que le clou qu'il lui présentait était celui où Bonaparte avait attaché son chapeau le jour de la bataille; les Anglais enfui qui ont acheté en France des bottes de plumes, croyant acheter celle avec laquelle fi»t signée l'abdication de Fontainebleau (a); les Anglais , disons-nous, sont maintenant de la plus grande indifférence pour toutes ces espèces de curiosités , soit que la mode en soit passée, car tout est mode ou manie chez nos voisins comme chez nous, soit qu'ils craignent d'être encore dupes de quelques malins et adroits fripons,

(s) Cette plume jetait encore plus précieuse que les deux qui ont servi a signer le fameui traité d'Amiens (du 37 mars 1801 ) , et qne l'on assure avoir été vendues en Angleterre, 5oo lïr. st. (plus de 11,000 fr.) Cesl, dit-on, sir Bumlett, gendre de WaJier-Scott , qui les a achetecs.

JigitizecbyGoOgle

lût) TESTAMENT

Description de l'Egypte, publiée par ordre de Napoléon 34 i3 »

Plusieurs Lettres signées par Bonaparte ont été vendues à des prix divers, dont Je plus élevé n'a pas excédé. 1 16 »

Sacanneenécaillede tortue, d'une longueur extraordinaire, et garnie au pommeau d'une petite mécanique à musique, n'a été vendue que 38 17 »

Etc. etc. etc.

Puisqu'il est ici question de vente à Londres, d'objets ayant appartenu à Bonaparte , nous rappellerons que lors de l'issue de la terrible bataille de Waterloo , la voiture de Napoléon fut prise par les Anglais; et comme, selon l'expression de M. Antomarchi, ci-dessus rapportée, on fait argent de tout à Londres , cette voiture y a été vendue mille guinées en 181 5. Des journaux de janvier 1817 annoncent que l'acquéreur de l'équipage n'a pas mal réussi dans cette petite spéculation, car elle lui a déjà valu, disent-ils, cent mille guinées au moins. Plus de la moitié de la population de Londres , ajoute-t-on, a passé pour un schelling par cette voiture , en entrant par une portière et sortant par l'autre. Qu'est-ce que cela prouve? que les bords de la Tamise , sous le rapport de la badauderie , n'ont rien à envier aux rives de la Seine, et que le peuple est peuple partout.

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