‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 3)Chapitre 31 sur 123 · DE LA DUCHESSE DE BODBBON · texte numérisé non relu

DE LA DUCHESSE DE BODBBON

avait fait, en ajoutant qu'elle aurait quelques modifications à y insérer. M. Colin .n'avait pas le testament , il dit : « V. A. éprouverait-elle quel-

* ques craintes sur sa santé? — Au contraire,

• répondit la princesse, je me porte bien, je ne

> me suis jamais mieux portée. La seule prière

> me donne des forces ; elle est une consolation, s et je ne fais qu'un vœu , c'est que Dieu daigne ■ m appeler à lui en le priant. »

On ne s'attendait pasquece vœu aérait si promptemeut exaucé. La princesse monte en voiture, se rend à Sainte-Geneviève. A deux heures, la procession commence; S. A. la suivait, quand tout à coup elle paraît éprouver une certaine vacillation qu'elle cherche à surmonter, ne voulant pas troubler le service divin. Le malaugmente, elle tombe en défaillance; on la porte à l'Ecole de droit,1 lieu le plus voisin, dans un appartement au rez-de-chaussée ; les chirurgiens , les médecins accourent : S. A. S. n'était plus.

A quatre heures, Mgr. le duc d'Orléans, son neveu, prévenu de cet événement, est arrivé. M. Pardessus , professeur de l'Ecole de droit, est allé, sur la demande du prince, chercher M. le chancelier, qui est survenu, accompagné de M. de Sémonville, grand référendaire delà chambre des pairs ; d'autres grands dignitaires sont également arrivés. A huit heures, M. Cauchy, secrétairearchiviste de la chambre des pairs , a dressé l'acte de décès , et à dix heures et demie le corps, escorté d'un détachement de gendarmerie, a été transporté à l'hôtel de S. A. S. , rue de Yarennes.

N'ayant eu pour but, en mentionnant dans notre

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ouvrage le testament de S, A. S, , que de faire ressortir l'humilité de cette vertueuse princesse, nous n'en rapporterons que l'extrait suivant :

• Je veux être enterrée sans faste , sans cérc- » monie quelconque, et que l'on donne abon- » damment aux pauvres de ma paroisse; c'est la » seule magnificence que je permette.

■ J'exige absolument de n'être ni ouverte, ni • embaumée, ni exposée à visage découvert, ni » gardée, mats enterrée le plus promptement et v le plus simplement possible. ■

Par respect pour les dernières volontés de la testatrice , ses augustes parens ont obtenu du roi que son corps serait conduit sans pompe au lieu de sa sépulture. H a d'abord été déposé dans la chapelle de son palais ; puis quatre jours après , le 1 5 , on l'a transporté à l'église des Missions étrangères , dans un corbillard attelé de six chevaux et suivi de neuf voitures bourgeoises. Après l'office des morts, la dépouille mortelle a été ramenée dans la chapelle de son hôtel. A onze heures du soir, le convoi s'est mis en marche pour Dreux , petite ville d'Eure-et-Loir , où sont les tombeaux de la maison d'Orléans.

C'est là qu'avait été déposé l'année précédente le corps de M."" la duchesse douairière d'Orléans, Louise-Marie- Adélaïde de Bourbon-Penthièvre, née le a3 mars 1^53, du mariage du vertueux duc de Penthièvre avec Marie-Thérèse-Félicité d'Est. Elle avait épousé le 5 avril 1 769 , Louis- Joseph-Philippe d'Orléans, né le i3 avril 1747, mort le 6 novembre 1 790 ; elle eut de ce mariage quatre enfans , dont il ne n'existe plus que Mgr.

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le duc d'Orléans actuel, né le 6 octobre. 1773, père d'une nombreuse famille, et la princesse Eugénie-Adélaïde-Louise d'Orléans, Mademoiselle* née le a3 août 1777.

M."* la duchesse douairière est morte le s5 juin 1821, à Ivry-sur-Seine , près Paris. Les malheurs de cette princesse ne sont pas moins connus que ses vertus; elle avait hérité du duc de Penthièvre , son esprit religieux , sa charité, ses mœurs irréprochables, et'tme élévation de sentimens digne de son illustre origine. Sa figure ( je l'ai vue à Château- Yillain, où, avant la révolution, elle accompagnait quelquefois son vertueux père) , sa figure, dis-je, rappelait d'une manière sensible les traits de Louis XIV; mais ces traits étaient adoucis par l'expression de la bonté la plus touchante. Les pauvres ont perdu dans M."1' la duchesse douairière d'Orléans une mère attentive à leurs besoins; les personnes constituées en dignité, un modèle de noblesse et de bienséance; la France, l'objet de sa respectueuse admiration. Peu de temps avant sa mort , elle avait dicté un testament qui offre le plus touchant accord des sentimens.de la religion, de la nature et de l'amitié.

Ses premières affections se portent d'abord sus celui qu'elle appelle à plusieurs reprises son cher fils , et sur sa chère fille. Elle lègue à Mgr. le duc d'Orléans 'le tiers de ses biens par préciput; mais elle prend soin, d'expliquer à sa fille la cause de cette libéralité. Cela ne tient point à une préférence injuste : la testatrice chérit également ses enf ans; mais Mgr. le duc d'Orléans est père d'une

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nombreuse famille, dit la testatrice, et la tendresse de M."* d'Orléans pour son frère est telle qu'elle

aurait elle-même conseillé cette disposition

C'est Mgr. l'archevêque de Sens ( M. de la Fare) qui , le 2 juillet 1 82 1 , a présente à l'église paroissiale de Dreux, le corps de S. A. S. M."* la duchesse d'Orléans. Son discours adressé à M. le curé de Dreux , et terminé par un mot à Mgr. le duc d'Orléans, présent à la cérémonie, a été imprimé à Paris, 1821 , m~4.° de 8 pag.

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