DU COMTE DE PEMBR0E.E. 27J
et depuis un an je n'ai pas oublié d'avoir tu mon maître ( Charles I." ) sur l'échafaud. Cependant comme la mort me poursuit et me menace, et que j'ai toujours cédé à ceux qui me menaçaient, je fais à présent l'acte de ma dernière volonté et mon testament.
* Imprimiê, pour mon ame, j'avoue avoir souvent entendu parler dame,. (i). Lorsque
le roi régnait, je faisais porter à mon fils une soutane, ayant envie d'en faire un évêque, et j'étais de la religion de mon maître; ensuite sont venus les Ecossais qui m'ont fait presbytérien ; depuis CromWel , je suis devenu indépendant. Voilà, je crois, les trois principales religions du royaume. Si quelqu'une des trois peut sauver une ame, je la réclame
• Item, je donne mon corps, car je ne peux pas le garder : vous voyez que les chirurgiens me
( i ) Ici est un passage où l'auteur met à découvert sou incrédulité dans les doutes qu'il exprime sur le sort de l'aine. J'avais envie de supprimer tout cet article, mais ce que j'en conserve m'a paru propre à prouver jusqu'à quel degré de corruption' et d'irréligion conduisent les révolutions religieuses et politiques , même chez; les personnes d'un haut rang. L'histoire d'Angleterre, depuis le schisme (en i55:j ) jusqu'à nos jours, fournît mille preuves de cette triste vérité. Jusques dans les romans anglais, nous trouverons des tableaux effrayans des dis- ' sensions amenées par le défaut de chef et d'unité dans la foi. Voyez surtout les Puritains, le Woodstock, etc., de Walter-Scott; ce sont des peintures -très-réelles et très-frappantes des foreurs de l'esprit de parti dans tout* espèce de révolutions.
3,g,t,zeCb,G00gle
déchirent par morceaux. Ensevelissez-moi donc ; j'ai assez de terre d'église pour cela. Surtout ne me mettez pas sous le porche de l'église ; car enfin je suis homme de naissance , et je ne voudrais pas être inhumé .où le colonel Pride est né (i).
» Item, je ne veux point de monument, car il me faudrait une épitaphe et des vers ;-et pendant ma vie on ne m'a que trop fait de vers.
« Item, j'entends que meschiens soient partagés . entre tous les membres du conseil d'état ; j'ai assez fait tout ce qu'ils ont voulu ; j'ai travaillé tantôt avec lès pairs, tantôt avec les communes. Ainsi, quelque chose qui arrive de moi, j'espère qu'ils ne laisseront pas mourir de besoin mes pauvres chiens.
» Item, je donne mes deux meilleurs chevaux de selle au comte de Denbîgh , à qui je crois que les jambes vont bientôt manquer. Quant à mes autres chevaux , je les donne à milord Fairfax (2) ,
(1) Je présume que cet homme est te même que Thomas Pride, régicide, qui a signé l'arrêt de mort de Charles, le 6 février 1649 ; lequel arrêt a été exécuté trois jours après, c'est-à-dire le 9 du même mois.
(a) Thomas Fairfax, chef du -parti parlementaire, battit l'armée de Charles I."à Nasseby le a3 juin 1 655. Ce prince se retira chez les Ecossais qui eurent la lâcheté de le livrer à ses ennemis. Fairfax le traita avec beaucoup d'égards et de respect et l'aurait laissé évader s'il n'eût pas craint Cromwell. Quand Charles II fut rappelé, Fairfax fut l'on des douze députés que le parlement envoya à ce prince, avec six commissaires. Ils s'embarquèrent à Gravesend - pour la Haye , où était le roi, le 6 mai 1660 , et les député» de Londres lui offrirent uu don gratuit de 10,000 liv. st. Fairfax est mort en 1667.
3,g,t,zeCb,G00gle
DU COUTE DE PEMBROKLE. 2t5
afin que, quand Cromwel et son conseil lui ôtéront sa commission, il puisse avoir quelques chevaux â commander.
■ Item, je donne toutes mes botes fauves au comte de Salisbury, étant bien certain qu'il les gardera soigneusement, puisqu'il a refusé dernièrement au roi un daim de son parc.
• Itittij je donne mes chapelains au comte de Stampfort , attendu qu'il n'a jamais fait usage d'aucun , n'en ayant connu d'autre que son fils milord Grcy , qui , étant en même temps spirituel et charnel, engendrera plus d'un monstre.
■ Item, je donne rien à milord Say (i), et je lut fais ce legs, parce que je sais qu'il le distribuera fidèlement aux pauvres.
• Item , attendu que j'ai menacé le sieur Henri Mildemay , et que je ne l'ai cependant point battu, je donne cinquante livres sterling au laquais qui t'a rossé.
» Item, je donne à Thomas May (2) , à qui j'ai cassé le nez dans une mascarade, cinq schillings.
(1) Parmi les régicides anglais, il existe un Guillaume Say.
(a) Ce Thomas May, poÈte et historien anglais, né vers i5c)4t avait d'abord obtenu par son esprit la faveur de Charles I." et de son épouse Henriette de France. H composa plusieurs pièces de théâtre qui furent goûtées à la cour ; il avait aussi de l'érudition , et il fit plusieurstraductions d'auteurs latins fort estimées, surtout celle de Lucain. Quand la révolution éclata , Thomas May, par une lâche ingratitude, abandonna le parti du roi, et se jeta à corps perdu dans les bras du parlement, dont il de-' vint le secrétaire et l'historiographe. C'est alors qu'il
J,g,t,zeCb,G00gle
Je comptais lui donner davantage , mais tous ceux qui ont tu son Histoire du parlement a penseront que cinq schellings sont encore trop.
» Item, je donnerais à l'auteur du libelle contre les daines, intitulé : Nouvelle$ de (exchange, trois sols pour inventer une façon de barbouiller encore plus obscène que ce qu'on a vu jusqu'ici; mais puisqu'il insulte et noircit indignement je ne Bais combien de gens , je charge de son paiement le laquais qui a payé les arrérages de Henri Mildemay. Il lui apprendra à distinguer les femmes respectables (1).
» Item , je donne au lieutenant-général Cromwel une de mes paroles, attendu qu'il n'a gardé aucune des siennes.
'■ » Item', je donne aux riches citoyens de Londres , ainsi qu'aux presbytériens et à la noblesse* avis de prendre garde à leur peau; car par ordre de l'état , la garnison de Wittehall s'est fournie de poignards, et, au lieu de chandelles, elle se sert de lanternes sourdes.
composa l'Histoire du parlement dont il, est question cidessus, et qui va du 5 novembre 1640 jusqu'à la bataille de Newbury en 1643 , in-fol. Il en fit aussi un abrégé, continué jusqu'en i65o. Il mourut le i3 novembre de , cette année i65ô, et fut enterré avec pompe dan s l'abbaye de Westminster; mais au retour de Charles II, on enleva son corps et on détruisit son monument. La date de sa mort prouve que le testament du comte de Pembroke date du milieu de i65o.
(1) Les auteurs des petites Biographies in -3a qui ont déshonoré les presses françaises en 1826, devraient réclamer leur part dans ce legs : ils y ont tous les droits possibles.
îigitizecbyGoOgle
DU COUTE DE PEUBBOKE. S'jy
• Item , je rends l'ame.
Concordat cum originati.
Signé Nathanixl Brind. ■
Ce testament contenait encore quelques autres articles que l'on n'a pas jugé à propos d'insérer ici , parce qu'ils font allusion à des anecdotes du temps qui ne nous intéresseraient guère». On voit que c'est une débauche d'esprit dont la malignité , sans doute très-piquante dans le temps, a fait tout le prix,