‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 3)Chapitre 51 sur 123 · D ON USURIER · texte numérisé non relu

D ON USURIER

dicta luy mesme son testament en termes très exprès , par lesquels il declaroit sa dernière volonté ; en voicy la teneur.

« J'ordonne que mon corps soit rendu à la

■ terre dont il a esté pris ; je donne mon amc

* au diable. ■ Ses amis qui assistoient à ce testament, frissonnèrent d'horreur, oyans ces exécrables paroles, et le tanserent. Mais ce désespéré réitéra le même vœu deux et trois fois. « Mon

■ ame soit donnée aux démons, d'autant que

* j'ai acquis plusieurs choses injustement et par

■ rapine. Je donne pareillement au diable lame

* de ma femme et celle de mes enfans, qui ..» m'ont induict a tant d'usure pour avoir de

■ quoi faire bonne chère et paroistre en habits. » Item j je donne au diable l'ame de mou confes- » seur , qui m'a entretenu en mes usures par son

■ silence et par sa connivance. ■ 11 n'eust sitost achevé ces paroles , qu'il vomit sou àme malheureuse. Misérable ! tu auras les héritiers que tu as nommés, et les funérailles telles que tu as mérité. »

Nous ignorons si ce testament a produit beaucoup d'effet dans le siècle où il a paru , mais nous croyons qu'il en ferait peu dans celui-ci.

DTJ COUTE DE PEMBÏIOKE.

Ce testament est une pièce bouffonne et satyrique extraite du Journal étranger de juin 1758.

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il parait que ce comte était un homme sans principes, mais non sans malice. Four bien saisir tout ce que cette satyre a de mordant, il faut se reporter au temps où elle a été faite , et connaître les principaux acteurs dans les malheureux troubles qui ont coûté la vie à l'infortuné Charles 1." On y verra qne la liberté de penser et d'écrire allait alors jusqu'à la plus grande licence, on pourrait dire jusqu'au cynisme, tristes effets du chisme de Henri VIII, des divisions et des calamités dont il a été la source. Mais laissons parler notre testateur, à supposer cependant qu'il soit véritablement l'auteur de cette facétie.

• Je Philippe, dernier comte de Pembroke et de Montgommery , chevalier pour le comté de Berks, étant, comme on m'en assure, très-faible de corps , mais d'une mémoire parfaite : car je me ressouviens d'avoir donné, il y a cinq ans, ma voix pour dépêcher le vieux Canterbury { 1 ) ,

(i) C'est Guillaume de Laud , archevêque de Cantorbery , qui fut sommé de comparaître le »6 novembre i644> à la barre de la chambre des communes, comme élant accusé d'être attaché à Charles I." et d'avoir voulu introduire la religion catholique eu Angleterre; il fut condamné presque à l'unanimité comme coupable de haute trahison. Le 14 janvier 1 645, la chambre des pairs, qui avait été précédemment favorable à Laud, effrayée par les communes , passa le bill de condamnation porté contre cet archevêque , et il fut condamné à avoir la tête tranchée. Il subît son supplice avec la plus grande fermeté, après avoir harangué le peuple pour se disculper. C'est de cet événement tragique que parle ici le comte de PembroLe , qui était membre de la chambre des pairs.

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