‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 3)Chapitre 7 sur 123 · TESTAMENT DE GROSLEY · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE GROSLEY

• Cïci est mon testament de dernière volonté.

» Je veux être inhumé au pied de la croix du

cimetière de Sainte-Jules, qui depuis soixante

ans est mon promenoir du matin. La serpilière

nière si brillante et si romanesque, par l'abbé de Saint- Réal. L'académie de Dijon a ordonné l'insertion de l'ouvrage de M. Patris dans le compte rendu de ses travaux pendant les années 1836 et 1837. Dijon, 1838, 1 vol. in-8.*

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(i) , la civière, les porteurs, le cordelier, le luminaire , et le chant qui accompagne les morts les plus pauvres de l'Hôtel-Dieu , feront les- frais de ma sépulture : et qui m'aime me suive.

» Pour tenir Heu de trentain (a) et d'annuel > sera , dans l'hiver de mon décès ou dans celui qui le suivra immédiatement, employée une somme de huit cents livres, en habits solides et uniformes, à distribuer aux enfans de gens pauvres, de bonne conduite, et chargés de famille, ou de veuves de cet état , des paroisses de la Madelaine et de Saint-Remy , dont le choix sera fait par mon exécuteur testamentaire assisté de quatre notables de la rue du Sois (3). Sera cet habit composé , d'une veste croisée et doublée du même drap, qui pourra se dédoubler pour l'été , et d'une

(■) On appelait serpitière le gros drap dont on couvrait la bière des pauvres.

(a) On appelait trentain un nombre de trente inestes, que l'on faisait dire pour un défunt quand on n'avait pas le moyen de lui faire dire un annuel, dont on prétend que Grégoire-le-Grand a été l'inventeur. Ce terme était encore en usage en Angleterre du temps d'Edouard YI (successeur de Henri VIII) , qui est mort en i553.

(3) Rue célèbre par la dissertation dont elle est l'objet dans les facétieux Mémoires de l'Académie des Science*, Inscriptions , 'Belles-Lettres , Beaux- Arts , etc. , nouvellement établie A Troyes en Champagne. Tom. I. Liégt , Barnabe (Troyes), 1744* iu-ia. Ce petit volume est de Grosley en société avec MM.LeFebvre, David, Belly et autres. Ces mémoires ont été réimprimés, Troyes et Paris, Duchasne, 1756, a vol. in-iB. Le titre porte augmentés, mais il y a des retranche mens . Une troisième édition a paru sans nom de lieu, 1768, 1 seul vol. in-i2,maîs avec augmentation

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culotte. La fourniture de l'étoffe sera prise chez un marchand simple roturier (i).

• Seracomptéeàmaservanteunedoubleannée de gages , outre les couraos , plus deux cents livres pour habits de deuil que je la dispense de porter; et ma peu magnifique garde-robe sera partagée entre elle et la Jeannette, sa devancière, y compris tout le linge à mon usage; le tout de la main à la main, et sans inventaire.

* A la personne qui se chargera des deux chats mes commensaux, tant et si longtemps qu'ils vivront, et jusqu'à la mort du dernier, vingt-quatre livres chaque année (3).

et rétablissement des endroits retranchés dans la seconde édition. Enfin il en existe encore une réimpression dans le dernier volume des Œuvre» badines de Caylus. Paris, 1787, 13 vol. îii-8." Ils ont été aussi traduits en diverses langues.

On trouvera encore une petite facétie de Grosley » dans les Causes amusantes et connues (recueillies par Robert Etienne). Berlin (Paris), 176g et 1770, avol. in-ia. (V. lom. I, p. 66.) C'est un Mémoire pour Et'tennette Boyau, garde-malades , dite vulgairement Toinette, contre M. Bourgeois, chanoine de Saint-Urbain, de Troyes. Il s'agissait de îsoo lavemeus administrés par ladite Toinette Boyau , audit sieur chanoine , et pour lesquels elle ne demandait que i5o liv. ; encore elle aurait pu porter le nombre de ses opérations à 3190. Un ton sérieux, un air d'érudition, une tournure scientifiquement originale et fort plaisante, rendent ce factum très-amusant.

( 1 ) Un fabricant venait d'être anobli ; Grosley regardait ce privilège comme funeste à la fabrique, par l'orgueil qu'il inspirait alors. De là cette clause prohibitive. P. D. B.

(9) Mou* avons déjà eu occasion de citer des chats qui

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• En mémoire des soins que Marie Gauthier, qui fut soixante et dix. ans au service de mes aïeux > a pris de mon éducation avant mes études, je lui lègue la somme de quatre cents livres, à répartir entre les plus pauvres de ses arrière-neveux dans les paroisses de Saint-Phal et de Chamoy , sur l'indication qu'en pourra donner M. Finot, procureur au bailliage de Troyes.

■ A mademoiselle Collot , si elle demeure avec moi lors de mon décès, quatre cents livres de pension viagère, saus retenue; plus ce qui me sera dû par la veuve Duchesne , libraire à Paris ( 1 ) , pour tes 48o exemplaires du premier volume de mes Mémoire» sur Troyes (2) , du débit desquels ladite veuve s'est chargée, en lui faisant état de deux cents et quelques livres portées en un mémoire qui m'a passé sous les yeux et qui contient tout ce que je lui dois ; plus , ce qui se trouve du second volume desdits mémoires imprimés , en mon grenier, et toute la matière pour ce qui reste à imprimer, tant de ces mémoires que de

figurent dans des testamens, et pour De pat disséminer les notes sur cet objet , nous les avons toutes réunies précédemment dans une seule, oùsont consignées des anecdotes sur ces animaux; les chats de Grosley y sont mentionnés, ainsi qu'une dédicace à sa chate. V, 1. 1, p. 3?4'

( 1 ) Madame Duchesne, fille d'André Cailkau, libraire à Paris, est devenue veuve de Nic.-Bonav. Duchesne, le 4 juillet 1 765 ; elle a continué le commerce de son mari, et exerçait encore en 1788.

(a) La note relative à ces mémoires étant trop longue pour être insérée ici , nous la renvoyons a la suite du testament, sous la lettre (A).

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ceux sur les illustres Troyens ( i ) ; le tout répandu en pupitres, petites caisses, grands-livres et carton en parchemin, qui se trouvent dans mon cabinet sur le bureau, sur le coffre et sur un fauteuil en paille, pour le tout être imprimé à son compte de la manière qu'elle avisera ; sur quoi elle ne se confiera pas indistinctement à tout le monde.

> Four décharge de conscience, je. lègue a H. Sémiltard , ci-devant avocat, la belle édition in-4.* de Y Abrégé chronologique du président Hénauit, avec les gravures de Cochin de premières épreuves, qui m'a été donné par l'auteur (2).

• Je lègue au procureur M (Millard),

pour ce qu'il a fait pour moi dans une instance entamée à ma requête au bailliage, la somme de trois livres quatre sous.

» Je confirme et ratifie comme donation â cause de mort , une donation entre-vifs, par moi ci-devant faite à ta maison Saint- Abraham, donation nulle par le défaut d'acceptation. La présente réhabilitation faite sous condition expresse que le curé de la Madelaine, chef de cet établissement , conservera le jubé a jour de son

(1) Il en est de même pour les mémoires sur les illustres Troyens : nous renvoyons à la note indiquée (B).

(a) Grosley tenait beaucoup à ce cadeau , et le montrait aux amateurs. L'avocat Sémillant passait pour tel. Il arriva qu'un jour qu'il était venu rendre visite au savant troyen, le volume disparut de la bibliothèque, et il fut soupçonné de ce coup de main. On nous a assuré que eet ouvrage , à la mort de Sémillard, ne s'est point trouvé parmi ses livres; dans tous les cas, sa conscience est déchargée. P. D. B.

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église , unique ornement qu'elle ait , et dont elle soit susceptible par elle-même(i);etla quittance des sis cents livres , objet de cette donation, portera soumission de rapport de cette somme à ma succession en cas d'inexécution de la condition expresse de non dettruendo. ,

> Je lègue pareille somme de six cents livres pour contribution de ma part au monument à ériger au célèbre Antoine Arnaud , soit à Paris, soit à Bruxelles. L'étude suivie que j'ai faite de ses écrits, m'a offert un homme au milieu d'une persécution continue , supérieur aux deux grands mobiles des déterminations humaines , la crainte et l'espérance ; un homme détaché, comme le plus parfait anachorète, de toutes vues d'intérêt, d'ambition, de bien-être et de sensualité, qui dans tous les temps ont formé les recrues de tous les partis. Ses écrits Bout l'expression de l'éloquence

(1) Tous les connaisseurs regardent ce jubé comme un chef-d'œuvre d'architecture gothique.

On appelait jubé un lieu élevé dans les églises , en forme de galerie, qui faisait ordinairement la séparation du chœur et de la nef, ou Ton allait dire l'évangile des messes solennclles.il y avait, selon Tillemont, des jubés dans ■ les églises dès l'an 4ao. Ce mot vient du latin jubé , commandes, parce que le diacre, le sous-diacre, ou le lecteur, avant de commencer ce qu'il devait chanter ou réciter, demandait au célébrant sa bénédiction en lui disant : Jubé, Domine fc benedicere. Le premier mot jubé a été donné au lieu où s'exécutait le chant ou la lecture. J.-B. Thiers a publié un livre intitulé : Dissertations ecclésiastiques sur tes principaux autels des églises, tes jubés, lu clôture des cheeur s. Paris, 1688, in-ia.

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du cœur, qui n'appartient qu'aux âmes fortes et libres. 11 n'a pas joui de son triomphe. Clément XIV lui en eût procuré les honneurs , en faisant déposer sur son tombeau les clés du grand Giesu (1), comme celles de Château-Neuf furent déposées sur le cercueil de Duguesclin; pour les raisons consignées de ma main sur mon exemplaire

(i) Le grand Giesu, a Rome, était avant i j;3 et est depuis 1814 le chef-lieu de l'ordre des Jésuites. Il est composé d'une superbe église et de bàthuens considérables qui ont été construits pour cet ordre. C'est en t575 que le cardinal Alexandre Farnëae, neveu de Paul III (dont la première bulle qui approuve l'ordre des Jésuites, est du 27 septembre i5,'|o) , a fait bâtir l'église de Jésus, l'une des plus belles et des plus riches de Borne. Le célèbre Vignole en a fait les dessins. Elle a été continuée par Jacques de la Porte , son élève , qui fit , d'après ses propres dessins, la belle façade de deux ordres de pilastres corinthiens et composites. Le cardinal Edouard Farnèse, neveu du cardinal Alexandre» fit bât-> en i6a3, sur les dessins de Jérôme Raînaldi , la maison qui est contiguë à l'église , tant pour le Logeaient des Jésuites que pour en faire leur maison professe. On prétend que les pères de la compagnie n'ont pris le nom de Jésuites que lorsque le pape les eut mis en possession de l'église de Jésus , dont nous venons de parler.

Cet ordre a subsisté depuis le 37 septembre i54o, date de la bulle d'érection, jusqu'au ai juillet 1778, date de la bulle de suppression , c'est-à-dire l'espace de »33 ans, pendant lesquels ils ont vu 3o papes occuper le trône pontifical , dont le dernier a été Clément XIV (Ganganclli) qui les a supprimés, et i& généraux, dont le dernier a été Laurent Ricci, mort en 1775. Depuis la bulle de restauration de Pie VII du i5 août 1814, Us ont vu deux papes , et ont en deux généraux.

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du Renversement -de la morale (1) , j'aurais désiré qu'il n'eût pas entrepris cet ouvrage.

* Edifié de la manière dont M. deGuignes, mon confrère à l'académie des inscriptions, cultive les lettres sans forfanterie , sans intrigues , sans prétention à la fortune , je lègue à lui , ou à ses enfans, s'il me prédécédait, la somme de trois mille livres.

» Au niveau de mes affaires et absolument libre, d'un côté par la donation de 4o,ooo livres à ma sœur Gallten , avec tradition et délivrance , dès le 3 mars 1 756 , dont la grosse en parchemin est dans mon coffre, avec une sommation relative dûment recordée, du 12 novembre 1771 ; d'un autre côté, par les prélèvemens à tous titres de vente, de donation, même de legs universel (dont les titres sont aussi dans mon coffre), sur une succession dont j'ai recueilli les débris, par ma constante fermeté à ne rien agréer â titre d'aumône (2) , [Institue mon légataire universel en tous mes droits, noms, raisons et actions, pour autant que le permet la coutume,' le fils

(1) Cet ouvrage a pour litre le Renversement de faMorale de Jésus-Christ , par les Erreurs des Calvinistes. Paris, 167a, in~4-° U serait assez curieux de voir les raisons pour lesquelles Grosley blâme Arnaud d'avoir composé cet ouvrage, qui au reste n'est pas un de s pi us saillaosde l'auteur.

{a) Grosley entend par cette succession celle de son oncle Barolet, montant à 80,000 livres, qu'il partagea avec sa sœur. Ayant ainsi acquitté sa dette , et son frère atné ayant reçu de son oncle ce qui pouvait lui revenir, Grosley se regarda comme maître de disposer de sa portion dans la succession de cet oncle, et de ce qu'il avait

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aine actuel de M. Sourdat, notre lieutenantgénéral de police , petit-fils de M. Sourdat, mon camarade dans toutes mes études, et mon confrère dans le collège des avocats, qui, devenu lieutenant criminel , se fût épargné de vifs chagrins, en suivant mes avis.

• Je le prie, et ceux qui suivront son éducation, de se sauver du goût pour les romans dont le fruit se manifeste par les propos et par la conduite de ceux qui se sont livrés à ce goût. Le présent legs universel, sous condition expresse, i .• que le légataire suivra l'état de ses pères , en renonçant à toute idée et â toute vue militaire ; a." qu'à l'âge de 23 ans pleins, il sera marié;

> Jusqu'alors les fonds du legs universel seront gérés par un tuteur onéraire et curateur à la substitution, pour lequel emploi je désigne mou compère Mouillefarine. L'excédant des revenus de ces fonds et les remboursemens qui pourront être faits, seront, chaque année, replacés en fonds d'héritages, s'il est possible, de l'avis du père du légataire , et de l'autre personne ci-après désignée, déduction faite de ce qui aura été avancé pour l'entretien et les études dudit légataire.

• Au défaut de satisfaire aux deux conditions irritantes ci-dessus exprimées, ou dans le cas où le légataire viendrait à décéder avant que d'être

acquis, en faveur du petit-fils d'un de ses amis, qui n'en a pas profité par l'effet des circonstances, à l'exclusion de sa famille, qui n'en aurait peut-être pas profilé davantage. P. D. B.

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pourvu par mariage, en chacun de ces trois cas, je lui substitue le troisième des garçons de ma nièce de Pouilly, qui , encore enfant, m'offrît de la meilleure grâce une pêche de Pouilly qu'il avait pour goûter : et la substitution s'ouvrant à son profit , les revenus des fonds de mon hoirie seront gouvernés pour son compte , comme pour celui de l'institué ci-dessus.

» Avenant mon décès, mes livres, tableaux, estampes, médailles, seront conservés eu nature, sans inventaire et sur un simple catalogue qui en sera dressé entre MM. de Pouilly-et Sourdat, et le curateur de la substitution. En tout état , ces Messieurs recevront chaque année lca comptes du tuteur onéraire , et veilleront à l'emploi et remplacement des fonds.

> Lu; relu, approuvé pour être exécuté comme ordonnance de dernière volonté, àTroyes, ce 10 septembre 1 780. Signé Gbosley. »

Plus bas ett écrit :

< Je nomme pour exécuteur de mon testament ci-dessus et des autres parts , mon compère Mouillefarine , arpenteur général de la maîtrise, et je lègue à son fils la somme de douze cents livres. Lu, relu et approuvé pour être exécuté comme ledit testament, le i3 octobre 1785. Signé Gbosley.

* Je diminue la somme de cent livres sur celle de quatre cents livres viagères par moi léguées par mon testament ; laquelle diminution sera au profit de la femme Mignot, ma garde actuelle, par forme de pension viagère, ce 3o octobre 1 785,

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et vaudra en forme de codicille, ayant été lu et relu par mondît sieur Grosley et de lui signé. ■

Au bas est signé Ghosley, mais mal écrite II est mort cinq jours après.

Nota. Dans la copte de ce testament, insérée ausecond volume de» Mémoires historiques sur Troyes, édition de M. Simon, page 679, la dernière clause du testament ci-dessus ne s'y trouve pas, de sorte que cette copie finit au i3 octobre ; mais voici ce que l'on trouve en tête :

« Testament de Pierre-Jean Grosley, avocat au parlement, déposé le i3 septembre 1785, chez Cousin, notaire.

» Il était dans un paquet plié en forme de lettre , avec cette inscription : Ceci, cacheté de mon cachet A la tête d'Antinous, contient mon testament et ordonnance de dernière volonté, signé Gboslet, dont acte passé dans le cabinet dudît sieur, signé Grosley, Codsu, Costhisi. »

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