‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 3)Chapitre 91 sur 123 · TESTAMENT D'OLIVIER DE CLISSON · texte numérisé non relu

TESTAMENT D'OLIVIER DE CLISSON

Qcicohqvr connaît l'histoire du célèbre Olivier de Clisson , l'un des plus intrépides guerriers de son siècle, mais aussi le plus implacable et te plus sanguinaire , ne verra pas son testament sans quelque intérêt. Dneos en peu de mots que , né en 1 336 , d'Olivier Hï , fa qui Philippe de Valois fit trancher la tête (en i34i ) , et appartenant fa Pane des familles de Bretagne les plus distinguées , Clisson fit ses premières armes sous Jeanne sa mère, véritable héroïne, qui, pour venger

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la mort de son mari, se porta aux plus terribles excès. Clisson contribua par sa bravoure, le 99 septembre i56/,, au gain de la bataille d* Aurai (1), qui assura a MonforI la possession de la Bretagne ; il 7 perdit un œil. Peu après il se brouilla avec le duc, et quoique élevé avec. les Anglais, il ne put vaincre une antipathie nationale assez ordinaire aux Bretons. Monfort ayant donné au fameux Jean Chandos , le château de Gfivre : < Au diable, lui dit Clisson , si jamais Anglais sera mon Voisin ; > et de suite il va mettre le feu au château et n'y laisse pas pierre sur pierre. Passant au service de Charles V , îl s'unit à Duguesclin , l'honneur et la gloiredes guerriers français, et partage les lauriers que ce grand capitaine cueillit contre les Anglais, Mais Clisson arrosa souvent les siens d'un sang versé arbitrairement

(t) Cette bataille eut lien entre Charles deBIoiset Jean deMonfort , qui l'on et l'autre prétendaient à la possession de la Bretagne. Cbarle» la livra maigre qu'il eût signe' le il juillet précédent , un traite qui devait terminer ce différent. Si faihiesse pour sa femme qui n'avait pas voulu ratifier ce traite lui coûta cher , cor il perdit la vie dans celte bataille; Bertrand Duguetclin que le rot Charles V lui avait en rové et qui n'était pas d'avis de livrer bataille, y perdit la liberté, et Clisson un mil, Charles de Mois était d'une rare dévotion :1c jour de la bataille il avait entendu trois messes , s'était confessé et avait communié. On lui trouva une haire sous ses armes avec une ceinture de cordes.

Ce fut quatorze ans auparavant, le samedi avant le dimanche Lalare (*6 mars) de l'au t35o (finissant à Pâques ) que se donna le fameux combat des Trente entre le maréchal de Bran manoir attaché au parti de Charles de Blois et Richard Bembrough, capitaine anglais de Ploèrmel , accompagnés chacun de 59 champions , et où les Anglais furent vaincus. Dans ce combat à outrance , il y eut plusieurs charges ; dans Tune d'elle» Beanmanoir blessé et succombant a la soif, demanda à boire ; Gcofiroi du Bats un de set compagnons lui cria : fieaunianoir, bail ton sang. Ce mot est devenu le cri de cette maison. ■ M. Cïapelet a donné une magnifique édition de la relation du CovaiT des TalMTE , d'après un manuscrit de la bibliothèque du Roi Paria, 1817 , 1 vol. gr. ïn-8." dt viij — lia pog, , pap. vil, avec fig. et fac-similé. Cest un monument typographique admirable , un vrai chef-d'œuvre de goût et un précieux morceau de l'état de la langue francaise-au XIV.' siacle.

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et quelquefois contre la foi des traités. Après la mort de Duguesclïn , l'épée du connétable lui fut offerte ; il l'accepta après quelque hésitation (en i38o), et se montra digne de ta porter. En i383, il gagna la célèbre bataille de Rosebecq contre les Allemands, qui y perdirent a5,ooo hommes. Il eût détruit toute l'influence des Anglais en France, sous Charles VI, sans plusieurs trahisons, qui partaient même de la cour, à Tins u du roi. En i3ga, il faillit périr à Paris, par un assassinat dont se rendit coupable Pierre de Craon,1 Seigneur breton , à la tête de vingt scélérats. Clïsson en fut quitte pour des blessures très-graves. Enfin après plusieurs aventures, il fut, par suite de la démence du roi , disgracié , condamné à une amende de 100,000 marcs d'argent, et banni. Il se retira dans ses terres, où il guerroya encore quelque temps contre le duc de Bretagne. Enfin il se réconcilia avec ce prince , et mourut en i4<>7 dans son château de Josselin , attaqué par le jeune duc qu'il venait de faire couronner. Clïsson possédait presque tous les talens militaires de Duguesclin, mais il s'en Cillait beaucoup qu'il eût ses vertus, son désintéressement, sa modestie, sa prudence et surtout son humanité. Franc, loyal, mais fier, emporté, souvent cruel , il laissait voir jusque dans ses plus grandes actions quelque chose de brutal , et même de farouche, qui en ternissait l'éclat, lin jour sa fille mariée au comte de Blois , héritier des droits de la maison de Penthièvre, osa lui proposer de faire mourir les enfans du duc de Bretagne que celui- ci lui avait confies ; pour toute réponse, Clïsson indigné, saisit une hallebarde, s'élance sur sa fille, et l'eût tuée, s! elle ne se fut sauvée ; ce qu'elle fit avec une telle précipitation , qu'elle se cassa la jambe en fuyant.

Passons au testament de cet illustre capitaine; c'est, comme tous les actes du même genre faits alors, un tableau assez curieux des mœurs du temps.

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« EN HOU DE LA 5AINCTE TRINITÉ , du Pwe, du FUs

et du Sainct Esperit. Amen. Sachent tous présens et advenir que je Olivier sire de Cliczon et fiellevillè , considérant la fragilité de' humaine nature qui chascun jour laboure en tirant homme et femme à sa fin, et qu'il n'est chose plus certaine que la mort, ne moins certaine que l'hore d'icelle, et que toute humaine créature est si sùbgecto a la mort , que de nécessité luy convient une fois luy paier son debvoïr dont le terme est en la disposition de Dieu le tout puissant noslre ■ créateur; désirant o la grâce d'iceluy pouruoir au salut de mon aine , et ne décoder de ce siècle intestat , que Dieu ne veuille ( i ) ; pour ce est il que moi estant , la

(l) Mourir intestat était autrefois Une téritahlc réprobation. Un Usage très— ancien et qui a duré pendant tout le moyen âge, exigeait que chacun, en mourant, laissât quelque chose à l'église. Aussi voyonsnous presque tous les tettamens remplis de legs pieux. (Test certainement une chose Mes— louable , niais il ne faudrait pas que cela eut été' forcé, et il paraît que par la suite des temps , le clergé a voulu quel «et usage devînt un droit de l'église. Ducange rapporte que l'omission de cette bonne ccuvre décelant le mépris du salut, quiconque y manquait était privé de l'absolution , du viatique et de la sépulture ; et souvent, pour éviter un pareil malheur, le* héritiers du défunt s'empressaient de faire un testament on son nom ; cette pièce posthume remédiait à tout. La portion de biens laissée a l'église devait être à peu prés d'un dixième. Du temps de S. Louis, le clergé connaissait de l'exécution des testament, apposait le scellé, faisait l'inventaire, et exigeait l'accomplissement ds la volonté des testateurs. On appelait déconfits ceux qui mouraient sans avoir fait leur testament ; on regardait même la mort subite comme un châtiment de Dieu. C'était une note d'infamie , une marque de damnation ; de là les hauts justiciers prirent occasion de s'appliquer les biens de ceux qui faisaient une fin si malheureuse. S. Louis, pour remédier aux désordres que ces abus produisirent, distingua les déconfèi en deux classés, ceux qui mouraient subitement et ceux qui ayant été malades pendant huit jours étaient morts sans vouloir participer aux sactémens de l'église. Dans le premier cas, la justice n'a rien à prendre sur le bien du défunt-, dans le second, tons les meubles doivent être confisqué» an profit du baron-, s'il y a uii testament il sera exécuté , et lésantes du défunt payées. Dans le XIV." siècle, il existait en Bretagne un droit ï. »4

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mercy nostre Seigneur, en saine pensée, bon propos et vray entendement , combien que je sois aucunement malade et enferme (infirme) de corps; faiz, establiz et ordonne mon testament et ma derraine volenté de» biens temporels qu'il a pieu a Dieu me donner et administrer en ce siècle , en la forme et manière qui ensuivent. •

i Premièrement je recommande mon ame a Dieu nostre dict père et créateur, a la benoiste et glorieuse Vierge Marie, a monsieur St. Michel et a toute la dévote compaignie de Paradis. Aprez je veuil , commande et ordonne que mon corps, aprez mon decez de ce siècle, soit baillé et livré a la sépulture de nostre mère saincte église ; laquelle sépulture je eslis en l'église de Nostre Dame de Jocelîn, joignant de la sépulture de ma très chîere et très amée compaigne Marguerite de Rohan que Dieu absolle.

> Item, veuil et ordonne que une belle tombe et hoaeste soit faicte et mise sur les corps de ma dicte compaigne et moi, et dessus ycelle soit les ymages de nous deux, a l'ordonnance de nos exécuteurs cy aprez nommez.

> Item, venil et ordonne que mon enterrement et obsèques soient faiz et célébrez o le moins de pompe mie fairo se pourra , honesteté gardée , et au plus de messes et de services que l'on pourra dire et célébrer.

de tieroage ; le clergé , 1 la mort de tout père de famille , prenait le tiers des meubles', il y eut diverses réclamations ; une décision du pipe Clément V paru qu'après le décès de chaque paroissien , le recteur ou cure n'aurait que la neuridine partie des meubles , les dettes préalablement déduites. Dans le diocèse d'Anierre, le lit sur lequel on mourait, appartenait a. l'église. La conduite de quelques ecclésiastiques qui refusaient la sépulture à ceux qui n'avaient pas fait de legs à l'église, occasionna des contestations dans lesquelles intervinrent les parlemens et l'autorité' royale. Voyes un arrêt du parlement de Part, dugmars i4°9, un autre du îî juini55i, l'ordonnance du Louvre, dans Lainière , ( om. Il , p. 117, etc. etc. etc.

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> Item , je laisse et ordonne , pour fonder en la dicte église de Nostre Dame de Jocelin par mes exécuteurs cy aprez nommez , une ou deux chapelenies perpétuelles, la somme de deux mille francs pour convertir en rentes et revenus pour la dotation d'ycelles cfaapelenies, desquelles je retiens et reserve la présentation o le droit de patronaigc a moy , mes hoirs et successeurs seigneurs de Cliczon.

» Item , je veuil et ordonne que un collège de chanoines ou chapelains séculiers soit fondé en l'église de N. D. de Cliczon , ou il y ait dean (doyen), chanoines, chapelains, clers et serviteurs en tel nombre et qui aient telles reuenues comme les commissairesqu'il plaira a nostre S. P. le pape ordonner sur le fait d'y celle fondation , verront que les rentes, terres et reuenues que je ordonne pour cette cause pourront soustenir. Pour ta fondation et dotation duquel collège je donne et laisse , quitte et transporte dez le temps de présent a la dicte église de N. D. de Cliczon et aux dean , chanoines , chapelains , clera et serviteurs dessus dicts , toute ma terre et chastellenie de M ont faucon que j'ai conquise et faict amortir pour cesle cause

» Item, je laisse a la dicte église de Cliczon une ymage d'argent de Nostre Dame, dou poids de XX marcs.

> Item, je laisse et donne a la fabrique et oeuvre de la dicte église de Jocelin mille livres une fois paiées.

> Item , je donne et laisse a y celle église VIII marcs d'or pour en faire deux beaux galices (sic) et donz (sic) patènes a l'usage d'ycelle église.

> Item, je laisse et donne a la dicte église de Jocelin deux mes bréviaires, lesquels soient enchaisnez (1)

(1) Les litrea tliietrt encore fort rarci du temps d« Qisson. Ceux d'egliec inrloat , 1*1* que In psautier» , les Rntiphonieri , les gridneli , les proceuioucli, le* LecÙMUuiret on bref iiire* , ewiiui gardas irës-

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