‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 3)Chapitre 97 sur 123 · TESTAMENT DU DUC D'ANJOU · texte numérisé non relu

TESTAMENT DU DUC D'ANJOU

Hebcci.es, nommé depuis François, duc d'Alençon, puis d'Anjou , enfin de Brabnnt et comte de Flandre , est né le 18 mars 1 0 54 , de Henri II et de la fameuse Catherine de Médicis. Il eut pour frères trois rois de France : François II (né en i544, roi en i55û, mort en 1 56o ) ; Charles IX ( né en 1 55o , roi en 1 56o , mort en »5;4 ) > Henri III ( né en 1 55 1 , roi de Pologne en 1 673 , roi de France en 1 574 • et assassiné en 1 58g ). Le duc d'Anjou mourut à l'âge de 3o ans, sans avoir été marié, le 10 juin 1Ô84, cinq ans avant l'assassinat d'Henri III, qui , ne laissant aucun enfant de son mariage avec Elisabeth d'Autriche , ouvrit au bon roi Henri IV le chemin du trône , chemin bien hérissé d'épines.

Le duc d'Anjou a vécu au milieu des troubles civils: son frère lui avait fait signer la ligue après l'avoir signée lui-même, pour empêcher le duc de Guise d'en être le chef. Mais à la mort du duc , Henri , roi de Navarre , de la religion réformée, se trouvant le plus proche héritier du trône, la ligue éclate avec plus de violence, l'ambition des Guises l'alimente , les troubles sont portés à l'excès , Henri III est assassiné, et la France est en proie il tous les maux et déchirée par les factions d'Espagne, des Guises , du cardinal de Bourbon , qui toutes, sous le voile de la religion, disputent au milieu des flots de sang , le malheureux trône à son véritable héritier.

Nous ne rapportons le testament du duc d'Anjou, que parce que sa mort a été le signal de tant de malheurs , et qu'il prouvera que l'état de gêne où était ce prince ne lui permettait pas de jouer un grand rôle dans des circonstances aussi critiques. D'ailleurs il avait passé une partie de son temps a poursuivre la main de la reine

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OQO TESTAMENT

Elisabeth , en Angleterre; puis, ne jouissant d'aucune considération a la cour de son frère , il s'en était échappé furtivement , et était allé dans les Pays-Bas pour tâcher d'en obtenir la souveraineté; ce à quoi il réussit, car le 19 février 1,182 ,. i] fut couronné duc de Brabant a Anvers, et ensuite reconnu comte de Flandre. Mais sa conduite ne soutint pas ces heureux commencement et il mourut sans estime et sans gloire. Voyons son testament :

c Cejourdhuy juin mil cinq censoctante et quatre,

en la ville et mon chasteau de Chasteau-Thierry , me trouvant afibibly, et sentant ma fin proche par la longue maladie dont j'oy esté détenu; je François fils et frère ' du roy , ay faict et nommé de ma bouche mon testament , codicille et dernière volonté , en la forme et manière qu'il s'ensuit :

» Premièrement. Je recommande mon ame à Dieu , en la grâce et miséricorde duquel toute mon espérance consiste , le suppliant me vouloir pardonner mes péchez, et m'estre remis par la mort et passion de Jésus Christ son fils.

> Quand mon ame sera séparée de mon corps, je désire que mes obsèques et funérailles soient foi cl es a la volonté du roy et de la roine ma mère.

> L'un des plus grands regrets que j'ay, Monseigneur, est de vous avoir irrité et depleu par mes actions et entreprises (1). Combien que le désir de mettre en repos voslre royaume et l'asseurcr contre l'estranger m'y ait incité , plustost qu'aucune malveillance particulière en

(1) H veut parler ici de son départ furijf de la cour, pour se rendre dans les Pays-Bas, où il a agi sans l'autorisation de son frère; et delà il jetait rendu en Angleterre, où il avait passé trois mois, caresse; et fête par la reine Elisabeth, à qui il avait déjà tait précédemment la cour, et qui, sans lui dter toute espérance de l'union qu'il désirait, était cependant bien déterminée à ne point s'engager dans les lois du mariage. D'ailleurs elle avait alorî (Jg los, et sa unité était trèsllaivte de voir un jeune prince à ses genoux.

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aye esté la principale cause, je tous veux supplier de me pardonner, comme je vous ay requis la dernière fois que j'ay eu ce bien de vous voir; ce que je m'asseure que vous ferez par vostre bonté.

> Je suis uay vostre frère et vostre subject; j'ay possédé un apenage par vostre permission et libéralité , très beau et très grand. Vous avez augmenté mes moyens par vos bîenfaicts , et qui plus est vous m'avez permis de m'ayder du fonds de mon domaine et en asseurer partie de mes créanciers.

» J'ay esté assisté gratuitement de plusieurs gentilshommes vos subjects, dont Ja plus part se sont incommodez , appauvris et quasi du tout ruinez a mon service.

» Mes serviteurs m'ont bien et loyalment servi chacun en sa charge , dont je n'ay eu les moyens de les recompenser comme je desirois, et la raison le vouloit, mesme la plus part n'ont esté payez de leurs gages pour comble de ma douleur.

> Je dois environ trois cens mille escus, tant aux estrangers que autres particuliers de vostre royaume , et en emporte en mou tombeau leurs substances, leurs plaiotes et leurs gémissemeus , sans que j'aye eu le moyen de m'en descharger envers Dieu et les hommes , si par vostre pitié et compassion vous ne daignez faire tant d'honneur a celui qui fut vostre frère de naissance et enfant d'obligation , que d'accepter sa pauvre et désolée succession. i

s Je vous supplie et si besoin est vous abjure (sic) encesteudroict, vous Madame et mère, qu'il vous plaise intercéder pour moy autant que vous m'avez esté toujours bonne mère, et que vous veilles donner a ce coup vostre faveur et support a ces dernières requiests et supplications-que je fays au roy.

» Je ne veux, Monseigneur, vous donner ce qui est ja vostre , mais bien vous feray, s'il vous plaist, héritier de mon regret et ennuy. Que vous me préserviez, s'il

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tous plaist, d'un sy grand déshonneur et blasme que d'avoir ruiné mes pauvres et affectionnez serviteurs.

» Je vous demande que les dons qu'il vous a pieu me faire , et dont j'estais prest et sur le point de tirer la commodité , soient continuez et exécutez en mon nom et a l'effet que dessus.

» Je vous supplie que trois années de mon revenu , v compris ceste année, soient employez a mesme efiect, c'est a dire en l'acquit et payement de mes debtes , et gages de mes serviteurs, lesquels il vous plaira leur continuer les deux années suivantes.

> Je vous supplie aussi de vouloir descharger me» serviteurs des emprunts qu'ils ont faicts pour in'ayder et subvenir a mes urgens (sic) affaires , et qu'il vous plaise conserver a mes dicts serviteurs les dons que je leur ay faicts , qu'ils montreront avoir obtenus de moy, et qu'ils puissent jouyr de mesmes privilèges qu'ils ont accoustumé.

» Et pour la dernière demande que je vous faïct , je vous supplieray très humblement avoir tous mes dicts serviteurs en recommandation i les appuyant de voslre faveur, autborite" et bienfâicts ; et spécialement les sieurs de Fervaques , Aurill y et Quîncay , de la fidélité et loyauté desquels je veux bien repondre devant Dieu et devant vous , pour en avoir faïct preuve en tant de sortes que je n'en puis rendre autre tesmoiguage , vous suppliant que ce peu que je leur ay donné leur soit conservé , avec accroissement de vos bienfâicts et libéralités.

> Vostre grandeur ne pourroit estre incommodée de si petite requeste ; petite , dis-je y pour vostre considération , mais grande pour la descharge et acquit de mi conscience. Plusieurs princes moindres que vous n'estes, ont plus despensé aux obsèques et sépultures de leurs amis. Je ne voudrais plus grandes despenses , et ne désire plus magnifique tombeau , que de vivre dans le cœur de mes serviteurs que vous rendrez par ma prière et par vostre bonté moins malheureux.

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> Si j'avois des royaumes , ils seraient tous a tous , et tous les léguerais et donnerais par ce moodit testament , et non a autre. Ma nature , ma naissance et mou affection tous constitue (sic) mou héritier sans que je le die. Mais il ne me reste de mes pénibles entreprise» presque rien qui peusse estre appelle don et libéralité qui ne soit du tout acquis a vous. Les Pays-Bas m'ont ftnct achepter bien chèrement le nom de duc et comte, lequel ils me donnent encores : et si J'ay quelque pouvoir en leur endroit , je les prie de transférer le tout en rostre personne, a qui pareillement et a vos successeurs, je laisse tous les droicts et pfe tensions que je puis avoir pour ce regard en vertu des traitez solemnels que j'ay fâicts arec eux.

» Et d'autant que Cambray peut servir a cest estât d'un boulevard acquis et gagné par les moyens que m'avez donnez , et que je demeure obligé a la défense des citoyens qui avec tant d'affection et fidélité se sont jettez entre mes bras,'

» Je tous supplie, au nom de Dieu, Monseigneur, de vouloir accepter ce que j'ay en ceste place , de draict et d'au thon té, et empescher l'oppression et désolation d'un si bon peuple. »

C'est ainsi que se termine le testament du duc d'Anjou dans l'ouvrage d'où nous l'avons tiré. On voit que ce n'est qu'une prière a son frère Henri III, d'acquitter ses dettes et de prendre soin des personnes attachées à son service. Malgré cela, c est un monument historique qui donne une idée des dépenses considérables que les princes, à l'imitation du roi, faisaient a cette époque, quoique cependant on ne puisse leur refuser un fonds de justice , d'humanité et de reconnaissance envers leurs serviteurs. Le testament du duc d'Anjou a été imprimé à Lyon et à Paris en 1 584 > in-8.°; on le trouve encore dans un Recueil de plusieurs harangues, Paris, 1622, in-S.*

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TESTAMENT DE MESSIHE VAILLANT DE GUELIZ,

Étèqpe n'oiLÉms.

Cet évêque ne jouit pas longtemps de son siège, car il en prît possession ( par procureur ) le i4janvîer 1587 et mourut à Meun-sur-Loire te i5 septembre de la même année , figé d'environ 70 ans. 1! cultivait les belles-lettres et s'était attiré par là , dans son jeune fige , la protection de François I." Il fit , a 70 ans , an poème latin que l'on trouve dans le Deticite poetarum gattorum; il y prédit l'horrible attentat commis deux ou trois ans après , sur Henri III , et les désordres qui suivirent ce forfait. Nous rapporterons le début de son testament, comme exemple du style du temps sous la plume d'un savant, et comme expression des sentùnens d'un homme pieux , qui cependant désire que la postérité sache qu'il a cultivé les Muses :

< Mon Dieu, je te remercie très dévotement du grand loisir qu'il t'a pieu me donner en ce mortel séjour , qui conduîct a la mort et immortalité : toutes fois pour plus meurement en mon aage incliné lé recognoistre , et moy mesme aussi attendant la fruition de la promesse faicte a ceux qui espèrent l'abolition de leurs fautes, par l'effusion de ton précieux sang, laquelle je supplie très humblement les bons saincts et sainctes de paradis, le ramentevoir a mon profict , de sorte que par mon decez et ta grâce je puisse estre admis au lieu ordonné aux bien heureux , pour plus haut négliger les choses inférieures et de plus près contempler ta gloire et omnipotence.

3 Cependant supporte, mon Dieu, le soing de mon humanité , de ne laisser mes choses et raisons domestiques troublées et confuses : a ce que mon ordonnance sur ma despouille et petites facilitez , qui se trouveront après mon decez , puisse régler en paix et contentement

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