TESTAMENT DU ROI DAGOBERT
Ce testament, d'après ce que nous avons pu recueillir de la chronique de Saint-Denis, d'Aimoin, etc. , nous semble précieux sous le rapport de la peinlure des mœurs et de l'esprit du siècle où il a élé fait , siècle très-religieux, et où il paraît que les legs faits en abondance à l'église, tranquillisaient singulièrement la conscience des testateurs. Disons d'abord un mot de Dagobert.
Ce prince, le onzième de nos rois, et premier du nom, naquit , vers 602 , de Clotaire II el d'Haldetrude; il fut roi d'Austrasie en 622, et roi de France en G28. Vers 633 il divisa la France en deux nouveaux royaumes : celui d'Austrasie et celui dé Neustrie, ou de France et de Bourgogne. L'Aquitaine n'y fut pas comprise dans ce temps, ce pays ayant été retenu par des ducs qui en furent les seuls suzerains jusqu'en 778. Dagobert eut
deux fils, Fun nommé Glovis (U), dont la mère fut Nanlilde; etraulre nommé Sigébert (II)» qu'il eul de Ragnetrude. On ne lui connaît que ces deux enfans ;
mais il aurait pu en avoir un plus g;rand nombre, car il vxii cinq femmes outre plusieurs concubines; au reste il est mort jeune, à l'âge de 36 ans, le 19 janvier 65Ô« Quand il sentit approcher aa fin , il songea à ftire ^oa testament; et ici nous allons laisser parler nos Tieux chroniqueurs*
« Le roy Dagobert semonnît un grànd parleisml de ses deux fi!» cl de tous les princes de son royaulrae en une ville qui estoit appeiiée Binage ou Bigarge. Quand tous furent assemblez , le roy s'assit en un trosno^d^W»portant une couronne d*or sur son chef» ainsi ^ eonune la coustume estoit lors. Si commença a parfer el dict en telle manière :
» 0 seigneurs roys mes deux fils, et très chers enfans, et vous, prélats et autres barons du ro) anime de France, entendez a moy. Avant que l'heure soudaine de la mort ne nous prenne, nous çonnent Tciller et entendre au salut de nos ames , que elle ne nons trouve par adventure en tel poînct , que elle nous occie depounreus » et nous rende aux tourmens de mort perdurable.
» Si devons achepler In jove des saincts ciculx des transitoires choses de ce monde t^nt comme nous vÂ¥Oi^«
» Si que le souverain juge qui rendra, à chacun stis mentes, nous rende après la mort les biens que nous aurons &icts a ses pauvres en ceste mortelle vie , et que nous soyons recréez et saoulez des biens spirituels en la joye perdurable de paradis , et que soyons abreuvez de celle fontaine qui dure sans appetisscmcnt , qui signifie la grâce du Sainct Ësperit , selon les escritures, de laquelle nul n*est esconduit qui en par&icte joye la requiert . k^î jï;.
» Et d'autant que nos corps sont fragiles et hois omês immortelles, il nous est nécessaire , si nuuâ voulons dire
D£ DAGOBERT, 55l
Tray, d'estre |;ens de bien; e| de peur, ce que Dieu ne veuille, qui si nousnou^ mônstrons partmp nonchalaos ,
non seulement nous mettions la corruption que nous espérons de nos corps mais riuunortalUé 4le nos ames aux feux éternels.
» Parqop^ me ressouyenant des loyers qui sont promis; aux geiis^de bien, et des supplices prépares aux mescbans', et des péchez que j'ay commis , j*ay résolu de fiiire mon testament , par lequel j'ay institué toutes les principales églises de mon royaulme , héritiers (sic) de tous les biens que Dieu m'a donnez.
s J*ay/|tuisy advisé d'en dresser quatre exemplaires d'uné iâiiNBkè teneur et'au bas les ratifier non seulement de meèmàâiis, maisaussy de mes fils Childebert et Louys ( i ) que je vous donne au jourd'huy pour roys et pareillement des vostres , o très saincls prélats et plus eminents seigneurs de ceste nation. L'un desquels sera gardé à Lyon en France , Taultre à Paris , le troisiesme i^Metz dedans les arolufes de leur église , et le qualriéëme que je tiens eû^ÊmtMé^ mis au thf esor de mes cbartes*
V Et avoir déposé lé fardeau charnèl et que
chacun (les prélats aura receu ce qui est légué a son église, nous vous prions et conjurons par le nom terrible de Nostre Seigneur j£sus Christ , qu'au temps adyetiir ¥6iM^aFyrez a faire mémoire de nous, trois fois la sepniiijil^% offrir le sacrifice salutaire peur le repos ébikdiiitêilm^w (AikoÎK, lir. IV, degesUfrmc, cofK 3o.)
(i) n y a «rreur dans renoncé de ces àewx noms : le copiste aurait dû mettre Sigebert et Clovi*. Sigebert II fut roi d'Austrasie, étant eocore pour ainsi dire au berceau ^ dés Tannée 632 ou 33 \ il est mort ■en '656. Clovis II , aussi enfant, fut roi de Neustrie et de Bourgogne en 634 i ^ mort la même année que son frère, le 5 septembre 656. Le nom de Louis, provenant de Clovis dont on K retranché le C, espèce de signe signiBuit renlorilié, n''cM Mnn qoe ton» h
35â TESTAMENT
Le même hMtorîeii rapporte une bonne pftrlîe dudit testament « qui commence ainsi :
« In nùmtne trmitaiis\ D&mini Der&mnipatentis , apot-
toLlcis palrihus ^ pontificibus vidciicel , tic abùaiibas et rcliffuîs sacerdotibus intrn repium nosfrum consistent ibus , Déigoàertus rcx Francorwn* Quantum inteHectuaiis semas humani potesl mente sagact pensare , rtque solerti indage^ tUme perpeném, nikil ampUus valet in hujus secaU lace ac fugitivo gaudio luerafi, quam quod dèreàas transitoriis, loch venerabilibas quis stadeat in aUmamam pauperum impenderc : cjualcnus , etc. »
Le bon roi ne faisant que répéter ici ce qu'il a dit plus haut» nous passerons de suite à ses dispositions
testamentaires! il continue ainsi : « Danamas igitur
ad BasiUcam DanUni FimentU Parrhisias (sic) [ ubi se^ puttaram qumdo quidem Deusjusserit habere dispQsaimu$\ doïiaLaiUijue iii perpetuum esse décret imus , villatn cogno^ minatatn Cumbis, in pas^o parrhisiaco ^ quam Ursa filia A Iderici tenuit. Pari modo ad Basilicani sanct i Pétri apos toLi parrhisias, aùisancta Genovefarequiescit m cor pore, villam DroKfemum in Brigeio, Ad BasUicam vero divi JDianysiL item parrhisias,' obi cum sociis requieseit, viUam Brasmatém in Brigeio, Ad Basiiicam Dtminm Colamba et domini Lupi senonis, villain Grandem ( ampum in Gasîîncn^l , vie. etc. Enfin le testateur ajoute : F os autem boni fila, considérantes primùm natura religionem, cujus gratia etiatn homines ligat,manete fratres* Noiite exaere<qaocnerati estis. Deinde reverimini me pafrem vestram, qui rogare maio, ' eam passant jubere, ai statata n&sira tnemwatsâ servetis, sicàti vestra à successoribus vestris sovaii voletis : profecto scicntes quod si à nobis sancita conicjiiptui hahiieritls ( quod non arbUror), pari modo et vestra à poster is contemnefU*^ décréta. »
Voilà ce que nous avons découTert .du testament de Dagobert. Les commencemeiis du règne de ce ivrince le' firent adorer du peuple; il le délivra de Toppression des
DE DAGOBBRT. 55$
grands* Mat» bientôt îl cessa d'être l'objet de son amour; il le siircharg^ea d'impôts pour satisfaire à Tinfiatiable ayidité de ses maîtresses. 11 sut ré^r avec empire sur •es aujets ; il se fit rechercher de aea yoiaÎDs. Magnifique en tout» il fut grand aamomier, même au milieu de ses dësoi^dfeaj et libéral jusqu'à la profusion envers les églises et les monastères , ce qui le fit combler d'éloges par les religieux, et même celui oui fut son historien en fait un saint. La reconnaissance est une vertu, maia il ne iaut pas la pousser à Texcès* , . • »
Le testament de Naniilde, Tune des femmes de Dagobert , nous est aussi parvenu. Elle fut mariée à ce prince en 629 ; elle eut pour fils Glovis II , comme nous l'avons dit. Veuve en^65ë , elle est morte en 64t« Voici ce que Tlustorien cité précédemment , nous dit de son testament :
< Nantilde , veufve du roy Dagobert premier , ordonna Son testament des villes de son douaire par le gré de son fils Clovis , et les partit aux ^Uses des saîncts et sainctes » auquel elle n'oublia pas l'église de Monseigneur Sainct' Denys en* France ^ le glorieux martyr ne ses compaignons. Si fit iàire trois exemples de la chartre de sua testament d'une mesme sentence , desquelles l'une est gardée jusques aujourd'huy avec les Chartres du thresor Sainct Denys* » (Foyez les Chboniquss Sainct Dbnys^ )
TESTAMENT DE CH ARLEM AGi!<i£. .
Chaklemagne, né au château d'Ingeîheim, près de Maycnce y. de Pepin-le-Bref et de Berthe» le â6 a. a5
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février 74s > fut roi de Neustrîe , de Bourgogne et de Provence en 768 « el de toute ia monarchie eo 772. Il êb fit couronner empereur d^eccîdent , à Rome , le s5 décembre 800, el mourut à AU-la-Chapdle le sS jflnTÎer 8i4«
Quand on considère le siècle où a vécu ce prince, €t que Ton suit attentivement tous les événempns , tous les hauts fiiitft » tous les établissemens qui out rempli ei illustré sa carrière « il est impossible de ne pas le mettre «u premier rang parmi ceux que la proridence a appelés à gouremer les peuples. Guerrier , législateur » homme de génie, il a lail prcudro une nouvelle face h l'Europe étonnée : un vaste empire est sorti du cahos , les lois ont rétabli ia civilisation et les mœurs au sein de la barbarie 9 et les lumières conmiençaient à dissiper le§ ténèbres. Pourquoi un si grand homme est>il descendu tout entier dans la tombe I
Charlemagne , h ois ans avant sa mort, s'est occupé de son testament. Cet acte est curieux , en ce qu'il est imprégné de la rouille du moyen âge , et qu'il fait voir les soins minutieux que les souverains apportaient euxmêmes dans l'ordre » Tarrangement et la distribution . de leur propriété particulière. Noos ne donnerons point cette pièce d'après le texte original d'Eginharcl ; nous rapporterons une ancienne traduction qui , par sa naïveté, me parait plus appropriée à un acte de cette nature (1). Voici comment s'exprime le traducteur en question, donnant la ^narration d'Eginhard, car e*est flutât une narration que les propres clauses de Pacte.
(1) Les penoones qai dureraient lire cette pièce rendae dans !• français actnel , en trouveront une bonne tradnetien dans le précieux ouvrage intitulé : Auvacas dv Monir aok, conCenM F^ttoire de* Uaiffê qui te sont écouléi dtptdt la décadence de f empire Romm j'usqu^à la mort de Charlemagne ( par M. Frantin Taillé)* PmrU «C i>^oJii iSaS, 8 voL ton, Vm, pp. 3t6— Sao.
DE CflâlILXVAGNI
TESXAMEIST DE CHARLËMAQNEf £MP£&£Uft ET AOY DE EA41fC£«
€ Cliarlemagno royant qu'il ne pourroît loag^uemeiit .demeurer en ce moade » pour se sentir aggraré aannéea et de grands travaux, délibéra de disposer de toutes choses et de faire des testamens , par lesquels il donnolt
^ qudque partage a ses filles et aux fils qu^l avoit eus de jseè concubifies : mais poqr les avoir trop tard enqom^ .men€e<, il se les peut acheTer. U divisa ses tbresors^ fieê joyaux , ses meubles et son aident en la façon et mamerc portée par son testament^ dont la teneur s'en
' suit :
» natn du seigneur JJieu tout puissant^ dupere^ du fiis et du sainet esprité
> Gy coounence la description et partage que le très ^orîeux et très dévot prince Gbades» empereur atteste» Tan de Tincarnation de nostre Seigneur Jésus Christ , huict cens iinze , de son règne en roy de France le quarante trciziesme, en Fltalie le trente âisiesme et de son empire le unziesme et l'indiction quatriesme » esmeu de saincte considération , a .délibéré jîe &ire» et que par le bon vouloir de Dieu, il a accomply de ses thresors et de l'argent qui en ce jour seront trouvez en sa chambre. Ayant au dict partage surtout voulu advisKir a ce que non seuleuieuL la disU ibution des aumosnes , laquelle entre les çhrestieos se .laict solemnellement de leurs possessions, se iîct par ordre et raison popr luy de son argent mesme» mate aussi que ses berîtiers ostans toute ambiguïté, cognois» îenL clairement ce qui leur devoit appartenir, et peussent entre euxsan^ contention , procez ou débat, iceux diviser par compétente portion.
» Doncquea en ceste intention et volonté^ prenufre^ ment il a par ty et divisé en trois parts tous ses meubles ,
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consistans tant en or qu'en argent et en pierre» prc-. cieuses, et autres omemens royaux, qui ( comme il a esté dîct ) se pourronl afors trouver en sa chambre*
> Puis divisant et de rechef partissant les dites parts'» B (krct vingt et une parts des deux parts » et réservé k troisiesme entier^. Et des deux parts la division fiiicté en vingt et une parties consiste en ceste façon :
> Que d'autant qu'en son royaume y a vingt et une villes meti^poUlatnes , chacune de ses parts soit par les mains de ses héritiers etifpiMa donnée a chaque ville métropolitaine en don d*auin<>iine » et que Farchevesque qui lors sera Padministrateor de la dite église , prenant la part qui aura esté donnée a son église, la partage avec ses suffragans , c'est a s ça voir de cesLe façon : que la troisiesme partie soit a son église» et que les autres deux parts soient divisées*et reparties entre ses , suffragans. " ' . ^ -
> Or est chaque division et part d'î^eDes qui éisê deux premières parts est faicte a chaque ville métropolitaine, dont il y en a vingt et une , Fune de Tautre séparée en son cabinet avec la suscription et nom de chacune d'icelles : et sont les noms des dictes metrc^lîtaînes aux quelles a esté donnée cesleaumosne ou largesse, t^ellcs qui ensuivent : Rome» Ravenne» Milan, Forly , Grade, Colongne (et non Bolongne comme porte la traduction ), Maïence, Saltzburg (nommée aussi Yivan Trêves, Sens» Besançon « Lyon, Rouen, Rheims, Arles, Vienne, Tarentaise* ' Rœhrun, Bordeaux» Tours et Bourges.
> Et quant a Pauf re part , laqueUe il vouloit estre réservée, la raison est telle, que ces deux distribuées aux sus dictes divisions et parts , ceste troisiesme consistast en l'usage quotidien» comme chose qui apparut n'estre aliénée par aucune ohligation de Tttu» de la puissance et seigneurie du possesseur , et «e tant qu*il nvroit, on qu^H estimas! l-usage de la dicte péri luy